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 Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)

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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Jeu 17 Jan - 14:35


Chess.
Invented, but still the Queen.


© Vesper

© Vesper

© Vesper





Le personnage

Nom : Hatefull ; Prénom Chess Lorcan ; Âge : 59 ans ; Date de naissance: 11 aout 1963 ; Métier : Information inconnue à ce jour ; Ancienne maison : Une maison de lions, de chatons, de griffes et de ronronnement ; Pureté de sang Suffisamment rouge, suffisamment pure pour qu'aucun pro-voldemort n'ait jamais à douter de sa lignée égyptienne. Il est pur, mais ne le revendique pas. A ses yeux, cela n'a absolument aucune importance. Ni pour lui, ni pour les autres.; Baguette magique: 31, 5 cm, papyrus, crins de sphinx.


Physique :
(...)



23:54

Comme une main mutine, le vent s'engouffrait par l'interstice d'une fenêtre ouverte. Le métro vibrait, suivant son habituel parcours en fonction de ses rails, en dépit de l'heure nocturne. L'énorme horloge qui s'épinglait sur un mur, et dont le cadran était éclairé par les néons électriques du quai annonçait 23:54.
23:54h à Paris, dans les stations souterraines du métro, à l'heure où, habituellement, grouillaient entre ces murs verdâtres une masse humaine et en retard à la maison. Des hommes et des femmes, qui silencieux, fixaient droit devant, contemplant la rive opposée, sans jamais imaginer qu'un pont puisse relier les quais entre eux. Ils s'observaient toujours platement, et les yeux embués par la fatigue qu'avait imposé leur journée de travail à leur corps, ils attendaient, dans une masse expirante, que le monstre-chenille apparaisse. Il apparaisse toujours, qu'il soit en retard ou non. Qu'il ait dix ou vingt minutes de retard, jamais ne manquait ce soupir de soulagement quand ils montaient finalement tous dans le métro. Dans des claquements de doigts sur les portières qui s'ouvraient en grinçant, et la poignée qui heurtait bruyamment le port métallique, ils pénétraient dans le tube de plastique et d'acier, pour s'abandonner au confort du retour à la maison.
Ce soir, il n'y avait personne dans le métro.
Personne pour constater de cette singulière absence, de ce lourd silence, de cette sensation de manque. Ni français ni étrangers, ni hommes ni femmes, il n'y avait personne sous terre, personne sur les quais. Ce soir, le métro était une chose qui rampait dans ses boyaux souterrains, sans personne à transporter.

(...)


23 : 57.


Maintenant, une fine particule de glace avait gelée l'interstice, et la vitre entrouverte laissait glisser dans la rame une brise mordante, à la fraîcheur insupportable. Dans un automatisme obligatoire, - y avait t-il seulement un conducteur ou était-ce automatisé ?-, le métro se stoppa à une station de plus. Une station tout aussi déserte de ce monde quotidien, une station à laquelle une ampoule abîmée persistait à grésiller, projetant son éclat par à-coup. Il n'y avait personne. Absolument personne.
Alors je sortais de l'ombre, et dans un boitillement misérable, me rendit jusqu'à la portière métallique, que d'une main arachnéenne, j'ouvris sans un bruit. Il n'y eut ni claquement ni grincement, et dans l'illusion d'être réel, je pénétrais dans la rame de métro. Une vibration ondula au sol, sous le plancher de plastique calfeutré, et dans ce petit sifflement automatique, le métro se remit en marche. 23:58.
Mon corps tomba en arrière, j'attéris sur un siège. Dans une vague prise de conscience, j'en notais les éclats gris-vert, qui recouvraient le reste de ce mini-paysage. Les lumières au dessus de moi projetant des éclats blanchâtres, je savais la réalité déformée par le mystère de la nuit, et de la modernité qui ne se comprend pas. Le métro avançait, les bruits de métal et de rail se succédaient, et j'étais là. J'étais simplement là, uniquement moi, à fixer une barre en inox, devant moi. Avec de la volonté, je me serais mis debout, et j'aurais empoigné cette barre, pour qu'elle soit le support à mon observation, à ma contemplation. Mais il était tard, et je ne parvenais plus à faire preuve de volonté. Je n'y arrivais plus, et mes mains, plaquées contre mon ventre, étaient déjà occupées à retenir le sang que je perdais.
Dans un sourire vicieux, moqueur, et colérique, un sourire oscillant entre le rictus et la grimace de haine, je me soufflais ces mots de fureur. Des murmures qui me permettaient d'occuper mes lèvres, et de me donner l'impression que je ne perdais pas pied : rester concentré sur quelque chose d'aussi élémentaire que la parole m'évitait de me perdre moi-même. Et ce soir, j'avais du chemin à faire.

(…)

00:01

Yeux bleus.
Ce reflet dans la vitre à côté de moi me projetait un regard né par deux yeux bleus. Des yeux bleus que je connaissais depuis tellement longtemps... J'en connaissais la forme, la texture, les hésitations et les frémissements de paupières pour avoir, plus d'un millier de fois, caressé le contour avec la mine d'un eye-liner, et recourbé les cils avec du mascara. Ce mascara. Ce que j'avais tellement longtemps considéré et appelé « l'arme hérisson », par crainte de la voir perforer mes prunelles. Mais jamais cela n'était arrivé, et bien souvent, les dégâts s'étaient contenté d'être des traces hésitantes et peu esthétiques sous les yeux. S'en suivait alors des rouspétances, et du coton enduit de démaquillant. Fragiles instants de colère et de joie, devant le miroir. Oui. Ces yeux bleus, je les connaissais par cœur. Un peu comme ce visage qu'on avait comparé de porcelaine, qu'on avait dit de petite fille, qu'on avait tant admiré et enjolivé. Ce visage que je trouvais laid, laid à en pleurer. Laid à le déchirer, à le lacérer. Mais il convenait au monde, il convenait aux gens, et par lui, j'étais beau, j'étais si élégant, si séduisant. Un visage. Un simple visage, qui était le mien, dont je ne supportais ni les courbes ni les angles, ni les pommettes ni les expressions. Mon visage, que je connaissais, qui m'appartenait, et qui aujourd'hui, n'était rien de plus que cela. Mon visage.
Je préférais nettement mes cheveux. Si blonds, si longs, si merveilleux à tordre et à tirer. Des cheveux à tresser et à ébouriffer. Des cheveux que je pouvais emmêler et qui me faisait hurler de douleur lorsque je m'armais ensuite d'une brosse. Ces cheveux dont toutes les filles rêvent en secret, ces cheveux qui les horripilent, parce qu'ils ne peuvent appartenir qu'à moi. Et puis avouons-le, ils iraient très mal sur quelqu'un d'autre. Huhu. J'aimais ces cheveux pour la résistance qu'ils m'offraient. Pour leur blondeur désincarnée, pour ses boucles frivoles et aléatoire, ou ses lisseurs tellement éphémères. Pour leur texture si sèche entre mes doigts, si douce entre ceux de mes amants. Dans le vent, les mèches blondes devenaient si légères, et dans le lit, elles étaient si lourdes contre mes joues, et ma nuque. Un véritable à eux-mêmes, mes cheveux étaient une entité qu'il me plaisait d'admirer chaque jour, car ils constituaient en un spectacle toujours différent. Un sourire glissa sur mes lèvres.
J'aimais mes mains. Mes doigts, qui parfois étaient parfaits, et le lendemain absolument laids en vue de leur maigreur. Mais j'aimais cette force qui coulaient dans les phalanges, et l'élasticité de ces tendons qui roulaient sous ma peau. J'aimais la souplesse de mes tendons, et la violence de mes ongles. Je pouvais facilement peindre ceci, en prendre soin, ou bien les massacrer en m'amusant à griffer un mur de béton. Ils poussaient plus vite que la plupart des humains, et je jouais de ce qu'ils pouvaient transmettre, lorsque peinturluré d'un jaune vif, je dédaignais un snob aristo par un doigt d'honneur mettant en valeur mon talent d'esthéticien. J'aimais mon corps. Un corps fin, anguleux, que certains avaient qualifié de rachitique. Squelettique était un adjectif à posséder lorsqu'on avait envie de se tourner vers le mannequinat. Cela n'avait jamais été ma vocation, mais on me l'avait souvent fait remarquer, et je savais qu'avec mes quarante et quelques kilos, il aurait été facile pour moi de percer. Je crois que j'avais laissé cela à mon doppel-gänger, par souci de galanterie. Mon public, mes photographes, mes agents de mode, moi, je les avais trouvé dans mon lit, dans ma bouche, sous mes lèvres. Jamais ailleurs. Mon corps attirait, fascinait, et parce que j'étais maigre et que je ressemblais à une femme, on m'avait trouvé beau. L'esthétisme humain de ma décadente génétique. J'en étais fier, quelque part. Fier, car ce corps avait fait de moi autre chose que le morceau de viande que je me destinais à devenir. J'étais fier de ce corps. Fier de ces yeux bleus. Fier de ce sang rouge qui coulait entre mes doigts comprimant mes viscères. Oui. J'étais fier.


Caractère :
00:07

La douleur commençait maintenant à m'anesthésier. Petit à petit, je sentais mon visage abandonner les crispations d'un masque de douleur, pour devenir simplement une surface détendue de chair et d'absence de sentiments. Je ressentais cette douleur comme l'on pouvait entendre un marteau piqueur au coin d'une rue. Il était là, mais on ne pouvait rien faire qu'accepter sa présence et attendre qu'il cesse. Même s'il ne cessait jamais vraiment.
J'observais mes vêtements si chics, choisis avec tellement de soin. J'avais pris un pantalon ample aux cuisses, léger et confortable, serré à la taille, qui de toute la journée, m'avait offert une aise notable dans mes déplacements et mouvements. Pour le haut, une simple chemise au velours froissé sous mes doigts, sous le vent, sous les hurlements de la ville et de la journée. Une journée simple. Je m'étais même attaché les cheveux, pour une fois. Un chignon serré, ne laissant dépasser aucune mèche. J'avais été absolument parfait dans le rôle que je m'étais imposé en me levant ce matin ; décidant d'être sage aux yeux de la société. Je m'étais baladé, j'avais été calme, et les regards qu'on avait retourné sur mon passage n'étaient pas dus à mon comportement, mais uniquement à l'apparence de mon corps, de ma silhouette. J'avais réussi à être totalement neutre, totalement calme. Une jolie image qui s'était glissé, en coup de vent, sur les trottoirs de la capitale française, une journée durant. Me voilà bien récompensé pour ma bonne attitude, songeais-je, amère, en comprimant un peu plus mes doigts, dans un réflexe inutile. Voilà les hommes, Lestat, voilà le monde. Voilà ma souffrance.
Je me mis à rire, et mes rires résonnèrent.
Explosant dans la rame avec un timbre moqueur et ravi, je m'abandonnais en un instant à l'hilarité de Chess. Chess. Ce Chess. Ce Chess si magnifique, si profond, si tellement moi et tellement étranger. Tellement ailleurs, et tellement partout. Il était ce sang qui coulait de mes plaies, il était cet air que j'aspirais. Il était moi, parce que je l'ordonnais, il était moi, et je le désirais. Ses désirs, ses soupirs, ses câlins, ses colères, ses hurlements et ses tueries. Ce Chess. Ce Sourire. Ce Rire. Cette divinité apothéose et diabolique, cette immatérialité, ce renoncement à la nature humaine. Ces pièces et ces échiquiers. Oui. Absolument moi. Moi. Rien que moi. Juste la grandeur et la profondeur de mon âme, qui de tout mon cœur, me réjouissait de mon égocentrisme. Qu'importait, en cet instant, la vie des autres, quand extasié, je savais que j'existais ? Connard d'arrogant ? Hah. Je m'en fous. Je vivais. Crevez, vivez, vos vies n'étaient pour moi que ces continuelles répétitions : naître, bouffer, déféquer, pisser, manger, bouffer, déféquer, baiser, bouffer... Vous étiez des cercles. Uniquement des cercles. Ma vie valait plus. Car elle était à moi.
Oui, en cet instant, dans le métro, je crois que rien n'avait plus de valeur à mes yeux que cette existence qui était la mienne, le fait de savoir que j'étais vivant, que mon ventre était déchiré, et que le sang commençait à tâcher le siège.
Mes rires cessèrent doucement.
Ingrat. Ils avaient dit ingrat, quand j'avais osé prétendre que ma vie valait « plus que la leur ». J'avais rajouté « ignorant », en découvrant à quel point j'étais loin de la vérité en affirmant une pareille calomnie. Aucune vie ne vaut plus qu'une autre. Aucune vie ne vaut moins qu'une autre. Un enfant qui naît peut tuer sa mère. Je ne m'apitoie, dans ces cas là, ni sur l'un ni sur l'autre. Je considère simplement qu'un échange a été fait, et c'est tout. Qu'ils chialent, je m'en branle.
Je suis insensible.
J'aime ces sentiments qui traversent mon corps quand je dissèquent un corps mort, qu'il soit humain ou animal. J'aime ressentir la chaleur des peaux qui s'embrasent quand je fais l'amour, et j'aime gifler autant qu'on me gifle. Je suis passionné.
Qu'on se le dise, clairement ; mes psys ont soulevés ma psychopathologie de nombreuses fois ; presque autant que mes séances entières. Je rentrais dans un bureau pour en ressortir toujours plus étiqueté. Que je sois enfant, adolescent ou jeune adulte, tant que mes parents veillaient sur moi, j'étais cet être qui nécessitait, selon eux, un accompagnement psychiatrique. À leurs yeux, j'étais merveilleux, et de ce fait, je ne méritais pas la souffrance mentale : les docteurs et psychiatres étaient supposés être une aide. Je ne l'ai jamais vu de cet œil, mais je ne l'ai jamais considéré non plus comme un fardeau ou une honte. J'aimais que l'on m'écoute, j'aimais que l'on m'observe, et que l'on cherche à deviner qui j'étais. Même si toujours, et à jamais, je n'ai cessé d'être autre chose. Je crois que j'aimais que l'on me fasse passer toutes sortes de test : car ils essayaient, dans leur orgueil de diplômés, de comprendre ce qui ne pouvait se comprendre à échelle humaine. Je ne suis pas Dieu, mais je ne suis pas humain non plus. Ou alors peut-être que je suis une sorte d'aryen. Une race surelevée, solitaire, stérile. Mais supérieure. Une fierté sans limite, une arrogance frôlant l'innaceptable, qui marqua souvent mon corps par des bleus véhéments, ou explosèrent mes lèvres par des coups de poings furieux. Je n'avais jamais baissé les yeux, et on avait détesté cela.
Un peu comme ce soir. J'avais décidé de ne pas pencher la tête et m'humilier. J'avais décidé de continuer à être ce que j'étais toujours, et même, j'avais décidé d'être poli. Les imbéciles. Un coup de poing que j'avais vu venir, que j'avais cru être capable d'éviter par un effacement d'épaule. Ils étaient trois, et j'aurais bien pu les réduire à l'état de larves masculines. Mais je crois que mon surplus d'orgueil m'avait empêché de faire cas d'un minimum de prudence. Et lorsque l'un d'eux avait constaté que le coup de poing m'avait coupé le souffle, ils avaient sortis un revolver, et avait posé le canon près de mon ventre. J'avais fantasmé, en hurlant dans la nuit cette douleur à laquelle j'aspirais, que je voyais exploser dans le ciel des utérus sanglants. Ils avaient fuis en courant, en emportant avec eux le parfum de la peur. Je les effrayais, même à genoux dans le sang. Je les effrayais, parce que je souriais. Toujours. Parce que j'étais Chess.





Dernière édition par Lorcan « Chess » Hatefull le Jeu 17 Jan - 14:37, édité 1 fois
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Jeu 17 Jan - 14:36

L'Histoire
או איך מתתי, כי רציתי לשחק את הטמבל.
Ou comment je suis mort, parce que j'ai voulu jouer au con.*

1: 33

Le métro s'était arrêté, et j'étais descendu, pantelant. Dans une faiblesse misérable, j'avais traîné mon corps jusqu'à la surface, comme un noyé à la recherche d'oxygène. Un oxygène que j'avais un peu plus perdu, en constatant qu'il n'y avait personne nulle part. Paris était vide. Il était vide dès l'instant où ces trois jeunes m'avaient agressés. J'eus un sourire, en chancelant jusqu'à un réverbère. Quel con. Quel con je faisais. J'aurais du me rendre compte plus vite de ma folie, et j'aurais du comprendre plus vite pourquoi tout était si silencieux. J'aurais du me rendre compte à quel point mon corps avait perdu l'habitude de mourir et à quel point la douleur était quelque chose qui m'était devenu inconnu. Je m'étonnais par mon inconscience, et cela me donna envie de rire. Mais je me taisais, et continuais à marcher le long des murs de ce Paris vide et silencieux.

(…)

2: 56

Le pont était couvert, et réservé uniquement aux piétons et cycliste, sur ses rebords. Entre les deux, il y avait une ligne de TGV, protégée par de hautes barrières, qu'il aurait fallut couper pour franchir. Je m'asseyais sur le rebord de pierre, songeant que dans cet instant, il n'y aurait personne pour me reprocher d'étendre ainsi mes jambes : il n'y aurait ni piéton ni vélos. J'étais absolument seul dans ce périphérique à Paris. Car je le savais, maintenant ; j'imaginais tout cela, et ce n'était pas vraiment réel. Je me demandais ce qu'il advenait de mon corps. Est-ce qu'ils m'avaient tués, ces imbéciles ? Est-ce que je gisais, dans une mare de sang, avec mes cheveux défaits ? Est-ce qu'on m'emmenait à l'hôpital, et mon cerveau déconnecté, j'imaginais ce Paris vide de monde ? Cela me semblait plausible. Logique. Rationnel à ce que je connaissais. Je n'avais ni à craindre ni à attendre. Je devais simplement vivre. Et espérer, peut-être, que la douleur de la blessure disparaitrait. LE frisson d'un éclat de rire secoua mon ventre, et mon index et mon majeur s'enfoncèrent brutalement dans quelque chose de mou, quelque chose qui se rétracta. Je me sentis tout chose, brusquement, et les lèvres entrouvertes sur un souffle figé, je restais immobile, à retirer doucement mes doigts.
Est-ce que j'étais mort ?


(…)

3:12

J'avais soulevé mon haut, et j'avais posé les yeux sur une plaie qui déchirait ma peau, dans une cicatrice étoilée. La déflagration avait abimée la peau, et noircie le derme. Mais plus important, peut-être, la balle était restée nichée à l'intérieur des organes internes, et je jouais maintenant à pousser sur le petit morceau de plomb, défiant la douleur, mes dents refermées sur ma langue ensanglantée, tandis que je me livrais à mes petits jeux masochistes. La balle avait déchiré une bonne partie de l'intestin grêle, mais je ne m'inquiétais pas des dégâts occasionnés sur mon corps. Je m'inquiétais de la douleur. Je ne comprenais pas pourquoi une chose aussi petite, aussi noire, aussi pleine de ma chair et de mon sang me faisait aussi mal. Pas que c'était une chose mauvaise ; puisque je triquais littéralement devant la sensation. Mais je ne parvenais pas à créer une logique à partir de cela, et j'hésitais entre être horripilé ou simplement surpris. Mais la surprise ne me convenait certainement pas. J'étais intimement persuadé d'être intelligent, et je ne pouvais rester surpris de quelque chose très longtemps. Je crois que je voulais simplement être la victime de mon propre organisme, ce soir. Simplement subir une douleur délicieuse, en évitant de trop rire ou gémir. Vraiment...

« ...רטוט »

Connard, en hébreu. Cette langue que j'utilisais dans ma tête. Cette langue de ma naissance, qui avait accueilli mes jours avec le soleil de l'Egypte, avec le feu de ses sables. J'eus un bref sourire. L'Egypte. Je m'y rendais moins, ces temps-ci. Et jamais ce pays ne m'avait paru plus inaccessible qu'en cet instant. Pourtant... il était lié à moi comme j'étais lié à lui. Il était mon corps, mon sang, j'étais son âme. Son âme la plus farouche, la plus sauvage, la plus pharaonique, peut-être. J'étais la descendance d'une religion oubliée, d'une civilisation gravée sur les murs. J'étais Lorcan Chess Hatefull, et j'étais égyptien.


(…)

Chapitre un : Egypte. 0 : 10 ans


Comment aurais-je pu aimer l'Angleterre ? Ce pays que je voyais se dessiner dans mon imaginaire comme un amas flottant, humide et bouillonné par un brouillard opaque. Une île grise et verte, grouillante de ces gentlemens et ladys, obnubilés par les mariages de leurs princes et princesses, délaissant le monde, persuadés de valoir, par leur couronne, le double du restant humain. Ces Anglais, des êtres snobs et hautains qui avaient déposés dans mon esprit fécond des semences perfides à leurs égards. Je ne pouvais supporter d'eux que leur nature humaine, car comme mon peuple, ils étaient enfants de la création originale. S'ils se fourvoyaient, cependant, persuadés de descendre d'une certaine intervention paternelle ; un dieu, le père, le saint esprit et le fils, dans leurs croyances chretiennes, je pardonnais leurs pêchés en balayant du revers de la main, de par cette miséricorde me définissant.

Pour moi, toute chose était sous le règne de Ré, le dieu faucon. J'étais Egyptien, né dix ans plus tôt, près du Caire. Et il était irréfutable que ma vision du monde, dès ma naissance, soit des plus parfaites.
Mes parents n'avaient jamais côtoyés d'école magique, et avaient grandis avec leurs dons spécifiques sans jamais posséder de baguette. Ils avaient inculqués à mon éducation cette persuasion que tout était la cause des faveurs que nous offraient les dieux. Nous étions leurs créatures, et si nous leurs plaisions, dès la naissance, ils nous faisaient cadeaux de certaines bienséances. Que ce soit physique ou moral, chaque être humain se voyait attribué d'une unicité totale. Ma mère, en plus d'être « sorcière », comme l'auraient dit ces perfides Anglais, avait la beauté. Mon père possédait l'intelligence. Ma mère était égyptienne de sang, mon père ne l'était que de terre. Il possédait cette peau blanche et ces yeux clairs qui créait la discrimination. Cela ne l'empêcha aucunement de se faire respecter, puisqu'adoptant pleinement une mentalité égyptienne : il en devint littéralement un, de ce fait. Surtout avec la rencontre à ma mère.

Ils se connurent près des pyramides, de ceux qui, autrefois, furent les souverains sacrés de l'Egypte ; les pharaons morts veillaient, et mes parents conclurent leur union sous les pyramides. Je naquis près du Nil, dans un climat habitué au sable et à la morsure du vent. Comme mon père, j'eus la peau blanche, les cheveux blonds et les yeux clairs. Mais rien dans ma tête ou aux yeux des autres ne me différenciaient de mes amis noirs, ou métis. Comme eux, nu, je courais sur le sable. Comme eux, moqueur, j'allais pisser près des dromadaires. Comme eux, nous suivîmes les voyages nomades ; comme eux, j'étais égyptien. On m'avait laissé entendre, dès que je fus en âge de raisonner, que j'étais un enfant-dieu. Un individu privilégié par les bontés des entités originelles. En effet, je faisais se déplacer des volutes de sable par ma simple volonté, ou effrayais les dromadaires en leur sifflant aux oreilles des mots qu'un humain n'aurait jamais du savoir prononcer. Personne ne s'inquiétait de mes talents ; au contraire, j'étais exhaustivement accompagné dans mes démarches magiques, et rien ni personne n'était plus amusé que mes petits camarades lorsqu'ils me voyaient jouer à sculpter le sable. Je ne connaissais, ni moi, ni mes parents, le terme de Moldu. Le fait que ni mon père ni ma mère ne possèdent de baguette joua certainement un rôle important ; le résultat est que jamais le Ministère ne nous contacta pour abus de magie. Nous n'étions pas des magiciens, dans notre tête, nous étions des humains comme les autres. Mais des humains qui avaient un certain talent. J'atteins rapidement l'âge de dix ans ; un moment de ma vie où je me prenais pour le roi du monde. Mes camarades, dont un petit Noir terriblement séducteur, m'avait fait relevé un défi, pour épater une jeune musulmane, inconnue à notre tribu ; je devais pénétrer une pyramide, et en ramener un souvenir. Je scellais rapidement mon destin en relevant l'épreuve ; avec une arrogance houleuse : le soir même, j'avais quitté la tente de mes parents pour plonger dans la nuit et courir vers la pyramide. Cette dernière, je l'ignorais, recouvraient les restes d'une célèbre oracle de Thot, le dieu du savoir, des sciences et des écrits. Pas effrayé pour un sou, particulièrement inconscient, je rejoignis mes camarades à l'entrée du lieu sacré, et plaçant ma main dans celle du petit Noir, jurait sur les seins d'Isis que je serais de retour avant trois heures, et que j'aurais rapporté une relique. Pénétrant dans le sanctuaire, je me livrais ainsi pour la première fois à la peur. La vraie peur ; celle qu'on ne connait pas et qui comme un cobra, venait se glisser doucement près de votre cheville. Pour d'un coup, fulgurant, vous abattre.

Les intérieurs silencieux et oppressant des lieux ne m'effrayaient pas. Mais le miaulement lointain des rumeurs venteuses commençaient à faire monter en moi une étrange inquisition. Cela ne faisait que quelques minutes que je rasais les murs peints et sculptés, cherchant ce que je pouvais dérober, afin de prouver ma vaillance. Les minutes s'écoulaient, et bientôt, énervé par ce vent qui se jouait de moi, je me mis à courir, pour aller plus vite. J'étais bravache ; et pour effrayer les esprits, me mis à hurler dans ma langue gutturale, arabe. Il me sembla que pendant quelques minutes, le vent se tût, mais les trop importantes résonnances de mes pas claquaient à mes oreilles, m'assourdissant. La pyramide se faisait de plus en plus labyrinthique, et bientôt, je compris que j'étais perdu. Sans lumière, avec pour seul repère ces murs auxquels j'avais plaqué ma main ou mon épaule, j'avançais doucement, hésitant sur quoi faire.

Mon errance aurait pu durer des heures, si soudain n'était pas apparu devant moi une jeune fille. Une terrible et belle jeune fille, qui poitrine nue, et cheveux tressés, me fixa étrangement. Tout aussi surpris, je me renfrognais, vexé qu'une fille ait pu aller aussi loin que moi. L'apostrophant, je quémandais des informations.
« Qu'est-ce que tu fous là ? T'es perdue ? »

Elle avait une mine piteuse, et j'ôtais la colère de mes traits, décidant d'être plus doux avec elle. Elle avait l'air plus vieille de quelques années que moi, et avait une véritable beauté. Je remarquais qu'elle était habillée comme une princesse : une toge de lin blanc drapant ses reins, et ceint par une dorure ciselée. Ses pieds étaient chaussés par des sandales, sa poitrine révélée exhibait deux petits tétons habillés par un coquillage respectif, et doré, qui offrait à la vue de ses seins une vision tout à fait charmante. Je la trouvais belle, sur le coup.
« Comment tu t'appelles ? »
« Pourquoi ? »
« Beh... je veux savoir. »
« Je ne te le dirais pas ! Tu es ici pour voler ? »

Je renfrognais mes lèvres en une moue exaspérée. Ces filles ! Toujours à chipoter là où il ne fallait pas. Elles étaient tellement ridicules, parfois!

« Et alors ? Ici, tout le monde est mort, de toutes façons, alors on s'en fout ! »
« Ce n'est pas vrai ! Thot est là. »

Je me récriais, soudainement apeuré. Il fallait savoir que j'étais particulièrement supersticieux.

« Quoi ? Mais ! Je croyais qu'il était dans la vallée des rois ! Un dieu ne peut pas habiter ici ! C'est pas assez... »

« Quoi, pas assez luxueux ? C'est parce que tu ne sais pas regarder ! »

Le fille leva son bras, et aussitôt, des centaines de torches spectrales apparurent sur les murs. J'ouvrais des yeux stupéfaits, et la jeune fille explosa d'un rire moqueur, tandis que je découvrais la beauté des hiéroglyphes inscrits dans les murs. Je me récriais devant mon erreur, acceptant totalement le fait qu'elle aussi possède des dons. J'avais la suspicion qu'elle n'était pas réellement humaine.

« Tu vois ? »
« Je suis désolé, je pensais que.. pardon... »
« Ce n'est pas grave, sourit la fille. Tu veux que je t'accompagne ? Tu es petit, et je ne veux pas que mon frère te mange pas erreur. »
« Ton frère ? M'étonnais-je, en lui emboitant aussitôt le pas. »
« Oui ! C'est un terrible affamé ; tout ce qui est inconnu, qui se dévoile à ses yeux, il le mange, et quand il le
dévore, il en connait l'essence même. Il sait presque toutes les choses sur la terre »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il est très intelligent. »
« J'aimerais pas avoir un frère aussi intelligent, marmonnais-je. »

La jeune fille eut un petit sourire, puis continua sans mot dire. Pendant quelques minutes, nous continuâmes notre voyage au travers des dédales colorés de la pyramide, puis la jeune fille me dévoila une porte magnifiquement sculptée. Elle la poussa, et pénétrant à l'intérieur, arrivait dans une salle au sol en pente. Au milieu, prônait un tombeau richement sculpté. J'ouvrais des yeux épouvantés.

« Mais ! C'est une momie, là-dedans ? »
« Oui ! Celle d'une vieille femme. Tu veux l'ouvrir ? »
« On ne va pas me punir, si je fais cela, demandais-je, en tournant mes yeux clairs vers la jeune fille. »
« Oh non ! Pas si c'est moi qui te donne la permission. Vas-y ! Ouvre ! »

Je traversais la salle en enjambant des centaines de richesse disposées sur le sol, pour m'approcher de la défunte. Mes doigts se déposèrent sur le lourd couvercle, et prenant mon inspiration, je m'arc-boutais pour le déplacer. Rien n'y fit. La fille explosa de rire.

« Oh non ! Ne l'ouvre pas comme ça, tu ne réussiras pas ! »
« Arrêtes de te moquer ! Tu m'as dit que je pouvais... »
« Je veux dire... pas avec tes mains. Essaie... avec ta tête. »

Je comprenais, surpris qu'elle sache que je possède des pouvoirs. Mais ne faisant aucun reproche sur cela, je visualisais mon objectif : le coulissement du couvercle, par un pivot régulier. L'action s'éxécuta dans des secondes qui me parurent infinies. Je regardais la boite s'ouvrir, et je regardais le cadavre desséché de l'ancienne oracle. Ne restait presque plus rien, mais ce visage ouvert sur une mâchoire hurlante, des doigts crochetés, m'effrayèrent. Je retins un cri, et la jeune fille s'approcha de moi. Ses doigts vinrent caresser le squelette hideux, et elle désigna une petite forme noire, à la place de l'utérus du squelette. Je plongeais mes doigts entre le bassin et les hanches, pour en ressortir une petite statue noire ; representant un chat, roulé en boule. Etudiant ma trouvaille, je me tournais vers la jeune fille ; et figé d'horreur, j'assistais soudain à un spectacle monstrueux : la poitrine juvénile se déchirait en deux mamelles énormes, fertiles, et le visage tendre s'était arraché, pour laisser place à une gueule de lionne.

« Maintenant ; garde précieusement ! Et cours ! Sois ! Les Dieux d'Egypte n'aiment pas les voleurs. Mais pour ta faute, toi qui a violé le sanctuaire, tu seras châtié. Mais pas maintenant ! L'amour de la déesse de la guerre et de la destruction t'accompagne ! Vas, chaton aimé, chaton maudit! »


Sans réfléchir une seconde à logorrhée de la créature monstreueuse ; j'obéissais avec une terrible docilité. Prenant mes jambes à mon coup, je fuyais cette salle, tandis que les rugissements de la lionne résonnaient à mes oreilles.
Un souffle lointain me masqua le « Je t'aime », prononcé faiblement aux milieu des cris félins. Le savais-je ?
J'avais rencontré une des plus terribles déesses. Sekhmet. Et volé devant ses yeux. En soit, cela signait mon destin d'une croix rouge : je me ferais un jour manger le cœur par la grande Dévoreuse. Je le savais. Mais ce jour n'était pas encore arrivé.


Chapitre deux : Angleterre

Les souvenirs relatés, une fois hors de mes lèvres, explosèrent aux tympans de mes parents comme une folie dangereuse qui évéilla en eux une paranoïa impressionnante. En quelques jours, sans que je ne parvienne à comprendre ni comment ni pourquoi, nous avions pliés bagage, et l'Egypte devenait pour moi un endroit que je ne reverrais pas de sitôt. Dans l'avion, je quémandais des informations. Mes parents ne m'expliquèrent rien, préférant sagement retourner aux pays civilisés, loin des dieux païens, et des sables chauds. Je laissais derrière moi, pour avoir voulu obéir à une déesse, mon pays, mes amis, mes souvenirs.
L'Angleterre me fut détestable dès le premier jour. Un pays GRIS. Totalement à l'opposé de mes villes, du Caire, des pyramides et des petits lézards se chauffant au soleil. N'y avait ici que les désolations d'une pluie parcheminant des pages déjà brouillée par l'encre de la pollution. Le Monde Moldu s'offrait à moi comme un lieu dangereux, où je ne devais pas exister en tant qu'individu magique, mais simplement en tant qu'individu physique; si possible, consommateur. Ne rien faire d'autre que d'obéir, aller à l'école, apprendre cette langue trop facile, et hideuse qu'était l'anglais. Malgré tout mon dégout, s'ouvrait pourtant à moi un univers étrange que jamais je n'aurais soupçonné en Egypte. Les Anglais n'étaient pas tous moldus. Je découvrais, grâce à un très ancien réseau d'amis de mon père, le monde sorcier. Je découvrais le Chemin de Traverse, je découvrais des enfants de mon âge qui piaillaient devant un magasin de Quidditch. Bientôt, toute ma haine se dissipa en une simple rancoeur. Pourtant, le souvenir de la jeune Hathor, se transformant en Sekhmet obnubilait mes nuits. J'avais conservé la statuette de chat, et chaque nuit, en étudiais les contours, avant de m'endormir.
J'allais avoir onze ans, et la rentrée aurait lieu bientôt. Je craignais de voir passer les jours sans jamais recevoir de lettre. Plus l'impatience montait, plus mon angoisse faisait de moi un animal traqué par mes propres peurs, et je me réfugiais dans des pleurs qui se faisaient toujours plus violents. Je craquais, persuadé que Poudlard ne voudrait jamais de moi.

(…)

La journée était maussade et grise, et je ne savais quoi faire. Trainant dans la bibliothèque, j'avais jeté dans un carton tous les livres me plaisant vaguement, et étais remonté dans ma chambre avec, dans l'espoir de me distraire. Assis sur un épais fauteuil de cuir vert, je jetais les livres au sol, les uns après les autres, dans une attitude profondément arrogante; chaque livre qui au final me paraissait ennuyeux filait se claquer contre le sol dans un bruit sonore. Soudain, mes yeux se stoppèrent sur le titre doré d'une enluminure inscrusté dans le cuir d'un livre sombre. "Alices adventures." Alice aux pays des merveilles, ce livre dont j'avais tellement entendu parlé, mais jamais je ne m'étais passionné, chutait enfin entre mes doigts, sans que j'ai à faire le moindre effort. Délaissant le carton, je m'installais, récupérant la statuette du chat, et comme à mon habitude, la plaçais sur mes genoux, pour pouvoir la caresser. J'ouvrais le livre.


~

'Well! I've often seen a cat without a grin,' thought Alice; 'but a grin without a cat! It's the most curious thing I ever saw in my life!'


Cette phrase, je la répétais à voix haute, me fit faire la chose la plus extraordinaire qui soi. J'aimais le personnage de Chess comme j'avais pu aimer Hanthor, et cela sembla se projeter hors de moi: comme une bulle. Une bulle d'amour et de magie la plus puissante que je puisse fournir, qui venant s'éclater sur la statuette, lui donna vie. Un chat prit place sur mes genoux, devint Thot, devint l'élément le plus important de ma vie, car à lui tout seul, parvint à être le pont entre l'Egypte de mon coeur et l'Angleterre de mes yeux. Je recevais la lettre de Poudlard. Je recevais mon identité. Je devenais Chess.

Première année.

« Qui es-tu ? »

On avait appelé mon nom, et j'eus envie de lancer une plaisanterie à ce chapeau miteux que l'on venait de déposer sur ma tête. Qui suis-je, créature anglaise, chose personnifiée ? Qui suis-je, moi qui vient du pays du sable, qui parle hébreu, et trébuche sur mes prononciations anglaises ? Moi qui suis enfant du soleil, qui ai les yeux bleus, et les cheveux blonds ? Pourquoi me poser la question, alors que jamais tu ne pourrais réellement le savoir. Tu n'étais rien d'autre qu'un chapeau. Moi, j'étais tellement plus que toi.

« Le crois-tu ? Ta vie vaut t-elle plus que la mienne ? »

J'ignorais que tu étais en vie, Chapeau. À mes yeux, tu étais un objet que des anglais à qui des anglais avait voulu attacher de l'importance. Tout comme ces vêtements que je devais porter, qu'eux tous devait porter. Il y a six mois encore, je pouvais courir nu dans le désert. Avant, j'étais en Egypte, et j'étais libre. Du moins, c'est l'impression que j'avais. Je pensais que le monde m'appartenait, et qu'il suffisait que je coure toute la journée, en compagnie des enfants arabes, noirs, pour être persuadé que nous venions de faire le tour du monde ; de par nos esthnies, de par ma magie, de par les connaissances qu'eux pouvaient posséder, s'ils venaient de différentes tribus entre eux. Je ne le savais pas. Mais au moins j'étais heureux.

« Tu es donc malheureux, ici ? »

Non. J'ai découvert Chess. Je n'aurais pas pu lire de l'anglais, avant. Je n'aurais jamais découvert Cheshire.

« Est-ce que tu es prêt à tout pour montrer que tu es Chess ? »

Naturellement. Tuer ? Est-ce que je dois avoir honte de l'avouer ? Les mœurs anglais sont d'une politesse hypocrite. Si je dois casser la tête de quelqu'un contre le sable parce qu'il l'a mérité, alors je le fais. Je l'ai déjà fait. J'ai été éduqué par les scorpions des roches. J'ai grandi près des cobra. J'ai mangé avec le vent. Je suis la nature que la faiblesse anglaise redoute, dans toute sa splendeur grise et frêle. Je suis la violence, et je suis la désincarnation de la beauté. Je suis Chess. Je suis Lorcan Hatefull.

« Et si quelqu'un était plus fort que toi ? »

Cette personne n'existera jamais.

« Et si elle existait ? »

Alors je l'aimerais.

Le Choixpeau prit son temps, et McGonagall resta un peu surprise, comme beaucoup d'autre, de par l'attente qui en résultat. Une certaine tension avait pris place dans la Grande Salle, et quand, dans une déchirure du tissus, la bouche monstrueuse du Choixpeau s'était fait apparaître, le nom de la maison de Gryffondor résonna dans la salle avec une intensité qui me fut toute particulière. Je me souviens avoir levé mes mains jusqu'au chapeau, et l'avoir fixé. Puis, je lui murmurais que je devais déjà être ce que j'étais, et que je ne serais pas ce que je devais être. J'ignore si ce fut réellement le cas, mais il me sembla que le Choixpeau souriait, tandis que je rendais l'objet miteux à McGonagall, avant de me tourner vers la table des Gryffondor. En cet instant, je me sentis comme à l'apogée d'un petit règne : observez moi, contemplez-moi, craignez moi, car maintenant, je suis des vôtres. J'étais allé à leur table, on m'avait applaudi, comme n'importe quel autre Gryffondor, mais il n'y avait pour moi ni fierté ni honte. Simplement le constat d'être un lion. Un lion solitaire, ou peut-être uniquement un lionceau. Mais j'étais outré. Ce chapeau lisait t-il l'avenir ? Y'aurait t-il réellement cette personne qui serait plus forte que moi ?

(…)

« Je vais te détruire. »

Le savais-je ? Cette phrase était sortie d'entre les lèvres pincées d'un garçon de cinquième année. Ma première année à moi était déjà bien entamée, et pendant six mois, j'avais connu ce même refrain, étant la source de moquerie de nombreuses personnes, et bousculé par d'autres, était resté le souffre-douleur d'un château qui m'apparaissait comme rempli de vers. Je m'étais mis à tous les détester, quels qu'ils soient. Je m'étais mis à me détester, sans parvenir à comprendre pourquoi. Mais cette haine, qui avait empli ma poitrine, ne faisait qu'âccroitre, par sa simple existence. Pendant une demie douzaine de mois, j'avais laissé enflé cette colère, mais étais resté d'une passivité déplorable. Alors aujourd'hui, ce soir, en cet instant, tandis que l'autre me regardait, la joue lacérée par mes soins, je me sentis brutalement vivant. Brutalement.

« Je te jure que je vais te détruire. Je ne sais pas comment, mais je vais te détruire. »

Il avait essayé de me renverser du haut d'un escalier. Peut-être qu'avant cette soirée, il n'y prenait pas vraiment de plaisir, et que c'était un bizutage sans intérêt à ses yeux. Peut-être que dans mon dos, on disait que ce n'était pas bien, et que je n'avais pas à subir cela. Mais je ne voyais que la distance, je ne voyais que ces sourires, que ces livres que l'on m'avait arraché des mains, et qu'on avait jeté au sol. Je n'entendais que ces silences lorsque je demandais « pourquoi ». Je ne vivais que pour cela, que pour cette haine du genre humain, de l'individu anglais, qui m'avait arraché au bonheur de ma vie. Je les détestais. Je les haissais.

« Tu ne pourras pas. »

Ma voix était faible, tellement faible ! Encore aujourd'hui, je restais surpris par le manque de force de mes cordes vocales de l'époque. Mais mon souffle absent était peut-être un paradoxe de plus quant à cette violence qui s'était déchaîné dans mon être. J'avais la main rougie, et les phalanges ensanglantées. Je finirais peut-être dans le bureau de mon Directeur de Maison. Mais je n'en avais rien à foutre. Ce mec. Je l'avais frappé pour m'avoir humilié une fois de plus, parce que je ne le supportais plus. J'annonçais les couleurs de mon combat, j'annonçais ces hurlements qui viendraient jaser sur mon passage. J'avais onze ans, j'avais cent mille ans, j'étais un enfant, mais pour eux, je voulais être leur assassin. Autour de moi, dans le couloir, mais avec une répercussion future de ma socialisation, les acolytes de ma victime m'encerclèrent ; pour me menacer de leur surnombre, pour m'apprendre qu'ici, à Poudlard, ils seraient toujours bien plus nombreux que moi, bien plus forts que moi.
Cette leçon, je l'appris à grand coup de poings dans ma mâchoire, dans mon échine, et dans le ventre. Ils m'abandonnèrent au sol, et jamais je ne fus convoqué dans le bureau du Directeur. Mais jamais je ne décidais de laisser passer cela, et vengeance criante, je décidais de trouver dans la Haine mon besoin d'exister.

Les cours de métamorphoses furent le seul piston d'une normalité qui resta émergé au dessus de tout ce flot de banalité auquel je n'accordais plus la moindre importance. La seule matière dans laquelle je me découvrais un talent qui impressionna mon professeur, et moi, par la même occasion. La seule matière qui fut capable de me rendre un tant soit peu « naturel », « commun ». Parce que je pouvais sourire, innocemment, devant une bonne note épinglée au coin d'une feuille de devoir.
Mais le reste était un amas d'excréments, à mes yeux. Je vivais passif dans le quotidien d'un élève de Poudlard. Mais la nuit, je me livrais à l'extase de mon existence déformée. Toujours, ils seraient plus forts, toujours, ils seraient plus nombreux. Mais je les tuerais tous, car je n'étais, et jamais je ne serais, un perdant. Poudlard était une source d'énergie, une sorte de vasodilatateur à la magie. J'en ressentais chaque vibrations, chaque frémissements, et ces stimulations régissaient mon corps et mes humeurs. Je ressentais la puissance du surnaturel avec une attention de limier. Mon premier acte « extra-ordinaire », fut un jour de parvenir à fondre la statuette trouvée dans l'utérus de la morte, et d'en faire un chat, noir, qui jamais ne mangeait. Je caressais son poil, j'écoutais ses yeux, et bientôt, je retrouvais avec lui cette sensation de torpeur et de magnificence que j'avais eu en lisant Alice aux Pays des Merveilles, cette sensation que j'avais eu en découvrant Chess. En me découvrant. Cela n'avait rien d'un Horcruxe, et à l'époque, je ne savais même pas que cela existait. Mais Thôt, ce chat originellement statue, devint une partie de moi, et je fus plus que jamais chat.

(…)

« Eymeric, Eymeric ! »

Ils hurlaient, transportés dans leur panique, tandis que s'effondraient sur eux la fureur d'une pluie nocturne. Ils étaient quatre, mais d'eux d'entre eux gisaient à terre, dans une chute que j'espérais mortelle. Je l'espérais, mais je fantasmais. De toutes façons, ils m'importaient peu. Celui qui m'intéressais, c'était ce garçon dont l'acolyte criait le nom. Mon fameux « destructeur ». Celui qui, la joue lacérée, m'avait foudroyé du regard, en insinuant que ma vie lui appartenait. Qu'il était capable de l'arracher au commandement de Ré. Ce garçon, anglais.

« Arrête, arrête... »

Lui, ses murmures étaient si délicieux. Je sentais la pluie qui collait à mon corps, et j'en avais horreur, mais le plaisir de me venger valait bien toutes les inondations du monde. Le Parc, à cette heure avancée de la nuit, était vide et personne ne pourrait venir à l'aide des quatre jeunes hommes. Car il y avait ; eux, ces humains anglais, et nous. Nous, les chats.
Comme des pierre, figés sous la pluie dans la perfection féline de nos mouvements, nous ignorions l'eau pour contempler ces humains. Moi j'étais debout, mais cela n'était pas très grave. J'étais avec eux, ils étaient avec moi, et nous étions ensemble quinze individus aux pelages imbibés d'eau. Le lendemain, lorsque le jour se leveraient, peut-être que les élèves propriétaires des chats ici présents s'étonneraient de leur humidité : mais ce soir, ces chats m'appartenaient, et je leur ordonnais leur propre plaisir. Chasser la souris. La souris en question était bipède et bruyante, mais nos oreilles plaquées sur le crâne, nous veillions à ce qu'aucun n'échappe. Moi, j'étais assis sur le torse d'Eymeric ; ce rat puant. Du bout des doigts, je caressais ses lèvres, et Patapouf et Mistigri tournaient autour de nous, leurs prunelles enflammées par l'éclat lugubre d'un œil de chat. Nous prédateurs. Eux proie. La société animale s'organisait sur la loi la plus fondamentale de toutes. La raison du plus forts était toujours la meilleure.

« Il y aura toujours plus de chat que d'humain. »

Mes ongles arrachaient des morceaux de ses lèvres.

« Il y aura toujours plus de puissance dans la patte d'un chat que dans les actions d'un homme. »

Le sang coula, sous la pluie, mais je maintenais avec soin son menton, et des chats plantèrent leurs griffes dans ses bras musculeux.

« Je gagnerais toujours. »

(…)

Eté : 12 ans.



Je retrouvais l'Egypte à partir de mon anniversaire, le mois de mes douze ans. La chaleur enflamma ma vie, mon été, et je crois que je ne fus jamais aussi heureux que de retrouver le sable de mon pays natal. Je retrouvais mes amis, je leur racontais ma facilité à maîtriser les chats, et se moquant ouvertement de moi, ils me surnommèrent « CHA' TOOL », ''chaton'', en hébreu. J'avais la sensation d'avoir déjà été appelé ainsi, mais grisé par les retrouvailles, je me jetais sur eux, et nous passions alors de longues heures à jouer. Je redevenais le sable, je redevenais le vent. Pour un mois. Un éternel et si bref mois, qui resta à jamais gravé dans ma mémoire. Un vieux sorcier, éloigné de la société instauré par le Ministère de la Magie, me fit voir des choses que l'on pouvait réaliser avec la magie, mais sans la baguette, et pendant un certain temps, je n'usais plus du tout de ce que je considérais comme un bout de bois. Quoique de papyrus.
Mais ces bases sur la shamanisme égyptien, sur cette magie du désert m'offrit un avantage considérable que je me promis de ne jamais utiliser à Poudlard. Ce n'était pas une magie que les anglais méritaient de connaître, et si je commettais l'erreur de la réaliser devant eux, ils viendraient saccager nos déserts pour trouver le secret des veines pharaoniques. Je refusais cela. Alors j'appris, je retins, mais je le conservais, enfermé dans le coffre-fort de mon cœur, pour ne l'utiliser qu'une fois ailleurs de l'Angleterre.

Seconde année: 12 ans.


« Eyh, Marilyn ! »

Marilyn Monroe était morte en 1962. Soit un an avant ma naissance. Les gens qui m'invectivaient, un sourire goguenard aux lèvres, de cette manière, ne devaient cependant pas être plus âgés que moi. Pour la plupart, ils étaient dans les mêmes années d'étude que moi, et qu'à douze ans, ils aient une culture moldue américaine m'impressionnait réellement.
De mon côté, je trouvais, -malgré moi-, leur comparaison plutôt perspicace. Mais du top-model, je n'avais que la blondeur, et les hanches. Je ne me trouvais pas aussi raffiné que Miss Poumpoumpidou, et bien loin d'avoir sa taille. J'étais plutôt petit, et à douze ans, cela devait être un avantage, à mes yeux. Guilleret, je laissais passer les « Monroe », au fil de mes journées, de mes semaines, de mes mois, de cette deuxième année à Gryffondor. J'étais guilleret, très exactement. Joyeux de ma victoire, content de ma vengeance accomplie en fin d'année dernière, et heureux de constater que je ne craignais plus le genre humain, et l'individu anglais.
C'est ce que je crus pendant huit mois.
Jusqu'à ce que des filles de Gryffondor, que je ne connaissais que pour leur attention dévouée auprès des plus jeunes, murmurent en gloussant, dans un couloir, alors que je passais près d'elles, aussi invisible qu'une ombre, que Lorcan Hatefull était le petit pédé des Lions.

(…)

« Vous l'avez vu ? »
« Pas du tout. Ça fait combien de temps, là ? »
« Deux mois et... vingt et quelques jours. »
« Dumbledore et Dicket ne font rien, ou quoi ? »
« On ne sait pas. Je sais que Dumbledore a fouillé la forêt Interdite, mais il ne l'a apparemment pas trouvé. »
« Tu penses qu'ils nous l'auraient dit, s'ils avaient retrouvés son corps ? »
« … Je ne sais pas. Je sais juste que ses parents sont venus ici, et on supplié le Directeur de ne pas faire d'annonce dans la Gazette. Ils refusent d'accepter l'idée qu'il puisse avoir été emmené ailleurs. Selon eux, il est toujours à Poudlard. »
« C'est logique, mais je ne comprends pas la motivation de ses parents. Pourquoi refuser l'intervention de la Gazette ? Ça peut aider à le retrouver, non ? »
« Ils sont étrangers, si j'ai bien compris. Ils n'aiment pas trop les systèmes anglais... et j'en sais trop rien, ils ne veulent pas que le Ministère fiche son nez dans leurs affaires. »
« M'enfin... c'est étrange, ça, qu'un gosse de douze ans disparaisse et que personne ne parvienne à le retrouver ! »
« Hatefull a toujours été un gamin bizarre. Je crois qu'il fallait s'attendre à un truc comme ça, tu sais. Il est gryffondor, mais il ne colle pas vraiment avec le portrait qu'on peut se faire de l'un d'eux. Je ne comprends pas ce qui a bien pu lui arriver. Ce type était étrange sur toute la ligne : depuis son arrivée à Poudlard, il ne s'est jamais fait d'amis, et il a toujours été le gamin qui laisse deviner un mage noir en devenir. Je pense que ce n'est pas une grande perte. »
« Tu ne devrais pas dire ça, Harrison. S'il est mort... »
« J'ai du mal à croire qu'il soit mort, malgré ce que je dis. J'ai la certitude que ce gosse est quelque part. Peut-être qu'il va réapparaître. »

(…)

Quelque part.
Presque trois mois.
Presque.
Mais je commençais à m'impatienter, et la salle sur Demande n'était plus aussi confortable qu'elle avait pu l'être lors de mes premiers jours caché ici. Je savais que plusieurs fois on avait cherché dans cette salle : mais jamais on ne m'avait trouvé. Car une des lois fondamentales de la Salle établissait qu'on ne pouvait pénétrer dans le désir le plus profond de l'utilisateur en cours de la salle va-et-viens. Et personne n'avait, de toutes façons, deviné que j'étais là, entre les murs du Château, à pleurer tout mon soûl, sur le sable qui environnait la pyramide de Khéops. Je savais qu'il était impossible de faire apparaître le monument funéraire, mais je connaissais l'odeur du sable d'Egypte en fonction de chaque localisation. Et je savais que ce sable qui était sous mes doigts, et que je foulais depuis trois mois, avec la complicité de la Salle, était bien celui de mon Egypte natale. Mais il fallait que je revienne à la réalité. Mon chagrin avait disparu, laissant place à un simple vide dans ma poitrine ; le constat que rien de ce que je ferai ne me laisserait en paix avec les Anglais. Je ne pouvais pas les aimer. Ni les aimer, ni les supporter. Nous n'appartiendrions jamais vraiment à la même race, et ils étaient pour moi des étrangers que je reniais. Pédé. J'étais cette étiquette, à leurs yeux. Et cela me blessait plus que tout autre chose, car ils posaient sur moi une attention motivée uniquement par ce que renvoyait mon profil, et pas ce que j'avais cru transmettre. Je n'étais pas, pour eux, ce que j'étais pour moi. J'étais une chose monstrueuse, péjorative, humiliante, à leurs yeux. Et dans mon besoin viscéral de reconnaissance, d'admiration, je ne pouvais pas supporter cela. C'était puéril. Mais pleurer, me lamenter, et hurler dans la Salle sur Demande avait eu le mérite de me calmer, de me vider la tête, et de me tranquiliser. J'étais tranquille. Comme un lézard sur un rocher, qui profite du soleil. Je ne savais simplement plus ce que je devais faire. Et ce vide total me shootait ; je vivais pour rien. Dans l'attente de rien. Aucune motivation. Une tranquillité extrême. C'était réellement bénéfique.
Mais aujourd'hui, il fallait que je bouge. Marcher des kilomètres dans le sable n'était plus ce que je devais faire. Dès l'instant où cette idée s'ancra dans ma tête, le désert disparu petit à petit, et bientôt, la Salle sur Demande fut une pièce étroite, de la taille d'un cagibi, me présentant deux portes. L'une que je savais être la porte qui me ferait retourner dans les couloirs du quatrième étage de Poudlard. L'autre, elle était noire, et m'était inconnue.
Je n'hésitais pas.

(…)

Le couloir était sensuellement sombre. Sensuel était un adjectif qui m'était apparu lorsque la porte noire s'était refermé derrière. Je n'avais pas cherché à la retenir, car je savais qu'il fallait que j'avance dans ce boyau étroit, lisse, et propre. Il faisait froid, et mes pas claquaient entre les murs, mais je caressais d'une main légère les parois si noires. Elles m'enfermaient dans ce qui me donnait l'impression d'être le ventre d'un serpent. Mais un serpent cubique, qui semblait ne jamais vouloir se terminer. Pourtant j'arrivais quelque part, et des torches enflammées, accrochées de par et d'autre d'une seconde porte, me permirent de lire des mots gravés dans le panneau de bois. Se trouvait, apparemment, et derrière cette porte, ce qui s'appellait l' « Heliogabalus Pub ». Un pub. Quel étrange endroit pouvait bien se trouver ici ? J'avais la conviction infinie que je n'étais plus à Poudlard. Peut-être en dessous de Londres ? J'entendais, très loin au dessus moi, des vibrations qui auraient pu être une circulation urbaine. Une ville, à des centaines d'années lumière de mon existence. Je concentrais mon attention sur la porte, sans bouger. Toucherais-je ce bouton doré ? Je savais que je n'avais qu'à le saisir, et le tourner, pour découvrir de quoi il en résultait vraiment. Ce qu'était cet Heliogabalus Pub. Mais une partie de moi, une partie comme endormie, comme protectrice et prudente, me disait de ne surtout pas faire cela. Il y avait peut-être quelque chose de dangereux.

« Tu n'ouvres pas ? »

Ils étaient deux êtres. Deux êtres dont jétais incapable de définir la réalité : s'ils étaient vivants ou statues. Ils ressemblaient tous les deux à un couple de danseurs, et immobiles, ils transpiraient la grâce et la beauté du mouvement immobilisé. Je me souviens être resté surpris par leurs magnifiques visage, comme taillés dans le marbre. Mais pas par le fait qu'ils soient tous les deux là, sortis de nulle part. Je secouais la tête, faisant valser mes boucles blondes. Non. Non, je n'ouvrirais pas cette porte, car il y avait quelque chose de mauvais derrière. Quelque chose qui n'était pas normal. Les statues sourirent, et dans un mouvement étrange, un mouvement qui ne fit pas bouger leurs jambes, mais qui les rapprocha de moi, ils fondirent à mes côtés.

« Est-ce que tu te rends compte que tu meurs petit à petit ? Que celui que tu étais est en train de disparaître pour se laisser dévorer par l'anglais ? Tu es en train d'être... contaminé par la normalité. Par ce que les autres peuvent être si facilement. Dès la naissance, en fonction de leur parent, de leur éducations, ils correspondent aux normes. Tu es né étranger à ces normes, et tu t'es fait prisonnier d'autres chaînes. Si tu étais resté en Egypte, tu aurais été banal, comme nomade : car tu serais resté dans ton environnement naturel. Mais en venant en Angleterre, en t'exilant dans ce pays qui n'est pas le tien, tu t'es fait toi-même étranger à ce monde. Tu es différent. D'eux. De ce qu'ils sont. Et c'est ta force, si tu acceptes cette différence ; parce que toi, tu es cet exil qui s'accepte, tu es cette force qui se revendique dans sa faiblesse. Est-ce que tu comprends ? Si tu es trop anglais, tu n'es plus égyptien. Si tu es trop Egyptien, tu n'es pas anglais. »

Le couloir, la porte, les flammes, et les deux danseurs disparurent. J'étais dans le quatrième étage de Poudlard, face à un mur vide, mes cheveux parfumés par l'odeur du sable.

Troisième année: 13 ans.

Mes cheveux avaient poussés jusqu'à mes épaules. Et j'avais découvert l'existence du eye-liner.
Dès la rentrée, mes camarades, mes connaissances, mes professeurs remarquèrent, avec une contrainte de mes mains, le changement de mon être.
Jean's troué et collant de maille, gilets cloutés et mini-jupes de cuir, mon androgynie était apparue comme une fleur éclot un matin. Brusquement.
Je faisais de mes yeux le support de longues et larges traces noires ; je tirais mes cheveux en arrière, en projetant à mes mèches un côté disparate et décoiffé, je remontais des bas et des jarretières sur des cuisses qui devenaient de plus en plus maigres, et je dénudais mes épaules pour laisser apparaître des bretelles de soutien-gorge. Il y eut tout d'abord des moqueries. Puis petit à petit, une sorte de silence glacé accompagné mes journées, et je savais que l'on me regardait maintenant d'un œil fasciné.
Une fascination exacerbée par mes allées et venues entre les toilettes des filles et les pissotières masculines. Par mes gloussements amusés quand je voyais un garçon loucher sur ma poitrine, et par les remarques balbutiées d'un professeur qui me voyait croiser lentement mes jambes entre elles. J'avais treize ans, mais mon corps avait décidé de grandir. Et j'avais décidé de changer. Je peignais mes lèvres et mes ongles, bouclaient mes cheveux, et portais des robes. En peu de temps, -une fois la pilule avalée-, des filles commencèrent à se rapprocher de moi. Et moi, chose curieuse, je les acceptais. Je commençais à les aimer. Et bientôt, je pus considérer avec une joyeuse petite troupe de copains et de copine. Mon uniforme ouvert sur un décolleté mettant en avant mon soutien-gorge rembourré, je marchais maintenant dans les couloirs d'un pas vif, discutant d'une voix sèche sur Jessica Permisson qui sortait avec Brandon, avec telle ou telle fille, tandis qu'un garçon m'annonçait calmement qu'il fallait rendre un devoir corrigé pour le lundi suivant. J'allais en permanence accompagné de sœurs jumelles qui voulaient absolument savoir si je viendrais à Pré-au-Lard pour Noël, ou bien sortait de cours en m'esclaffant avec Michael par rapport à la tête du prof.
Ma popularité croissait.
Et, alors que nous atteignions les vacances de Pâques, elle atteint un point faramineux, lorsqu'à la suite de la victoire de Gryffondor lors du match de Quidditch, contre Serpentard, j'enlaçais la capitaine de Quidditch, l'embrassant devant la salle commune entière, la faisant mienne. Notre couple devint scandaleux, houleux, mais les fureurs disparurent bien vite quand on se rendit compte que Lorcan Hatefull n'était pas le type de personne qui baissait les yeux. Je sortais avec cette fille de septième année, et n'hésitais jamais à me mettre en spectacle. Mes baisers pour elle, nos caresses, nos gloussements, ils devinrent l'image du couple « phare » de Poudlard, et rares étaient ceux qui ignoraient nos manèges. On s'amusaient à sortir dans les bras l'un de l'autre, à la fin d'un cours, nous embrassant dans la Grande Salle, sous les yeux des Professeurs, ou bien roucoulant jusqu'à ce qu'un surveillant nous ordonne de retourner dans nos dortoirs. Les potins allaient bon train, et crâneur à souhait, je m'amusais un matin à jeter un préservatif à la tête de James Potter, en lui lançant une vanne quand à la puissance de sa capitaine de Quidditch. La salle commune devint le lieu de frasque, de découvertes et d'attouchement, de colère et de scandales entre mes camarades de Maison et moi, mais je gardais la tête haute, imposant ma personnalité excentrique, et bientôt, plus personne ne put rien me reprocher, car je n'accordais plus d'importance à tout ce qu'ils pouvaient me dire. Mieux. J'enchaînais les conquêtes avec une sorte de frénésie, et bien que tout le monde soit au courant, cela devint comme naturel, puisqu'associé à moi. J'étais Lorcan Hatefull, alors cela se comprenait.

(…)

Un jour, ils voulurent me piéger.
Plus audacieux qu'Eymeric ne le fut avec moi, ils me séduisirent, en créant une approche alléchante. J'avais déjà goûté aux hommes, et je n'avais pas trouvé cela dérangeant. Au contraire, j'appréçiais autant le corps d'un homme que celui d'une femme, et mes expériences sexuelles ne relevant que du jeu pour moi, je ne me sentais ni gêné, ni troublé par quoi que ce soit. Je laissais venir, aller, et j’appréciais, simplement.

« הפרעם מתו. »

Je n'avais pas la moindre idée de pourquoi je répétais cela en boucle, mais cette phrase accompagnait ma soirée, tandis que je déambulais dans un couloir vide. Il était tard, très tard, et si je me faisais attraper ici, il n'y avait aucun doute de voir Gryffondor se faire arracher quelques points de plus. Ce qui en soit, m'était totalement égal, mais je n'avais pas envie de subir une réprimande, et je veillais à rentrer prestement dans la tour du septième étage.

« Lorcan ? »

Je me retournais, surpris, et observais un jeune homme s'approcher. Une de mes actuelles proies, avec laquelle je flirtais, sans réellement passer au sérieux ; j'attendais, sans envie de presser les choses. Mais qu'il vienne ce soir, un air aussi aiguicheux dans les yeux m'indiquait qu'il me fallait peut-être couper court aux préliminaires. Je m'immobilisais, et observais le jeune homme. Il vint poser ses doigts sur mes lèvres, dans une caresse, comme pour me saluer, comme un amant éploré d'une trop longue absence. J'haussais un sourcil inquisiteur, et ses lèvres se courbèrent de façon adorable.

« Est-ce que tu comptes attendre longtemps avant que nous ne jouions ensemble, Lorcan ? Est-ce que je ne te plais pas ? »

Son initiative me surprenait particulièrement. Je m'attendais à ce qu'il soit le genre de garçon qui défende un peu mieux ses intérêts, et qui rechigne à passer à l'acte. Soit. S'il draguait, je n'avais aucune raison de ne pas m'amuser. Après tout, il était dans le top cinq de ma liste ridicule visant à établir mes sucreries préférées. Oui. Ces humains anglais, ou anglais humains étaient des friandises, des sucreries dont je me servais allégrement, choisissant parmi toutes générations de ces élèves ceux qui me paraissaient les victimes les plus succulentes à mon désir de les posséder. Ils n'étaient plus des monstres, ils n'étaient plus des choses qui m'effrayaient, ils n'étaient plus des étrangers. C'est moi qui était étranger.

« Bonsoir. Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un là... »
« Lorcan, et si nous passions plutôt à ce qui nous intéresse vraiment. Juste toi et moi, ce soir. Ça fait longtemps qu'on aurait du le faire, et tu prends ton temps, tout sadique que tu es. »

Sadique, moi ? Hah. Très certainement pas. Mais certainement pas avec lui. Qu'il s'offre ainsi m'impressionnait, me dérangeant tout à la fois. Il avait réussi à calquer mes mouvements sur les siens, et sans que je ne parvienne à me déloger, il nous avait poussé à l'intérieur d'une salle vide, désaffectée. J'observais l'endroit d'un œil critique, avant de reposer mon regard sur lui. Il eut un petit air désolé, presque condescendant, puis plaqua sa bouche contre la mienne, pour venir m'immobiliser contre un bureau. Il ne me laissait absolument pas l'opportunité de deviner une faille dans la muraille qu'il se mit à représenter, et sous le baiser et la force sensuelle qu'il dégageait, je devinais un obstacle terrible. Ses doigts s'étaient refermés sur moi, comme une étreinte. Mais il n'y avait rien de doux dans ses gestes. Simplement une force brute, et sauvage. Je cillais, presque effrayé, mais figé entre ses bras. Lorsqu'il cessa lentement le baiser, je n'avais pas bougé, et je le vis étudier mon visage impassible avec une sorte de désœuvrement. Puis il laissa échapper un sifflement. Des garçons jaillirent hors de l'ombre, et je sentis une déferlante de rage plonger sur moi, à la manière d'une vague. Une vague.
Moi qui était le vent, le sable et les rochers.

(…)

« Chess. »

Cela ressemblait à une prière. Quelque chose de silencieux et de respectueux à la fois. Un respect froid, celui que l'on retrouve dans les église. Ce mot. Chess. Ces cinq lettres qui désormais, et à jamais, devraient me définir. J'étais Chess. J'étais l'Etranger. J'étais pour eux ce qu'ils ne seraient jamais car ce que je serais, j'avais décidé de l'être. Chess. Ce chat au sourire grandiloquent, au rictus flamboyant et déformé. Aux yeux méchants et à la grimace joyeuse. Oui. Voilà ce que j'étais.
Les cinq garçons qui m'avaient attaqués durent se rendre à Ste Mangouste, pour qu'on leur effaçât la cicatrice que je leur avait imprimé sur le front. Un énorme smiley en forme de chat souriant, et sur le reste du visage, dans des lettres à la profondeur cruelle, les mots « propriété de Chess ». Ils avaient châtiés ce crime qu'ils n'avaient pu pleinement réaliser. Ils avaient souffert ce qu'ils avaient essayé de me faire, et même après l'opération, lorsqu'ils revinrent, subsistèrent des traces du sourire cicatriciel, et du double S de Chess. Je devins une terreur, une chose que l'on décida de ne pas contrarier ; comme un animal dangereux. J'étais ce Chat qui les observais tous, et ma vie commençait à prendre la tournure que j'envisageais pour elle. Je commençais à prendre conscience de mon être total.

Lorsque l'été revint, je retrouvais le passage vers Heliogabalus. Ils étaient tous les deux là, avec leur sourire de pierre, et leurs yeux silencieux, mais ils accompagnèrent mon mouvement quand mes doigts tournèrent le bouton lustré de la poignée. Cette seconde qui me glissa entre les doigts, et me projeta vers l'avant. Cette seconde à partir de laquelle je décidais de franchir la distance, et pénétrer dans un monde qui n'attendait que moi. Un monde caché, symbolisé par ce bar si original, mais bien plus grand et bien plus fou à la fois. Je n'avais jamais pris la peine de rechercher qui était Heliogabalus dans la réalité, mais si je l'avais fait, j'aurais peut-être apprécié encore plus cet endroit aux limites distordues, bloqué entre deux mondes. Je me souviens des couleurs et des formes, des sourires et des gens, puis des regards qu'ils avaient posés sur moi. Je m'étais sentit déshabillé de mon âme, et on m'avait regardé nu, de la manière la plus intime qui soit. Mais j'avais compris que pour avancer, il fallait être, et ce que j'étais, je le projetais dans toute mon existence. Ils étaient si différents, tellement ailleurs, mais j'étais peut-être le plus avancé, le plus éloigné, aussi. On m'offrit des verres et des danses, on m'offrit des prénoms et une confiance absolue, commune, que je partageais avec eux. Ils devinrent les frères et sœurs de mes délires, et je perdis toute mon innocence et toute mon enfance dans cet endroit, abandonnant avec un plaisir ravi le poids d'une existence humaine. Lorcan Hatefull s'effaçait. Chess s'élevait.



Dernière édition par Lorcan « Chess » Hatefull le Ven 18 Jan - 9:51, édité 7 fois
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Lorcan « Chess » Hatefull

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Localisation : Où est Chess?

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MessageSujet: Re: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Ven 18 Jan - 9:47

L'Histoire : 2 (suite)
או איך מתתי, כי רציתי לשחק את הטמבל.
Ou comment je suis mort, parce que j'ai voulu jouer au con.*



Quatrième année.

Me faire remarquer n'était plus un problème, à Poudlard. J'étais, ils subissaient. Cependant, et alors que la moitié de l'année venait de se dérouler et que la rentrée avait eu lieu de nouveau, survint un accident majeur dans ma vie. Je me souviens que ce jour là, j'étais assis en compagnie de mes amis autour de la table de Gryffondor, et nous prenions tous notre petit déjeuner. Terrean était en train de discuter de la violence des tempêtes qui s'abattrait sur l'Angleterre à partir de la semaine prochaine, et Brendon ricanait en écoutant Jessica marmonner qu'elle avait vu Luc et Teddy sortir ensemble d'un placard à balai. Je mangeais, entouré des autres, mais peu participatif à la conversation générale, mastiquant avec une lenteur effroyable la pomme que j'avais, durant le cours de métamorphose de la veille, teint d'une jolie couleur bleue. Le professeur était resté admiratif, et pour me corser les choses, m'avait défier de rajouter une seconde couleur à la pomme : en métamorphosant cette fois-ci les fibres de la chair, et plus de la peau. J'avais remporté un succès aux couleurs rose bonbons, et le professeur, ravi, avait offert 40 points à Gryffondor. J'étais joyeux, et je dévorais allégrement cette pomme bleue et rose, en songeant qu'il me faudrait peut-être offrir une boite de chocolat à ce professeur. Je m'entendais bien avec lui, et il était respectueux. Un peu différent de ces gens qui traînaient avec moi par souci de commodité et de mode. Lui, il semblait m’apprécier à ma juste valeur ; comme s'il ne voyait en moi ni Chess ni Lorcan. C'était amusant. Un peu dérangeant, mais amusant. Et je l'aimais bien.
Des doigts heurtant mon omoplates m'arrachèrent à mes pensées, et dans une surprise violente, je me retournais brusquement, ma fourchette pointée droit sur les yeux de l'individu qui venait de me surprendre. Autour de moi, mes amis cessèrent de parler, -le terme « amis » étant purement générique à mes yeux, surtout à cette époque là. Aucun d'eux ne comptait réellement.-, et l'un d'eux me conseilla de rabaisser la fourchette. Le type, un grand costaud bien bâti, louchait sur les dents de métal qui menaçait ses yeux, et le souffle court, attendit que je ramène la fourchette à une distance prudente pour laisser un sourire goguenard prôner sur ses lèvres.

« Eyh, Chess. J'ai une devinette pour toi. »
« Hm. Ça ne m'intéresse pas. »
« Pas grave. Essaie de trouver quand même : qu'est-ce qui est petit, blond, efféminé, et qui couche avec le prof de potion ? »

Tous ceux ayant entendu la « devinette » cessèrent de parler, et une expression commune de considération outrée se plaqua sur les visages. Moi y compris.

« Pardon ? Je n'ai jamais touché à ce type. »
« Han wais ? C'est pas ce qu'on dit : ça fait plusieurs jours, t'aurais du t'en rendre compte : McMillan t'as vu sortir du lit du Professeur. »
« Va dire à McMillan qu'il a trois heures pour dire que c'est infondé, ou bien je le réduis en bouillie pour bébé. »
« Va lui dire toi-même, Chess. Sauf si t'as trop mal aux fesses pour te déplacer ! »

Et il s'en alla d'un grand rire. Je le suivis des yeux jusqu'à ce qu'il retourne s'asseoir à la table des Serpentards, et un malaise s'installa autour de moi. J'en palpais la profondeur, étudiais les connivences et constatais de la malléabilité des esprits qui m'entouraient. Soit. Aucun n'y croyait vraiment. Ce qui me rassura. Je portais la pomme à demie dévorée à mes lèvres, et la pressant contre ma bouche, insistais d'un regard à ce que la conversation sur Luc et Teddy continue.

(…)

« Chess se fait farcir en vitesse ! »

Le titre s'étalait sur le journal de l'école, et datait de deux mois après l'intervention du grand Serpentard à ma table. Consternés, mes camarades Gryffondor fixaient le journal déposé sur le velours du canapé rouge. Les flammes flamboyaient dans l'âtre, et un certain silence était installé dans la Salle commune. J'étais assis sur ce même canapé rouge, et les yeux fixés sur les flammes, les jambes repliées en un assis indien, je laissais mon attitude équivoque faire croire aux autres que j'étais las, abattu. Mentalement, j'étais épuisé. Mais physiquement, je vibrais d'une force qui, s'ils avaient eu les bons yeux, seraient passée comme évidente. Mais peut-être que me voir aussi immobile, mes cheveux blonds tombant de chaque côté de mon visage, et une expression neutre sur mes traits, peut-être cela avait de quoi me faire ressembler à une victime. La plupart évitaient d'aborder le sujet. Mais j'entendais, près de la fenêtre, une fille de première année et un garçon de cinquième murmurer sur la probabilité d'un acte pédophile au sein du Collège. Comment pouvaient t-ils réellement penser cela ? Le prof de potion n'était peut-être pas très net, mais ça devait venir du poste, pas du bonhomme en lui même, -peut-être les vapeurs des chaudrons-, et surtout, qui, qui ! Pouvait croire que moi, j'irais baiser avec un homme pareil ? Pas qu'il était laid, mais il n'était pas du tout mon style. Je jetais un bref coup d'oeil à la photographie qu'affichait le scoop du Journal. Ils avaient pris un cliché de moi me rendant en cours de potion, en train de faire tournoyer mon sac en besace au dessus de ma tête, comme un lasso. La légende indiquait « Chess et son trop plein d’allégresse douteux, se rendant en cours de potion. » Dans ma tête, je laissais exploser un ricanement sauvage. Comment pouvait t-on réussir à être aussi méprisable que cette Miss Potin de l'époque ? Je savais qu'ils étaient nombreux à me détester. Combien rêvaient de me voir ainsi humilié ? Mais de là à traiter un professeur de pédéraste, je trouvais cela fort. J'avais cours de potion, demain, de huit à neuf. Je savais que toute l'école avait lu ce journal, car il était très prisé. Mais la question se posait : oserais-je me rendre en cours, demain ? Voir mon fameux, je citais, « gentil papounet » ? Vraiment. Le journaliste mystérieux indiquait que nos derniers ébats s'étaient faits près de la salle des prof, un jeudi 23, entre midi et deux. Ce jour là, nombreux Gryffondor m'avaient rapportés l'absence du prof à l'heure du déjeuner, et moi, je savais avoir passé la journée sur le toit, à la recherche d'un chaton perdu. Je ne pouvais cependant pas espérer me faire croire. Et puis je n'en avais même pas envie. La flemme de perdre de l'énergie dans un combat perdu d'avance. En revanche, j'avais beaucoup plus d'intérêt à m'amuser sur cette piste. Me faire « farcir » par un prof. Quel langage grossier de la part de ces sales petits salauds, sérieusement. Je me voyais dans la contrainte forcée et obligatoire, et vraiment obligatoire, de les punir. Un sourire se dessina dans la courbe de mes yeux, mais mes lèvres restèrent figées. Oui. Les punir. Pourquoi pas les tuer ? Les dénicher, quels qu'ils soient, et leur arracher la langue avec les dents. Voilà un programme qui me convenait et m'amusais.
Mais je laissais passer.
Les jours passèrent, les semaines aussi, et je continuais à me rendre aux cours de potions. Il était amusant de constater que ma moyenne ne décollait pas, en dépit de la rumeur constante. Je le fis un jour remarquer à voix haute, en pleine classe, au professeur qui vint, de cette habituelle voix monocorde, que j'étais le bon dernier du trimestre.

« Monsieur, est-ce que c'est en vue de me faire faire des heures supp', ou bien c'est histoire de me garder une année de plus avec vous ? »

Je m'attendais à ce que cela perce l'ulcère et détende un petit peu cette atmosphère qui s'étalait à chaque fois que les autres voyaient l'homme s'approcher de moi. Je vis le professeur devenir blême, et la classe se tût totalement. Une fois de plus dans ma vie, j'étais encore le seul avec un énorme sourire sur le visage, aux milieux des visages décomposés. Je soupirais. Qu'il me retire 30 points ne me surpris pas, mais qu'il me convoque dans le bureau du Directeur le soir même, un peu plus. Je m'y rendais d'une démarche sautillante, et arrivé là-bas, à l'heure convenue, je fus surpris d'être accueilli par la totalité de l'équipe enseignante. Le Directeur était au centre, et à côté de lui, le professeur de potion. Ils me demandèrent poliment de m'asseoir, et si j'acceptais de boire du Veritaserum. Je lâchais, sur un soupir, en acceptant la tasse de thé, que je n'avais pas baisé, -pardon, couché-, avec Monsieur le Professeur. Ils attendirent que j'eus bus jusqu'à la dernière goutte ma tasse pour me reposer la question, et ils répétèrent la même opération avec le professeur concerné. S'en suivit ensuite une conversation résignée qui dura deux heures, à laquelle on me força à participer, me demandant quels étaient mes ennemis, ce qu'ils me voulaient, si je voyais pourquoi est-ce que j'aurais pu me faire détester. J'explosais de rire.

« Tout ? Absolument tout ? Ils me détestent tous ! Vous aussi vous me détestez, car je suis trop différent de vous ! Pourquoi ils auraient fait ça ? Pour tout ! Pour tout ce que je suis, pour tout ce que je fais. Je suis Chess, et on ne le supporte pas. »

Ils ne purent parvenir à une autre conclusion, et finalement, le Directeur, Professeur Dumbledore imposa un silence religieux par une seule parole. Je posais mes yeux bleus sur Dumbledore, et observais avec un sourire ingénu son air de vieil hibou sage. Oh, ce type était un malin, je le sentais. Derrière ces airs de vieil érudit, je sentais vibrer un démon, un animal de feu, qui bondissait de joie et de violence, dans tout son petit manège directoriel. Il aimait, ou avait aimé la puissance, cela se sentait : au fond de ses yeux souriants, il y avait le hurlement de l'avarice. Je l'aimais bien. J'aimais sa barbe grise qui blanchissait petit à petit, et qui atteindrait bientôt sa taille. J'aimais sa façon de se tenir bien droit, et la souplesse de ses mouvements, pour un homme de son âge. Il portait un agréable costume de tweed sombre. Elégant. Vraiment élégant. Je crois qu'adulte, que vieux, si un jour je devais vieillir, j'aurais aimé lui ressembler. Dumbledore était bel homme. Dommage qu'il soit tellement frigide. Il sentit mon regard, et je vis un petit sourire courir sur ses lèvres. Je me demandais s'il lisait dans les pensées. Par esprit de provocation, mais quelque chose d'autre aussi, je concentrais mes yeux sur lui et pensais simplement « vous êtes beau. » Je ne percevais rien dans ses traits, cependant, qui pu me permettre d'approfondir une piste de don de Legilimens. Pas même le pétillement de ses yeux.

« Nous avons sérieusement réfléchi, se chargea d'annoncer McGonagall. Monsieur Hatefull. Pour votre propre sécurité, et le temps que cette rumeur scandaleuse disparaisse de Poudlard, nous allons vous demander de rester en dehors de l'enceinte du Chateau quelques temps. Bien entendu, vous recevrez vos cours par courrier, et vous serez prié de vous rendre aux examens de fins d'année, si vous n'êtes toujours pas revenu d'ici là. Cela va s'appliquer aussi pour vous, Professeur ... »

Je n'écoutais plus. Mon sourire restait figé sur ma face, comme gelé, mais je n'éprouvais plus aucune joie. Plus aucun sentiments positifs. Qu'une totale incompréhension, et quelque chose qui relevait de ces sentiments que je ne savais pas maitriser : le bouleversement, l'impression d'injustice. Pourquoi est-ce que l'on m'écartais de Poudlard, alors que je n'avais pas commis la faute dont on m'avait accusé, et dont on reconnaissait ensuite mon innocence ? C'était illogique, et je ne parvenais pas à accepter que ce fut « pour me protéger. » Je ne répondis pas à la question inquiète que me posa le professeur McGonagall, et je posais simplement mes yeux sur Dumbledore. Je ne rencontrais pas un regard humain. Mais quelque chose de bien plus effroyable, de bien plus insensible.

« וכל מה שחשבתי עליו. הוא שאני שונאת אותך »

Je ne sus jamais s'il comprit ce que je lui murmurais, livide, mais je me retournais, et sortais du bureau Directorial pour ne jamais y revenir.

(…)
Mes talons claquèrent le verre d'une table, et la musique se stoppa. Mes jambes croisées, sur le port d'une minijupe, mes bras appuyé sur la largeur d'un dossier, j'observais d'un œil crâne les visages se retourner vers moi. Un éclat de haine passa dans mes yeux, mais je réfoulais ce sentiment au plus profond de mon être, pour me concentrer par cette froide obsession d'être admiré. Surtout ici. Cela faisait une semaine que j'avais été poliment remercié par Poudlard, mais je n'avais pas pris soin de retourner chez mes parents. Je me fichais pas mal qu'ils puissent s'inquiéter pour moi : s'ils avaient un problème, qu'ils aillent donc se renseigner auprès de Dumby l'éléphant diabolique, qui trompe énormément ? Enervé, je chassais d'un sifflement dédaignais l'homme venu me proposer un verre. Une semaine que je mangeais, dormais, et attendais ici. Ils avaient compris que j'étais quelque chose qui ne partirait pas de sitôt. Je commençais à déceler en eux un semblant de société : et j'avais fait la rencontre avec la pseudo propriétaire de ce lieu, un homme noir, dont le côté droit du corps semblait avoir été barbouillé de peinture multicolore. Il m'avait demandé mon nom, le premier soir, d'une voix ronronnante et feutrée, et j'avais dit « Chess ». J'étais devenu immédiatement Chess, pour lui. Par cela, j'entendais qu'il avait suffit que je prétende être quelque chose, et il le croyait. Du moins, il le respectait infiniment, et c'était une chose étrange que d'avoir à affronter l'acceptation totale d'un autre : il n'y avait pas le moindre effort à fournir !
« Eyh. »
Un homme se tourna vers moi, le verre à la main. J'avais certainement l'air d'un de ces pisseux arrogant. Mais je n'étais pas n'importe lequel, j'étais Chess. Et lui n'était pas n'importe quel adulte, il était un des membres du Heliogabalus Pub. Ici, personne n'était « banal ». Il avait les cheveux caramels, et ondulés dans leur certaine épaisseur. Un nez épais en cartilage, mais pas particulièrement laid ; car il soutenait une épaisse paire de lunette à la monture noire, qui mettait en avant ses yeux gris pâles. Il était un de rares ici à être habillé de manière aussi aristo, et tout dans sa démarche indiquait le gosse de riche ; l'anglais supérieur par excellence. Je l'aimais dès l'instant où il déposa son verre sur l'épaule d'un homme qui passait près de lui, dans un équilibre improbable mais parfait en cet endroit, et s'abaissa à ma hauteur, m'accordant l'attention dont j'avais besoin. Un sourire mielleux apparut aux coins de ma bouche, et je penchais la tête, pour étudier ses yeux gris.

« Je suis Sküll. Sküll Frimmentigonston. »
« Sküll. Fais moi danser. »
« Donne moi ton nom, d'abord. »
« Je te le donnerais si tu me fais danser. »

Il s'empara de la main que je lui tendais, et il me souleva avec une légèreté incroyable. Il nous conduisit jusqu'à la piste de danse, une scène surelevée par rapport au décor, sur laquelle évoluaient déjà trois danseuses. Trois danseuses qui répétaient toujours les mêmes mouvements. J'évaluais du regard la salle d'Heliogabalus. Gigantesque et circulaire, elle aurait tout aussi bien pu être un de ces fossés de concert. Mais elle était tellement surchargée de meubles, de fauteuils, de tables, de chaises, de lampes, de tapis, de coussins, de plantes et de paravent qu'elle était comme étouffée par la foule et par les lumières, qu'elle ressemblait à une boîte de nuit, alors que techniquement, elle se rapprochait plus d'une structure de salle d'amphithéâtre.

Mes doigts s'emparèrent de ceux de Sküll, et étudiant avec circonspection l'étrange couple que nous formions, vint plaquer ma main dans le creux de ses reins. Il avait une dizaine d'année de plus que moi, mais ici, il n'y avait pas de règles. Je le laissais prendre possession des déplacements de mon corps, sur un rythme d'abord lent, ce qui me facilité la mise en relation avec ma danse, puis quand je fus tout à fait capable de l'être, je devins autonome, et brisant la politesse exquise de Sküll, le fit cavalier d'une chorégraphie aux élans bien plus lascifs, bien plus sauvages. Les danseuses devinrent moins centre d'intérêt, et se rassemblèrent près de la scène des intéressés, des fascinés, des névrosés, qui observèrent en silence notre pas de deux, au genre unique, évoluer dans ma contemplation de moi-même et de la souplesse de mes mouvements. La haine, la réflexion, tout cela se mêlait dans ma tête, tandis que je dansais avec Sküll. Le regard de Dumbledore, mon appréhension, et puis le couperet fatal d'une résolution consternante. Comment ils me trahissaient. Encore. Une fois de plus. Moi qui avait fait l'effort d'être pour eux quelque chose qu'ils pourraient admirer. Non. Non, ils me rejetaient, et m'envoyaient loin de Poudlard, pour que je n'apprenne plus. C'était injuste. Véritablement injuste. Et ces humains qu'ils étaient méritaient de souffrir.
Les doigts de Sküll plaquèrent en douceur mes reins contre son bassin, et nos tournoiement devinrent moins réguliers, plus complexes, plus en lenteur.

(…)
« Je suis Chess. »


Dans un murmure, je répétais ces phrases à ces lèvres tellement différentes des bouches humaines. Elles étaient des lèvres de paillettes, de noir, de neige, de sang. Ils étaient des yeux violeurs ou tueurs, altruistes ou doucereux. Ils étaient à des centaines d'années lumière de ce qu'est un humain normal, mais ils l'étaient plus que moi. Mais nos quête étaient différentes. Toujours différentes.
Watashi no namae wa Chessu desu. Cette obligation, cette vérité que je m'imposais, puisque je voulais le devenir dans son essence totale, dans chacune des fibres de mon corps. Comme un tatouage que l'on aurait appliqué à chaque cellule de mon être. Les doigts de ce parrain mafieux japonais, qui posés sur mes épaules, m'acceptait lui aussi comme l'un des leur. Mais je voulais être plus, encore. Je voulais me détacher de l'humanité, pour accéder à un statut qui n'avait d'égale. Pas même Dieu, ni même Ré ne devrait jamais être comparé à moi : car je ne régnerais pas sur les hommes, je ne commanditerais aucune action sur eux. Je serais totalement Moi. Et cette recherche du Moi serait constante. Je suis.

Je suis fou.

Cette première constatation de moi-même m'apprit immédiatement que j'étais capable de ne plus m'appartenir, si je me laissais aller à la pathologie. Ce que je refusais. Je savais que pour beaucoup de monde, la folie est trop abstraite pour être définie. Mais je m'en rendais compte après que les psys contactés par mes parents, -ceux ci avertis de mon exclusions de Poudlard-, me recommandèrent la consommation de calmants. Je demandais ce à quoi servaient ces produits, et ils affirmèrent avec soin que j'en avais besoin pour « rester dans les normes ». Est-ce que le fait d'avoir été victime d'une fausse accusation dans une affaire de pédophilie faisait de moi quelqu'un de fou ? J'en doutais. Mais lorsque je décidais un jour de prendre ces calmants, et que je me sentis brusquement compte que je ne parvenais plus à être ce que je cherchais à être. Endormi, passif, Chess disparaissait dans ma poitrine, sous la drogue chimique et médicale, et je me sentais devenir un assisté, au fil de ces journées « calmantes ». Ce fut une expérience intéressante, mais que je cessais au bout d'une semaine. Alors, me reprirent ces envies de meurtres, ces rages inexpliquées, mais surtout, surtout, ce bonheur d'avoir conscience d'exister.
Ma folie, il fallait que je sache la maitriser, cela me semblait indispensable. Je n'utilisais plus ces médicaments, mais passais de longues heures dans ma chambre ou au Heliogabalus Pub, les yeux fermés sur la réalité, pour me concentrer sur ce qu'il y avait à l'intérieur de moi. Sküll était le seul qui, sans pénétrer dans l'intimité de mes pensées et humeurs, devait avoir le rôle de spectateur et confident dans ces moments là. Mes parents toléraient sa présence chez nous, et lorsque je fermais la porte, il prenait une chaise, ou s'asseyait sur le lit avec moi. Cette initiative de m'accompagner dans ce que je ferais éternellement seul me surpris, mais j'appréçiais l'acte, et je ne cherchais pas à comprendre la raison de cette attitude, nonobstant ma curiosité. Alors je le laissais là, et de par cette présence et acceptation, nous formions les liens solides d'une amitié.
Moi, je plongeais dans ma tête. J'y découvrais cet univers qui par rapport à quelqu'un de normal ne devrait pas exister. J'y plongeais dans la dynamique d'un visiteur, afin de me rendre compte de ce que je connaissais depuis toujours. Je plongeais dans une mentalité dérangée, qui jour après jour, s'éffaçait, car j'y retrouvais la normalité d'être. Ce fait s'amenuisant, je repris, sur conseil de Sküll, les calmants administrés par les psys, et de ce fait, renouveler l'expérience pendant des mois, en découvrant avec satisfaction que ces produits chimiques me permettait au moins de plonger dans une sorte de transe à laquelle mon cerveau et mes pensées n'échappaient pas. Je pus ainsi visualiser, pour la première, trois mois après mon exclusions de Poudlard, les esquisses d'un monde que je n'avais jusqu'alors jamais soupçonné, puisque fondé sous ma peau.

Ce monde, je l'appelais Wonderland, en l'honneur au Chat qui souriait.

Les huit mois qui suivirent m'apprirent à utiliser cette folie de manière à l'extérioriser, à la valoriser sur ma peau et sur mon corps, pour la transmettre comme un message vénimeux. Sküll fut l'arbitre de ces émanations, et lorsqu'à l'Heliogabalus Pub, je déclenchais un jour une furieuse dispute par rapport à des dessins qui contaminèrent la peau des gens me touchant, il empêcha que je me fasse virer du lieu, en intervenant directement. Je me rendais compte qu'il faisait en sorte de me protéger de ce qu'il appelait « la fureur d'Heliogabalus », mais qui se révélait être une crainte totale de la part des « Autres ». Ils avaient peur de moi. Que je sois un enfant capable de pénétrer dans ces lieux étaient impensables ; car il s'avérait qu'une des lois fondamentale pour être ici était « d'avoir les yeux ouverts sur le pêché ». Il semblait intolérable à leurs yeux que je sois « pourri ». Cela m'amusait. Je me rendais compte que j'avais une certaine influence sur eux. Quelque part, ils me ressentaient comme « supérieur ». Un peut à part. Mais cette domination que j'exerçais sur eux était identique à ce « groupe d'amis » que j'avais à Poudlard. C'était uniquement parce que je les fascinais. Et cela me plaisait tout particulièrement. Ils voyaient en ma présence un danger et une attirance qui me permit, -je m'en rendis compte plus tard-, de jouer sur eux d'un phénomène d'attraction. Je n'appartenais pas réellement au Heliogabalus Pub. C'était plutôt l'Heliogabalus Pub, qui m'appartenait.


Cinquième année.

À Poudlard, et comme vengeance, j'achevais de connaître chaque recoins du château. Ma mémoire, séquelle native d'un syndrome d'Asperger, me permettait d'archiver et de structurer un plan bien plus détailler que la fameuse carte du Maraudeur, que Sirius Black eut l'innatention de me passer en douce un jour. J'utilisais cette carte pour apprendre les déplacements réguliers de certaines personnes, mais en elle même, elle m'était inutile, car je connaissais désormais le château par cœur. En revanche, Black fut furieux contre moi en apprenant que je m'étais fait confisquer la carte par erreur. Rusard l'avait caché dans son bureau, et je n'eus plus jamais de nouvelle du parchemin enchanté. Au moins, j'avais pu, et je le jurais à Rémus Lupin, qui furieux, m'avait jeté des livres à la figure, prononcer « méfaits accomplis », avant que Rusard ne s'empare de la carte. James Potter utilisa ce prétexte pour me détester encore plus, tandis que je continuais à me moquer de leur quatuor un peu bizarre. Pettigrow, Black, Potter et Lupin. Le genre de types dont je me foutais ouvertement de la gueule. Mais quelque part, je les aimais bien. Ils étaient ces gens que tu regardes enfant, ados, et tu te dis que plus tard, ils seront quelqu'un. Ils dégageaient cette force, cette assurance des gens forts. Sauf Pettigrow, peut-être. Lui, il n'était nappé que du halo des trois autres.

(…)

Cette cinquième année fut marqué par, un jour, la sérieuse eruption cutanée du visage d'un des garçons avec qui je m'étais battu quelques heures auparavant. Chose curieuse, nous avions utilisé la méthode « moldue ». Et les battes de baseball. Soit. Mais aucun de nous n'avions utilisé nos baguette magiques, et au final, cela s'était achevé par un baiser, lorsque je m'étais penché sur son corps à demi fracassé, et que pour traité un signé de paix, j'avais déposé mes lèvres sur sa bouche, fugace. Il avait été surpris, mais comprenant que je signalais simplement par là que je ne voulais plus me battre, il avait rit. Simplement rit.
Maintenant, il était couvert de boutons, et ça ne me faisait pas rire, car ces boutons suivaient les larges traces de griffures que j'avais appliqué à ses traits avec mes ongles. Il alla à l'infirmerie, et en ressortit un peu plus tard, rassuré, annonçant qu'il s'agissait simplement de son allergie. Une allergie aux chats. Un truc qui me prit aux tripes.
Je courrais jusqu'à chez mon prof de métamorphose, et le suppliais de faire des tests avec mon ADN. Il refusa, se moquant presque de moi, et furieux, je passais alors deux semaines à pratiquer moi-même ces tests, n'hésitant pas à imiter la signature dudit prof pour accéder à la Reserve, et lorsque j'eus les conclusions, effaré, je me rendais dans son bureau. Il s'agissait d'une soirée de mars, et il était seul, à corriger des copies.

« Chess ? Que faites vous ici ? »

Je me glissais dans son bureau et refermais la porte derrière moi. Je sentais son regard glisser sur mon corps affirmant son instabilité des genres. J'étais pourtant sage, ce soir, et comptant sur le besoin d'acceptation de mon prof, j'avais enfilé un pantalon. Mais conservé mes talons aiguilles.

« Monsieur, je dois vous montrer quelque choses. Ces papiers. »

Je traversais la salle, et déposais les fruits de mes recherches devant lui. Il me regarda d'un œil circonspect, puis mit ses lunettes et leva les feuilles de manière à les lire. Je restais debout, face à son bureau, louchant un peu sur les copies qu'il venait de corriger. Je reconnus mon écriture sur l'une d'elle, mais glissée sous d'autre, je ne parvenais pas à voir les appréçiations qu'il avait mis. Mes yeux se dardèrent sur son visage, et je constatais de l'air grave qu'il affichait.

« Chess, êtes vous absolument sûr de la fiabilité de ces resultats ? »
« Elles sont étendues dans le domaine des recherches signées et validées par le Ministère, monsieur. »
« C'est... curieux. »
« Mon sang, mes cheveux, mon corps présente des ressemblances génétique avec les félins, monsieur. Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Je ne veux pas me tromper sur ce cas, jeune homme. Je n'en ai rencontré que deux dans ma vie, et à chaque fois, c'était sur des critères particulièrement précis. »
« Comment ça ? »
« Venez. »

Il se leva, abandonnant ses copies, et traversa son bureau. Je le suivais, trop heureux à l'idée d'avoir peut-être une réponse à ces questions qui taraudaient mon esprit malade, ces questions qui rongeaient mes heures. Il me conduisit dans une salle annexe, et me fit m'asseoir sur une chaise, tandis qu'il déambulait en travers des livres entassés un peu partout. Il en saisit finalement un, et l'effeuilla, avant de le jeter, et d'en prendre un autre. Il eut l'air satisfait.
« Chess, avez vous jamais pris du « Oxobidenzennobustam » ? »
« Pardon ? »
« C'est une drogue qui a la particularité de donner à ses consommateurs l'illusion d'être un animal. Une petite pilule rouge, je crois. »
« Absolument jamais. »
« Alors vous avez une sacrée chance, mon jeune ami. Connaissez vous le concept d'Animagi ? »

Plutôt, ouais ! Sirius puait le chien mouillé à longueur de journée !

« Pas très bien. »
« Il s'agit d'un apprentissage, qui a terme, se valide par la capacité d'un sorcier à se transformer en un animal. »
« Vous pensez que c'est mon cas ? »
« Vous présentez ces critères. »
« Je ne me suis jamais transformé en quoi que ce soit. »
« Je vous ai dit qu'il s'agissait d'une transformation. Vous êtes doué en métamorphose ; prenez le cas d'une transmutation directe, qu'un garçon de votre âge devrait certes apprendre dans deux ou trois ans, mais que ... »
« Mais dont vous prévoyez me parler bien plus tôt comme je suis hyper doué en métamorphose ? Hein ? »
« C'est cela. Imaginez. Vous souvenez vous de l'allumette que je vous ai demandé de transformer en aiguille. Vous avez parfaitement assimilé qu'il s'agissait d'une transformation indirecte : vous avez modifié la structure de l'allumette, son fait d'être, pour la faire évoluer vers un cas d'aiguille. Cette aiguille finale, elle était toujours cette allumette, mais transformé en aiguille. De ce fait, il s'agissait d'une transformation directe. Dans le cas d'un homme qui se transforme en animal, il s'agit d'une transformation directe. »

J'écoutais, fasciné.

« L'apprentissage de l'animagi entraine à un concept de transformation directe ; car il s'agit de savoir changer les fibres humaines en fibres animale. Un fois ce concept intégré, cependant, il faut être capable de transformer cette capacité en réflexe, et de passer de la transformation directe à celle, indirecte, qui brutalise le corps, mais conserve l'esprit. »

Mes prunelles étrécies par une concentration intense, je le fixais, un large sourire sur les lèvres. Cette capacité s'appliquait t-elle à mon organisme ?

« Chess. Rien n'est certain. Il faut que... »
« Est-ce que vous pensez être capable de me faire intégrer ces notions ? Est-ce que vous pourriez me l'apprendre ? »

Il ne répondit pas, mais son sourire me dit tout. Un mois plus tard, je recevais un courrier m'apprenant que j'avais rendez avec lui une fois par semaine, tous les soirs, et « dans la plus grande discrétion, pour éviter de déclencher de nouveaux scandales. » Nos leçons sur l'animagi me passionnaient, et j'appris semaines après semaines des notions dont la puissance m'ébahit. Je progressais en métamorphose avec une motivation qui plut à mon professeur, et que je continue à rester le meilleur en classe n'étonnait personne. Mon professeur se chargea aussi d'apprendre au Ministère de la Magie que « Lorcan Hatefull » suivait une formation d'animagi, comme cela était obligatoire. Il fallait noter un petit détail amusant, aussi, à partir de ce moment là : Sirius et moi ne nous supportions particulièrement plus. Il semblait ressentir ma présence à des kilomètres, et moi, dès que je l'appercevais, j'avais l'impression de me hérisser sous une fureur inexpliquée. Dans nos relations humaines, nous étions un tantinet plus civilisé. Et mes affectueux surnoms se soldaient à son égard par des « cabot » que beaucoup de nos camarades de maison ne comprenaient pas.
Un soir, une crise cardiaque terrassa mon professeur de métamorphose.
S'envolèrent avec lui toute mon éducation d'Animagi, et pour la première fois de ma vie, j'assistais aux funérailles de quelqu'un que j'appréçiais. Je reçus, en fin d'année, une lettre du Ministère me demandant si j'étais « évolué ». Je ne répondis pas.

Sixième année.

Malachy Fletcher était particulièrement mignon et sexy.
Malheureusement pour moi, il était absolument et définitivement hétéro, et peu intéressé par des relations d'un soir avec des hommes. Au temps pour mon charme infaillible. Je rageais. Cependant, et nonobstant les risques, je me rapprochais de lui et je pus considérer au bout de quelques temps que j'avais pour lui une affection sans égale, ce que je ne pouvais pas dire du reste de mes « amis ». Malachy était le premier moldu que je voyais à Poudlard. Certes, je le connaissais depuis un certain temps, et qu'il soit à Gryffondor aurait du nous rapprocher, -un peu comme cette Morgwen, que je m'amusais à tyranniser avec mes moqueries sur son côté d'enfant gâtée-, mais ce fut avant que je ne tombe, un jour, sur ce qui était caché sous le lit de ce cher petit Fletcher.
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Lorcan « Chess » Hatefull

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Localisation : Où est Chess?

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MessageSujet: Re: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Dim 20 Jan - 12:29

L'Histoire : 3 ( fin)
או איך מתתי, כי רציתי לשחק את הטמבל.
Ou comment je suis mort, parce que j'ai voulu jouer au con.*



Au début, je pensais qu'il s'agissait de bonbons. J'étais un peu inculte par rapport à tout ce qui se rapprochait des stupéfiants. Je me rendis donc compte de mon erreur, -grave erreur-, que lorsque Malachy me tira par les chevilles d'en dessous son lit, à moitié mort de peur. J'avais ingéré plusieurs de ces « bonbons » et étais tombé K.O sur le coup. Heureusement pour Malachy, personne n'était entré dans le dortoir à part moi, et il fut le seul à se rendre compte de mon semi-coma.
Il acheta mon silence contre la drogue.
Me shooter fut une des expériences les plus belles de ma vie. Je parvenais à accéder à des états inhumains, et à une liberté mentale à laquelle j'aspirais, dans des délires chimiques. Je me mis à la cigarette pour faire bonne mesure, mais les trois-quart du temps, mon sang était noyé sous la dose de drogue que je m'injectais ou consommais. Et cela, -en plus de créer une forte dépendance à l'ectasy-, rendit mon organisme bien plus endurant que celui de n'importe quel autre amateur. Mon cerveau toléra les stupéfiants, et j'en fis une partie concrète de mon être. À partir de cette année-là, il fut naturel de me voir avec les doigts refermés distraitement autour du coude, ou les yeux semi fermés, un sourire moqueur sur les lèvres, une odeur de plante perdue dans mes cheveux. Je me droguais, et peu l'ignoraient, mais jamais ce ne fut soulevé.
En revanche, j'appréciais m'afficher avec Malachy, bien que personne ne doutât jamais de ses orientations. Il était amoureux d'une meuf, là, Lou-Ange, que je détestais parce qu'il la préférait à moi. Mais je n'osais pas le toucher. J'étais amoureux, et comme un gosse timide, je n'arrivais pas vraiment à me l'avouer. Je me contentais de me pencher au dessus de lui, lorsqu'il était assis sur un banc, et studieusement en train de travailler à l'élaboration de nouvelles drogues, -parce que c'était lui qui les faisait, ce petit génie!-, je glissais mes doigts dans ses cheveux, et tendais son crâne vers l'arrière, pour soulever son visage vers le ciel, et l'embrassant, je soufflais la fumée de ma cigarette dans sa bouche. Nous toussions comme deux malades, et je riais, il gueulait. Je riais, en léchant mes lèvres, en récoltant le goût de sa bouche. Je l'aimais.

Septième année.


Il arriva un jour une Gazette qui alerta Poudlard entier. On apprenait l'existence d'un Mage Noir dont le nom devint rapidement tabou. Voldemort s'élevait petit à petit dans sa puissance meurtrière, et j'avais dix-sept ans lorsqu'il atteint son apogée. Le monde sorcier vivait sous la crainte et la domination de ces illuminés se faisant appeler les Mangemorts. Nombreux élèves de Serpentard se firent maltraiter en vue de leur Sang-Pur, car leurs parents avaient embrassés les idéaux de Lord Voldemort. Mais en milieu d'année, la tendance se renversa, et ces Sang-Pur, dont je faisais parti, se virent considérés comme des êtres supérieurs. Ils clâmaient la puissance du Sang, l'Héritage d'une magie qui n'avait pas à se partager, et un discours raciale s'imposait dans les politiques et les mentalités. On venait me voir de plus en plus fréquemment, pour me proposer des réunions visant à établir des relations hautement classées, ou bien à participer à des discours tenus secrets quant aux qualités de sang. J'étais impressionné par la ferveur des partisans de Voldemort, et jamais je n'avais autant ri du genre humain. Ils croyaient si fort à des idéaux que cela me dépassait presque. Presque ; sauf que j'étais Chess, et que j'étais bien au dessus d'eux.
Malachy avait disparu. Je me doutais que cette disparition était entrainée par son sang ; car comme lui, beaucoup d'autre élèves n'étaient pas réapparus lors des semestres. On entendit des rumeurs, qui circulaient dans toutes l'Angleterre, et un jour, la panique explosa quand on apprit que des victimes existaient. Des victimes au sang « impur ». Effrayé, mais incapable d'agir, je tentais de me persuader que Maly, malin comme il était, avait dut échapper aux forces de Voldemort. Mais une petite fois résonnait dans ma tête, assombrissant mes pensées, dégradant lentement mon espoir.
Pour dissiper ces sentiments vains, j'essayais de séduire trop de gens, trop de personnes, qu'elles se nomment Lily Evans ou Michael Growfield, ces conquêtes d'une nuit ne firent qu'enserrer sur ma poitrine l'étau d'un amour qui me faisait mal. Mais je me forçais à l'oublier. Et petit à petit, Malachy devint une cicatrice. J'obtins mes ASPICs, sans mention ni efforts, notant que seule la métamorphose fut la matière dans laquelle mon jury salua mon travail, et Poudlard ferma brutalement ses portes pour moi. Voilà ce qu'était être adulte : avoir une porte close derrière soi. J'avais la gorge serrée, et je rentrais dans un monde qui m'effrayait soudain.

Mes parents disparurent dans un accident de train. On ne retrouva pas les corps des nombreuses victimes de ce drame, et je ne pleurais pas cette perte : j'avais besoin d'être fort, et je savais qu'ils étaient partis affronter la Grande Devoreuse. Pour moi, Ré les accepteraient.

Voilà.
Il était maintenant 4:35 du matin. Je déambulais désormais sur les rails, mon équilibre précaire, mes mains plaquées contre la blessure. Je marchais en équilibre sur ma vie, instable dans ma tête, et avec une histoire presque achevée. Tout ce qui m'avait moulé, tout ce qui avait fait de moi Chess s'était en partie passé à Poudlard. J'avais grandi étranger dans ce monde d'enfants, mais adulte, tout le monde était étranger. Je m'étais perdu. Un sourire glissa sur mes lèvres, et trébuchant, je chutais du rail, tombais sur les genoux au sol. Le sang explosa dans mon ventre, comme un remous furieux, et je vomis quelque chose de rouge et noir. Le souffle court, j'observais ce sol indiscernable pour mes yeux floutés et baignés de larmes. Quelque chose n'allait pas. Un rire pitoyable, peut-être. Je laissais un feulement gronder dans mon ventre, dans ma gorge, et me redressais. Non. L'histoire n'était jamais fini. Surtout pas quand j'étais le personnage principal.

J'avais fait des études d'égyptologue. Cela avait duré peu de temps ; pas assez pour que je me distrais réellement du monde. J'étais plongé dans une sorte d'état catatonique, et mes proches me repprochaient de ne pas assez manger et dormir. Je m'ennuyais de la vie. Je n'étais pas dans une phase de déprime ni à la recherche du suicide. J'étais simplement, et royalement ennuyé par tout.
Un jour, on me proposa un voyage en Nouvelles-Orléans. Peu inspiré par l'Angleterre et l'Egypte, j'acceptais de m'y rendre seul. Je voyageais jusqu'à là bas, et brutalement, tombais amoureux de cet Etat de la Louisiane. J'y restais quelques temps, tranquillement distrait.
Jusqu'au soir où un visiteur nocturne s'invita chez moi. J'étais en train de lire, et il apparut face à moi, espérant peut-être jouer sur l'effet de surprise. Mon livre s'envola, comme un projectile, quand mu par un instinct animal, je fonçais sur lui, mes lèvres ouvertes sur un cri de fureur. Ses dents à lui furent plus rapides.

(…)

Mes yeux tournées vers la Tour Eiffel, j'observais avec un air railleur cette fameuse dame de fer dont on avait vanté les charmes. Joli demoiselle de métal, qui me paraissait un peu plus grande que ce que j'avais imaginé. Mon chapeau, pour l'heure tardive de la nuit, paraissait presque aussi décalé que les épaisses paires de lunettes qui ornaient mon nez, me donnant un effet mouche. La nuit était rafraichissante, et je sentais se déployer mes cheveux autour de mon visage, caressés par un vent français. Joli pays, charmeur, élégant, mais peut-être trop civilisé pour moi. Pour moi, et pour... L. Quoique lui aimait avoir des endroits dans lesquels il pouvait bouffer tranquillement de l'humain. J'eus un petit sourire. J'étais ici en touriste, et je pensais repartir bientôt. Je voulais surtout voir la Tour Eiffel.

« Chess ? »

Le prénom fusa. Un prénom qui glaça mon cœur, mon corps, et stopper le temps. Je me tournais lentement, pour croiser, stupéfait, le regard d'un homme accroché au bras de sa femme. Un couple d'âge mûr. Mon ancien professeur de potion, celui-là même qui avait été accusé de pédophilie. Il était abasourdie.

« Mon dieu... mais... tu n'as pas pris une ride ! Ca fait... vingt ans ?»

Je disparus en un éclair.

(…)

« Merde, merde, merde, merde, merde, merde, merde, merde, merde, merde ! Merde ! »

Sküll souriait, en refermant la porte derrière moi. Il avait quarante ans, et lui affichait parfaitement son âge. Je le savais : j'étais très loin, physiquement, de mes trente ans dépassés. Mais que pouvais-je faire ? Passer mon temps à consommer des potions de vieillissement ? Je me serais lassé en deux heures. Soit, hors de question. Rageur, je me débarassais en un coup d'épaule de mon vêtement. L'HEliogabalus, autour de moi, réagit comme un animal à ma venue. Les gens tournèrent la tête vers moi, et certains me saluèrent. Des femmes vinrent caresser mon visage, se moquant doucement, tandis que je franchissais la foule, pour aller m'installer à mon endroit préféré. Un fauteuil que personne n'osait utiliser, depuis un incident survenu onze ans plus tôt : un type avait refusé de se lever de ce siège que j'avais adopté, et je lui avais lacéré la mâchoire et la gorge. Depuis, la leçon était apprise : ce fauteuil était à Chess. À Chess. À moi.

(…)

« Chess, tu t'endors. »

Sküll murmurait avec douceur à mon oreille, et grognant, je tournais vers lui mon visage, pour observer les petites rides qui parcouraient son visage. Il avait désormais soixante sept ans, et était un de ces bels hommes dont l'âge embelli le visage. Les rides de ses sourires me faisait mourir d'envie de l'embrasser, et je déposais mes doigts sur sa joue. Ses lunettes ne cachaient pas l'éclat de ses vieux yeux gris, et je savais ce qu'il pensait, quand il me regardait avec cette mélancolie affichée. Mon corps à moi affichait mes vingt ans. Je ne vieillissais pas. Mais contrairement à moi, lui avait la chance de pouvoir ressentir le soleil. Moi, j'étais cet être qui se cachait dans l'ombre, vivant dans l'Heliogabalus, comme un chat qui se terre.

« Je voudrais dormir encore un peu. »
« Tu devrais te réveiller. Il y a de l'animation ? »
« Vraiment ? »

Je me redressais lentement, étouffant un baillement ressemblant à un miaulement de chat, et cherchais du regard cette dite animation.
Il était jeune. Plus vieux que moi lorsque j'étais entré ici pour la première fois, mais il devait avoir quitté Poudlard depuis peu. Ses yeux verts étaient illuminés par les néons, mais l'éclat électriques des lumières ne modifiaient pas la puissance de son regard. Il y avait dans ses yeux une sorte de moquerie qui m'atteint, et je me levais. Des yeux verts. Malachy avait eu les yeux verts, aussi. J'allais à lui. Il était debout contre un mur, ses bras croisés. Il ne m'avait pas encore vu, et je m'arrêtais à mi-distance. Voyons. Pourquoi se jeter sur un humain, quand ceux-ci pouvaient être n'importe qui ? Je soulevais mon menton dans un air crâne, et faisant demi tour, je passais devant mon gentleman anglais de Sküll, lui adressant un petit haussement d'épaules. Moi non plus, je ne savais pas trop ce que je faisais. Mais ce garçon surprenait les Autres : eux aussi avaient senti que cet étranger de l'Heliogabalus dégageait quelque chose de … maléfique ? Étrange ? J'allais à la scène, et glissant mes doigts sur ceux d'une des danseuses, imposais ma volonté : dansez avec moi. Je feignais l'indifférence, mais mes yeux épiaient ce garçon. Il était habillé dans une tenue qui me rappelait mes psychiatres d'autrefois. Il avait ce même air observateur qu'eux, d'ailleurs. Le genre de regard « parle, mais je te dissèque par mes yeux ». Mais il avait les yeux verts.
Il me vit, me contempla, et resta fasciné. Bon point pour lui, je n'aurais pas supporté être ignoré. Mais chose surprenante, il croisa mon regard, et me sourit. Un sourire qui me laissa pantois. J'abandonnais la danse.


(…)

(…)

« Lorcan ? »

Je répétais avec une certaine résignation son prénom. Entre mes doigts, mon verre oscilla un instant, et il se chargea d'éviter que je ne renverse la liqueur sur la table. Ses mouvements étaient nerveux, vifs, précis. Il me faisait penser à une sorte de... de gros, gros, gros animal, qui se camoufle sous une certaine douceur. Il me surprenait. Sa voix était ronronnante. Et ça aussi me surprenait.

« A l'origine, je m'appelle aussi Lorcan. »

J'ignorais pourquoi je livrais ainsi cette information. Ses yeux verts se posèrent sur moi avec une certaine dexterité : une surprise délicate, mais pas brusque ou violente, qui m'aurait mis mal à l'aise. Il semblait être un marionnettiste maîtrisant chaque mouvement de son corps à la perfection comédienne. Cela me surprenait. Encore. Il observa autour de lui, et contempla le paysage égyptien dans lequel je l'avais entrainé. Une tente nomade, des paillasses à même le sol, dans un désert froid. Voilà l'Egypte. Voilà ce que j'étais, pour le moment. Une chose froide, étrangère, inconnue. Quelque chose qui ne se souciait plus de l'autre. J'eus un sourire, et contemplais les verres que nous devions boire par souci de politesse. Je lui demandais son âge, il me répondit 19 ans. Il faisait un peu plus. Il ricana lorsque je lui fis remarquer, en disant que je faisais moins que mon âge. Je ne questionnais pas. Je ne voulais pas comprendre. Alors je posais simplement le verre et glissais la main sur son visage, pour transmettre mes volontés. Il y répondit, et à ma propre satisfaction, nous passâmes une nuit joyeuse.

(…)

« Est-ce que ça va ? »

Lorcan me força à me plier, et la bouche ouverte, je contemplais, médusé, les sucs sur le sol. J'avais mal à la tête, et incapable de tenir debout, je restais frémissant, à quatre pattes, comme un animal. Le froid vibrait sur ma peau, et j'eus une légère pensée pour le corps d'humain de Lorcan. Je posais mes yeux sur sa peau, un peu plus éclairée que la veille. J'avais remarqué ces tatouages, qui se dessinaient sur sa peau. J'avais remarqué ce dragon, qui formait un ourouboros autour de son nombril. Cette vision m'acheva, et je continuais à cracher, dégouté par la réaction de mon corps. Ni lui ni moi ne comprenions pourquoi, mais j'apprendrais bien plus tard que la magie Egyptienne et son dragon était une alchimie à proscrire. Nos ébats, dangereux.

« Quelle heure est-il, Lorcan ? »

Je murmurais, en me redressant, essuyant mes lèvres. Il avait enfilé la moitié de ses vêtements, et sorti de la poche de son jean un téléphone portable très moderne, qui me fila un coup de vieux. Je n'étais plus trop dans le coup, avec les Ipad et Iphone.

« 11:45. Bientôt midi. »

Les prunelles étrécies, je contemplais avec effroi son visage, espérant qu'il se moque de moi. Puis, je me rendis compte que la tente dans laquelle nous nous étions connus était imbibée de lumière. De lumière du soleil. Et je ne brûlais pas. Les larmes emplirent mes yeux.

« Ce n'est pas possible... »
« Qu'est-ce qu'il... »

Pour toute réponse, je l'embrassais.

(…)

« Poudlard, c'est nul. »
« J'ai besoin de ce rôle de psychiatre, là bas. Pour moi. »
« Et moi, je fais quoi ? »
« Tu es Chess. Tu trouveras. Ni la mort ni le soleil ne peuvent t'arrêter. Lestat serait jaloux de toi. »
« Je pourrais venir te voir ? »

J'avais soupiré cette demande, mais je connaissais la réponse. Non, non, je ne pourrais pas. Je savais que Lorcan avait un goût prononcé pour le masochisme, -très sérieusement, c'était grave-, mais de là à s'enfermer soi-même sous un gouvernement politique instable, ça me dépassait. Lorcan me dépassait. Je ne le comprenais quasiment jamais. Surtout là.

(…)

« Tabarnaque, tu n'aurais pas du le frapper aussi... fort. »

Je laissais exploser un rire joyeux, hors de ma gorge, hors de mes lèvres, et resserant mes doigts autour de son bras, jetais un léger coup d'oeil à l'enfant. Evans. Lovegood. Tsss. Chess. Ravi, je continuais à rire. Ce mec là, il était à moi. Lorcan était à moi.


(…)

Un train.
Merde.
Mes doigts effleurèrent les graviers entre les rails. Il fallait que je me lève et que je bouge de là. Il y avait un train qui fonçait sur moi. Trois kilomètres. Avais-je le temps ? Mes yeux glissèrent, lentement, jusqu'à la tâche blanche que représentait mes doigts sur ma blessure. Merde. Fallait que je bouge. J'avais perdu trop de sang, non ? Un sourire sauvage déchira le masque insensible de mon visage, et j'essayais de bouger mon corps engourdi. Soit. Qu'est-ce que je pouvais faire ? Je riais. Mm.

« Tabarnaque. »

Un kilomètre. J'entendais les vibrations se rapprocher. Je voyais la prunelle d'un phare unique, au loin, fondre vers moi. Mes lèvres continuèrent à s'arquer dans un sourire dévorant. Han. Chess éparpillé en plein de petits morceaux. Pff. J'imaginais Wonderland exploser à l'intérieur de moi, et comme des bulles, voler à travers le ciel, accompagné de mon sang. Image sale. Rires. Je contemplais le ciel. Comment allais-je faire pour survivre ? Le train était tout près, maintenant. Tout près. Tout près. Trop près. Là. Je taisais mon rire, doucement, et un air simplement tranquille s'afficha sur mon visage.

5:00


(…)

« Et bien, Sküll. Même à soixante dix ans passé, les gentlemen savent se faire attendre. »
« Dans mon cas, ils sont à l'heure. Tu m'as manqué, Chess. »





Dernière édition par Lorcan « Chess » Hatefull le Dim 20 Jan - 15:03, édité 1 fois
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Dim 20 Jan - 15:01

Fiche terminée.
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MessageSujet: Re: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Dim 20 Jan - 15:50

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Tu peux désormais aller réserver ton Avatar.
Si tu ne veux pas être perdue va aussi te créer une fiche de Lien & un répertoire de Rp.
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Sachant que tu n'as pas de métier précis et bien défini, tu iras dans le groupe "Autres". N'hésite pas à te plaindre, à crier, à pleurer et à geindre, nous on adore entendre tout ça
Bonne continuation à toi, & bon jeux.
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MessageSujet: Re: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Dim 20 Jan - 17:44

Pleurer et geindre? Muhuhuhuhuhu <3
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MessageSujet: Re: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   

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Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)

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