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 Deux damnés réhabilités (PV Eleane)

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Jacob Dragonneau
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MessageSujet: Deux damnés réhabilités (PV Eleane)   Sam 14 Déc - 12:14


    On ne l'attend jamais vraiment, mais il finit par filer, le temps. Et moi, ça commençait à faire quelques semaines déjà que je n'étais plus Jacob Dragonneau, le prince déshérité de son empire, devenu Robin DeLune, le fils prodige ou prodigue, selon l'avis, le mec sortis dont on ne sait où. Je répétais constamment ce qui m'avait amené officiellement et d'où je venais: de l'autre côté de la Manche. Je parlais d'ailleurs un français impeccable, il l'avait fallu pour renforcer mon alibi.

    J'étais arrivé à l'université en cours d'année et c'est tout naturellement que j'avais repris la faculté politique. Au début, je m'étais dit que je serais tenté par les sortilèges: ma matière favorite à Poudlard, après tout. Mais j'avais un don de leader malgré moi. Je ne voulais pas finir comme auror ou tireur d'élite. Je ne méprisais pas ces deux professions. Mais il me semblait qu'à partir du moment où j'aurais ma licence de politique en poche, le monde serait à moi; il me suffirait de tendre la main pour l'attraper et le gober.

    Ce n'était, en fait, pas si simple, si on considérait que la monarchie pouvait durer plusieurs dizaines d'années. Dans ce cas, les politiciens se cantonneraient à un rôle plus ou moins secondaire à l'assemblée et le plus puissant d'entre eux deviendrait le conseiller du roi. Je riais intérieurement en pensant que je pourrais le devenir, s’il s'avérait qu'effectivement j'étais l'un des plus talentueux étudiant de ma génération. Il n'en était sans doute rien. Mais c'était beau de rêver tout de même.

    Pour se remettre dans le contexte, j'avais rencontré une ou deux fois Eleane, et nos conversations s'étaient jusque-là cantonnées à la courtoisie et au mur d'une apparente hypocrisie. Je me souvenais vaguement d'elle à Poudlard. Elle était la fille Greengrass, la sang pure qui n'avait jamais rejoint les rangs de l'Inquisition. J'avais un peu tempêté en l'apprenant, mais pour finir j'avais du respect pour ce refus. Il y avait une force d'esprit et de coeur que je parvenais à déceler chez elle.

    Il y avait deux jours, le professeur dans son amphithéâtre avait donné un travail à faire par deux. C'était un petit bonhomme, un peu gras, anémique au point qu'on lui eut volontiers sonné le glas sur le champ. Il avait ce sourire sadique, et lorsqu'il vous fixait avec ses grosses lunettes rondes, vous aviez l'impression qu'il lisait dans votre âme, pour peu que vous en ayez une.

    - Je vous conseille de vous atteler dès maintenant jour et nuit à ce devoir... vous aurez peut-être un peu de chance de le finir avant la date fatidique, c'est-à-dire dans quinze jours.

    Effectivement, le travail était monumental. Il s'agissait d'une analyse sur la politique menée par Maximilian St-Clare durant son mandat sur la question économique et les affaires extérieurs. Un rapport d'à peu près cent-cinquante pages, en suivant la méthode qu'il avait donné en début d'année.
    Dans les faits, je n'avais pas tellement peur du travail à fournir, mais sa longueur avait quelque chose d'un peu rebutant, comme si vous croisiez un python (appelons-le Gros-Câlin, je dis comme ça au hasard) sortant des buissons et que son corps tout d'écailles n'en finissait pas de sortir pendent des heures et des heures. Un python de cent-cinquante mètres, voilà.

    J'avais proposé à Greengrass de travailler ensemble sur ce gros morceau, ce rapport sans fin et comme j'étais supposément nouveau, je ne m'attendais pas à ce qu'elle accepte. Pourtant, elle n'avait pas fait la difficile et m'avait accordée, dans sa grande bonté, de s'associer à moi.
    Pourquoi lui avais-je demandé ? Peut-être parce qu'elle était jeune et jolie, tout simplement.
    Je suis particulièrement attiré par les femmes jeunes et jolies. Et je crois ne pas être le seul.
    Je m'égare.
    J'aurais pu évidemment potasser avec Gavried. Cela aurait été le plus logique. Mais j'avais dans l'idée de me faire le plus d'appuis possible. Robin DeLune n'avait pas encore d'identité propre dans mon esprit. Il fallait donc lui créer quelques amis pour que je le crois vraiment être moi, et non une sorte de chimère qui serait venue me hanter dans mes cauchemars les plus viles.

    Les salles de classes demeuraient désespéramment vides dès que les cours étaient finis. J'avais songé donner rendez-vous à la bibliothèque de l'Université à Greengrass, mais je me souvins qu'elle était toujours bondée à cette heure-ci. Les étudiants étaient soit là, soit dans leur logement à picoler un bon coup.

    J'étais donc assis dans un coin de l'amphithéâtre circulaire. J'attendais, j'attendais.
    Je sortis une plume à papotte, un parchemin et me laissa bercer un moment par ce silence qui m'entourait de son manteau bourdonnant de petits riens.

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: Deux damnés réhabilités (PV Eleane)   Sam 14 Déc - 19:57

La respiration légèrement haletante, elle accéléra le pas et enfonça un peu plus son visage dans l'écharpe verte qu'elle avait emportée avant de quitter sa chambre. Le temps avait été radieux ces derniers jours, mais les nuages commençaient désormais à lourdement menacer le ciel. Le vent souffla et elle serra de lourds livres contre sa poitrine dans l'espoir d'y trouver un peu de chaleur. Elle accéléra encore. Elle qui était d'ordinaire si ponctuelle, elle aurait bientôt dizaine de minutes de retard. Elle aurait préféré éviter. Mais à bien y réfléchir, elle aurait davantage préféré éviter de se rendre à la bibliothèque en cette heure si tardive.

La bibliothèque était un endroit magnifique, mais s'y aventurer après les cours n'était guère très plaisant : une foule d'étudiants surchargés de travail s'y amoncelait, et l'endroit prenait alors des allures de foire au bétail. L'atmosphère se chargeait et devenait alors lourde et irrespirable, presque viciée. D'ordinaire, Éléane évitait de s'y rendre soirée, préférant le calme qui y régnait aux premières heures du matin ou de l’après-midi. Mais cette journée avait été longue et chargée, et Elegius n'avait rien fait pour embellir celle-ci. Elle n'avait alors eu d'autre choix que de s'y rendre après son entrevue avec celui-ci. Elegius... Elle inspira profondément, secoua la tête et chassa le flot de pensées qui menaçait de venir l'encombrer, préférant se concentrer sur le bruit un peu vide de ses pas qui résonnaient sur les murs du magnifique bâtiment dans lequel elle venait de pénétrer. Ainsi assombri par le temps et vidé de la foule qui d'ordinaire l'emplissait, elle lui trouvait quelque chose de grand et sinistre. Elle tourna à droite et emprunta un petit couloir sombre caché derrière une tapisserie.

Bientôt, elle arriva devant la salle de classe circulaire dans laquelle ce professeur rondouillet leur avait donné cet immense travail. Cent cinquante pages, en deux semaines. Ni plus ni moins. D'emblée, elle l'avait jugé légèrement hautain et trop exigeant, mais jamais elle n'aurait imaginé qu'il se montrerait à ce point à la hauteur de l'image qu'elle s'était faite de lui. On l'avait prévenue, intégrer la faculté de politique ne serait pas chose aisée, aussi n'avait-elle pas été surprise, mais elle s'étonnait néanmoins de voir à quel point, déjà, leurs professeurs espéraient déceler lesquels, parmi eux, se distingueraient.

L'annonce de ce travail ne lui avait pas arraché une protestation aussi lourde que celle de la plupart de ses camarades. Elle s'était contentée de fixer les mains du professeur qui se tordaient nerveusement avant de quitter l'immense amphithéâtre, sans même chercher à se trouver un partenaire. C'est alors que cet étudiant avec lequel elle n'avait jusqu'alors échangé que quelques formules de politesse l'avait rejoint et lui avait proposé de travailler avec elle. Elle ne montra pas sa surprise et, après l'avoir évalué d'un rapide regard, accepta. Elle ne savait pas trop pourquoi elle ne lui avait pas préféré une personne avec laquelle elle avait déjà noué quelques contacts. Peut-être était-ce son attitude légèrement arrogante qui l'avait convaincue. Elle n'aimait pas les gens qui cèdent à chaque propos, ils ne l'enrichissaient pas, et ce garçon n'avait pas l'air d'être de ceux-là. Ou peut-être était-ce ses traits fins. Ou peut-être encore était-ce son côté étranger, bien qu'Éléane lui trouvait, en réalité, un air très anglais. Elle avait d'ailleurs été surprise par la facilité avec laquelle il s'exprimait en langue anglaise, non pas tant par sa syntaxe parfaite que par son absence d'accent. À elle, on lui avait bien appris le français, mais jamais elle ne le parlerait aussi bien que le jeune Robin Delune ne s'exprimait dans sa langue. Elle trouvait cette facilité d’expression fascinante.

Elle s'arrêta devant la porte de l'amphithéâtre et rejeta ses cheveux en arrière pour les dégager de son écharpe. Sa respiration redevint calme et le rythme de son coeur s'apaisa. Elle pénétra alors dans la salle qu'elle parcourut du regard. Robin était assis à l'avant de celle-ci, non loin de l'estrade sur laquelle se tenait, il y a quelques heures encore, ce fameux professeur aux trop grandes lunettes qui les surchargeait de travail. Il semblait perdu dans ses pensées. Elle avança alors d'un pas calme et détendu, pour s'arrêter à environ un mètre de ce jeune homme qui lui tournait le dos. Elle l'observa quelques secondes, il semblait ne pas avoir remarqué sa présence. Elle reprit ainsi le cours de son chemin, posa les livres qu'elle tenait toujours contre sa poitrine sur un banc, ôta sa veste et se saisit d'une chaise avant de s'asseoir face à lui.

- Bonsoir, dit-elle d'un air à la fois calme et détaché.

Elle plongea ses yeux gris dans les siens et le fixa. Elle savait que cette habitude qu'elle avait de toujours regarder les gens dans les yeux mettait certains de ses interlocuteurs mal à l'aise, mais elle avait toujours pensé que les regards fuyants traduisaient de trop grandes faiblesses, et c'était pour elle une forme de respect, de dignité et d'honnêteté que d'oser confronter son regard à celui de la personne en face de soi. « Fuir n'est en soi pas une solution, il faut savoir s'imposer », avait toujours aimer à lui rappeler son père. Elle en avait tiré, songeait-elle, les meilleurs enseignements. Elle reprit la parole :

- Je suis allée à la bibliothèque, ajouta-t-elle simplement en désignant les quelques ouvrages qu'elle avait emportés dans sa course.

Elle faillit s'excuser pour son retard, mais elle n'avait pas envie de se perdre en paroles inutiles. Et puis, la phrase qu'elle venait de prononcer n'était-elle pas déjà une forme d'excuse ?

Son attention se porta alors brièvement sur la plume à papote de Robin. Elle avait toujours été méfiante vis-à-vis de telles plumes : le caractère de leur propriétaire finissait régulièrement par déteindre en excès sur elles et leurs propos s'en trouvaient souvent biaisés. Elle ne fit néanmoins aucune remarque, se contenant de sortir de l'encre et du parchemin du sac qu'elle avait emporté avec elle. Elle s'appuya sur le dossier de sa chaise. L'endroit était calme et silencieux. Elle remercia alors intérieurement Robin d'avoir, comme elle l’aurait fait, préféré s'isoler loin du tumulte de la bibliothèque.



Dernière édition par Eléane I. Greengrass le Ven 9 Mai - 15:33, édité 3 fois
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Jacob Dragonneau
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MessageSujet: Re: Deux damnés réhabilités (PV Eleane)   Dim 15 Déc - 10:03

    Elle avait pris un peu de retard, ce qui n'était pas foncièrement dramatique en soi. Pour un peu, je n'avais pas vu le temps passer non plus parce que j'étais trop absorbé par quelques pensées fugaces. Il aurait fallu, naturellement que je me tourne vers l'avenir; c'était une chose à laquelle j'étais résolu, mais toutes perspectives disparaissaient au profit du passé dès que je me trouvais seul comme en cet instant.

    Je fermais les yeux dans l'espoir de me remémorer l'année précédente. Les événements se succédaient comme des éclairs. Seuls les visages restaient, comme des regrets. Lily Potter. Mia Hobbes. Alessandra Warrington. Matthias. J'en venais même à regretter mon détestable cousin, Lorcan Scamander, avec lequel je ne m'étais jamais particulièrement attendu. Trop de différences nous séparaient. Il arrive de temps en temps que ce soit des raisons pour ériger quelques solides murs à la fois impalpables et invisibles, mais en même temps si présents, si pesants.

    D'une certaine façon, en décidant de faire le travail avec Eléane, je me constituais comme exilé et je faisais un pied de nez à mon ancien entourage. En y repensant bien, Gavried aurait constitué un coéquipier idéal. Pendant longtemps, je l'avais déconsidéré, mais la dernière fois qu'une crise avait éclaté à Poudlard - provoquant la fuite de sa directrice, Branstone - il avait été exemplaire, c'est-à-dire qu'il n'avait pas rechigné à obéir mes ordres. Si tout le monde avait fait pareil, on n’aurait pas eu droit à une débâcle comme on peut s'en souvenir. Autant dire que des comportements comme celui d'Annabeth avait forcément contribué à une certaine anarchie. Tandis que cette ga... charmante fille m'envoyait un sortilège me couvrant le visage de pustule, j'avais essayé pour ma part de limiter les dégâts. La postérité retiendra, je l'espère, la puérilité de cette pauvre imbécile.

    Perdu dans les méandres de ces méditations sur ma dernière année à Poudlard, je ne vis pas arriver Eléane avec son écharpe verte et ses livres contre la poitrine. Ce n'est qu'après avoir posé ses livres et qu'elle se soit assise en face de moi que mes yeux se posèrent sur elle. Elle me souhaita bonsoir et j'en fis de même. Sur le coup, son regard pénétrant me décontenança beaucoup. Elle avait de ces yeux gris, proche du bleu, qui ont l'air de deux gouttes d'océans. Le danger était de s'y noyer, naturellement, tandis qu'elle semblait scruter chacune de vos pensées. Je faillis détourner le regard, ce qui aurait été une erreur monumentale. Peut-être essayait-elle de s'imposer, de montrer une certaine force mentale; si c'était le cas elle était tombée sur le mauvais chameau. Les jeux de regards, les cils plissés pour y rajouter un air de dédain ou de supériorité, j'y avais participé sans jamais m'y dérober.

    Elle justifia son retard en expliquant qu'elle était passée par la bibliothèque et si sa phrase ne sonnait pas tellement comme une excuse, elle donnait au moins un éclaircissement.

    - C'est bien que tu sois passé par la bibliothèque, dis-je, parce que je n'y avais pas pensé moi-même. Et vraiment, je n'ai pas envie de retourner à cette foire à cette heure-là.

    J'examinai rapidement chacun des ouvrages, effleurant de l'index chacun des titres comme s'ils avaient pu me révéler quelque chose en plus par le toucher. Relevant la tête, je souris à mon interlocutrice, ce qui équivalait à une sorte de remerciement dans mon esprit.
    Elle sortit de son sac de l'encre et des parchemins et tandis que son dos s'appuyait plus fortement contre le dossier de sa chaise, je me permis de prendre l'un des livres qui me semblaient le plus intéressant. Il avait une jaquette rouge, raide et rugueuse, consciencieusement cartonné par le fabriquant, sans doute, ce qui lui conférait une allure plutôt vieillotte. On avait l'impression que ce genre de livre avait pu paraître une quarantaine d'années auparavant. Pourtant, si l'on en croyait les premières pages tournées, le volume avait bel et bien été publié quelques mois auparavant. C'était la preuve de la force de cette jeune et puissante université. Je m'étonnai qu'elle fût encore sur pied malgré la prise de pouvoir de mon père; nul doute qu'un accord secret avait certainement été passé par le roi et le directeur de l'université.

    - On devrait sûrement répartir le travail sur plusieurs jours, sinon, on n’en verra jamais le bout. On a qu'à se mettre d'accord pour faire l'introduction, le plan et les problématiques ce soir ? ce qui ferait une dizaine ou une vingtaine de pages, si on est bien inspiré... Il faudra sûrement qu'on ressorte les vieux journaux dans les prochains jours pour voir ce qu'ils disaient de St-Clare...

    Je me tus, quelques secondes et aiguisa la pointe de ma plume à papotte. J'avais également un peu d'encre, et la plume voleta volontairement vers le liquide noir dès que je le lâchai.

    - Dis-moi, qu'est-ce qui t'as décidé à aller en fac de politique ? Tu étais plutôt douée en sortilège... à ce qu'on m'a dit.

    Voilà, j'avais failli gaffer dès le début. Je m'étais rattrapé astucieusement, heureusement. Mon pouls s'était cependant diablement accéléré et j'appréhendais qu'elle ait pu remarquer la légère pause qui s'était insinué tel un serpent dans ma phrase.
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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: Deux damnés réhabilités (PV Eleane)   Dim 15 Déc - 19:48

Elle regarda autour d'elle : la salle dans laquelle ils se trouvaient était réellement magnifique, et elle ne pouvait s'empêcher de le constater à chaque fois qu'elle y pénétrait. Mais les ombres des arbres qui se découpaient sur fond d'obscurité lui donnaient un air sinistre. Elle n'était pas facilement impressionnable ni même rapidement effrayée, mais l'atmosphère qui se dégageait de ce mélange d'architecture lourdement travaillée et de nuages trop bas avait quelque chose de pesant. Elle avait le sentiment de se retrouver dans ce vieux cachot humide où leur professeur de potion les avait fait travailler une nuit durant sur un élixir d'euphorie. Éléane avait toujours particulièrement excellé en potion, et bien qu'elle avait invariablement eu de bonnes notes dans toutes les matières, elle s'était toujours singulièrement démarquée en sortilèges et élixirs en tous genres. Mais cette longue nuit qu'ils avaient passée dans ce cachot étroit lui avait laissé le souvenir d’une sensation d'inconfort humide et de trop grande promiscuité. Elle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle cet immense amphithéâtre blanc, à cette heure avancée du jour, lui rappelait cette sensation et elle songea que c'était peut-être cette immensité qui, vidée de ses élèves, était la source de cet inconfort désagréable et enveloppant.

Alors qu'elle chassait cette pensée dont elle n'avait rien laissé paraître de son esprit, le jeune homme en face d'elle la salua. Elle lui accorda alors à nouveau son attention laquelle, l'espace d'une brève seconde, avait été défaillante.

« C'est bien que tu sois passé par la bibliothèque, parce que je n'y avais pas pensé moi-même. Et vraiment, je n'ai pas envie de retourner à cette foire à cette heure-là. »

Une fois de plus, Éléane fut saisie par le parfait anglais de ce Français fraîchement débarqué. Elle se garda de lui faire part de cette réflexion, mais elle eut aimé avoir de semblables facilités dans l’apprentissage des langues ou de quelque autre matière que ce soit. Elle acquiesça alors simplement et, tandis qu'il examinait les livres qu'elle avait apportés, elle observa à nouveau Robin. Naturellement, son attention s'était portée sur le plus gros de tous les ouvrages, le plus récent également, celui à la reliure rouge. Son regard se posa quelques secondes sur ledit livre avant de détailler l'étudiant qui laissait glisser ses doigts le long des reliures comme pour mieux prendre connaissance de leur contenu ou comme dans l'espoir de s'en imprégner. L'espace de quelques instants après qu'elle lui eut dit bonjour, elle l'avait mis mal à l'aise, elle en était persuadée. Il avait d'ailleurs failli détourner les yeux, mais il ne l'avait pas fait, et cela lui avait donné beaucoup de satisfaction : probablement n'avait-elle pas eu tort d'accepter de s'associer à lui, il semblait avoir du caractère. Il avait soutenu son regard et, alors qu'il s'était probablement attendu à ce qu'elle le suive dans ce mouvement, elle s'était détendue. Elle n'avait nullement l'intention d'entrer dans un quelconque rapport de force ou autre jeu d'arrogance ; simplement, sa franchise et son éducation l'avaient toujours fait éviter les attitudes fuyantes.

Il se redressa et, alors qu'elle continuait à l'observer, lui sourit. Elle pencha légèrement la tête sur le côté et lui répondit également par un rare sourire avant de se mettre à examiner les livres en sa compagnie, cherchant à retrouver un article qu'elle avait, la veille, trouvé fort intéressant, et qui pourrait probablement être l'une des bases de leur analyse. Et alors qu'elle se perdait entre deux pages, il reprit la parole, lui proposant de s'atteler le soir-même à définir leur problématique, à établir leur plan et à introduire leur sujet. Sans lâcher le petit ouvrage bleu dans lequel elle avait lu ces quelques lignes fort bien écrites, elle plongea à nouveau spontanément son regard dans le sien.

- Je suis du même avis, dit-elle avant de continuer à feuilleter le bouquin du bout des doigts. J'ai trouvé quelques informations qui pourraient nous être relativement utiles dans ce livre, ajouta-t-elle dans la foulée. Je pense qu'elles pourraient servir de base à notre analyse. Ah, les voilà.

Elle se redressa et retourna le livre pour le présenter à Robin. Elle se pencha ensuite pour sortir quelques rouleaux de parchemin de son sac, déplia l'un d'eux et le présenta également à son camarade d'exil.

- J'ai pris quelques notes, si tu veux te faire une idée de l'article sans le lire tout de suite. J'ai également noté quelques idées qui pourraient nous aiguiller dans le choix de notre problématique. C'est fort brouillon, mais je te laisse le loisir de te faire ta propre opinion.

Elle avait dit cela d'un ton calme et égal et, alors que le jeune homme s'emparait du parchemin, elle reprit appui sur le dossier de sa chaise, considérant les livres, dans l'espoir sans doute un peu vain que l'un d'eux serait plus inspirant que les autres. En face d'elle, Robin aiguisa sa plume à papote. Ce geste la laissa songeuse, bien qu'elle n'aurait pu exactement définir le sujet de ses pensées. De toutes façons, son partenaire ne lui laissa pas le loisir de les saisir. « Dis-moi, qu'est-ce qui t'as décidé à aller en fac de politique ? Tu étais plutôt douée en sortilège... à ce qu'on m'a dit ». La question raisonna dans l'immense amphithéâtre et, bien qu'elle se montra égale à elle-même, elle s'en étonna. Haussant légèrement les sourcils, elle leva ses grands yeux vers le visage de Robin. Elle était légèrement décontenancée.

- Et bien, dit-elle doucement, je vois que tu sais déjà tout de moi.

Elle marqua une pause, se demandant comment il avait pu obtenir une information aussi anodine à son sujet. Qu'il sache qu'elle était une sang-pur ne l'aurait guère étonnée : la plupart des sorciers en savent généralement beaucoup à ce propos, et d'autant plus quand ils sont eux-mêmes des sangs-purs. Mais qu'il connaisse un détail de ce genre la laissait d'autant plus perplexe qu'elle avait remarqué chez lui comme la trace d'une légère hésitation, comme si ses propres paroles l'avaient lui-même surpris et inquiété. Elle songea que peut-être Gavried, avec qui elle avait le vague souvenir de l'avoir vu traîner une ou deux fois, le lui avait dit, mais elle se demandait bien en quoi cela avait pu être d'un quelconque intérêt dans l'une de leurs discussions. Elle se demandait d'ailleurs si Gavried, dont elle n'était pas certaine qu'il s'intéresse à autre chose qu'à satisfaire ses propres envies et lubies passagères, avait lui-même déjà remarqué ce détail. Ils ne se connaissaient, après tout, que très peu, se contenant d'entretenir un petit jeu purement puéril et futile. Elle considéra calmement Robin :

- Beaucoup de sujets et matières méritent qu'on leur portent de l'intérêt, mais on ne peut accorder à tous celui qu'ils méritent, lui dit-elle de son ton invariablement neutre. Il fallait faire un choix.

Elle se pencha légèrement en arrière et, tout en continuant à le fixer, croisa les bras.

- Et la politique est l'un de ces rares sujets auquel personne ne devrait omettre de porter de l'intérêt, continua-t-elle calmement. Et puis, très honnêtement, je n'aurais pas fait un très bon auror, crut-elle bon ajouter dans l'espoir que cela le contenterait.

Elle avait conscience qu'au fond, cela ne répondait pas vraiment à sa question, mais elle espérait néanmoins que cette réponse suffirait à satisfaire sa curiosité. Elle aimait peu parler d'elle-même, et encore moins quand le sujet impliquait, de près ou de loin, un membre de sa famille. Et en l'occurrence, elle se voyait mal lui expliquer que même si la politique l'intéressait réellement, elle aurait effectivement préféré entrer en faculté de sortilèges et devenir chercheuse ou professeur en la matière, mais qu'elle avait préféré donner satisfaction à ses parents sur au moins un point de son éducation.

Elle prit alors appui sur la table qui les séparait et trempa sa plume dans l'encre verte qu'elle avait emmenée avec elle. Et alors qu'elle dirigeait sa main vers le bout de parchemin qu'elle venait d'ouvrir, une question lui échappa, directe et spontanée, presque malgré elle :

- Et toi ? lui demanda-t-elle, pourquoi avoir choisi la politique ? Et pourquoi être venu en Angleterre ?

Elle s'était elle-même surprise en l'interrogeant de la sorte. Elle préférait en général être l'imperturbable observatrice et l'écoute attentive que la curieuse aux interminables questions. Et le fait que ce garçon était pour elle un parfait inconnu lui sommait de ne pas se monter si intéressée des faits qui le concernaient. Mais il est vrai que cette question, elle se l'était déjà posée à plusieurs reprises. Elle eut volontiers compris le besoin de voyager, de rencontrer de nouvelles personnes et de découvrir de nouveaux horizons, mais l'Angleterre n'était actuellement certainement pas le choix idéal en termes de dépaysement. D'aucuns l'avaient d'ailleurs compris, préférant fuir une situation politique trop scabreuse aux profit de contrées plus exotiques et, surtout, exemptes de toutes traces de totalitarisme. Aussi se demandait-elle réellement ce qui avait amené un jeune sorcier de dix-huit ans à s'installer dans un pays au climat si trouble et instable, mais jamais elle n'aurait cru, en dehors de toute amitié, oser lui poser la question. Elle ne l'avait d'ailleurs pas souhaité mais, simplement, un peu honteusement peut-être, celle-ci lui avait échappé.

À nouveau, Éléane se garda bien de laisser transparaître son questionnement intérieur, attendant désormais la réponse à la question qu’elle avait osé poser et gardant intacte la façade de son imperturbable et impassible calme.


Dernière édition par Eléane I. Greengrass le Ven 9 Mai - 15:55, édité 8 fois
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Jacob Dragonneau
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MessageSujet: Re: Deux damnés réhabilités (PV Eleane)   Jeu 2 Jan - 18:32

Spoiler:
 


    Le travail n'était pas franchement excitant. Il était long fastidieux, et sans être forcément difficile, il demandait une certaine rigueur dans l'analyse. On ne pouvait se compter de narrer les faits sans essayer de les expliquer. Je soupçonnais secrètement l'enseignant d'avoir donner un devoir impossible, pour voir qui s'en tirerait le moins mal et qui aurait la lucidité de lui dire "merde", avec la plus grande des politesses.
    Je ne comptais pas me faire trop remarquer, sinon, par mes excellentes notes. A mon sens, il fallait m'intégrer d'une manière subtile; rallier à moi un bon nombre d'amis véritables. C'était la clef d'une année réussie. Avec un bon niveau scolaire et une base sociale établie, je ne doutais nullement de pouvoir donner corps en mon esprit à ce Robin DeLune qui n'était pour moi qu'une apparence sans importance. Mes yeux évitaient les miroirs; une voix sans loi répétait mon ancien nom comme une faute non payée.

    Je n'assumais ni mon ancienne, ni ma présente identité et j'ignorais de surcroît comment je me dépatouillerais pour faire émerger en moi un caractère nouveau; pourtant bien à moi.

    Je fixais un instant Eleane, petite femme dont le caractère était bien établie. Elle était d'une autre trempe: celle des grandes. De la mienne. Je n'avais jamais sympathisé avec elle lorsque j'étais Jacob. Je le regrettais sincèrement ce jour-là où chacune de ses actions; chacune de mes actions semblaient aller de soit pour l'un comme pour l'autre. Nous regardions dans la même direction. Cette absence de confrontation faisait du bien.
    Elle approuva donc ma proposition de répartir de façon claire le travail jusqu'à ce qu'on le rende. C'était logique, bien sûr.
    Elle expliqua avoir trouvé des informations intéressantes dans le livre bleu - assez mince - et elle le feuilletait avec une relative passivité, et on aurait dit qu'elle avait lu l'ouvrage une bonne centaine de fois, à présent elle s'en était lassée. Je hochai la tête à ces mots, mais n'accorda qu'un regard de principe au titre extrêmement banal. Elle me le tendit, mais je me contentai de seulement l'entrouvrir, tandis qu'elle sortait quantité de parchemins. Elle indiqua qu'elle y avait consigné - d'une manière fort brouillon admettait-elle - l'essentiel d'un article de presse. J'attrapai le rouleau déroulé et parcourut hâtivement les notes. Chacune des lettres semblaient fuir et s'expliquait sûrement par l'empressement avec lequel ils avaient été tracés.

    - Bien, dis-je, ça m'a l'air bien.

    Et j'aiguisai ma plume à papotte alors qu'elle s'accotait un temps sur le dossier de sa chaise. Elle sembla songeuse, mais je ne tentai même pas de percer les mystères de ses pensées secrètes.

    Comme je n'aimais ce silence, je lançais une phrase au hasard, quelque peu maladroite sur ses talents de sortilège, comme si moi, sale métèque supposé et joué, je pouvais savoir une tel chose. Elle répondit avec une simplicité désarmante que je savais visiblement tout d'elle.

    - C'est Foil qui me l'a dit, me justifiai-je comme si je m'excusai.

    Elle me dit que bien des matières méritaient leur intérêt, mais qu'il fallait faire un choix. Je faisais "oui" de la tête, pour l'approuver.
    Bref, elle avait opté pour la politique car c'était une matière auquel, prétendait-elle, on ne pouvait omettre un intérêt. Là-dessus, je n'étais pas foncièrement d'accord. Je connaissais une bonne dizaine d'imbéciles qui ne savaient même pas qui était à la tête du pays tant ils se foutaient de la politique.

    Elle me demanda pourquoi moi-même j'avais choisis la politique, et surtout pourquoi l'Angleterre dont la démocratie n'était plus que l'ombre d'une honteuse dictature.

    - Oh ! fis-je. C'est assez compliqué.

    J'inspirai un coup, puis poursuivis:

    - J'ai toujours eu un certain intérêt pour la politique. Déjà enfant, les seuls articles de journaux concernaient la politique, même moldue, d'ailleurs étaient dans mes lectures principales. En grandissant, des qualités de stratégies et de confiances me sont apparues et... et c'est tout naturellement que j'ai décidé d'étudier la politique.

    Je marquai un pause, ne sachant que répondre à la deuxième interrogation qui devait tarauder bien davantage l'esprit de la jeune femme assise devant moi.

    - Pour l'Angleterre, je t'épargnerais les mensonges types: la réputation de l'université ou je ne sais pas quelle autre connerie. Il s'avère que je suis l'héritier direct de la famille des DeLune qui vit de l'autre côté de la manche. Et...

    Là, je lançai un coup de bluff pour voir plus exactement ce qu'Eleane pouvait réellement penser de la situation actuelle:

    - Et pour être tout à fait honnête, il m'est venu à l'esprit qu'un opposant de plus au régime ne serait pas de refus. La fuite n'est pas une solution, à mon avis; il faut étouffer dans l'oeuf ce tyranneau nommé Dragonneau, qui se prend pour un empereur, mais dont le titre creux ne révèle qu'un esprit dictatoriale.

    Je m'amusai à parler ainsi de mon père et c'était avec un ton de rancune que je me permettais de parler de lui. J'avais des raisons justifiées de lui en vouloir; pour une fois je n'avais pas besoin de jouer la comédie et mes paroles n'en étaient que plus convaincantes.

    J'écrivais rapidement sur une feuille une sorte de "brainstorming" auquel je ne prêtais qu'une attention sommaire.

    - J'essayerais donc de rejoindre l'Ordre du Phénix, le plus tôt possible. D'autant qu'Helios Ier a pris en otage des civils en conséquence de la fuite de son couard de fils.

    Là, je dois admettre, je ne pouvais pas trouver plus drôle que de parler ainsi de ce Jacob que j'avais été quelques semaines plus tôt. Se moquer de soi-même... pas tout à fait de l'autodérision, mais plutôt une sorte d'ironie funeste, voilà ce que je faisais en cet instant.

    - Je sais pertinemment que tu es une Grengrass; donc une sang pure. Mais l'Université est contre Helios, dans son ensemble. Tu pourrais faire partie de cette minorité d'helossiens, ce que je doute fort. Que tu sois en faveur de St-Clare, de Potter ou de Dragonneau, ce n'est pas pour moi quelque chose qui puisse avoir prise sur moi.

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: Deux damnés réhabilités (PV Eleane)   Ven 31 Jan - 18:46

Spoiler:
 

Les minutes avaient défilé et la pièce, de plus en plus sombre, s'était faite d'autant plus froide que la pluie avait commencé à battre les fenêtres. Elle avait frissonné et avait observé Robin alors qu'il parcourait, d'un oeil rapide, et sans vraiment les lire, les notes qu'elle avait prises quelques heures auparavant. L'idée qu'il ne leur accordait que peu d'importance, bien loin de la vexer, lui avait procuré une certaine satisfaction : c’était là la preuve qu'il préférerait s'investir dans leur travail plutôt que de la laisser tenir seule les rênes, comme elle l'avait fait plus que de raison dans le passé. Probablement éprouveraient-ils d'ailleurs quelques difficultés à s'accorder, deux caractères forts ne pouvant décemment pas produire un travail commun sans que cela ne donne lieu à quelques discussions plus mouvementées que d'autres. Mais qu'à cela ne tienne, elle aimait ce genre de joutes intellectuelles, les trouvant à la fois enrichissantes et productives.

« Bien, avait-il dit, ça m'a l'air bien »

Cette simple petite phrase l'avait arrachée au cours de ses pensées et l'avait fait sourire intérieurement. Il n'avait aucune idée du contenu des notes qu'elle lui avait fournies. Rien de surprenant à cela, l'épaisseur et le titre du livre sur lequel elle s'était attardée ne laissaient, à priori, rien présager de particulièrement intéressant, de sorte qu'il était normal que Robin ne lui accorde pas plus d'attention. Mais derrière cette apparente simplicité, qui était sans doute ce qui avait éveillé sa curiosité, se cachait, en vérité une réflexion extrêmement intéressante sur la gestion des affaires extérieures durant le mandat de St-Claire. Amusée par la situation, ses lèvres avaient laissé entrevoir l’ombre d’un sourire.

- Tu devrais vraiment y jeter un oeil, avait-elle suggéré, c'est plus intéressant que ça n'en n'a l'air à première vue.

Sur ces quelques mots, elle avait repris ses notes et les avait tournées vers elle, préférant laisser à Robin le loisir de se faire sa propre idée sur le sujet. Elle les avait alors parcourues des yeux, comme à la recherche d'une idée qu'elle sentait poindre sans encore l'avoir vraiment définie.

Il l'avait alors questionnée sur son choix de faire de la politique, et elle lui avait répondu aussi évasivement qu'elle le pouvait, espérant néanmoins le contenter. Mais, sans trop savoir pourquoi, elle avait également cru bon de relancer le sujet en le questionnant sur ses propres choix. Poser des questions ne lui ressemblait pourtant pas beaucoup, mais quelque chose l'intriguait chez ce garçon, de sorte que les mots avaient devancé sa pensée et qu'il lui fallait, désormais, affronter cette discussion qu'elle avait alimentée plus qu'elle ne l'aurait dû.

Il lui avait alors expliqué s'être toujours intéressé à la politique et être venu en Angleterre car, selon lui, « la fuite n'était pas une solution ». Elle avait trouvé cette idée bien étrange, manquant d'objecter que seuls fuyaient ceux qui quittaient le pays, une personne n'étant pas soumise à ce régime ne pouvant, en toute logique, pas fuir celui-ci. Elle s'abstint néanmoins de tout commentaire, laissant ainsi libre cours aux paroles de son interlocuteur. Sa mère lui avait appris à quel point savoir se taire, écouter et laisser parler peuvent nous en apprendre plus que poser quantité de questions. Durant sa petite enfance, elle n'avait pas très bien compris l'intérêt de cette idée, mais les années lui avaient révélé à quel point ce conseil pouvait parfois s'avérer précieux. Aussi, avait-elle stoppé le geste de sa plume et l’avait-elle laissé s'exprimer, l’écoutant avec beaucoup d’intérêt.

Elle le considérait. Il parlait beaucoup. Il donnait l'impression de se chercher lui-même, et c'était un étrange contraste que de voir ce garçon en apparence si sûr de lui se montrer si incertain de son discours. Ses paroles, bien sûr, se voulaient très affirmées, mais elles laissaient transparaître un indéfinissable malaise, comme si ses mots le définissaient au moment-même où il les prononçait. Il parlait vite, comme s'il cherchait à saisir le fil de ses propres pensées, leur substance sans doute. Ses propos avaient quelque chose de pressé et de performatif. Elle avait toujours pensé qu'un tel débit de parole, associé à la confusion de tant d'idées en un temps si réduit traduisait une grande intelligence. Et sans doute ce garçon était-il particulièrement intelligent mais, derrière ses phrases, semblait se cacher un indéfinissable autre chose. Performatif, oui, c'était le mot.

Il était l'héritier des DeLune et pourtant, elle n’avait jamais entendu parler de lui. Elle connaissait pourtant cette famille, mais pas son héritier. C’était étrange… mais peut-être n’avait-elle pas porté l’attention qu’elle aurait dû porter aux longs cours que leur donnait ce vieux professeur dont elle avait presque oublié le nom sur l’histoire et la généalogie des grandes familles de sorciers, lorsqu’Elegius et elle étaient enfants. Mais à n’en pas douter, son interlocuteur était un sang pur : ses attitudes, ses gestes, ses mots ; tout en lui traduisait une éducation similaire à la sienne, jusqu’à cette passion pour la politique qu’il affirmait avoir développé enfant. Un sang pur qu’elle ne connaissait pas de nom, « simplement ». Un sang-pur qui avait quitté son chez-soi pour se plonger au cœur de tumultes dévastateurs. Probablement n’avait-elle pas tort : quelque chose en lui cherchait encore à se définir. Mais, au fond, elle savait combien trouver sa place au sein d’une telle famille pouvait s’avérer difficile, et peut-être Robin cherchait-il encore à trouver la sienne. Tout du moins était-ce là, selon elle, l’explication la plus plausible.

« J'essayerais donc de rejoindre l'Ordre du Phénix, le plus tôt possible. D'autant qu'Helios Ier a pris en otage des civils en conséquence de la fuite de son couard de fils. »

La phrase avait raisonné dans l’immense amphithéâtre vide, laissant les traces d’un drôle d’écho aux oreilles d’Eléane. Pour oser ainsi dévoiler ses opinions politiques à une parfaite inconnue sous un régime dictatorial, il fallait soit être complètement stupide et inconscient, soit parfaitement sûr de soi, soit parfaitement manipulateur. Et elle était certaine qu’il n’était pas de la première catégorie, de sorte que la vigilance qu’elle avait décidé de laisser tomber quelques instants auparavant se raviva. Elle posa son coude sur la table, pencha légèrement le visage et l’appuya sur le bout de ses doigts, observant calmement le garçon qui lui faisait face. La fuite de Jacob… cette histoire avait fait les choux gras de tout le pays qui, encore sous l’émoi, se demandait ce qui avait pu décider un jeune « prince » à s’éloigner de la troupe de groupies et courtisans qui le côtoyaient. Aussi, et plutôt que de réagir sur l’Ordre du Phénix, prit-elle la parole sur la partie sur laquelle, elle en était persuadée, Robin ne s’était sûrement pas attendu à ce qu’elle réagisse :

- Je ne pense pas que ce soit la couardise qui ait fait fuir Jacob, dit-elle très simplement, comme si cela tombait sous le sens.

Et sous le regard interrogateur de son interlocuteur, elle continua :

- Lui et moi avons à peu près le même âge, et si je ne l’ai jamais vraiment côtoyé, nous avons passé sept années dans la même école, et le peu que je connais de lui ne m’a pas laissé l’image d’un couard. J’ignore pourquoi il est parti, et à vrai dire je cherche pas particulièrement à le savoir, mais je ne pense pas que la peur soit la raison de son départ.

Jacob, elle l’avait beaucoup observé ; non pas qu’elle lui ait porté un intérêt particulier, mais parce qu’il était dans sa nature d’observer les gens. Et après le coup d’état d’Hélios, sa curiosité et sa méfiance l’avaient conduite à porter un intérêt plus grand aux événements qui, de près ou de loin, concernaient la nouvelle politique du pays.

La coupant à nouveau dans ses pensées, Robin avait repris la parole :

« Je sais pertinemment que tu es une Grengrass; donc une sang pure. Mais l'Université est contre Helios, dans son ensemble. Tu pourrais faire partie de cette minorité d'helossiens, ce que je doute fort. Que tu sois en faveur de St-Clare, de Potter ou de Dragonneau, ce n'est pas pour moi quelque chose qui puisse avoir prise sur moi. »

À l’entendre parler, elle se demanda de quelles observations Robin avait-il déduit qu’elle n’était pas particulièrement pour Hélios. Qui l’avait connue à Poudlard pouvait à juste titre émettre des doutes à ce sujet, mais Robin était un parfait inconnu. Elle voulu lui poser la question, mais s’abstint de le faire, consciente que cela pourrait confirmer Robin dans ses dires alors que, de toute évidence, il cherchait à la situer. Alors, la tête toujours légèrement appuyée sur le bout de ses doigts, elle plongea à nouveau son regard dans celui de son interlocuteur et, cette fois-ci, sourit franchement, sincèrement étonnée et amusée par son audace et par l’image qu’il semblait déjà s’être faite d’elle, alors qu’il ne la connaissait absolument pas.

- Et bien, et bien ! dit-elle dans le même sourire léger. Que ne sais-tu pas de moi, Robin DeLune ? Je ne t’aurais pourtant pas imaginé prompt à cancaner.  

Elle haussa les sourcils de ce même air amusé et, sur ces quelques mots, se redressa avant d’arborer à nouveau son habituelle allure calme et sérieuse.

- Quant au reste, continua-t-elle avant de marquer une courte pause, je dirais que ton ouverture d’esprit t’honore. Nous pouvons donc travailler en toute sérénité.

Elle esquissa à nouveau un léger sourire et reporta son attention sur ses notes, parfaitement consciente de n’avoir absolument pas répondu aux attentes de la personne qui, en face d’elle, cherchait à savoir dans quel camp la ranger. Mais, bien que l’audace de Robin l’étonnait - et, à la fois, l’amusait -, elle avait conscience que se livrer ainsi à un inconnu n’aurait pas été prudent. D’aucuns, bien sûr, savaient qu’elle était une Gryffondor et qu’elle avait préféré éviter de rejoindre l’Inquisition – et Gavried, puisqu’ils semblaient avoir parlé d’elle, le lui avait probablement rapporté – mais elle ne se sentait pas encore prête à affirmer haut et fort qu’au fond, elle croyait aux idéaux de l’Ordre du Phénix… Ce n’était pas tant le risque qu’elle prendrait en le faisant qui l’inquiétait mais, simplement, elle y perdrait beaucoup, et elle le savait. Cependant, et paradoxalement, elle avait également conscience qu’elle ne pourrait pas indéfiniment vivre dans le déni, le mensonge et, surtout, en désaccord avec elle-même. L’espace d’un court instant, son visage laissa transparaître un léger trouble, trouble qu’elle dissimula en portant son attention sur une tout autre chose, laquelle, depuis qu’ils avaient entamé leur travail, la taraudait : la plume à papote que Robin ne cessait d’aiguiser depuis qu’il l’avait sortie de son écrin. De sa propre plume, elle désigna celle-ci :

- Tu la maîtrises bien, j’espère ? demanda-t-elle d’un ton neutre et égal.
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