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 « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]

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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Mer 9 Avr - 9:36

«To die: to sleep; no more ! And by a sleep to say we end the heartache and the thousand natural shocks that flesh is heir to... 'Tis a consummation devoutly to be wished.

To die, to sleep !

To sleep, perchance to dream: ay there's the rub ! For in that sleep of death, what dreams may come when we have shuffled off this mortal coil must give us pause.»


Des draps, blancs mais chauds. Ils me paralysaient, non. Ils me gardaient. J'étais bien, au chaud. Le soleil qui s'infiltrait à travers la fenêtre se projetait sur moi. Je voulais me retourner pour que mes yeux reconnaissent cette incandescence. Mon corps pivota et la douleur me replongea dans mon inconscience. Je retournai dans le noir.

Avant.

J'avais mal également, mais différemment. Plus, moins, sans importance. C'était plus aigu et j'étais plus ivre. La saleté de mes vêtements et de ma peau  m'imbibait complètement et la gorge me piquait. Je n'étais pas seul. Il y avait Lily, qui était loin. Et Artémis, qui était trop proche. Et moi qui était par terre, sale, souillé. Normal.

***

Ce fut la lune qui interpella mon somme. Milieu de la nuit. Draps bleus, blancs et plus froids. J'étais de retour au manoir. Mon père devait être en bas, en train de faire les cents pas dans son bureau, se fracassant la tête avec des problèmes. S'occupant l'esprit avec moi. Se demandant si ce n'était pas mieux d'en finir et de quitter le monde. Ma soeur dormait sûrement dans sa chambre, de l'autre côté de la maison. Puisque je n'arrivais pas à dormir, j'irais la voir. Cette fois-ci, je réussit à me lever. Me tenir debout était plus problématique, toutefois. Avant de refermer les yeux, mon regard se collait au plancher de bois qui gouttait à mon sang de manière abondante. Ensuite une porte s'ouvrit et des pas inquiets me bercèrent jusqu'à ce que je m'endorme. J'irais voir Mia un autre jour.

Avant l'avant.

J'ai eu peur d'être seul, moi qui prisait tant la solitude. Être seul et se sentir seul proposait une différence plutôt frappante. La communauté était importante, tout d'un coup. Sans Blanche je n'étais rien. Sans un autre, je ne pouvais rien. Ennemi ou ami. Mon monde changeait. L'étage croulait.

***

« Maître Hobbes. »

J'étais assis dans le lit, le soleil de nouveau m'enveloppant. Quelqu'un avait changé mon chandail car il était de nouveau blanc et dépourvu de la tache de mon sang. Une jeune fille plaçait devant moi un plateau qui portait un bol de soupe, une assiette de pain et un verre d'eau.

« Où suis-je? »

« À l'auberge du Chaudron baveur. »

Et elle partit, sans sourire.

Ma réflexion dans le bouillon me dégouttait. Le plateau finit par terre.

Elle revint, les sourcils froncés.

« Pourquoi suis-je ici? »

« Je ne sais pas. Vous et une autre jeune fille avez transplané ici il y a trois jours. Nous vous hébergeons pour l'instant, puisque vous êtes tous deux gravement blessés. Nous pensons que vous avez étés présents lors de l'attaque à Ste-Mangouste. Pourtant la facture s'accumule... »

« Où est Éléane?»

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Mar 15 Avr - 9:19

- Votre ami vient de se réveiller. J’ai pensé que vous voudriez être au courant.

La voix était voix floue, indistincte, lointaine. Perdue dans de grands draps clairs, Éléane ouvrit les yeux et observa sans mots dire une jeune femme délier les rideaux de la chambre dans laquelle elle se trouvait depuis un temps indéterminé. Le soleil inonda la pièce et la réflexion de ses rayons sur la blancheur du tissu fut à la source d’une telle douleur oculaire qu’elle dut détourner le regard. Nauséeuse, elle soupira et écouta les pas de son hôte s’éloigner avant de se stopper dans leur foulée.

- Votre repas est toujours sur votre table de chevet, vous devriez manger, dit-elle d’un ton exempt d’intonation, avant de s’en aller.

Manger, cette idée la répugnait. Elle n’avait aucune idée de laps de temps qui s’était écoulé depuis qu’elle avait ouvert les yeux la première fois ni du nombre d’heures qu’elle avait passées à dormir, mais une chose était certaine, elle n’avait rien avalé depuis son arrivée en ces lieux. Mais elle n’avait pas faim, et la simple idée qu’il lui faille avaler quelque chose l’emplissait d’une douleur nouvelle : comment aurait-elle pu se nourrir quand sa simple respiration lui arrachait le cœur et le corps ?

Un médecin était venu changer les étoffes qui couvraient ses blessures. À moitié endormie, elle avait posé sur lui son regard vitreux et avait tenté d’écouter ce qu’il avait à lui dire, mais les bourdons avaient si bien tinté qu’elle avait été incapable de discerner le moindre mot. Alors, elle avait accepté de ne pas plus s’interroger sur son état et s’était rendormie pour ne se réveiller qu’une fois la nuit venue. Et depuis, probablement n’était-elle pas restée éveillée plus de quelques minutes consécutives. Simplement, elle ouvrait les yeux et les refermait pour ainsi voir défiler l’ombre et la lumière. Son esprit mélangeait d’ailleurs les événements de telle façon qu’elle était incapable de les distinguer les uns des autres ou de les situer temporellement. Elle était perdue, comme dans une bulle, un monde à part où la notion même de temps n’était qu’une idée superflue et extravagante ; comme oubliée dans un microcosme qui l’empêchait de distinguer le songe de la réalité.

On lui avait demandé son nom. Ou peut-être l’avait-elle simplement rêvé. Mais aucune parole n’avait franchi la barrière de ses lèvres depuis qu’elle avait pris conscience de gésir là, inerte, le corps engourdi. Elle avait d’abord essayé de répondre, mais le souffle qui s’immisça entre ses cordes vocales l’emplit d’un tel malaise qu’elle avait finalement préféré s’abstenir. Et à bien y réfléchir, elle avait finalement conclu qu’il valait mieux se contenter d’être une anonyme perdue dans un endroit inconnu de l’Angleterre plutôt que d’être la Greengrass traître à son sang qui serait incapable de soutenir la confrontation. Elle ne voulait pas être retrouvée, pas pour l’instant.

Ses poumons sifflèrent et ses oreilles bourdonnèrent de plus belle. Et soudain, elle prit conscience que Matthias était réveillé. Il était là, c’était elle qui l’y avait emmené, elle s’en souvenait. Elle avait vu sa main se refermer sur son genou avant de s’oublier dans le sommeil, alors, pour le préserver, elle l’avait emmené loin de tout ce carnage. Et ils avaient atterri ici, dans ce vague endroit qui en rien ne lui était familier. Elle devait se rendre à son chevet, quitter l’odeur âcre de cette chambre putréfiée par un mobilier trop usé, vérifier que tout allait bien. Mais dans la crispation et la faiblesse du mouvement qui la vit essayer de se redresser, simplement, elle sombra.



Le rire d’Artémis. Le sang. L’odeur nauséabonde du bois brûlé et humide. Les lumières jaunes de l’hôpital. Elegius. Une lourdeur blanche. Tout va bien. Des cris.





Matthias !


Ses paupières s’ouvrirent sur l’encre d’une nuit sans lune. Elle tendit la main et, tandis que ses lèvres murmuraient leurs premières paroles, ses doigts se refermèrent sur sa baguette. Des ombres se dessinèrent alors sur les murs et, dans la pénombre de la pièce, elle distingua les aiguilles d’une horloge : il n’était pas neuf heures.

Telle un automate, elle délia ses membres mutilés et entreprit de se lever pour chanceler jusqu’à la chambre de Matthias. Une fois qu’elle fût arrivée face à celle-ci, elle s’arrêta, appuya ses mains sur le chambranle de la porte pour mieux retrouver son équilibre et observa le petit chiffre métallique qui pendait négligemment en son centre. Elle n’avait aucune idée de comment elle avait pris connaissance du numéro de la chambre de son ami, mais elle était persuadée qu’il se trouvait bien là.

Doucement, et afin d’éviter à ses phalanges d’entrer en contact avec quelque surface que ce soit, elle frappa le bois du plat de sa main. Elle écouta, mais le sifflement de ses oreilles l’empêcha de distinguer une éventuelle réponse. Alors, simplement, elle entra et, se redressant pour se donner de la contenance et masquer la torpeur de son corps, se dirigea vers le lit dans lequel était allongé l’ancien Serdaigle. Sa mâchoire se crispa et elle réprima une expression nauséeuse. Elle aurait voulu s’étendre sur le matelas pour soulager les tensions de ses muscles mais, simplement, elle s’assit aux côtés du jeune homme, le corps droit, en masquant l’effort consenti pour rester dans cette position.

Elle l’observa. Il était abimé, mais réveillé, et elle en était satisfaite. Elle avait tant de questions à lui poser, tant de reproches à lui faire, tant de frustrations à exprimer, tant d’inquiétudes à partager et tant de soulagement à dissimuler qu’elle ne put parler. Alors, elle ne dit rien, se contentant de déplacer sa main bleuie jusqu’à son avant-bras et de savourer la satisfaction de les savoir tous deux en vie. Et le silence de la nuit ne fut brisé que par le bois qui craque et les sifflements irréguliers de sa respiration.


Dernière édition par Eléane I. Greengrass le Jeu 8 Mai - 18:21, édité 1 fois
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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Ven 2 Mai - 23:08

Les draps se froissaient, malgré mon inertie. Combien de temps avais-je passé dans ce lit? Mon poids s'enfonçait de plus en plus dans la surface moelleuse, creusant un gouffre plus profond avec chaque instant. Je sais bien que cet affaissement que je ressentais n'était que jeu de perception et qu'en réalité, ma masse n'augmentait pas et que mon corps ne s'enfonçait pas dans le matelas. Mais la perception de douleur est une sensation tellement violente qu'elle efface complètement n'importe quel raisonnement quant à la réalité.

Tout le haut de mon corps oscillait entre la douleur aiguë et l'insensibilité fiévreuse. J'avais l'impression que si je prenais une trop grande respiration, tous mes os crieraient et toutes mes veines exploseraient. Garder son souffle nécessite pourtant beaucoup d'effort et de concentration, deux exigences que je n'étais pas en état de combler. J'oscillais donc.

Les draps se froissaient. Ma jambe était à l'air, le drap avait remonté, malgré mon inertie.

J'avais froid et pourtant, les gouttes de sueurs qui s'accumulaient sur mon front et sur ma tempe indiquaient une fièvre prononcée. J'allais donc rester congelé, seul, voué à la déshydratation, tant je transpirais.

Le plafond était fait en bois. Les noeuds qui parsemaient les planches formaient des visages étranges, à la fois ceux des loups et ceux d'extraterrestres. Peut-être des Gobelins. J'étais dans une chambre hantée. Ces visages m'effrayaient. Et pourtant, je n'arrivais pas à fermer les yeux. Je ne suis pas obstiné pour beaucoup de chose, et pourtant j'étais déterminé à rester éveillé jusqu'à ce qu'Éléane vienne me voir.

C'était elle qui allait venir car je ne pouvais pas la rejoindre. Moi je n'allais pas vers les gens, de toute manière. Et d'expérience, c'était Éléane qui faisait l'effort, pas moi. Si elle pouvait venir me voir, j'allais faire l'effort de rester éveillé.

L'air était frêle. Il puait en fait, parce que je pourrissais tranquillement sur le lit.  Ma chair se décomposait lors de ces longues heures d'attente. J'allais mourir. Tant mieux pour moi. J'allais mourir dans cette salle vide, effrayante, puante et froide. En attente de quelqu'un qui n'allait plus être quelqu'un, car moi-même je n'étais presque plus.

Lorsque je la sentis tout près, j'expiai un énorme souffle. Ma tête bourdonnait, mes oreilles zonzonnaient. Je m'étais tourné sur mon côté, lui offrant mon dos. J'avais si mal, ma bouche demeura ouverte longtemps, sans émettre aucun bruit, aucun son. Je savais que c'était la fin. Alors je voulais fermer la porte.

Je veux que tu partes. Va-t-en.

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Lun 5 Mai - 12:24

Elle avait mal, elle avait froid. Et dans le soubresaut de son corps, elle sentait se raidir chacun de ses muscles. Bientôt, ils seraient durs et froids comme la pierre, et elle ne pourrait plus agir. Agir. Ce mot la crispait et lui rappelait l’urgence de la situation. Autour d’elle, des ombres s’animaient autour de chairs abandonnées à elles-mêmes, blessées, mortes peut-être. Et la main qui s’était posée sur son genou déjà s’était laissée allée à l’inconscience. Elle avait si mal, mais ce n’était rien comparé à l’improbable communion des dépouilles qui jonchaient le sol. Qu’allait-il se passer, désormais ?

Un regard circulaire lui apprit que, probablement, le combat avait pris fin, ne laissant derrière lui que les traces chaotiques de son passage. Et tandis qu’à ses genoux le corps inanimé de Matthias se rougissait un peu plus du sang qui s’échappait de sa bouche entrouverte, elle observa les débris qui jonchaient le sol. Elle avait promis à Romain de revenir l’aider, mais ses membres, luttant contre l’inconscience, ne lui permettraient probablement plus le moindre mouvement. Mais la jeune Potter, elle n’en doutait pas, l’aiderait bien mieux qu’elle ne le pourrait, et le regard confiant qu’elle lui lança finit de l’en assurer. Elle pouvait partir désormais, et mettre son ami à l’abri. Elle reviendrait aider ensuite.

Une toux lui arracha quelques lampées supplémentaires de fluide vermeil et le monde se fit flou. La douleur s’intensifia et les sons se brouillèrent plus encore. Et tandis que son corps s’affaissait un peu plus sous la charge de son propre poids, elle enserra le bras qui gisait inerte à ses côtés, mais dont la chaleur la rassura. La faiblesse de ses mouvements. Sa chair malade et mutilée. L’oubli de ses sens. C’était risqué. Qu’importe.





Il lui semblait qu’elle était assise-là depuis une éternité déjà. Le temps était comme suspendu, arrêté, en attente d’un nouveau mouvement de vie pour reprendre le lent cours de ses pérégrinations. Mais ni elle ni Matthias n’avaient de compassion pour le temps, aussi attendait-il. La vengeance était terrible, car il lui infligeait, dans un cruel retour, une distorsion telle qu’elle l’aurait volontiers cru si on lui avait annoncé qu’elle souffrait de la sorte depuis plusieurs années déjà. Elle avait perdu les repères nécessaires à sa condition, et n’était même plus certaine d’être bien présente en l’endroit où elle se trouvait. Même la douleur lui semblait être devenue une familière amie. Survivrait-elle seulement à son départ si elle venait à l’abandonner ?

La respiration de Matthias s’intensifia et une parole traversa son esprit pour rencontrer aussitôt le mur vacillant de sa mémoire. Et, comme incapable de se concentrer sur cette furtive image, elle oublia ce qu’elle s’apprêtait à dire. Alors elle attendit, deux secondes, cinq minutes, dix ans peut-être, se contentant d’écouter craquer le mobilier au rythme conjugué de leurs respirations.

« Je veux que tu partes. Va-t-en. »

Improbable mouvement qui raccroche à la vie. Et le temps reprit son cours, charriant avec lui le flot de ses fragiles sédiments. Elle était probablement vieille déjà. Alors, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, elle sourit. Matthias ne s’était jamais montré tendre à son égard, simplement, il s’était contenté d’être lui-même, et elle le lui avait bien rendu. Aussi, s’il s’était montré affable envers elle en ce moment, elle s’en serait étonnée. Car bien qu’elle avait fait l’effort de traîner ses membres estropiés jusqu’à lui pour s’assurer de sa bonne santé, elle n’était pas surprise d’une telle réaction. Bien au contraire, ce manque de finesse était la preuve que, malgré sa piètre apparence, il se remettrait de ses blessures. Elle avait donc le droit de s’en aller pour aller faire corps avec ses souffrances, loin de lui. Il ne voulait pas la voir, alors elle ne lui imposerait pas sa présence ni ne lui ferait le plaisir – certainement espéré – de quémander le droit de rester à ses côtés ; elle ne le plaindrait pas ni ne se rabaisserait à insister, et qu’importe si cela le devait le décevoir.

- Bien, dit-elle dans un souffle aigre qui lui arracha les poumons.

Elle déglutit silencieusement et, dans un insupportable mouvement brisé de son être, se leva pour abandonner à lui-même cet ami qui transpirait ses maux. Et sans mot dire, elle traversa la pièce noire et silencieuse pour le laisser à ses démons. Qu'importe la probable déception qu'elle ressentait de n'avoir pu parler avec lui. Un pas supplémentaire néanmoins, et elle retint son souffle pour cracher, dans un pénible effort, quelques paroles qui lui valurent un tel mal-être qu’elle crut s’évanouir sur place.

- 216. Je pars demain matin, le renseigna-t-elle d'une voix qu'elle voulait neutre et détachée.

Elle ferma les yeux, inspira, et ce fut tout. Matthias comprendrait. Il saurait qu’elle ne viendrait plus le voir. Il était maintenant libre d’agir en conséquence.






Tourbillon de couleurs et de saveurs âpres. Le monde qui s’évapore et s’enroule sur lui-même, confondant son espace et son temps, transportant avec lui deux êtres perdus. Désagrément d’une tornade infinie qui compresse le coeur, brouille les sens, enferme et écrase jusqu’à la nausée. Dans sa main, un bras, fragile, inerte, mais surtout lourd. La force lui manquait. À plusieurs reprises elle faillit le lâcher. Mais elle devait tenir bon, arriver à Londinium, ne pas les noyer dans le flot de ces couleurs incertaines, ne pas s’inquiéter des taches écarlates qu’ils semaient ça et là. Dans ses cheveux, le vent semblait s'abandonner. Il lui fouettait agréablement le visage, s’emparait de son corps, la transportait au loin. Mais dans l’apesanteur de soi, Matthias était si pesant, si pesant. Si… Non, ici, ce serait bien.





Ses pas craquèrent sur le plancher et l’emmenèrent dans le froid d’un couloir sombre et désert. Et bientôt, le souvenir amer et rouge de la bataille emplit à nouveau sa bouche. Au goût irréel de cette substance métallique, elle dut appuyer son dos contre le velours d’une tapisserie pour reprendre ses esprits. Ainsi, immobile, elle faisait aller ses doigts le long des rainures humides du papier dont le contact la rassurait, l’apaisait. Et tandis que ses paupières closes frissonnaient à ce contact rugueux, elle prit conscience qu’elle ne pourrait sans doute pas quitter les lieux dans la matinée. Quatre jours déjà qu’elle n’avait pas mangé - peut-être moins, peut-être plus ; son corps se plaignait, témoignait de sa privation et, dans toute sa faiblesse, exprimait son inquiétante incapacité.

Ses cils battirent l’air et, pour la première fois depuis qu’elle était arrivée dans ce lieu qu’elle ne reconnaissait toujours pas, son regard rencontra son propre reflet. Un instant, elle se demanda si l’expression horrifiée qui la contemplait était bien la sienne. Il lui semblait qu’à tout instant, l’inconnue qui lui faisait face allait cesser sa puérile imitation pour reprendre tranquillement le cours de sa vie. Mais l'exsangue créature n’avait de cesse de la fixer. Elle n’était pourtant pas elle, ne pouvait lui appartenir. Depuis sa dimension chimérique, simplement, elle la considérait et détaillait les courbes de son visage de ses doigts fins. La tempe gauche et mauve de l’étrangère se gonflait en une boursouflure indistincte, qui perdait de sa couleur dans le sillage de ses ramifications, bleuissant dans sur son passage une joue grossie de sang coagulé, pour s'oublier dans les méandres de son cou et de sa nuque. Elle avait dû souffrir, qu’avait-il bien pu lui arriver ? Et comment avait-elle pu couvrir le pâle de sa peau de tant de marques bleuies ou griffées ? Ses mains semblaient témoigner d’une lourde et térébrante charge. Qui était-elle ?






Un bruit sourd et sa tête cogna lourdement le sol. Un murmure se fit entendre. Sous elle, une chaleur humaine inspirait doucement. L’endroit était sombre et lumineux à la fois, accueillant ; elle y serait volontiers restée, mais elle n’avait pas le temps pour un chocolat. Le monde tournait si vite, et sa cuisse ajoutait désormais à l’ensemble de ses douleurs. Se désartibuler, en parfaite amatrice. Voilà qui était bien fait.

Des visages indistincts se penchèrent sur elle et chuchotèrent des choses qu’elle ne comprit pas. Ils avaient l’air aimable, ils s’occuperaient de Matthias ; elle pouvait retourner d’où elle était venue.






Dans le couloir, un craquement se fit entendre et une lumière lointaine vint briser la dislocation de son être. Elle ne voulait croiser personne en cet endroit alors, lourdement, elle regagna sa chambre et, sans mot dire, dans la puanteur des lieux, s’écroula sur un matelas bien trop dur. Son souffle aspira le piquant nauséabond de l’air qu’elle recracha par quintes successives. Il lui semblait que son abdomen et sa poitrine avaient été complètement compressés, déformés, écrasés. Demain, elle s’en irait.

Et ainsi, dans cette position, les yeux ouverts et le sourire aux lèvres, elle sentit son esprit s’en aller. Elle était bien.


Dernière édition par Eléane I. Greengrass le Mar 20 Mai - 20:00, édité 2 fois
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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Mar 6 Mai - 22:03

« Bien. »

Alors c'était bien. J'en étais soulagé, tant à n'en avoir plus mal. Non pas que mes blessures furent miraculeusement guéries par cet acquiescement, mais mon esprit n'était plus aussi lourd. Le poids de l'inquiétude, que celle-ci soit grande ou petite, est toujours douloureux. Le soulagement qui m'habitait était comme celui d'une mère, retrouvant son enfant qu'elle croyait perdu. Elle le gronde toujours et l'envoie tout de suite se coucher, le punissant pour lui avoir causé du mal. Mais elle est contente, heureuse même, parce que ce qui faisait mal est partit et tout ce qui reste est le bien.

Je voulais qu'elle parte. Il n'y avait aucun intérêt pour moi de la garder sur le bord de mon lit. Je n'étais pas présentable et, par sa respiration creuse et son ton affaiblit, je pouvais déduire qu'elle n'était pas présentable non plus. À quoi bon sert la sociabilisation lorsqu'on ne peut pas voir, bouger, parler? Certains dirons peut-être, solidement assurés du pouvoir que peut avoir la sensibilité, qu'une simple présence aide à guérir; une simple présence peut "réchauffer le coeur" et "alléger l'âme". Foutaise. Je voulais être seul avec ma décrépitude, ma putrescence et mon orgueil.

« 216. Je pars demain matin. »

La bataille m'avait laissé meurtrit: des os cassés, des tendons enflés, des hématomes et des cicatrices partout sur le corps. Cependant, j'arrivais encore à sourire. Dans la noirceur mes yeux s'allumèrent de cette façon si salace dont j'avais l'habitude. Bien sûr qu'elle partirait. Si elle devait s'en aller, ce n'était pas seulement de cette pièce, mais de ma vie. Éléane me faisait sourire, car elle ne changeait jamais. Et c'était bien comme ça. Car comme ça elle resterait, ironiquement.

***

Combien de temps était-elle partie?

Je me relevai.


Je me relevai et regardai autour de moi.


Je me relevai et m'aperçu que je m'étais relevé.

Je levai un bras, le gauche, et portai ma main jusqu'à mon visage. Je reconnu mes traits, ceux que je n'avais pas touchés depuis des jours, une semaine? Combien de temps? Délaissant ma joue mal-rasée, mes doigts effleurèrent le long de ma cuisse, entraînant avec eux les draps et les couvertures. Je me préparais, lentement. Dehors, le soleil rayonnait. Des gouttes d'eau dégoulinaient des glaçons qui encadraient la fenêtre. Un oiseau chantait. Doucement, je pivotai mon bassin, afin de pouvoir poser mes pieds sur les planches de bois. Le plancher craqua longuement lorsque je transposai tout mon poids du soutien du lit jusqu'à la plante de mes pieds. Mes tensions et mes blessures crièrent assez fort, mais je voulais me tenir debout. Les jours d'inertie étaient dans le passé, du moins, je l'espérais.


***


Ces couloirs m'étaient familiers, je reconnaissais la cage d'escalier, les portraits et les meubles. L'odeur de la cuisine en bas remontait à l'étage et, la humant, je me surpris à avoir un appétit. 202. Mes pas diminuaient leur vitesse de plus en plus. Sa porte était encore loin, mais mon corps savait que le plus d'énergie que j'utilisais pour m'y rendre rapidement, le moins de force que j'aurai pour lui parler. Et c'était pourquoi je voulais aller la voir. Comme explicité en haut, la sensibilité n'était pas un domaine dans lequel je voulais m'aventurer.

Quelqu'un. Quelqu'un venait juste de passer à côté de moi, sans m'offrir de l'aide, ni un regard de dédain, ni un simple hochement de tête. Il était juste passé. Je ne pouvais pas retourner ma tête pour le voir, il fallait que je bouge tout mon corps. Il n'y avait personne. Je me demandais bien d'où cette vision me venait, mais, ne voulant pas m'attarder sur des pensées trop obscures, je pivotai lentement pour reprendre ma trajectoire.

210. 212. 214. 216.

Toc. toc. toc.

« Je suis peut-être venu dire aurevoir. Parce que nous allons se revoir, n'est-ce pas?»

Le front incliné sur la porte, je priais qu'elle ne vienne pas ouvrir la porte.

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Mar 20 Mai - 17:02

Un autre matin. Ou peut-être était-ce déjà midi, qu’importe. Dehors, le soleil brillait, et c’était une étrange sensation que de voir ainsi la vie continuer son tranquille cours, en se gaussant bien des horreurs des hommes. Ses rayons, plongés dans la moiteur de la pièce, avaient quelque chose d’irréel et de beau à la fois. Ils lui donnaient le sentiment d’être totalement détachée de la réalité, comme simultanément présente et lointaine. Et dans l’exaltation du moment, elle en oubliait presque la plainte de ce corps si capricieux qui n’était déjà plus le sien. N’avoir plus conscience de sa propre consistance et malgré tout être dans l’acuité extrême de son environnement avait quelque chose d’agréable, de parfaitement fluide et naturel. C’était comme si elle avait pu mourir là sans que cela ne change quoi que ce soit à sa perception du monde sensible. Il continuerait d’être, et ses sens continueraient de le capter, simplement ; à ressentir sans interpréter, dans la primitive réception des stimuli extérieurs ; à vivre.

Avait-elle le droit de vivre ici à jamais ? Pouvait-elle indéfiniment se solidifier et se liquéfier ainsi au rythme de sa respiration ? Quelqu’un lui avait apporté des vêtements. Ses vêtements. Et cette simple observation semblait lui crier son nom pour mieux la rattacher à la cruauté de l’univers. Désormais, elle serait l’enfant paria, l’indésirable ; l’opprobre, la honte, le déshonneur. Que lui resterait-il, une fois sortie de cette chambre?

Elle tourna la tête et observa les linges soigneusement pliés sur une chaise non loin de son lit. Ses vêtements. Ce constat la laissait perplexe, mais lui rappelait l’impérieuse nécessité de reprendre contact avec sa chair. Ainsi, convaincue qu’il lui fallait accepter de renouer avec la douleur comme avec une vielle amie, elle se redressa et étudia pour la première fois la pièce mansardée dans son entièreté. Le mobilier était propre, mais sobre ; seulement taché par sa présence inopinée. Où était-elle ? Matthias était-il déjà parti ?

À cette pensée, sa gorge se noua. Désormais, elle serait seule. Et la soupe qui refroidissait sur la commode ne lui serait d’aucun réconfort. Alors, en silence, d’un pas étrangement souple compte tenu de la lourdeur de ses membres, elle se leva. Gésir inanimée à tout jamais, bien que l’idée avait dans ses contours quelque chose de charmant, ne lui serait d’aucun secours. De ses pieds nus, elle se dirigea alors vers la salle de bain attenante et, tout en écoutant l’eau basculer dans le précipice vide de la tuyauterie, entreprit de se débarrasser un à un de ses vêtements, lentement, méthodiquement, comme pour mieux ressentir l’intimité térébrante de sa propre peau. Elle était là, en vie, et son mal-être était désormais ce lien essentiel qui la rappelait à la réalité.

Sous la pluie artificielle qui l’inondait de toutes part, sa présence se fit plus intense. La chaleur détendait ses muscles, mais titillait sournoisement chacune de ses blessures. Elle n’osait les contempler, mais ses mains détaillaient doucement l’entaille profonde de sa cuisse et découvraient chacune des éraflures qui couvraient sa hanche. Et dans cette découverte de soi, l’eau coulait délicatement, décrivant, insouciante du temps, les courbes de ses formes. Et ainsi, son malaise lui importait peu. Elle lui ferait face, désormais.

L’eau fit taire son incessant clapotis et, sur le sol, les traces embuées de ses pas disparurent paisiblement tandis que, pour la première fois, elle confrontait son corps dénudé à la sentence translucide et implacable d’un miroir. Et ce qu’elle vit ne l’effraya pas mais, bien au contraire, la laissa dans un état de totale indifférence. Exempte de toute pensée, placidement, elle appréciait, apprenait, découvrait ; elle restait immobile, les yeux grands ouverts, et négligeait, une fois de plus, les méandres du temps qui passe. Elle ne sut combien de temps elle demeura là à observer, dans une expression de parfaite neutralité, l’arrondi de sa cuisse béante et l’hématome boursouflé qui avait tracé, dans un chemin sans cesse plus large, le lit bleu de son sillage depuis sa chevelure jusqu’à sa poitrine ; elle ne sut si elle effleura chacune des écorchures et ecchymoses de ses mains durant quelques secondes à peine ou bien durant d’interminables heures. Elle ne sut rien.

Mais elle avait décidé de manger, alors elle s’habilla. Elle avait décidé de manger, quoi qu’il arrive, car elle ne pouvait pas rester là, dans sa décrépitude. Son bol de soupe était là – car il était évident qu’elle ne pourrait pas avaler plus solide pour l’instant – et elle le fixait tel un étranger violent. À l’extérieur, le soleil reflétait ses rayons, illuminant la pièce d’une douceur nouvelle. Combien de temps était-elle restée ainsi, à fixer le vide ? Une minute, deux heures ? Elle n’en n’avait pas la moindre idée. Longtemps, sans doute. Mais dans cette attente, le souvenir de son arrivée en ces lieux l’avait tourmentée. Où était-elle ? Tout lui semblait familier et étranger à la fois.

Les souvenirs. Dans l’hébétude qui avait encombré son esprit et embrouillé ses sens, elle avait déplacé une masse bien trop lourde. Et quand elle l’avait sentie sous elle, en sécurité, elle s’était relevée pour repartir, mais quelque chose, dans toute sa poigne, lui avait saisi le bras. Elle avait refusé, s’était débattue pour se libérer de cette emprise brûlante et vigoureuse. Elle y avait mis toute sa volonté et puis, les visages qui l’entouraient avaient disparu dans l’oubli, et elle avait ouvert les yeux sur le néant. Finalement, le potage attendrait.

Qui était-elle, désormais ? Un automate, une hérétique, une infidèle. Oui, c’était cela. Elle était amputée, sans nom. Dorénavant, elle serait Éléane. Seulement Éléane, et il lui faudrait l’accepter. À cette pensée, elle sentit son visage se froisser, mes les larmes ne vinrent pas. Elles l’avaient abandonnée depuis longtemps déjà.

Elle aurait voulu partir la veille déjà, mais elle n’avait pas pu. Attendre Matthias non, ce n’était pas cela. Simplement, elle devrait se perdre dans la foule, car elle était incapable de transplaner et qu’elle se refusait à passer par le réseau de cheminées. Mais elle ne se sentait pas la force d’affronter une affluence d’inconnus, sorciers ou moldus. Alors, elle attendait, écoutant parfois tinter encore les bourdons de son esprit. Elle n’allait pas se risquer sur le terrain des affects, non. Mais tout de même, elle espérait le revoir.

La faiblesse. Elle devait absolument lutter contre elle. Elle n’était pas une faible, et elle ne tolérerait jamais de le devenir. Voilà cinq jours déjà qu’elle regardait le temps se balancer à son fil. Elle ne mangeait pas, elle buvait insuffisamment. Car si se désaltérer soulageait sa gorge, c'était également la cause d’un élancement bien plus intense encore, qui lui enserrait l’œsophage et la déchirerait de l’intérieur. Mais quelle importance cela avait-il ? Elle saurait se faire violence.

Un bruit. Dans le couloir, quelqu’un approchait ; un anonyme qui passerait devant la porte de sa chambre sans daigner lui accorder la moindre attention et puis, serait absorbé par un inaccessible ailleurs. Seul resterait le bruit de ses pas. Il s’ajouterait à la cohue de l’assourdissante cadence qui, par moments, battait encore le voile de son tympan dans un rythme déplacé.

Mais le quidam interrompit le flot de ses foulées et bientôt, le bois raisonna entre les cloisons vieillies.

« Je suis peut-être venu dire aurevoir. Parce que nous allons nous revoir, n'est-ce pas ? »

Matthias. Un instant, elle crut n’avoir pas entendu le son de sa voix et resta immobile, longuement interdite. Ainsi, il était venu. Elle voulut parler, mais l’ourlet gonflé et bleui de ses lèvres demeura clos durant l’éternité de quelques secondes. Alors, lentement, le plancher craqua au contact des pieds qui se déplacent.

Elle le dévisagea. Il était là, le front incliné. Il était fidèle à lui-même : beau, écorché, indécis. Elle leva la tête pour lui faire face, il s’était rasé. Il semblait aller bien. En dépit des meurtrissures qui le gâchaient, il allait bien. Et la chose meurtrie qui nichait au creux de son ventre l’aurait logé au creux de son étreinte, si elle n’avait pas été stoppée par une dignité mal placée, doublée d’une légère rancœur. Ce n’était pas d’elle qu’émanait cette envie, cela était impossible.

- Ainsi, tu es venu, dit-elle d’une voix neutre et sans expression, mais le regard soulagé.

Son élocution était rauque, douloureuse, mais elle n’en montrerait rien : s’apitoyer ne serait d’aucune utilité. Simplement, elle délogea ses yeux de la sentence noire des siens et, forçant le maintien de sa posture, recula d’un pas pour le laisser entrer.

- Je serais tentée de te dire que non. Mais oui, nous nous reverrons. Parce que c’est ce que nous faisons : nous nous revoyons toujours, n’est-ce pas ? Tu es mon ami.

Des mots si simples sur des choses si évidentes, mais qu'elle n'avait jamais verbalisées auparavant. Il y avait de l’espoir dans ses paroles, mais rien ne la trahissait.

Elle n’aimait pas quiconque la voie dans cet état, et surtout pas Matthias. Alors elle feindrait d’aller bien pour camoufler, dans l’apparence de l’habitude retrouvée, les plaies qui l’habitaient. Se tenir droite n’était pas aisé, mais possible, elle allait mieux ; et dans la tenue sage qu’elle portait, donnerait l’impression d’aller bien.

Ainsi, dans l’attitude sobre qui la définissait depuis tant d’années, elle s’approcha de la fenêtre et, sans mot dire, observa les passants qui animaient la rue. Dans son dos, elle sentait la présence discrète mais rassurante de l’ancien Serdaigle. Il attendait. C’était à elle de parler, elle ne voulait pas. Mais bien malgré elle, elle le ferait, parce qu’elle savait que Matthias était venu pour cela. S’était-il seulement inquiétée pour elle ?

Elle se retourna et l’ombre soudaine qui avait empli l’endroit laissa à nouveau la lumière inonder les lieux. Et tandis qu’elle sentait sa chaleur assouplir ses tensions, elle détailla son interlocuteur.

- Le sceau. Alors, c’était donc cela ?

L’air détaché, tandis qu’une lueur illuminait le gris de son visage, elle haussa un sourcil douloureux. Un jour peut-être, ils riraient de ce moment autour d’un chocolat chaud. Et dans l’écume du lait, se refléterait la lueur chaleureuse et rassurante de l’âtre d’une cheminée.


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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Ven 23 Mai - 11:55

L'odeur du cèdre se mêlait à celle de ma fatigue. Le temps passait lentement, entre la porte et mon front. Avec chacune de mes respirations creuses venait une nouvelle variante du parfum étrange que la porte et moi créions. Au premier souffle, les fibres du bois odorant  embaumaient d'une façon pure. À la deuxième inspiration, mon haleine vint se mêler au parfum boisé, créant ainsi un arôme qui m’appartenait plus. Je voulais goûter plus longtemps à cette odeur. Je voulais savoir ma senteur. Je brassai l'air une fois de plus et cette fois-ci, je me reconnu pleinement. J'avais envahit les propriétés de la porte, nous étions devenus un. J'aurai put rester encore mille ans contre cette surface, passible, humant patiemment l'attente. L'attente d'une parole.

Des pas se firent entendre.  Ils s’approchèrent puis le bruit cessa. Une hésitation. La notion du temps m’échappait, mais je ne m’en préoccupais plus; plusieurs jours déjà avaient passés sans que je m’en rende compte, sans que je voie le soleil progresser dans le ciel, ni les étoiles apparaître puis se faner dans la nuit. Aucune horloge ne venait m’indiquer l’heure, le quart d’heure, le jour, la nuit. À l’exception de la lumière qui se fissurait à travers mes rideaux, j’étais ignorant. Mais au-delà des signes physiques, j’avais perdu le sens inné de la mesure temporelle : je ne sentais plus les heures de la même façon, déboussolant ainsi mon esprit. Mes perceptions intellectuelles étaient atténuées, sinon bloquées par les sensations de douleur extrême qui affligeaient mon corps.  Le temps n’importait plus.

Les pas se résumèrent et dans le flou d’un instant, Éléane apparut, fidèle à elle-même : belle, fière, infaillible. Une vague de soulagement refoula mon intérieur, laissant mon visage impassible. Elle allait mieux, cela se voyait dans son apparence, à sa mine. Lorsqu’elle était venue me voir dans ma chambre, je n’avais pas prit la peine de la regarder. Je savais qu’elle était meurtrie et ce ne m’intéressait pas d’emporter l’image de mon amie affaiblie dans mes rêves. Je l’avais d’ailleurs boudée comme un enfant; nous nous étions tous deux arrangés dans cette situation : je voulais qu’elle parte, elle ne voulait pas rester. Le portrait d’elle qui s’esquissait dans mes rêves était celui d’une jeune fille blessée, crachant le sang, meurtrissant ses doigts ivoirins contre de grotesques blocs de béton. Une jeune fille qui avait cherché à m’aider dans mon heure non pas glorieuse, mais plutôt pathétique. Une jeune fille qui s’était approchée de moi comme une amie. Cette image d’elle me troublait : j’étais à la fois reconnaissant de son amitié et dédaigneux de son affection. Pourtant j’étais sur le pas de la porte.

« Ainsi tu es venu »

Elle se retourna, ses cheveux ondulés suivant son mouvement déterminé; même dans la souffrance, Éléane détenait sa noblesse. Je fixais son dos, celui qu’elle m’avait présenté avec tout son charme. Son apparence s’était rafraîchie. Elle n’apparaissait plus comme une créature froissée par la bataille. Elle était en convalescence. Avant de venir la voir, j’avais trouvé une pile de vêtements sur la table de ma chambre; ils n’étaient pas à moi, mais correspondaient à ma stature et à mon style (c’est-à-dire sobre avec une certaine classe). Je m’en étais donc emparé, prenant soin de me vêtir lentement, sans faux mouvements, de peur de rouvrir certaines blessures encore douloureuses.  Je m’étais même rasé. Si j’allais sortir de cette chambre, il fallait bien être présentable. Éléane aussi s’était changée. Comme j’ai dit, elle s’était rafraîchie. Elle portait une blouse verte, vaporeuse, qui s’agençait délicatement avec son teint d’olive et ses cheveux châtains. Elle avait aussi trouvé des souliers, qui n’avaient pas l’air trop grands, ni trop petits : juste la bonne grandeur.  Ce détail s’échappa de ma pensée.

«  Je serais tentée de te dire que non. Mais oui, nous nous reverrons. Parce que c’est ce que nous faisons : nous nous revoyons toujours, n’est-ce pas ? Tu es mon ami. »

Oui. J’étais son ami. Je fis quelques pas vers l’avant, prenant possession de la pièce. Éléane n’était pas petite, mais j’étais plus grand. Elle n’était pas d’une clarté pure, mais j’étais plus sombre. Elle n’était pas fragile, mais j’étais plus fort. Je m’imposais donc dans cette petite chambre, délaissant le cadre de porte qui séparait son règne du mien.  

« Je suis content de te voir rétablie. »

J’avais dit cela avec un sourire suave. J’étais content de savoir que moi aussi, je me dirigeais vers la guérison.  Je retrouvais mes charmes, ma manière d’être. J’avançai un peu plus et le sourire qui s’était si naturellement accroché à mes lèvres s’évanouit. Ma main trouva rapidement l’appui d’une chaise avoisinante. J’allais m’évanouir. Je n’étais pas aussi bien que je l’avais cru. Toutefois, avec Éléane qui me tournait le dos, j’étais capable de me redresser avec grâce avant qu’elle n’aperçut ma faiblesse.

Le silence régnait d’une façon à la fois paisible et lourdement douloureuse. Il y avait beaucoup de choses à se dire, mais le courage nous manquait, ou bien la force, ou bien la volonté. Je ne voulais pas rester ici. Je voulais partir. Je voulais la laisser. Parce que je n’arrivais pas à trouver les mots. Je ne pouvais pas m’expliquer par moi-même, sans réflexion. Souvent – presque tout le temps – les paroles s’écoulent de ma bouche sans que j’aie besoin d’y penser, parce que tout est clair, tout est instantané, tout est impulsif. Mais je n’avais pas la force d’être impulsif. Je n’avais pas la force d’être rapide. Je n’avais pas la force d’être fort.

«  Le sceau. Alors, c’était donc cela ? »

Éléane ne souffrait pas comme moi. Elle possédait des puissances égales aux miennes mais répertoriées ailleurs. Même dans cette situation tendue, pénible, fragile, douloureuse, elle trouvait la force d’affronter de plein fouet ce qui la troublait. Moi, je n’étais pas capable.

Son regard gris me ciblait,  guettant une réponse. Mes iris bruns rejoignirent ses yeux liquides. Je m’approchai encore un peu, dissimulant mon manque de stabilité en prenant des pas lents.

« Il servait mes intérêts. Je n’ai jamais eu l’intention de faire du mal, tu le sais. »

Je ne savais pas si elle le savait. Je ne crois pas qu’elle me fasse confiance. J’avais pensé ne mentionner que mes intérêts. Mais son visage inquisiteur, impatient, délicat et raffiné m’avait fait changer d’avis. J’avais ajouté une phrase pour m’adoucir, pour m’innocenter. Je crois que peut-être, elle eut l’effet contraire.

Je soupirai et regagnai le cadre de porte, quittant son règne, sa juridiction.

« Maintenant il faut partir. Toi aussi, non? Je ne vais pas te demander ni t’inviter à venir avec moi. Je crois que pour se revoir, il faut bien se quitter,  n’est-ce pas? »

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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   Mar 10 Juin - 12:45

Le soleil se reflétait mollement sur les vitres, les imprégnait doucement de sa lumière et baignait l’atmosphère d’une étrange tiédeur. Et dans cette sensation flottante et suave, Matthias se tenait là, raide, immobile, quoi que peu assuré. Dans son dos amaigri, elle sentait sa présence se faire plus prégnante, s’installer dans une trop grande promiscuité. Il prenait possession des lieux, comme il l’avait toujours fait. Elle l’imaginait grand, éclatant et souriant, conforme à l’image qu’elle avait gardée de lui, mais elle savait que la réalité était tout autre. Elle avait soif, il avait faim. Elle avait été compressée, il avait été écrasé. Elle crachait ses maux, il flirtait avec les siens. Ils récusaient, écumaient leurs mal-êtres respectifs.

« Je suis content de te voir rétablie. »

Elle eut envie de sourire. Ni lui ni elle n’étaient rétablis, en témoignaient leurs apparences blafardes, affaiblies, fatiguées ; leurs teints cireux et trop enclin à l’apathie. Mais, à n’en pas douter, ils allaient mieux, et elle en était rassurée.

- Bien sûr, répondit-elle simplement.

Un constat, une banalité. Une phrase déconcertante d’inutilité, dénuée de tout attribut superflu. Elle aurait volontiers ajouté qu’elle aussi, elle était satisfaite de ne plus le savoir ressassant ses souffrances dans le fond d’un lit qui n’était même pas le sien, mais quel intérêt cela aurait-il eu ? Il le savait et c’était suffisant.

Une faiblesse passagère. Il allait choir. Mais elle ne voulait pas le savoir fragile et savait qu’il ne voudrait plus de sa charité. Elle le laissa alors quelques secondes de plus à la contemplation creuse de son échine, lui accordant le droit de reprendre ses esprits et de retrouver sa dignité. Elle n’avait pas pitié de lui et n’avait pas besoin de considérer à nouveau son corps débile, frêle, presque chétif dans cette ambiance morne ; elle le savait reconnaissant.

Quelques secondes de répit supplémentaires et elle se retourna pour affronter ce qui la tourmentait. Sous un vêtement trop ajusté, une blessure cria, mais elle resta sourde à son appel, portant son attention sur la figure noire qui la dévisageait. À quoi bon traîner encore les réminiscences de questions qui pouvaient trouver réponse aujourd’hui ?

Un instant, elle perdit ses pupilles dans les siennes. Il était proche d’elle, trop proche sans doute. Mais ce contact familier avait quelque chose de réconfortant. Il la toisait de toute sa hauteur et, les yeux relevés, elle le toisait en retour. Il était grand, mais elle n’était pas écrasée. Il était dans leurs habitudes de soutenir la confrontation, mais ils avaient toujours été des égaux. Et aujourd’hui, rien ne changeait. Rien ne changeait parce qu’ils voulaient que rien ne change. Ils se complaisaient dans cette situation tendue, dans ces jeux de regards butés et réprobateurs. Et aussi fanés soient-ils, ils continueraient à s’y complaire.

Il était accablé, sa posture trahissait les meurtrissures de son corps et elle n’avait pas le souvenir d’avoir jamais vu son dos se voûter de la sorte auparavant. Matthias était un individu droit et fier, de sorte que seules des contusions pouvaient expliquer l’aplomb lâche de sa colonne. Il avait voulu se donner de la contenance, mais bien qu’elle lui était reconnaissante de ne pas être venu faible et pathétique, elle ne s’y trompait pas. Son visage restait beau, mais il n’était plus ni sombre ni lumineux, et la couleur de sa peau semblait dialoguer avec les égratignures qui parcouraient encore ses joues et ses tempes par endroits.

Il s’approcha encore un peu et un craquement discret de ses phalanges contusionnées attira son attention sur sa manche. Ternies, ses mains, d’habitude si grandes, paraissaient plus petites. Il s’était changé, lui aussi. Et ses vêtements, elle les reconnaissait, mais non pas pour les avoir vus portés par lui. Mais cette pensée qui lui traversait l’esprit était irréelle, absurde presque, et ne pouvait être le fait que de l’ivresse douloureuse qui l’assaillait encore par intervalles irréguliers. Ainsi, elle s’amusa de sa propre bêtise. Que faisait Elegius, en ce moment ?

Une foulée de l’homme qui était entré dans sa chambre de fortune et elle oublia ses extravagantes idées. Son ami n’avait rien de ce frère qui l’avait livrée en pâture aux dragons ennemis. Pas moins dur, mais plus humain peut-être. Et la présence colorée, insistante, presque indiscrète des iris ébène qui attrapèrent les siens devait finir de l’en persuader.

« Il servait mes intérêts ».

Matthias était honnête. Il l’avait toujours été et, en dépit de tous ses défauts, c’était là une qualité qu’elle appréciait particulièrement chez lui.

« Je n’ai jamais eu l’intention de faire du mal, tu le sais. »

Cette phrase arrachée, presque surfaite, sonnait faux entre les lèvres de la personne qu’elle avait toujours connue. Elle savait. Bien sûr, elle savait : il servait ses intérêts. Elle savait. Elle savait car, malgré ses choix différents, elle ressentait comme lui, pensait comme lui, voyait comme lui. Simplement, elle faisait des choix différents. Mais que savait-elle, au juste? Qu’il n’ait pas eu l’intention de faire du mal portait plus au doute. À vrai dire, il n’y avait pas réfléchi. Elle laissa s’échapper un son moqueur, amer et ironique qui manqua de lui provoquer une nouvelle quinte de toux et leva les yeux au ciel avant de lui sourire, mi-amusée, mi-désabusée.

- Je t’en prie Matthias, ne joue pas à cela.

Elle marqua un temps d’arrêt et effleura ses traits de ses prunelles vitreuses et fatiguées. Une mèche indisciplinée lui barrait le front, désormais.

- Pas avec moi.

Elle n’y croyait pas, c’était évident. Il avait choisi d’adhérer au Sceau de Salomon et seule sa personne lui avait importé. Mais qu’importe, aujourd’hui. Ce n’était visiblement ni le lieu ni le moment.

- Tes intérêts et toi n’avez toujours pensé qu’à vous-mêmes.

Son ton était calme, détaché. Elle le détailla ; observa les courbes de ses blessures et une image blafarde rappela à son souvenir une bataille, lointaine déjà. Ce n’était pas une critique ni même un reproche : elle connaissait trop bien l’ancien Serdaigle pour lui reprocher d’être lui-même. C’était un constat, ni plus ni moins.

Un soupir et il esquissa un mouvement de recul.

« Maintenant il faut partir. Toi aussi, non? Je ne vais pas te demander ni t’inviter à venir avec moi. Je crois que pour se revoir, il faut bien se quitter,  n’est-ce pas? »

Partir ? Oui, il était temps de partir, d’affronter la réalité dans toute la grandeur de sa cruauté, d’affronter le monde, les avanies lourdes et réprobatrices d’illustres inconnus, les griefs de sa famille. Partir, bien sûr. Mais pour aller où ? Et d’ailleurs, où se trouvaient-ils ?

Elle le regarda s’éloigner d’une démarche incertaine et emporter avec lui les doléances qui les animaient. Il ne souhaitait pas parler – du reste, pourquoi était-il venu ? –, elle le voulait. Mais aussi déçue qu’elle soit, elle allait le respecter. Ils parleraient plus plus tard. Elle même n’était pas dans la meilleure des formes. Mais lui-même, le voudrait-il ? Une hésitation imperceptible, et elle reprit la parole :

- Tu ne pourras pas fuir toute ta vie, Matthias.

Mais fuir était dans son caractère, elle le savait. Quelques pas encore, et il atteignit le cadre de la porte. Elle aurait voulu le retenir, lui parler, exprimer ses craintes et ses reproches, crever l’abcès d’une tension bien trop palpable pour se soulager des scories qui l’appesantissaient.

- Matthias ?

Un indécelable mouvement ralentit son pas et l’espace de quelques secondes, elle songea lui demander ce qu’il comptait faire dorénavant. Mais chacune des paroles qui sillonnaient son abdomen et franchissaient la barrière de ses lèvres bleuies lui arrachait une nouvelle douleur. Et ce malaise, impromptu, se nicha pernicieusement telle une boule trop volumineuse au creux de ses entrailles, la pressant et l’oppressant à nouveau, et lui rappela qu’à l’avenir, elle n’aurait probablement plus de famille. Matthias non plus, en quelques sortes. Qu’allaient-ils faire désormais ? Affronter, mais ensuite ? Ainsi, elle renonça à se montrer piquante ou acerbe, pour l’instant du moins ; et elle ne le retiendrait pas contre sa volonté, ce n’était ni le lieu ni le moment.

- Prends soin de toi, conclut-elle sans plus d’ornement.

Il n’y avait rien de plus à dire et tous deux s’en contenteraient et s’accommoderaient de cela, pour un temps du moins. Car oui, le temps était venu de « partir ». Partir, quitter ces lieux boisés et lourds et, chacun de leur côté, renouer avec le semblant de vie qu’ils avaient quitté. Que se passait-il en dehors de cette bulle informe dans laquelle ils survivaient depuis plusieurs jours ? Le monde les avait-il attendu pour poursuivre sa lente révolution ?
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MessageSujet: Re: « La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]   

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« La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » V. Woolf [Éléane & Matthias]

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