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 « La haut le vent tordait ses cheveux déroulés », Apollinaire, « La Loreley » - [Lorelei et Elada]

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Elada L. Enatari

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MessageSujet: « La haut le vent tordait ses cheveux déroulés », Apollinaire, « La Loreley » - [Lorelei et Elada]   Lun 14 Avr - 16:13

« Savoir
Si quelque part il y a
L'espoir
D'être un jour les enfants
Du hasard
Je vois ma vie projeter
Son futur dans l'espace

Et le silence me répond,
En secret
»

Le vent. Il s’engouffre dans mes vêtements et frôle ma peau. Je relève la tête, ferme les yeux et inspire en me laissant bercer par sa douce étreinte. Il fouette ma chair, se glisse dans le feu de mes cheveux et s’empare de moi tant et si bien que je ne sais plus très bien s’il me dicte l’entièreté de mes mouvements ou si je suis encore libre de changer de direction. Simplement, je le suis, je me fonds dans ses mouvances. Et lui et moi ne faisons plus qu’un. J’accélère. Ou plutôt, il m’accélère, et moi, je me contente d’obéir. Les yeux toujours clos, je souris et mes mains resserrent leur étreinte, rougissent à son contact. Et tandis que je m’éprends d’elle, la vitesse s’empare de moi, me somme de continuer. Enfant docile, je plie l’échine, me rapproche dangereusement de la douce chaleur de bois. Désormais, je suis presque capable de respirer le suave de son odeur, rassurante et amicale. Et tandis que je me penche plus encore, comme dans une ultime preuve de la souplesse de mon jeune corps, mes yeux s’ouvrent sur une étendue verte et gracile. Elle est proche, mais elle ne m’effraye pas, j’aime la défier, lui montrer que je n’ai pas peur d’elle, que je la domine. Alors, inconsciente des dangers, je l’assaille et, au dernier moment, dans un ultime sursaut vital, me redresse de tout mon long, entraînant avec moi l’ami de chaque jour. Un soupir d’aise et de satisfaction s’échappe de mes lèvres entrouvertes : il a toujours su bien m’accompagner et me guider. Fluide. Léger. Rapide. Précis. Je crois qu’il me forme autant que je l’ai façonné à mes mouvements.

Montée en puissance vers des volutes de buées blanches. D’un mouvement rapide et vigoureux, je transperce leur diaphane incandescence et, satisfaite, m’amuse à les disperser dans le sillage de ma précipitation. Sans doute, je pourrais continuer mon ascension parmi le translucide des ces obstacles de fumée pendant de longues minutes encore, mais un furtif regard dans la hauteur de ma foulée m’apprend que bientôt, ainsi perdue parmi les nuages, je ne distinguerai plus le sol. Au souvenir du jour où, de cette façon, je réussis à me perdre dans le gris du ciel, je souris de plus belle. J’aime les défis, je veux continuer. Je veux monter haut, toujours plus haut, m’approcher de l’inaccessible. Alors je ferme les yeux et écoute mes phalanges craquer au contact satiné du bois, et simplement, souplement, je m’élève.

Étrange sensation que celle de l’oxygène qui se raréfie ; bientôt, il viendra à me manquer. Très certainement, un arbitre vociférerait de me savoir à une telle altitude. Mais l’imaginer ainsi, minuscule, courir sur le terrain et, les sourcils froncés, battre l’air de ses bras m’amuse plus que ne me dissuade. J’aime la sensation fraîche de l’air sur la fine robe de mon épiderme, cette impression de vide qui s’empare de moi et retourne mes entrailles pour se nicher confortablement au creux de mon ventre. Ici, libérée de la pesanteur, je suis libre. En hauteur, je me sens bien et deviens enfin moi-même, planant tout simplement sur le fragile équilibre d’un bout de bois.

Ma respiration se ralentit, se fait plus profonde, plus ample. Et tandis que mes cellules cherchent à capter les moindres molécules vitales, mes pensées se perdent dans le souvenir de l’entraînement qui vient de se terminer. Épuisée, l’équipe s’est empressée de rejoindre les vestiaires, mais je n’ai pu me résoudre à l'y accompagner. Tous, pourtant, attendaient probablement un retour, quelques mots sur leurs performances du jour. Ils ont été excellents, mais ils attendront encore ; je ne suis pas d’humeur à me fondre en compliments. En ce moment, simplement, je veux me sentir vivre, me sentir d’autant plus présente que mes poumons se déploient pour capter l’oxygène qui, bientôt, viendra à cruellement me manquer.

Au loin, j’aperçois une irrégularité ; et soudain, une boule taupe, un truc plumeux moucheté de blanc vient se camper devant mon visage. Déstabilisée, je freine brusquement ma course et plante mes pupilles dans le regard réprobateur de Joséphine qui ne tarde pas à se fondre en pernicieux coups de becs. Elle m’observe et ses prunelles vitreuses semblent me dire : «  Oh, chérie, tu le fais exprès, ou quoi ? Je te croyais plus intelligente que ça ! ». Parfois, j’ai l’impression que cet animal me surveille, m’épie. D’ailleurs, elle le rapportera à Papa, c’est certain. Elle n’a l’air de rien, mais elle aime tenir le rôle parental, cette petite bête. C’est une autoritaire. Alors, avec un air de défi, je plisse les yeux et confronte mon regard au sien. Mes pupilles se jaunissent à la rencontre des siennes, mais rien n’y fait, le rapace, malgré sa petite taille, est tenace. Résignée, je pique alors à nouveau lourdement vers le terrain et me redresse juste à temps que pour fouler l’herbe de mes pieds ; le corps heureux, déséquilibré et tremblant, à nouveau maladroit. Non loin de moi, j’observe le petit volatile venir se perdre parmi les herbes et faire quelques pas pompeux, la tête relevée, en m’ignorant de toute sa superbe.

« Tu ne gagneras pas à chaque fois ! »lui-dis-je, la respiration haletante, le sourire aux lèvres.

Les joues rougies, je laisse mes yeux retrouver le vert de leur enfance et observer le cramoisi du soleil décroître à l’horizon. Bientôt, le repas sera servi dans la Grande Salle, et les tiraillements de mon estomac me rappellent que s’ils ne sont pas très vite apaisés, ils me feront regretter de n’avoir pas tout simplement rejoint les vestiaires en temps et en heure. Je hausse les épaules : qu’importe, je me changerai une fois revenue au dortoir.

« Tués par des rêves chimériques
Écrasés de certitudes
Dans un monde glacé de solitude.
»

Chanter. Souffler. Inspirer. Je suis, je suis. Je suis épuisée. Et tandis que je croise l’un ou l’autre homme que je ne me rappelle pas avoir déjà vus dans les couloirs du château, j’enlève mes chaussures pour mieux profiter de la fraîcheur du sol. Quelques tableaux murmurent sur mon passage, mais je ne leur accorde pas la moindre attention. J’ai bien d’autres choses à faire, après tout. Je suis une femme occupée, oui mesdames !

« Laissons, laissons… »

Déambulant de la sorte dans les couloirs qui me conduisent aux liquoreuses odeurs du repas, je chantonne en français, ignorant les commentaires incertains de Peeves et gratifiant par moments de quelques vagues caresses le volatile perché sur mon épaule. Et tandis que j’offre à mon balais le loisir d’un pas de danse improvisé, quelque chose me heurte. Ou plutôt, le contact du sol sous mes vêtements m’apprend que j’ai heurté quelque chose. Quelque chose de grand, de dur. Une chose grande et svelte, avec des cheveux blonds et courts. Ainsi assise sur la pierre, appuyée sur la paume de mes mains, j’observe la jeune femme avec laquelle je viens d’entrer en collision et qui, contrairement à moi, n’a pas cillé. Je l’observe, elle est grande, elle est belle ; je la connais je crois, mais je ne sais si je dois être confuse ou non. Les conventions sociales et moi, nous n’avons jamais été très bonnes amies. Alors, tout simplement amusée par la situation, je me perds dans un léger rire et, souriante, dans une vive impulsion, me redresse.

« Je suis désolée, je n’ai pas fait attention, j’espère que je ne t’ai pas fait mal, je crois bien que… »

Je me stoppe dans ma lancée : tant de mots pour une seule et unique idée, je suis toujours beaucoup trop prolixe. Mes pommettes se haussent alors dans une expression mi-boudeuse, mi-amusée et je plonge à nouveau le vert de mon regard qui se plisse dans le bleu du sien avant de lui sourire. Je la connais, j’en suis certaine. Elle est jeune, elle devait être à Poudlard il y a quelques années, sans quoi je ne m’explique cet étrange sentiment de familiarité. Je conclus alors simplement :

« …pardon. »

Je me baisse ensuite pour récupérer mon balais, désormais prête à gauchement contourner mon interlocutrice avant de repartir vers la Grande Salle, mais je n’en fais rien. Quelque chose m’intrigue dans la présence de cette jeune personne en ces lieux : qu’est-ce qui peut bien pousser une ancienne Serdaigle à se promener dans les couloirs du château à cette heure si avancée du jour ?

Une ancienne Serdaigle ?

Indécise, tandis que Joséphine la gratifie de quelques regards supérieurs, je la considère.


Dernière édition par Elada L. Enatari le Sam 11 Oct - 12:26, édité 10 fois
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Lorelei Scamander

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MessageSujet: Re: « La haut le vent tordait ses cheveux déroulés », Apollinaire, « La Loreley » - [Lorelei et Elada]   Mer 30 Avr - 6:29

    Là-haut.


    Près du vent. A embrasser ses murmures, j'ai entendu la folie des hommes.
    Et j'ai refermé mes ailes.



    Le dos raidi en une attitude droite, je glissais mon regard sur la salle invectivée par l'ordre et les obligations imposées en ma présence. On m'avait présenté, et régnait entre les murs un sentiment de tension qu'offrait la plénitude d'une anarchie silencieuse. Un vague sourire courut sur mes lèvres. Il fit frémir les épaules de ceux qui avaient quelque chose à se repprocher. Ma présence au sein du Collège Poudlard n'avait rien d'amical, et je savais que je m'offrais comme ennemi à l'encontre de quiconque s'élevait contre le dynamisme qui me poussait à venir en ces lieux. Chargée d'une mission d'observation. Rétablir le terrain de chasse du nouveau Ministère, surveiller pour lui que Poudlard avait été vidé de ses malfaiteurs, et que les podromes qui y naissaient été vecteurs d'une totale allégeance à l'actuel gouvernement. Mes enfants, songeais-je, vous étiez de fameux petits pions sous cette égérie ministerielle.

    « Et qu'avez vous à faire, précisément ? »

    Le sorcier qui s'était exprimé, assis à ma droite, avait jeté un regard torve sur moi, et je fis à peine l'effort de tourner mes yeux vers lui. Silence, une seconde ; le temps de positionner ce malaise bien profondément dans ses yeux quand je tournais les miens dans les siens. Un sourire pointu.

    « Pour être claire, je vais rôder quelques temps dans les couloirs, en surveillant l'activité à l'intérieur des murs du Château. M'intéresser à chacun de vos faits et gestes, et en faire chaque jour un rapport à mes employeurs. J'ai pour but de déceler ceux dont les pensées politiques ne s'accordent pas pleinement à l'équilibre mis en place. »

    Un rapide regard sur la tablée. Très rapide.
    Certains parurent soulagés, d'autres gardèrent un visage impassibles, et d'autres, encore, avaient une expression rembrunies. Et je le savais ; ça n'étaient pas ceux-là qui représentaient le plus de danger. J'appuyais mes paumes contre la table, saluant vaguement l'équipe professorale de Poudlard. Il y avait ceux qui étaient loyaux à l'idéologie de Poudlard, et je connaissais leur parcours. Et il y avait les autres. Ceux sur qui je devais enquêter. Je me relevais.

    « Ah. Une dernière chose. »

    Une sorte de mise en tension. Un regard scrutateur, qui glissa sur leur visage, sans jamais réellement m'arrêter quelque part. Je ne souriais cependant pas, drapée d'une humeur aussi noire que le reste de mes vêtements.

    « Il va sans dire qu'un accident qui me ferait malencontreusement périr irait à l'encontre de la confiance que Kingsley Shaklebolt accorde à Poudlard. Souvenez vous-en. »
    « Vous êtes d'une arrogance ridicule. »

    La femme qui avait soupiré cela m'avait fixé dans les yeux, sans me craindre. Je lui souriais, de toutes mes dents ; dans un rictus qui n'avait plus rien de formel. Un rictus dont la vie avait façonné l'automatisme sur mes lèvres, le côtoiement de Lorcan et de Lysander l'inscrivant dans mon être.

    « Naturellement. Je ne serais jamais ici, sinon. »

    Je me retirais.

    (…)

    Claquant mes talons hauts contre le pavé noirci par le temps et l'usage du couloir emprunté, je baladais mes yeux dans ce paysage qui avait bercé mon adolescence. Chateau de Poudlard, là où résidait les superbes histoires de l'enfance qui meurt, je restais satisfaite de moi-même, de ma présence, et de cette sensation d'être de retour chez un vieil ami. Y-avait-il un étudiant, un jour à Poudlard, qui eut pu ne pas aimer ce château ? Je bifurquais sur la droite, me dirigeant avec cette connaissance parfaite de la reconnaissance. Je ne me perdrais pas, aujourd'hui. Je connaissais trop bien ces lieux pour les avoir empruntés pendant 7 ans. Un sourire vint galvaniser sa place sur mes lèvres nues. Pas de rouge à lèvres, aujourd'hui. Ce noir habituel qui cerclait mes yeux, soulignant leur étirement d'oiseau de proie, et du mascara venu embuer mes sourcils. Mes cheveux, valsant sous le lobe de l'oreille, dans cette coupe froide, glaciale, qui me valait mon attitude de femme d'affaire, de femme pressée, d'inaccessible. Et ces vêtements noirs, cette robe bâtarde, hybride entre le pantalon et la jupe longue, taillant ma taille, creusant mes reins, forçant le tailleur stric. J'aimais ces regards outrés, surpris, déshabillants que les élèves posaient sur moi, à mon passage. A quoi ressemblais-je, pour eux ? A un rapace, j'espère ? A quelque chose de dangereux ? A ce truc noir, pâle, sanglant, que l'on n'aimerait pas croiser dans un couloir ?
    Je pinçais les lèvres, louvoyant entre les arcades de pierre.

    Et puis, atteignant cet étage, je. Impact. Je guainais mon corps, crispant chaque muscle, ma baguette plongeant entre mes doigts, trouvant sa place dans ma paume, mon poignet soulevé en cette minuscule esquisse de garde. Une pensée. Une pensée mortelle.

    Une élève sur les fesses, à relever des yeux vert pommes vers moi. Je m'immobilisais. Il y eut une seconde de silence, improbables instants chargés de tension. Je rangeais ma baguette, sans un bruit, sans le moindre mouvement discernable, tuerie évitée. Et soudain, elle se met à rire. Elle, cette gamine rousse aux yeux aussi verts que les miens, elle se met à rire, libérée de toutes ces chaînes qui essayaient de m'étrangler quand j'avais son âge. Une Lorelei rousse, une Lorelei sur les fesses, enfant, qui se relève, qui glousse. Et moi, je suis figée, comme une statue, en me rendant brusquement compte à quel point je suis vieille. Mes yeux effleurent sa chouette. Sentiment d'empathie.

    - Je suis désolée, je n’ai pas fait attention, j’espère que je ne t’ai pas fait mal, je crois bien que…

    Silence. Elle me dit quelque chose. Outre la ressemblance, elle me dit quelque chose. Ce n'est pas son visage, ce n'est pas son rire, ce n'est pas son maintien souple, ce n'est pas le poids de ses yeux verts, ce n'est … ou peut-être que c'est tout ça. Je ne sais plus.


    …pardon.


    Elle est de Serdaigle ; sa robe de Quidditch en témoigne. Mais ça n'est pas ce qui retient mon attention. C'est cette familiarité, cette sensation de la connaître. La connaissais-je ? Nous sommes sur le point de nous quitter, de nous oublier. Je retiens une réponse, et avance la main.

    Mes phalanges viennent effleurer une joue rafraîchie par l'utilisation intempestive d'un balais. Elle est allé jouer dehors. S'entraîner ? Elle n'a pas l'air essoufflée. Je la fixe, et mes doigts abandonnent son grain. Les yeux plissés, je tente un sourire.

    « Enatari, je crois. Tu avais un nom bizarre. Je n'arrivais jamais à le prononcer correctement. Nous ne nous sommes connues qu'en dernière année. Ta première, pour toi, n'est-ce pas ? Je me souviens de cet instant où tu avais fait hurler la Prefète de notre maison. Elle était venue me pleurer dans les bras, en te maudissant. »

    Je souriais, amusée, ressentant alors une telle vague de tendresse que le monde parut brusquement moins sombre.
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Elada L. Enatari

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MessageSujet: Re: « La haut le vent tordait ses cheveux déroulés », Apollinaire, « La Loreley » - [Lorelei et Elada]   Jeu 3 Juil - 15:38

Spoiler:
 

Percuter un corps qui se gaine, heurter le pavé, se relever, décider de s’en aller, mais ne rien faire. En face de moi, il y a cette jeune femme pâle qui me dévisage dans la courbe de ses traits qui suivent le mouvement déterminé de son interrogation. Un improbable instant chargé de tension et mon expression se neutralise, interdite : la présence de cette sorcière blonde m’intrigue, m’interpelle. Qui est-elle ? Le temps se fige, comme imperceptiblement suspendu aux flots chatoyants de nos regards. Et soudain, la pulpe de ses doigts entre en contact avec l’écorce de ma joue, comme pour mieux me dévoiler sa caresse froide et glaciale. Elle ne m’effraye pas : sous la glace de ses rétines givrées, je perçois une chaleur trouble. Mais la duveteuse Joséphine, quant à elle, ne la discerne pas. Perchée sur mon épaule tel un reptile sur son rocher, elle s’attarde sur le reflet enneigé de mon interlocutrice. Méfiante, inquisitoriale, forte de son rôle parental, la paupière plissée, elle la scrute. Elle ne lui accordera pas sa confiance, pas tout de suite. Ses pattes minuscules pénètrent mes vêtements et ma peau de leurs serres acérés, mais je ne lui accorde pas l’attention qu’elles réclament, mes iris préférant accompagner les phalanges oblongues qui quittent l’arrondi de mon épiderme. Cette manière leur semble acquise, naturelle, et je me surprends de n’avoir pas cillé.

« Enatari, je crois. »

Loreleil Scamander. Elle a beaucoup changé, mais je reconnais son air rapace et fier. Encore aujourd’hui, elle semble se donner une contenance sombre et mélancolique, quoi que passablement assurée. Ce noir qui contraste avec sa pâleur cadavérique, raide, rigide, immobile entre presque en conflit avec la douceur pure de son prénom si beau. Je crois qu’elle doit aimer cette lueur contraire qui émane d’elle, la travailler même, l’entretenir. Qui est-elle, aujourd’hui ?

« Tu avais un nom bizarre. Je n'arrivais jamais à le prononcer correctement. »

Mon nom. Un nom latin, banal, sans signification, ou plutôt à la signification parfaitement triviale et insignifiante, mais qui raisonne comme le contrepoint de mes origines métissées. Un prénom celte, un nom latin, une parenté floue ; je ne m’en suis, à vrai dire, jamais souciée, me contentant d’afficher mon habituelle gaîté lorsque qu’au hasard d’une conversation, un accent trop fluide m’écorche encore sans le vouloir. Moi-même, suis-je encore capable de me prononcer ? Papa dit que je devrais m’intéresser aux arcanes de mon berceau, mais je crois ne pas avoir l’envie me pencher sur l’histoire des nuits qui m’ont vue naître, quand j’ai passé tant d’années à jouer le jeu subtil et délicat de l’omission. Un jour, peut-être, qui sait. Mais mon humeur est bleue et l’heure n’est pas à la réflexion. Souriante, tandis que quelques cheveux épousent à leur tour mes tempes humides, je hoche simplement la tête en signe d’acquiescement.

« Nous ne nous sommes connues qu'en dernière année. Ta première, pour toi, n'est-ce pas ? Je me souviens de cet instant où tu avais fait hurler la Préfète de notre maison. Elle était venue me pleurer dans les bras, en te maudissant. »

À ce souvenir, je retiens un souffle amusé, quoi que légèrement embarrassé, et mon teint se rehausse d’une couleur vivace. Amanda Buckbrown n’était pas faite pour être préfète. Bonne élève, soucieuse de la qualité de son travail et de la pérennité du règne de l’ordre qu’elle voulait avoir instauré, elle s’est vite avérée bien trop sensible pour pâtir les jeux de collégiens encore au crépuscule de l’enfance. Ce jour-là, j’avais renversé un sac de bombabouses destinées à Pad’ dans la salle commune. Je ne l’avais pas fait exprès, naturellement ; je leur avais réservé bien meilleur destin, mais le fou rire dont je fus prise m’avait désignée comme coupable d’un crime entièrement prémédité. C’était bien fait. Amanda s’était époumonée sans attendre son reste. La veille, elle m’avait déjà poursuivie les bras relevés et agités de soubresauts nerveux alors que j’avais emprunté le balais d’un troisième année, Gauvin O’Connell, pour divertir Laïla et Katelyn. Bien sûr, je savais l’interdiction de voler dans les dortoir et celle qui empêchait les premières années de toucher à un balai en dehors de toute présence professorale, mais n’avoir pas le droit de disposer de mon propre équipement de quidditch pendant une année s’était très vite avéré être une épreuve des plus difficiles. Je ne m’étais donc pas refusé ce moment de détente, et mes camarades de dortoir et moi-même avions trouvé l’écart très distrayant. Malheureusement, et sans surprise, Amanda semblait ne pas être du même avis. Si je m’étais brisé le cou, quelle culpabilité n’aurait-elle pas ressentie de ne pas être à la hauteur de sa tâche ! Elle m’en avait beaucoup voulu de m’amuser de tout quand elle s’inquiétait de rien ; alors quand j’enfumai la salle commune bien indépendamment de ma volonté, exaspérée par l’accumulation de mes « plaisanteries puériles et sans intérêt », elle ne put retenir les éclats de sa voix. Et bien que j’étais plus que déçue de n’avoir pas pu mettre mes plans à exécution, plus elle criait, plus mon hilarité raisonnait entre les murs de la salle commune. Un rire nerveux, qui avait tendu et distendu mon diaphragme sans que je ne puisse le contrôler. J’étais désolée de voir son courroux agiter ainsi ses mains minuscules sans que je ne parvienne à me concentrer sur ses reproches, j’aurais voulu qu’elle s’esclaffe avec moi, mais c’eût été trop demander, bien entendu. Alors je m’étais gondolée seule, gagnant les faveurs amusées de certains Serdaigles, me faisant maudire des autres. Je crois d’ailleurs qu’elle ne m’en voulait pas tant pour les odeurs nauséabondes qui se répandaient dans les chambres que pour la réaction désopilée dont j’avais fait preuve et pour celles que j’avais provoquées. Mais jamais je n’avais imaginé l’avoir heurtée au point de lui arracher des larmes. Heureusement, l’évocation de cet incident semble égayer la dame aux yeux d’alcool qui, en face de moi, découvre discrètement l’émail de ses dents. Je penche la tête sur le côté et de fines fossettes rehaussent mon visage, illuminé par l’allusion à la mésaventure.

« Les bombabouses oui, je me souviens ».

Mes joues déjà rougies par l’aurore et l’effort  se colorent davantage encore, tandis qu’un son clair s’échappe de ma gorge et que mes pupilles, gamines et franches, captent l’œil clair de mon interlocutrice.

« Amanda n’avait pas apprécié… »

Je ne sais si je dois être contrite ou non par cette anecdote, mais j’ose supposer que des faits plus graves occupent l’esprit de l’oiseau noir et blanc qui me fait face que ceux qui ont vaguement traversé sa vie de collégienne. Elle avait deux frères, je me souviens ; des triplés. Sentiment de sympathie. Tirée vers le haut, ma bouche se confond en une moue à la fois désolée et joyeuse, et mon menton se rapproche des mouvements amples de mon sternum. Je crois que cet épisode n’a plus la moindre importance, désormais.

« J’ai faim… »

Sans détour aucun, je pose ce constat simple, banal ; dénué d’intérêt pour mon interlocutrice, tandis que mes incisives mordillent l’ourlet de ma lèvre inférieure et que mon nez se retrousse, comme pour excuser mes manières abruptes.

« Je crois que je vais aller manger. J’ai été heureuse de te revoir, Lorelei ».

Mon ton prend les allures informelles du tutoiement que ne permet pas la langue anglaise. Aussi improbable que cela puisse paraître, je la tutoie. Elle est un « tu » car elle ne peut être un « vous » ; et mes gestes et mon corps tout entier participent à cette informalité. En face de moi, elle est cette âme sombre qui me détaille et me sourit ; elle est plus âgée, a sans doute des responsabilités à la mesure de la tenue stricte qui ceint son corps maigre mais imposant et moi, je reste l’enfant imparfaite, à peine façonnée, à la franchise naïve. Une proie d’apparence facile face à l’envergue de son pennage ombreux. Mais ce décalage n’est qu’apparences, je me sens proche d’elle.

Mes doigts se referment un peu plus sur le manche poli par les entraînements successifs et je la contourne, satisfaite de cette rencontre improbable. Sur le sol glacé, mon ombre se répand et se mêle aux effluves orangés de l’astre qui part à la rencontre de l’horizon et, tandis que je me délecte de son improbable communion avec l’architecture lourde du château, chaque pierre tente secrètement me révéler son histoire. Le couloir est beau, plus personne n’y passe, l’heure semble n’être perturbée que par la présence inopinée de l’ancienne Serdaigle à laquelle j’ai offert la contemplation de mon dos poussiéreux. Un mouvement instinctif me fait me retourner.

« Pourquoi es-tu ici ? »

Un instant, une hésitation. Je songe à reformuler ma phrase, à l’entourer d’apparats inutiles, pour paraître plus subtile et raffinée, peut-être. Plus mature ?

« Enfin je veux dire… »

Inutile tentative.

« …pourquoi es-tu là ? »

Les détours ne sont pas mon domaine : ma question est directe et spontanée et je ne cherche pas à savoir si j’aurais dû m’abstenir de la lui poser alors que nos mondes ne sont plus guère faits pour se croiser. Désormais en attente d’une réponse, je dégage une mèche fauve de mon front fatigué et hume les arômes moelleux qui s’échappent de la Grande Salle, sommant aux plaintes de mon estomac de rester silencieuses : leur voracité m’importe peu. Mes ongles nus grattent le sol rocailleux et son contact m’apaise. Ses vagues fraîches et successives et diffusent en moi leur fantastique crue d’idées étranges et brouillent mes sens, tandis que je me tiens là, figée, dans la contemplation paisible de cette personne lointaine et pourtant, déjà familière. Qui est-elle, désormais ?


Dernière édition par Elada L. Enatari le Ven 21 Nov - 17:31, édité 1 fois
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Lorelei Scamander

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MessageSujet: Re: « La haut le vent tordait ses cheveux déroulés », Apollinaire, « La Loreley » - [Lorelei et Elada]   Sam 5 Juil - 8:29

« Les bombabouses oui, je me souviens »

C'est un sourire qui se fait commun, quoique porté sur la note triste des larmes humidifiant les joues trop fragile d'une fille pas assez solide. Naturellement qu'Amanda n'avait pas apprécié. Mais je me souviens que dans cet instant de faiblesse cristallisé, j'avais apprécié l'enfant rousse puisqu'elle m'avait faite protectrice à l'égard de sa victime hiérarchique. Déjà, protectrice, garde du corps, rampart humain … alors que j'étais la plus petite. La plus blanche. La plus douce. Est-ce qu'ils avaient tous vraiment vus sur mon front cette force qu'ils me demandaient de leur offrir en compensation à la faiblesse dont la nature les avait fourni ? Je souriais, réellement incapable de comprendre pourquoi. Lorcan, peut-être, aurait été en mesure de répondre à mes questions. Je l'espérais, du moins.

Et puis soudain l'enfant fait remarquer qu'elle a faim. Alors je me souviens ce garçon asiatique aux yeux bleus, qui un jour, a fait la même remarque à ce jeune homme africain. Je me souviens comment l'autre lui a répondu avec hargne parce que le gamin ne correspondait pas à la norme. Je me souviens la déception et la tristesse dans les yeux nuageux devenus orageux. Je me souviens la bouche pâle du jeune samuraï qui, en ignorant la perfidie de son aîné, à cherché à rester son ami. Je me souviens de cette simple phrase qui causa tellement de haine. J'ai faim. Comment par un apport banal d'une information tranquille, l'on pouvait réveiller les instincts primaires de l'homme devenu animal. Alors dans ma bouche il y eut ce goût de sang, ce goût de chair, et j'eus envie, une très brève, très lourde, très éternelle seconde, de la dévorer. De planter mes crocs dans la peau fragile de sa mâchoire, et de dénuder les os en ce mouvement carnassier. Une seconde, à peine, juste assez pour voiler mon regard de cette ombre aux désirs anthropophages.

Mais non. Je n'avais pas le droit de manger les humains.
Encore moins les élèves de Poudlard. Ils étaient intouchables. N'est-ce pas ? N'est-ce pas ? Dans ma tête, il y eut un sanglot long, et j'abaissais mon regard lourd jusqu'aux tapis du sol, pour y confondre ma rancoeur. Soit. C'était passager. Ce n'était rien. J'inspirais. Elle avait faim, qu'elle se nourrisse.

« Je crois que je vais aller manger. J’ai été heureuse de te revoir, Lorelei ».

J'aurais du mal à répondre la même chose, mais un sourire tendre vint répliquer à sa phrase adorable. Les souvenirs étaient ces liens entre le passé et l'instant, et j'avais du mal à me rendre compte que l'on pouvait se perdre dans l'osmose des deux. Mais l'idée de l'avoir revue me plaisait, assurément. Un rire, un peu fêlé, tressauta en dehors de mes lèvres.

« Tschüss. »

Et elle s'en va, et je reste immobile. Parce que je jette mes yeux sur le vide du couloir, et que je me rends compte, indubitablement, de cette solitude qui m'étreint et dans laquelle je me peins. Il n'y a pas de regret, pas d'effroi, juste ce constat, ni chaleureux ni glacé. Le silence de ma tête résonne avec ma respiration affaiblie, et je me demande, encore une fois, pourquoi je porte du noir quand ma peau est si blanche. Et il y a ce poème de Charles Baudelaire qui vient, qui va, qui glisse sur mes lèvres et qui lèche mon corps, dans son insanité lascive. Fière, autant qu'un vivant, de sa haute stature. L'enfant se stoppe, ses pas cessent, elle se retourne, et attirés comme des aimants par le poids de son regard, elle se retourne, je l'imite. Je n'ai pas bougé, elle s'est éloigné. Charles murmure. L'enfant parle.

« Pourquoi es-tu ici ? »

Je voudrais peindre mes mots de cette vérité rassurante. Mais elle n'a rien de sincère. Les formulations de l'autre chancèle. Je me sens un peu comme une bougie qui projette sa lumière vacillante au dessus des ténèbres ; sans parvenir à rien d'autre qu'à rendre plus étouffant et glacé le noir. Enfin, elle veut dire, elle ne sait plus, j'esquisse à peine un sourire : je suis loin, dans le noir, presque cachée.

Pourquoi suis-je là.

Fière, autant qu'un vivant, de sa haute stature, Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants, Elle a la nonchalance et la désinvolture …


Je m'approche, et sur le sol, les talons claquent les pas qui me rapprochent d'elle. Je me dresse puis me penche au dessus de cette figure pouponne et rose. Mes doigts se saisissent du coin de sa mâchoire, et je viens poser mes mots près, très près, de ses lèvres.

D'une coquette maigre aux airs extravagants.

« Je suis là pour tuer ce qui ne se dérangerait pas à le faire. »

Et je me relève, doucement, caressant de ma phalange l'ourlet de sa lèvres, avant de la lâcher, et de me retourner, dans le claquement de mes vêtements qui suivent mon mouvement. Rotation de mon corps, je projette déjà mes yeux sur le vide du couloir.

« Et « je » suis là, parce qu'on ne laisserait sans doute pas quelqu'un de normal effectuer une mission de ce genre. A Poudlard, il faut être fou pour tuer. Et par chance. »

J'ai un sourire complice pour la pensée tendre qui s'élève pour les yeux verts de mes frères.

« C'est exactement ce que nous sommes. »

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