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 Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh

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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Sam 28 Juin - 10:53

    Fume ce qu'ils nous cracherons au visage.


Lorcan mit Dalaigh


A la manière d'un reptile à l'éclat métallique, le médaillon d'Angela Stevenson glissait entre mes doigts,  se faisant l'objet de mon attention. Le pendentif lourd arborait la silhouette puissante du serpent sculpté sur sa face, et l'oeil à la prunelle de rubis étincelait ses captations de la lumière. De la phalange, je dessinais les ondulations de son corps, mon ongle ciselant les courbes. Hermétiquement clos, éternellement fermé. Lourd, bien plus que ce que pesait le métal, je me demandais, pour la millième fois, ce qu'il renfermait. Angela, chérie, qu'avais-tu enfermé dans ce cœur d'argent que j'avais eu la satisfaction de te ravir ? Encore une fois, la question resta sans réponse, et je passais le médaillon à mon cou, le cachant sous mes vêtements, le camouflant contre ma poitrine.

Aujourd'hui était cette journée qui m'avait vu souffrir d'un ennui profondément mortel. Cela, avant que je ne décide, dans une lubie aux engeances de passion clinique, de m'intéresser à cet homme dont je savais le corps et l'odeur sans même l'avoir vu. D'aucun n'aurait su souffrir se voir devenir mon centre d'intérêt, mais celui-ci, sans même le savoir, promettait une partie de jeu, si j'osais considérer cela ainsi, fantastique. Dalaigh. Dalaigh l'homme important, l'homme du cabaret, l'évincée victime de la Nuit. Oh, comment je le plaignais d'avoir croisé le chemin de Chess. Et comme j'étais amusé de savoir qu'il lui avait survécu. Et même plus.
Avec affinités.

Un sourire s'étala sur mes lèvres, et je me relevais complètement. Autour de moi, la ville en mouvement d'une Londres en pleines préparation d'un événement social moldu. Je contemplais, en silence, les foules se presser de partout. J'avais un homme à retrouver, songeais-je, pendant qu'un marteau piqueur commençait à hurler sa diatribe hystérique. Un homme à retrouver, et à m'amuser. Mes doigts passèrent sur sa ma mâchoire, et claquant entres elles mes phalanges, je m'écartais du banc de pierre qui m'avait servi de support jusqu'à maintenant. Installé dessus, un chat noir me regarda, en silence, et d'un air suprêmement orgueilleux, m'éloigner de lui.

(…)

Glissant mes doigts sous le col relevé de ma chemise, j'y glissais le ruban de velours noir, appréciant le contact du nœud papillon près de ma gorge. Tout de jais paré, je devais ressembler à ces oiseaux moqueurs. Ma baguette entre mes doigts, je nouais patiemment le nœud, avant de poser mes yeux sur la panthère des neiges, immatérielle, qui attendait mes ordres. Patronus de mon initiative, je lui souris, délivrant le message.

« Trouve Dalaigh. Dis-lui que je lui propose, s'il le veut bien, un voyage pour la destination de son choix. A condition, uniquement, qu'il m'apporte un paquet de cigarettes. Dis lui aussi qu'il ne devrait pas arriver en retard. Je l'attends sous la Tour Eiffel. Et qu'il ne s'inquiètes pas. Je saurais le reconnaître, puisqu'il ne sait pas mon visage. »

Sur un ronronnement indistinct, j'achevais mon message, et la panthère disparut en une explosion de fumée. Rangeant ma baguette dans mon sac en besace, j'observais le reflet que me renvoyais le miroir d'une vitrine. Définitivement, le nœud papillon ne m'allait pas. Je déposais le vêtement à même le sol, et sans attendre que la vendeuse détourne le regard, je transplanais.


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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Sam 28 Juin - 12:13


    Il sentait la sueur couler sur son corps, lui chatouiller les côtes dans un frottement imperceptible, dévaler le long de sa tempe et aveugler temporairement sa vision. Eau naturelle, résultat d’une chaleur intense, d’un sport fatiguant, grisant. Le couteau s’échappa de sa main et alla se planter dans le front de sa cible, quelques mètres plus loin. Le terrain de poussière rouge était à lui, l’espace de quelques heures, l’espace d’un battement de cœur, l’espace d’un clignement d’œil. Il était son endroit d’entrainement, là où sa colère et sa rancœur se transformaient en concentration inébranlable tandis que ses couteaux se dirigeaient toujours plus précisément aux points mortels qu’il choisissait dans l’instant. Cibles mouvantes, animées d’une haine qu’il leur conférait d’un regard et qu’il décimait pour ne pas tuer. Pour ne pas succomber. La dernière lame vola, tournoyante, chatoyante sous les rayons du soleil grec, se planta entre les côtes d’une cible quelconque. Un sourire tira les lèvres de l’homme qui se laissa tomber sur les grains ocres. Son corps nu serait couvert de rouge lorsqu’il se relevait mais il n’en avait rien à foutre. Strictement rien. Ses yeux se fermèrent, lentement, ses cils jouant à projeter des particules de lumière sur ses pupilles. D’un mouvement de doigt, il fit revenir toutes les lames près de lui avant de sombrer entre les volutes noires.

    Les bruits assourdissants de corps qui se frappent, de la musique qui crie, des verres qui s’entrechoquent, des rires, des discussions, des cris, des gémissements. Les couleurs vives, ternes. Les peaux noires. Nues. Pâles. Marquées. Vierges. Toutes ces femmes. Consentantes ou non. Tous ces hommes. Bêtes assoiffées, violentes et douces. Le confortable canapé sur lequel il était partiellement allongé. Et partout, cette odeur d’alcool et de foutre. Cette sensation, aussi. Celle d’être libre. De voler. De bien-être.

    Ses yeux s’ouvrirent violemment, son corps se tendit et il se jeta sur ses jambes, accroupi, quatre lames à chaque main. Une présence l’avait réveillé. Inconnue. Dalaigh dévisagea la panthère des neiges qui se trouvait devant lui et un rire traversa son masque de concentration. Sans pour autant qu’il ne baisse la garde. L’être immatériel qui lui faisait face était magnifique. Dangereux. Et surtout, il ne l’avait jamais vu. Tous les muscles de son corps se détendirent quand des paroles sortirent de la gueule majestueuse.

    « Mon maître vous propose, si vous le voulez bien, un voyage pour la destination de votre choix. A condition, uniquement, que vous lui apportiez un paquet de cigarettes. Vous ne devriez pas arriver en retard. Il vous attend sous la Tour Eiffel. Et ne vous inquiétez pas. Il saura vous reconnaître, puisque vous ne savez pas son visage. »

    Et qui est ton maître, bestiole ?

    La panthère disparue comme elle était arrivée. Sans bruit. Juste une présence qui s’estompe dans les trames infinies de l’univers. Dalaigh fronça les sourcils mais, piqué de curiosité, transplana directement dans sa douche avant de sauter dans un jean slim, noir, et d’enfiler un t-shirt blanc. Et une veste. Noire. Pieds nus, il dirigea ensuite son esprit vers le bout de métal français et se retrouva à son socle. Heureusement pour lui, il ne pleuvait pas. Pas encore. L’herbe humide léchait la plante de ses pieds avec une sensualité toute personnelle alors qu’il avançait, lentement, la baguette prête à descendre le long de son bras. La cité grouillait de vermines et de touristes. Comme Londres. En plus ensoleillé. Et avec un meilleur pain.

    Ses yeux effleuraient les visages, ne cherchant personne en particulier vu que son interlocuteur inconnu saurait le trouver. Il n’aimait pas ne pas maîtriser la situation. Mais il s’en accommoderait pour cette fois, car cette personne avait vraiment attiré son attention. Chess avait été le premier individu auquel il avait pensé. Mais Chess n’avait pas joué au mystérieux avec lui. Loin de là. Dommage. Il aurait aimé revoir ce phénomène. Ses pas l’avaient mené vers un restaurant à terrasse extérieure. Il se laissa tomber sur une chaise, commanda vaguement un café à la serveuse inintéressante qui se présenta à lui et prit une deuxième chaise pour étendre ses jambes. Il n’était pas exactement sous la Tour Eiffel. Et alors. Si cet homme savait le reconnaître, quelques mètres en plus ne le dérangerait pas. Il tapota sa poche intérieure afin de vérifier la présence du paquet demandé et sirota le breuvage brûlant et sincèrement meilleur qu’en Angleterre en attendant que son invité mystère ne vienne à sa rencontre.

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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Sam 5 Juil - 11:41

Se jouaient devant mes yeux les souvenirs d'un carnage. Dans la lumière tamisée d'un monde sorti tout droit des souvenirs fous de l'imagination d'un homme encore plus cinglé que moi, l'Avalon avait emportée avec elle le décès cruel de l'être à qui la pierre a broyé le crâne. Et je revoyais, encore et encore, la cervelle de Chess, détruite par ce bout de caillou que brandissait Lily. Et je pleurais, et je pleurais, et les larmes, jamais, n'étaient assez suffisante pour noyer le sang qui tâchait mes mains. Et le baiser avait un goût d'amertume, et de mort. Je souriais, posant sur la tour Eiffel un regard éloigné par une distance de plusieurs années lumière entre mes pensées et l'expression qu'abordait mon visage. Celui-ci se faisait le masque tranquille de l'homme qui observe un monument historique et touristique. A quelques détails près, je me faisais lambda dans la foule. Détails qui se définissaient précisément par ma poche abritant ma baguette, les Fleurs du Mal dans une édition française, le doigt glissé entre les pages 226 et 227, à ce poème que j'aimais tant, mon habillement sans doute un peu trop formel, et ce chat gris et rachitique qui collait à mon mollet, ses yeux exorbités promenant un regard laid sur le monde. J'abaissais mes yeux jusqu'à lui, flattant mentalement son échine abimée. Il releva ses prunelles déchiquetées jusqu'à moi.

« Tu le vois, Eli ? »

Un balancement nerveux de sa queue, et son corps se raidit en une crispation bien visible de ses muscles atrophiés. Il pointait déjà sa gueule intéressée vers les terrasses de café, à quelques mètres de là. Et presque immédiatement, fendant la foule comme un grand squelette blanc -je resserais mes doigts sur Baudelaire-, il posait sur le monde ce regard haut qu'on les gens de grande stature. J'eus un sourire sarcastique, moqueur à l'idée de devoir relever de quelques centimètres pour yeux lorsqu'il me faudrait le regarder en face. Il était un peu plus grand que moi, et je n'aimais pas cela. La baguette me fit sourire, et pendant une seconde, l'idée de me présenter à lui avec un béret sur le crâne se fit presque assez séductrice, mais je réfutais. No way. Le Chapelier ne pouvait s'offenser de cela, tout de même, n'est-ce pas ? Elizabeth disparut, sans que je n'eus besoin de le chercher du regard, j'avançais déjà, pendant que l'autre commandait. Il prenait une deuxième chaise pour y poser ses pieds, et laissant un sourire courir sur mes lèvres, puisque j'arrivais par derrière, je fis glisser ma main dans le dossier de sa chaise, rencontrant immédiatement la structure matérielle de celle-ci. Activant mon alchimie, je fis le tour de la table, laissant à Dalaigh tout le loisir de découvrir qu'il était désormais installé sur un fauteuil de cuir rembourré. Je me dressais devant lui, de l'autre côté de la petite table, mes mains sur le dossier de l'autre chaise.

« Vous permettez ? »

Je tirais la chaise, pour la récupérer, ignorant totalement le fait qu'il s'en soit, -ou au contraire, en en prenant complètement compte-, servi pour ses pieds, et je m'asseyais dessus. Un sourire ravi découpait mon visage, et je jetais un coup d'oeil autour de nous ; personne n'avait remarqué la transformation de la chaise en un fauteuil, ce qui, pour le moment, était parfait. Je lui souriais.

« Lorcan Lovegood-Scamander. Je vous remercie de vous être déplacé. J'avais peur que mon invitation ne soit pas assez formelle, alors j'en ai profité pour essayer le costume. »

Modulation de voix rieuse, j'avais, je m'en rendais maintenant compte, cet accent tellement écossais par rapport à l'anglais britannique. La découverte me fit encore plus sourire. Je pensais m'être plus accoutumé que cela à la prononciation londonienne de mon anglais. Soit. Dans une ville telle que Paris, ce genre de sonorité ne me paraissait que plus appétissante. Mes yeux, étirés en des courbes moqueuses, dévisageaient Dalaigh.

« Excusez moi. Je n'ai aucune maîtrise du sable, c'est là un art qui m'échappe complètement. Vous y êtes familier, vous avez du deviner la difficulté que présentait l'exercice. »

Je posais à plat le livre français sur la table, immobile une seconde durant, puis, du bout des doigts, je le lui tendais, l'ouvrant à la page 226. Danse Macabre. Mes prunelles rutilaient ce mélange de joie et de cruauté féroce.

Que voulais-je réellement à cet homme ? Je n'étais pas tout à fait sûr de moi-même.

« Je me demande, vous savez... »

Ma voix était brusquement devenue murmure. Murmure glacé d'une voix aux intonations rendues grises par les sentiments qui me faisaient lui parler ainsi.

« … Je crois que j'étais venu vers vous dans cette dynamique jalouse qui m'aurait poussé à vous interdire de le revoir. Défendre ma possession avec cette colère qui nous aurait conduit, certainement, à des scènes ridicules de petits coqs masculins. Je crois que c'est dans cette idée là que j'étais venu. Et peut-être avec l'espoir de repartir en vous ayant écrasé la tête sur le bitume. »

La serveuse arriva à notre hauteur, et après un regard stupéfait pour le fauteuil sur lequel était installé désormais Dalaigh, me demanda d'une voix blanche si je prendrais quelque. Dans un marmonnement français, je lui répondais que je n'en ferais rien, et elle s'éloigna. Mes yeux étaient concentrés sur le visage tatoué.

« Nous ne nous imposons pas de limite dans notre relation, mais, sérieusement, Dalaigh, vous êtes le seul qu'il a mordu. Le seul avec qui il a pété un câble. Permettez moi d'apprécier cette frustration que je ressens. J'ai eu tellement envie de vous tuer, quand j'ai appris cela. »

Je souriais, sincèrement amusé.
Et puis mon sourire tomba, disparaissant en un coup.

« Il est mort, il y a quelques temps. »


Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?


Le visage figé de l'androgyne parfait, ses lèvres closes en cette absence de son sourire, et le baiser de la mort posé sur sa bouche et ses paupières, l'image m'avait mille fois hanté. Je sentais l'odeur du feu, et l'odeur du sang. Mes yeux se plissèrent.

« … Mais il avait une promesse. Celle de revenir vous voir, et de ne pas vous oublier, je crois. Une promesse, dans la bouche de cet être, c'est plus qu'un serment. Il me l'a prouvé en répondant à celle qu'il m'avait fait à moi, quand je lui ai confié ma vie et ma liberté. Il m'a arraché d'Azkaban quand même un dragon n'aurait pu y survivre une journée de plus. »

Un sourire, discret, couru sur mes lèvres.

« Il me fait vous dire qu'il n'a pas oublié la promesse qu'il vous a faite, et qu'il reviendra. »

J'avais besoin de tabac, maintenant. Mes yeux fouillèrent les replis des vêtements de Dalaigh, dans une demande silencieuse, pendant que je continuais.

« Sauf que pour le coup, j'aimerais que vous voyagiez d'abord avant avec moi. Je lui dirais ensuite de nous rejoindre, si jamais j'estime que cela peut s'avérer intéressant. »

Je joignais les doigts, confortant mon dos en une position plus appréciable.

« Voyez-vous, j'ai l'avantage, je le crains, d'être encore plus orgueilleux que lui. »

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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Mar 8 Juil - 15:55


    Un sourire effleura les lèvres du squelette de chair alors que sous son corps prenait place un canapé moelleux qu'il accueilli avec plaisir. Son interlocuteur mystérieux était arrivé. Le cuir craqua lorsque ses jambes quittèrent leur place pour se croiser dans un grand intérêt. Ses coudes se posèrent sur les bras du fauteuil, ses doigts se croisèrent et son index droit se posa sur les tatouages de sa mâchoire. Un homme, brun, prit la place laissée vacante et s'y installa avec la plus grande décontraction. Beauté de son visage, intelligence brûlant au fond de ses pupilles. Visage anguleux et si fin, parfaitement découpée dans les chairs humaines. Il dégageait une classe oppressante pour qui n'en avait pas l'habitude ou ne s'y attendait pas. Alors que l'inconnu lui demandait une permission tout à fait rhétorique, Dalaigh tendit un doigt comme seul accord et regarda l'autre s'asseoir. Se mouvoir. Glisser en place dans une indolence totalement étudiée. Peu importe qui il était, plus sa présence grandissait, plus l'intrigue montait dans l'esprit du mort. Le sourire qui couvrait le visage vierge contrastait avec le masque qu'il maintenait levé pour le moment. Ils ne se connaissaient pas et, malgré l'intérêt naissant, l'irlandais ne comptait pas baisser sa garde.

    « Lorcan Lovegood-Scamander. Je vous remercie de vous être déplacé. J'avais peur que mon invitation ne soit pas assez formelle, alors j'en ai profité pour essayer le costume. »

    Dalaigh ne répondit rien pendant quelques secondes, observant. Lovegood semblait surpris de sa propre voix. Intéressant. Accent glissant entre ses lèvres pleines, sinuant parmi le français, l'allemand et d'autres langues quelconques. La lueur dans ses yeux brûlait d'un feu plus doux, plus passionné. Quelle personne marquante. L'air moqueur qui se dessinait sur ses traits était amusant à la vue de son costume, comme il l'appelait. Un geai moqueur. Dalaigh se dérida un peu, le temps de laisser planer un nouveau rictus réjoui qui disparut dans le piaillement d'un oiseau invisible.

    Vôtre invitation tout sauf formelle est la seule chose qui m'ait intrigué et fait venir ici. Peut-être aidé par le fait que j'aime le contraste de ce squelette de métal avec ceux de chair qui viennent le photographier sous tous les angles pour mieux l'oublier dans un carton.

    Et avec le contraste de son propre squelette d'encre.

    « Excusez moi. Je n'ai aucune maîtrise du sable, c'est là un art qui m'échappe complètement. Vous y êtes familier, vous avez du deviner la difficulté que présentait l'exercice. »

    Son masque se craquela une nouvelle fois et ses mains se délièrent pour retomber sur les bras de cuir. L'art du sable était difficile à maîtriser. Il n'en connaissait que les bases mais le spectacle obscène et hypnotisant que lui avait offert Chess lui avait permis de progresser. Considérablement. Lorsque les Fleurs du Mal se dévoilèrent à ses yeux, une flamme brûla ses pupilles dans une passion profonde avant de disparaitre aussi vite qu'elle s'était échappée. Mais Lovegood l'avait vue, il le savait. Un sourire acheva de briser la poterie de son visage et ses doigts caressèrent les pages couvertes d'encre. Semblables. Dans les yeux de l'autre, joie et cruauté. Etait-il si facile à impressionner, simple marionnette entre les griffes d'un enfant doué ? Ses yeux se fermèrent un court instant pour faire apparaître sur les genoux de l'homme un exemplaire des poèmes de Rimbaud.

    « Je me demande, vous savez... Je crois que j'étais venu vers vous dans cette dynamique jalouse qui m'aurait poussé à vous interdire de le revoir. Défendre ma possession avec cette colère qui nous aurait conduit, certainement, à des scènes ridicules de petits coqs masculins. Je crois que c'est dans cette idée là que j'étais venu. Et peut-être avec l'espoir de repartir en vous ayant écrasé la tête sur le bitume. »

    La serveuse l'interrompit mais son attention ne quitta pas le visage transformé du patron. Leurs regards ne se quittèrent pas et la femme repartit. Insignifiante.

    « Nous ne nous imposons pas de limite dans notre relation, mais, sérieusement, Dalaigh, vous êtes le seul qu'il a mordu. Le seul avec qui il a pété un câble. Permettez moi d'apprécier cette frustration que je ressens. J'ai eu tellement envie de vous tuer, quand j'ai appris cela. »

    L'amusement pointa définitivement entre les traits noirs lorsqu'enfin, il s'autorisa à comprendre. Lovegood était donc l'amant de Chess ? C'était pour cette unique raison qu'il s'était montré au pied dans la Tour, vêtu pour l'occasion et paré d'un bouquet de poèmes ? C'était pour cette unique raison qu'il cédait à Thanatos ? Passionnant comme l'essence humaine était identique partout à travers le monde. Son masque se reforma immédiatement en entendant la phrase qui suivit cette déclaration.

    « Il est mort, il y a quelques temps. »

    Rien ne parut sur le faux visage. Les doigts du squelette tournèrent les pages, jusqu'à arriver sur le poème vers lequel son esprit se tournait. Lentement, il tendit l'ouvrage à son propriétaire et s'adossa au fauteuil. La mort des Amants.

    « … Mais il avait une promesse. Celle de revenir vous voir, et de ne pas vous oublier, je crois. Une promesse, dans la bouche de cet être, c'est plus qu'un serment. Il me l'a prouvé en répondant à celle qu'il m'avait fait à moi, quand je lui ai confié ma vie et ma liberté. Il m'a arraché d'Azkaban quand même un dragon n'aurait pu y survivre une journée de plus. »

    Rictus. L'histoire semblait intéressante. Une autre fois.

    « Il me fait vous dire qu'il n'a pas oublié la promesse qu'il vous a faite, et qu'il reviendra. »

    Les yeux verts se perdirent dans les replis des vêtements, fouillant, avec désir. Automatisme. Le paquet se nicha entre les phalanges et se tendit vers Lovegood. Aucun muscle autre que nécessaire n'avait bougé. Pas même les prunelles concentrées.

    « Sauf que pour le coup, j'aimerais que vous voyagiez d'abord avant avec moi. Je lui dirais ensuite de nous rejoindre, si jamais j'estime que cela peut s'avérer intéressant. Voyez-vous, j'ai l'avantage, je le crains, d'être encore plus orgueilleux que lui. »

    Je ne puis dire que son retour me surprend. Sa mort, toute fois, n'était pas une option dans mon esprit. Quant à votre présence, cher Lorcan, je ne pensait pas un jour en avoir l'honneur. Ni que ma curiosité serait satisfaite aussi rapidement. Maintenant, pour ce qui est de votre jalousie, elle m'amuse, voyez-vous. Je pensait qu'un être tel que Chess aimait la différence. Malgré votre passion qui se lit dans vos prunelles, et ceci est un jugement hâtif, vous me semblez tout à fait quelconque. Ce qui me déçoit un peu. Mais ce ne sont que des apparences. Votre colère est toute humaine. Pour terminer, et après j'aimerais que vous fassiez venir vôtre chat qui a attiré mon regard, je me dirais près à vous suivre. Quelques temps.

    Les jambes se délièrent à leur tour, laissant une place pour les pattes d'un animal aperçut plus tôt. Atypique.

    Votre orgueil n'est rien à mes yeux, pour le moment. Car je ne vous connais pas. Je ne sais pas de quoi vous êtes capable. Cette qualité ne veut rien dire.

    Le squelette posa un billet sur la table, attendit que le chat quitte ses genoux pour se lever et partit à grands pas dans le square tout proche. Ses pieds quittèrent la chaleur du béton pour se glisser entre les herbes humides et apaisantes. La foule qui se pressait autour du monument n'était qu'un tas d'insectes insignifiants, moins intéressants qu'un essaim d'abeilles, qu'une fourmilière, qu'une meute de loup, que n'importe quel système de vie des petites bêtes qui grouillaient sous la peau de la terre. Il sentait la présence dans son dos mais préféra s'asseoir que de se retourner. Il ne décidait pas de la prochaine destination. Il décidait de sa position actuelle. C'était le moins qu'il pouvait faire. C'était ce qu'il avait envie de faire. La suite des événements l'intéressait au plus haut point, bien que son masque ait repris sa place.
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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Mer 27 Aoû - 16:25

    Avant toute chose, dans l'existence de mon eudémonisme trop porté sur moi-même, égocentrisme aux allures d'une arrogance cynique, j'éprouvais immédiatement une sympathie enfantine à l'égard de l'être qui me tendit le paquet de cigarette emballé. Petite boite cartonnée aux cartouches mortellement alléchantes, elle était cette drogue trop douce qui avait le mérite de calmer mes pulsions encore endormies. Parce que le dragon rêvait les yeux ouverts, et que ses rêves colorées me faisait fantasmer sur ces mains, comme la sienne, qui me tendaient carton et aiguilles. Retrouver dans la vapeur ou dans les gaz ces images hallucinées d'une réalité qui me permettait de m'arracher à la vérité, sans parvenir à recouvrer la liberté à laquelle j'aspirais. Un merci glissé du bord des cils quand mes phalanges se refermèrent sur le paquet de cigarette, que doucement, comme l'on déshabille une jeune femme, j'ouvrais. Angles circoncis de la vulgarité des objets trop fréquemment connus, je m'émerveillais devant le soulèvement chuintant du couverte. Un baiser, celui de mon regard et de mon esprit, tout entier concentré sur le dévoilement du couple des huit demoiselles offertes en cette disposition trop parfaitement arrangée pour que mon envie de détruire ne remonte pas, si parfaitement paradoxal à l'appréciation de la beauté que je trouvais à ces cigarettes. Et Dalaigh entrouvrit les lèvres, soufflant près de son œsophage, délivrant les vibrations qui accompagnèrent ma contemplation, émettant ces paroles qui noyaient si justement la perfection d'un langage trop mordant pour ne pas être agressif, et la délicatesse d'une raffinerie de mots de velours. Alerte, j'aurais pu, pendant une seconde, penser à lui sauter à la gorge pour enfoncer ces mots avec lesquels il me peignait à l'envers. Pourtant, je savais qu'il y avait dans son discours un détail de vérité, et soucieux du bien paraître de nos allures british, il fallait bien que je réponde à sa provocation par ce jeu dans lequel il m'offrait un rôle taillé presque aussi bien que le tweed que je portais. Presque. Mes doigts piochèrent, et mon choix se fit, dépendant de l'hédonisme qui me poussait à fumer. Ma bouche s'éventra en ce sourire poli, et venant déposer la cigarette de papier sur cette fente de chair et de rires, ma langue vint la capter, et le souffle enflammé de ma gorge vint l'allumer. Un sourire plein de crocs s'étala mielleusement sur mon visage, mêlant sciemment l'ironie à l'innocence.

    « Dans ma sapiosexualité latente, Dalaigh, je vous trouve très attirant. Quelle langue, quelle lame aiguisée. Hm ? »

    Quelle âme ce serait à dévorer. Un rire, un poil trop dévoilé de l'hilarité hystérique qui commençait déjà à poindre. Je refermais ma bouche en un simple sourire, la cigarette oscillant sur le rebord de mes lèvres, pendant que mes prunelles effectuèrent l'inévitable parabole de ce poids qui atttirait mon regard jusqu'aux yeux de mon chat. Un appel, aussi silencieux qu'imperceptible, aussi lourd et profond qu'un univers en accroche à un autre, et s'arrachant au camouflage discret d'un buisson, sautillant comme un chaton, il vint à notre rencontre, ignorant avec un dédain perfide les gens autour de lui, pour venir s'installer sur les genoux de l'homme, prônant sur lui comme trône un empereur. Un empereur, un empereur du rien, mais l'empereur tout de même.
    Il était humain, bien plus humain que moi, quoiqu'il en dise, et ses tournures de phrases avaient le mérite d'être nettement plus élégantes que les miennes. Car je ne maîtrisais pas assez les mots, puisque je devais me charger de contenir mon âme et celles avalées, avant toute chose. Et les mots étaient cette manière de trop exhiber son essence ; et à trop parler, l'on dévoilait trop ce à quoi on ressemblait de l'intérieur. Mon dieu que Dalaigh parlait bien. Mon dieu qu'il me donnait envie de le manger. Tout comme Chess avait eu envie de le dévorer. Mon dieu qu'il était attirant, et mon dieu que nous étions attirés. Mais jamais nous ne pourrions être aussi humains que ce qu'ils prétendaient. Dans l'Humanité, il y avait ce qui, fondamentalement, nous échappait, et nous excluaient. J'inspirais la drogue pour inspirer mon soupir quand il se leva, inhalant la fumée que je voulais éviter de voir se transformer en précurseur de ce feu que je pouvais vomir. Ce n'était pas comme si j'avais à le considérer comme une souris ? Elizabeth eut ce minuscule sourire.

    L'orgueil était tout, pour quelqu'un comme moi.

    Et je ne m'en défaisais pas.

    Écartant mon siège par la pression de mes rotules jusqu'à mes pieds, sur le sol, pour traîner les pattes de la chaise en ce crissement aigüe, je me levais à mon tour, apposant mon regard jusqu'à Elizabeth venu se positionner près de moi, relevant son visage pointu jusqu'à moi, en une expression quasi interrogative. Haussant les épaules, dans une réponse laconique, je me mettais en marche.

    (...)

    Au chant des violons, aux flammes des bougies,
    Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
    Et viens-tu demander au torrent des orgies
    De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?

    (…)

    THROUGH THE LOOKING GLASS.
    Assis sur l'herbe, il était ce squelette que je tenais à voir s'animer dans la complainte d'une épopée qui lui siérait aussi bien que les dessins qui s'accrochaient à sa peau. Les phalanges immobilisées sur la cigarette, je vins doucement l'écarter de ma bouche, pour recracher la fumée. Élèvement incandescent des vapeurs qui vinrent se marier au vent, elles formèrent ces spirales qui grisaient ma conception de l'immatérialité et de l'intemporalité tout à la fois. L'Humanité, Dalaigh McLaughlin, était trop magnifique pour que je veuille y appartenir complètement. Car dans les spectacles beaux à regarder, il fallait savoir s'asseoir à une bonne place pour totalement admirer. La cigarette finit broyée entre mes doigts, avant de venir heurter le sol en un petit bruit mât, et avançant jusqu'à lui, sans daigner le contourner, je vins déposer mes rotules contre le sol, appuyant, avec la douceur d'une tendresse incarnée, contre son épaule, mes lèvres venant déposer un murmure cherchant son tympan.

    « Il est temps de quitter l'échiquier, Dalaigh, pour aller de l'autre côté du miroir. »

    Ma main abandonna son épaule, pour dans la libération violente d'une décharge électrique, venir s'applatir contre la zone pariétale de son crâne. Il y eut ce spasme nerveux, et nous abandonnions la réalité d'un Paris un peu frisquet, son corps s'endormant, chutant en arrière. Je le rattrapais, plongeant moi aussi dans un arrière qui ne pardonnait pas les plongeons pas maîtrisés. Vibrations des mondes en décompositions, abandons succins des émotions, couleurs et ressentis pour la simple maintenance d'une conscience en éveil, les secousses immémoriales des univers se frôlant sans jamais se toucher complètement, et enfin, l'achèvement de la chute de l'ascenseur, et je rouvrais les yeux. Ma respiration reprit sa place dans ma poitrine, mon cœur repartant dans un rythme paniqué, l'état d'apnée ayant effleuré le danger. J'abaissais mes prunelles jusqu'à Dalaigh, ma main venant chercher le frémissement sous sa poitrine, et satisfait d'entendre une myocarde aux battements reprenant vie, je le poussais doucement, pour me relever. L'univers dans lequel nous étions avait, pour le moment, la forme de cette salle simple, aux murs blancs, rayonnants et immaculés, presque immatériels. Au milieu, un piano à queue, offert, rutilant. Et derrière lui, comme s'il s'en faisait le gardien princier, une alcôve recouverte par un lourd drapé noir. Soulevé doucement, par à-coup, parce ce que je savais ne pas être le vent, il y avait derrière quelque chose qui m'attirait indéniablement. Mes pas m'en rapprochèrent, comme hypnotisé, mais je m'arrêtais au piano. L'inconnu était une des obsessions des hommes. Mais j'avais trop démenti être homme pour céder, rendu à ce point là. Mes prunelles glissèrent sur les gammes, et debout devant le clavier, refusant de céder à l'appel du drapé noir et de ce qu'il cachait ou gardait, je lui opposait la résonnance lourde d'un do et d'un mi pesés du bouts des doigts. J'attendais que Dalaigh se réveille pour prendre une décision.  
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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Jeu 28 Aoû - 7:19


    La présence s’approcha, ombre glissant sur le sol, entre normalité et surnaturel. Moins forte que celle de Chess, plus intéressante que celle de n’importe quel être humain. Peut-être n’était-il pas tout à fait humain. Prison de chair pour un être inconnu. Cette pensée lui arracha un sourire alors que la sensation sur ses épaules crispa les muscles de son corps dans un réflexe primaire. Murmure envouteur qui s’insinua dans ses tympans, effaçant les bruits de la ville, les battements de cœur de la foule et le bruissement de l’herbe entre ses doigts. Une main quitta violemment son épaule pour s’abattre sur son crâne et il voulut s’esquiver. Mais le noir s’abattit sur lui, piège invisible et immatériel. Il sentit son corps danser dans les airs, entre les dimensions. Son cerveau lui criait de reprendre conscience, son cœur profitait de cet instant de détente pourvu de la seule envie de survivre, surpassant toutes les autres pensées, ne laissant son corps que dans un état de vie minimal qui repoussait les préoccupations secondaires dans un coin reculé de son esprit. Les couleurs défilaient devant ses paupières closes comme les nuances de l’ensoleillement, comme les éclairages d’un cirque, comme le stroboscope assourdissant des sentiments. Puis, l’aveuglement. Le soleil à nu qui s’infiltre sous ses paupières, les spots dirigés droit sur son visage dénaturé, les flashs de lumière qui courent si vite les uns après les autres dans une danse obscène qu’ils ne finissent par ne former plus qu’un. Il sentit une chaleur se poser sur sa poitrine, chercher l’étincelle de vie qui résidait à l’intérieur de son corps. Il la laissa faire. Papillon virevoltant sur la peau sensible, scalpel s’insinuant sous les chairs en manque de chaleur, fouillant, découvrant, quittant ce corps dont il a tiré ce qu’il voulait. Rejet.

    La résonnance des pas sur le sol, ce silence. La mort ressemblait-il à cela ? Doucement, ses paupières tentèrent un retour à la réalité mais elles cessèrent de se débattre lorsque deux notes se plaquèrent contre ses oreilles, emplissant l’espace inconnu dans un ballet nouveau faisant s’enlacer le silence et les résidus de musique qui se prolongeaient, filament du passé dans un présent tout subjectif. Lentement, les notes s’étiolèrent pour n’être qu’une réminiscence joyeuse dans un lourd silence à nouveau complet. Ce silence était tellement épais qu’il semblait enrober les souffles dans un linceul de douceur pour les transformer en simple petite chose à peine signifiante, qu’on ne pouvait ni entendre ni voir, seulement deviner dans une recherche de vie. Lorsque son souffle se fut habitué à être absent dans cet endroit, ses yeux s’ouvrirent. Ses pupilles s’étrécirent pour ne devenir qu’un point noir dans un océan d’algues et les os sur son corps ressortirent tel un dessin au pigment noir profond sur les plumes d’un cygne. Il était mort. Et pourtant si vivant. Allongé sur le sol, il sentait son corps, l’entendait, le comprenait. Un sourire craquela son masque et, doucement, les paumes plaquées au sol, il écarta les bras de ses côtés, étirant la bulle de sa présence dans un cercle parfait. Quelques secondes. Silence. Une pique dans son cerveau lui rappela que Lorcan l’avait assommé afin de le transporter ici et il ne sut s’il devait être vexé ou reconnaissant. En une fraction de seconde, la plante de ses pieds remplaça le plat de ses mains sur le sol et son corps se déplia pour remonter la bulle à la verticale.

    Blanc. Immaculé. Noir. Par deux touches. Noir et blanc. S’épousant à la perfection. Se fondant l’un dans l’autre dans une pureté toute singulière. Devant le piano, le psychologue. Ou peut-être était-ce le contraire. Dans son dos, une alcôve drapée qui semblait avoir une vie propre. Passionnant. La lumière presque aveuglante ne semblait provenir de nulle part. Quatre murs. Aucune fenêtre. Aucune lampe. Deux hommes, un piano, une niche pudiquement couverte. Ses orteils glissèrent sur le sol jusqu’à ce que sa bulle rencontre celle de Lorcan. Dans cet espace qui semblait vide de vie et pourtant emplie de conscience, ils n’étaient pas seuls. Le drap ondulant dégageait une impression de vie. Troisième bulle. Puis le piano. Véritable instrument qui dévoilait autant la naissance qu’il imposait la mort par les mélodies que des doigts parfois à peine humains posait sur son corps d’ébène et d’ivoire. Quatrième bulle.

    Intéressant.

    Ses doigts se tendirent pour effleurer la surface brillante du couvercle et s’électrifièrent au contact si agréable. Contour sensuel d’une matière noble qui dégageait les émotions d’une foule, d’un groupe, d’une personne. Ses doigts quittèrent le piano. Son regard se planta dans celui de son ravisseur.

    Pourquoi m’avoir assommé ? Vous ne vouliez pas que je sois capable de retrouver cet endroit, quel qu’il soit ?

    Pas de question sur l’endroit. Si Lorcan voulait qu’il sache, il saurait. Ce n’était pas à lui de dévoiler, c’était à lui de découvrir. Devant ses yeux, l’homme semblait se mouvoir alors qu’aucun de ses muscles ne bougeaient. Impression de vie. Ce drap donnait l’impulsion d’un mouvement qui n’existait que dans les esprits. Sa curiosité lui hurlait d’aller voir, de sentir, de toucher, de voir. De découvrir. De violer ce secret. Mais il ne pouvait le faire. C’était l’espace de Lorcan. C’était lui qui l’avait emmené ici. C’était à lui de donner l’impulsion d’un mouvement. Un soupir s’échappa de l’alcôve, dansa entre les bulles, s’insinua dans la sienne, fit l’amour à ses tympans et disparut. Simple hallucination dans l’espoir d’une preuve appuyant sa thèse ? Il ne laissa rien paraître.

    Qui d’autre s’est vu dévoilé cet endroit ?

    Un sourire carnassier déforma son visage avant de s’effacer, emporté par les respirations du drap. Cet espace semblait si pur, immaculé, que peu de personne avait dû en violer l’intimité. Retiré. Isolé ? On avait l’impression qu’on pourrait presque tendre la main, effleurer la sacralité du bout des doigts, l’écorcher d’un coup d’ongle et la faire s’effondrer tel un pantin désarticulé dont la vie, lascive, aurait coupé les ficelles pour étudier la chute. Véritable entité omniprésente. Passionnant. Lorcan avait-il cédé à la tentation qui émanait de cette alcôve ? Il en doutait. Quelque chose en lui repoussait l’humanité à sa limite et flirtait dangereusement avec l’essence immatérielle de l’inhumanité. Moins que Chess. Mais cela s’en rapprochait. Lorcan avait dédaigné cette sensation qui lui chuchotait dans le creux de l’oreille de venir la rejoindre, il en était certain. Presque. Il ne le connaissait pas, ne faisait qu’étudier et juger. Peut-être était-ce mal et inutile. Peut-être. Allait-il, lui résister à ce souffle chaud et envoutant qui venait par vague emplir sa bulle, exploser contre son corps, s’atténuer et disparaître ? Peut-être. Pour le moment.
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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Jeu 28 Aoû - 8:34

    Intéressant.

    Le mot convenait, mais peut-être pas assez. Balayant du regard l'espace qui s'étalait devant moi, je cherchais à vaincre cette attirance de mes yeux sur l'alcôve. Irrémédiablement, comme sous la pression exercée par celle d'un aimant, ma pensée s'accrochait à ce drap trop lourd, trop fréquemment soulevé par ce courant d'air trompeur, et tourbillonnait dans ma tête, en proie à cette envie de projeter mes mouvements dans un déplacement qui me ferait la franchir. Mais pouvais-je, et oserais-je ? Là, j'avais la sensation d'être confronté à moi-même, pour sans doute m'oublier et m'effacer, et je me doutais que céder serait une solution de facilité. Je n'avais pas envie de commettre l'erreur de ne plus pouvoir revenir. Les doigt de Dalaigh établirent un contact sur ce qui me sembla, l'instant d'un battement de cil, être ma propre peau. Mes yeux cherchèrent les siens, dans un instant hagard, et halluciné, fébrile, une seconde, j'oubliais de sourire, avant qu'il ne retire sa main du piano.

    « Pourquoi m’avoir assommé ? Vous ne vouliez pas que je sois capable de retrouver cet endroit, quel qu’il soit ? »
    « Pourriez-vous ? »

    Murmure sifflant, à la limite de la parole et du songe, mes lèvres ayant à peine modulées les mots. Pourriez-vous seulement ? Les vibrations de ce monde m'étaient trop hostiles pour que je sois dans l'envie de recommencer un trajet de retour et un recommencement. Mais le voyage était en cours, et nous ne pouvions pas reculer. Pas maintenant. Pas tout de suite. Ici, il fallait faire autre chose que penser à revenir en arrière. J'inspirais, et fermant les yeux, laissais à mes prunelles ces quelques secondes de répit face à ce blanc trop blanc qui m'aveuglait. Je sentais poindre dans ma poitrine cette excitation que j'avais connu en Avalon, mais qui s'était vu précédé de la catastrophe Sekhmet. Un pressentiment étrange, étranglant, qui me donnait envie de ne plus bouger, de trouver un endroit où me cacher, et de fermer les yeux. Très fort.

    « Qui d’autre s’est vu dévoilé cet endroit ? »

    Un frisson. L'angoisse rampait à même ma peau, et je dardais mes yeux sur l'alcôve, d'abord, dans l'espoir mort-né de la voir s'ouvrir et se dévoiler. Mon cœur loupa un battement, et je tournais simplement mes yeux vers l'homme-squelette, déposant sur lui mon regard, pour le fixer. Le fixer, sans vouloir rien dire, regrettant peut-être même brusquement de l'avoir amené ici, et de m'être amené moi ici. Ma langue, muscle pâle, vint, lentement, frapper mon palais, et dans une ouverture minutieuse de ma bouche, je soufflais des mots aux intonations vides.

    « Personne. Pourquoi serait-on venu ici avant moi ? »

    Dans mon ventre, il y eut une crispation qui n'avait rien d'humaine, et, mouvement réflexe, je vins, doucement, porter ma main contre les plis de mes vêtements, froissant le tissu sous ma paume. Attends un peu, toi, aurais-je aimé prononcer, mais je savais que les mots ne la calmerait pas. Il y avait ici quelque chose qui émanait une essence contraire à la mienne, cherchant insidieusement à rentrer dans ma tête pour écraser. La prise de conscience était certaine, et même Madness l'avait comprise. Dans mon corps, un mécanisme de défense était en train de prendre place ; à l'instar d'une mère animal qui est traquée et qui cherche à défendre ses petits. Ma respiration se faisant plus lourde, je cherchais à me calmer.

    « Vous ne sentez pas ? »

    Non, peut-être pas. Petit était là, et riait doucement. « Non il ne sent pas. C'est toi le fou, après-tout. »
    Je m'assis au piano, comme si celui-ci représentait maintenant la dernière défense physique que je pouvais élever contre ce qui rampait ici. Mes yeux se plissèrent, portés sur les mouvements du drapé de jais.

    « Et ce n'est pas un endroit. C'est un passage. »

    C'était un hall. Un couloir. Une porte que l'on empruntait pour aller ailleurs : à la limite, s'il fallait que ce soit un endroit, c'était un endroit alternatif ; une réalité déformée qui permettait d'accéder à une autre. Un passage. Tout en témoignait, pourtant. Irrité, agacé, j'eus un mouvement de la main, désignant le drapé, me rendant à peine compte que la colère montait sans que je ne parvienne à la maîtriser.

    « Allez-y donc. Vous êtes mieux placé que moi pour la franchir. Allez-y, et dites moi ce qu'il y a derrière. »

    Et je tremblais. Je tremblais, sans parvenir à maîtriser ces secousses incontrôlables de mon corps, mes mains osseuses vibrant sur le piano.
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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Jeu 28 Aoû - 9:57


    « Pourriez-vous ? »

    Excellente question dont la pertinence lui resta en tête. Le pourrait-il ? Le voudrait-il ? Lorcan semblait dérangé par cet endroit. Son corps avait l’air en proie à une bataille inférieure et l’intérêt que lui portait le squelette n’en fut que décuplé. Alors que les souffles et les battements le calmaient, ils semblaient agresser le psychologue, glissant en lui comme une menace impalpable, s’infiltrant dans son cerveau reptilien comme une volute de fumée toxique et mortelle. Impalpable. Indétectable. Intraitable. Et pourtant bien présente. Un rire chaud perça à nouveau sa bulle, plaquant par la même occasion un sourire enfantin sur les lèvres de Dalaigh. Le corps de Lorcan frissonna, encore. Ses yeux se perdirent dans l’alcôve, qu’il disséqua du regard, extrayant ce qu’il pouvait pour n’obtenir que du néant. Le sourire s’agrandit lorsqu’il apprit qu’ils étaient les seuls à être venu ici. Une pensée s’insinua dans son esprit. Ils étaient les seuls. Cet endroit existait-il avant qu’ils n’arrivent ? N’avait-il pas été créé de toutes pièces sous l’impulsion d’une envie, d’un désir. D’où venait cette présence ensorcelante.. La main de Lorcan se plaqua contre son ventre, comme une mère qui se rend compte que son enfant arrive trop vite. Comme s’il voulait retenir ses intestins à l’intérieur de son ventre balafré. Comme s’il voulait contenir une chose qui ne demandait qu’à prendre vie.

    « Vous ne sentez pas ? »

    Si. Il sentait. Différemment.

    Les yeux verts accompagnèrent le corps de l’homme lorsque celui-ci s’assit au piano, ses propres yeux agrippés au rideau qui ondulait de façon obscène sous ses prunelles. Ses pieds glissèrent sur le sol, comblant la distance entre leurs corps, fermant l’espace entre l’instrument et son buste lorsque, une fois arrivé à la droite de Lorcan, Dalaigh posa les bras sur le piano, penché en avant. Tout son corps résonnait. Les cordes tendues n’étaient frappées par aucun marteau mais elles résonnaient, vibrant dans son ventre, papillonnant dans sa trachée, s’épanouissant entre ses lèvres. Sa bulle changea, épousant la forme de celle du piano, se fondant en elle. Le piano était une vie. Nouveau sourire.

    « Et ce n’est pas un endroit. C’est un passage. »

    Intéressant

    Sa voix suave se mélangea aux vibrations muettes du piano pour se fondre, petits rouleaux de provocation, dans les oreilles du psychologue. Un passage. Quel homme étrange. Bien plus passionnant qu’au premier abord, Lorcan se révéla être tout à fait singulier. Se braquant face aux ondulations du passage, n’étant pas aussi lisse et normal qu’il l’avait laissé paraître lors de leur première discussion. Quelque chose se cachait en lui. Quelque chose qui n’était pas humain. Et ce quelque chose n’aimait pas cet endroit. Alors pourquoi les avoir emmenés ici ? Ce n’était pas logique. Lorcan attendait quelque chose de lui.

    Vers où ? Le savez-vous, au moins ?

    Ils étaient les seuls à être venus ici. Dans cette pièce envoutante. Dans ce passage. Seraient-ils également les seuls à se retrouver au bout du passage ? Il en avait envie. Il voulait savoir ce qui se cachait derrière cette étoffe opaque et si légère qu’elle ondulait sous un souffle de vie. Du regard, Dalaigh caressa le contour de l’alcôve et pensa qu’il ne s’agissait pas d’un endroit mais d’un corps. Un endroit ne pouvait pas avoir de conscience propre, qui se glisse dans sa bulle, qui fait résonner en lui des sentiments pour mieux les étouffer, qui rit, qui vit. Un endroit ne pouvait pas être une entité comme il l’avait imaginée. Un corps le pouvait. Le drap noir l’appelait.

    « Allez-y donc. Vous êtes mieux placé que moi pour la franchir. Allez-y, et dites-moi ce qu'il y a derrière. »

    Vous n’en avez donc jamais franchi le seuil. Pourquoi ? Avez-vous peur ? Tentez-vous de résister à la curiosité qui vous dévore pour prouver une de vos théories qui, bien qu’elles aient un air passionnant, ne permettent pas d’effacer cette partie humaine qui vit en vous mais que vous rêvez d’enfouir ? Je ne franchirais pas ce seuil sans vous, cher Lorcan. Vous savez que vous en avez envie. Mais le pouvez-vous ?

    Son corps se plaça devant celui de Lorcan et sa main se tendit dans une invitation à le suivre. Il voulait savoir. Aux regards de l’homme, l’on pourrait dire qu’ils voulaient savoir. D’un mouvement, les doigts de Dalaigh se mêlèrent à ceux du psychologue et, d’une pression, il le fit se lever. Lentement, ses pas les dirigèrent tous deux vers le drap lourd. La tentation et l’envie dans les yeux, Dalaigh posa un doigt contre les pans noirs. Regard en arrière. La bulle du piano s’était refermée, emprisonnant les vibrations des cordes dans une étreinte intime et possessive. Les yeux de Lorcan brillaient d’une lueur qui ne ressemblait en rien à de la passion. De la peur ? Encore un pas. Son nez frôla la tenture. Ses narines perçurent une odeur tout à fait singulière sur laquelle il ne parvint pas à mettre de mots. Ses doigts serrent plus forts ceux de Lorcan, l’empêchant de reculer au dernier moment. Encore un pas. Ils passèrent à travers.
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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Jeu 28 Aoû - 11:04

    Entrelacs tribaux et essaims meurtrier, la Folie dans ma tête était en train d'évoluer en ces formes qui cherchaient à placarder les entrées et les sorties de toutes informations. Une formation paniquée, instinctive, qui tordait mon esprit en des étirements devenus douloureux, élançant des messages de non-sens au travers de mon corps. Je voulais me laisser tomber au sol, plier et me rouler en boule et ne plus jamais me relever, mais il y avait cette conscience extérieure à la mienne, celle de l'humain à mes côtés, qui dans son absurde curiosité, s'intéressait trop à ce qui m'était interdit d'approcher. Je savais que si je franchissais un seuil, celui de la tolérance de mon corps serait dépassé, et la douleur se transformerait en une souffrance que je me savais ne pas être capable de supporter. Et le fait de savoir ne pas être capable était une première torture. Je voulais disséquer et comprendre, mais je me sentais inversé dans mon rôle, devenu le rat de laboratoire à qui l'on plante l'aiguille dans la peau. Lorsque Dalaigh ouvrit la bouche pour poser une question, j'eus ce sursaut, violent, et sa question me fit jeter sur lui un regard épouvanté.

    « Plaisantez-vous ? Êtes vous seulement sérieux ? Vous, vous ne pouvez-pas être sérieux en demandant cela, n'est-ce pas ? Vous... »

    La crispation dans le ventre se répéta, plus forte, plus vicieuse, et le souffle coupé dans ma phrase, ma poitrine vint frapper le piano, dans un mouvement de chute stoppé par l'objet. Elle hurlait, elle hurlait son rire et son feu, et la violence de son envie, de ses désirs de s'envoler pour rejoindre ce qui ne s'atteignait pas, ce que je ne pouvais pas atteindre, pas encore, pas encore. Mes doigts se crispèrent sur le piano, produisant ces glissendi moqueurs et désintéressés de toute harmonie. J'en arrachais mes doigts, horrifié par ces notes que je venais de créer, massacrées entre elles. C'était horrible, songeais-je. Horrible, horrible, horrible...


    « Vous n’en avez donc jamais franchi le seuil. Pourquoi ? Avez-vous peur ? Tentez-vous de résister à la curiosité qui vous dévore pour prouver une de vos théories qui, bien qu’elles aient un air passionnant, ne permettent pas d’effacer cette partie humaine qui vit en vous mais que vous rêvez d’enfouir ? Je ne franchirais pas ce seuil sans vous, cher Lorcan. Vous savez que vous en avez envie. Mais le pouvez-vous ? »

    Mes tremblements cessèrent d'un coup. Arrachés à ma peau, ils me laissèrent une sensation froide, celle d'une nudité dangereuse de toute armure face à la moindre agression. Une sensation froide, dont je prélevais la température pour l'apposer à mon regard et le jeter dans la face de l'homme-squelette. Un regard aussi gelé que la mer qui m'avait presque tué à Azkaban. Un froid qui mordait jusqu'à dans l'âme.

    « Je ne peux pas. »

    Je ne veux pas. Je ne veux pas. Je ne veux pas. Les prunelles étirées en des fentes stupéfiées, je le fixais avec l'envie de le voir disparaître, lui et tout ce qu'il y avait autour. C'était injuste qu'il n'y ait que moi qui ressente cela. C'était injuste qu'il n'y ait que moi qui ne puisse pas. C'était injuste et le froid devint feu, Madness laissant son mécanisme de défense s'embraser sous la volonté du monstre viscéral. Alors je me relevais, lentement soulevé par la poigne trop humaine de l'autre, et je le fixais, cet individu qui me relevait pour me conduire là où il ne fallait pas que j'aille. Pourquoi étais-je venu ? Avais-je seulement une raison ? Pourquoi étions-nous ici ? Les souvenirs, alors que mes doigts étaient emprisonnés dans sa main, remontaient. Chaque pas qui me rapprochait de cette alcôve me donnait envie de ralentir, d'en refaire un arrière.

    « V-vous n'êtes jamais allé à Azkaban, vous, hein ? »

    Il n'eut sans doute pas le temps de répondre, il traversa, nous fit traverser le rideau. Le feu. Le feu. Il disparut, éteint par le froid du noir, du gel, de la mer, des rochers. Le froid. Le froid.
    Le froid. Madness disparut, Pahal cessa de bouger dans mon ventre, et ce fut alors l'horreur. Je ne tremblais plus. Ce n'était plus des tremblements. Ce n'était plus rien. Ma main voulut chercher le contact de celle de l'autre homme, et mes ongles accrochèrent sa peau, sans parvenir à autre chose qu'à ne rien retenir, et simplement griffer.

    « … F-fait froid... »

    Vraiment froid. Autour de nous, le vent hurlait, et, et.

    Calme toi.

    Xénophilius, debout devant moi, braquait ses yeux verts dans les miens, toute la sévérité parentale dans son regard. Une hallucination qui eut le mérite de me faire reprendre, brusquement, tout le contrôle de mon esprit. Les tremblements et la morsure du froid se dissipèrent en un coup de vent, en même temps que la silhouette du grand-père enfermé loin, très loin d'ici. Seul restait la colère.

    « Prenez une initiative, Dalaigh. Dites moi où nous sommes. Et, je vous en prie... »

    Je tournais mes prunelles vers lui, la bouche barrée en un trait strict.

    « Cessez un peu de jacasser sur mon humanité et mes volontés ou non. Elles n'appartiennent qu'à moi. J'ai peur, oui. Ça ne devrait pas vous empêcher d'avancer. Vous considérer sérieusement que vous pouvez vivre dans la vie si vous n'avez pas peur, un minimum ?  »

    Le froid n'était qu'un passage, murmurait pourtant ma conscience. Restait cette impression qu'il y avait dans l'ombre quelque chose qui attendait le moindre de mes faux pas. Le froid n'était qu'une chimère, une illusion, qui se concrétiserait bientôt. Mes yeux étudièrent autour de nous. Là où dans le passage, il y avait eu du blanc, maintenant, il n'y avait plus que du noir. Mais un noir pas assez épais pour que l'on ne devine pas les contours de gigantesques formes immobiles autour de nous. Des ruines, sans doute. Et devant nous, dévoilée par les ténèbres qui nous laissaient l'appercevoir, comme dans une tentative d'humour sombre, cet étrange océan sombre. Délaissant une seconde Dalaigh, pour descendre cette espèce de petite colline sur laquelle nous étions, j'allais jusqu'à l'eau, et m'y penchais. Immobile, calme, la surface était plate, et je vins plonger mes doigts dedans. Il n'y eut pas cette sensation de légereté que l'on retrouve face à la composition aqueuse : mais une texture poisseuse, trop facilement reconnaissable. Je portais mes doigts à ma bouche, écoeuré par l'odeur brusquement ennivrante.

    « Faites-moi plaisir. »

    Je cherchais son regard, et sur mes lèvres, s'étala un simili-sourire.

    « Ne me dites pas que vous êtes hématophobe. »

    Je me relevais lentement, secouant la main pour en détacher le sang.

    « J'espère que nous avons pieds, parce qu'il va falloir traverser. »
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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Sam 30 Aoû - 6:05


    « V-vous n'êtes jamais allé à Azkaban, vous, hein ? »

    Le voile l’emporta sans qu’il ne puisse répondre. Puis le vent. Griffant, mordant, volant les paroles. Le froid, s’infiltrant, gelant jusqu’au plus profond de l’être, transperçant de sa grande lance de glace les vêtements et les chairs. Et le noir. Partout. Véritable contraire de l’endroit précédent, yin et yang du Tout. Le calme était remplacé par un sentiment d’effroi incontrôlable qui, bientôt, s’atténua pour ne laisser place qu’à la curiosité morbide qui résultait de la tentation viscérale. L’ombre avait pris le pas sur la lumière, la bonté et le bien-être s’était transformé ici en aspiration du bonheur. La seule musique qu’il pouvait ressentir était celle du craquement, du hurlement et du clapotis indistinct. Une dernière rafale, violente. Puis le calme. La main de Lorcan était toujours solidement agrippée à celle de Dalaigh et il sentit la brûlure d’une écorchure qui étendait ses tentacules douloureuses jusqu’au bout de ses doigts, s’enroulant autour de son poignet, grimpant le long de ses veines.

    « Prenez une initiative, Dalaigh. Dites-moi où nous sommes. Et, je vous en prie... Cessez un peu de jacasser sur mon humanité et mes volontés ou non. Elles n'appartiennent qu'à moi. J'ai peur, oui. Ça ne devrait pas vous empêcher d'avancer. Vous considérez sérieusement que vous pouvez vivre dans la vie si vous n'avez pas peur, un minimum ? »

    La peur est ce qui me fait avancer et je me plais à l’accueillir à bras ouvert et à lui faire l’amour plutôt que la craindre et la laisser prendre sa place dans mon corps. Quant à mes jacassements sur votre humanité, il semblerait que cela soit la seule chose qui fasse réagir un tant soit peu la chose que vous cachez en vous et qui m’intrigue au plus haut point.

    Ses yeux se perdirent au loin, effleurant les contours noirs qui se dessinaient entre les tentures grises de l’atmosphère épaisse. Où étaient-ils ? En enfer. Là où toute la noirceur et la douleur du monde venait se recueillir dans un cri assourdissant. Là où la noirceur et la douleur du monde se taisait pour observer ceux qui osaient pénétrer son enceinte de deuil. Là où la noirceur et la douleur se repliaient sur elles-mêmes lorsqu’on les approchait de trop près.

    Nous sommes dans la culpabilité des hommes. Ou le royaume des morts égyptien. Nous sommes où les regrets et le sang viennent tirer leur révérence respectueuse. Nous sommes où tous les êtres humains finissent de souffrir et de se pardonner avant de disparaître. Ou d’aller ailleurs, qui le sait finalement.

    La main de Lorcan quitta celle du squelette qui le regarda descendre une petite colline en direction de ce qui ressemblait à un océan épais et visqueux. L’écœurement qui se peignit sur le visage de l’homme confirma ce que Dalaigh pensait. Du sang. Pourquoi se sentait-il étrangement chez lui dans pareil endroit ? Ses os, ceux d’encre, faisait écho à tous ceux, poussiéreux, dont il pouvait sentir la présence autour de lui. Son sang était attiré par cet océan morbide comme si cette couche d’os supplémentaire qu’il s’était imposé réclamait une couverture chaude. Comme si les organes imprimés sous ces os pleuraient pour un liquide qui leur permettrait de vivre, de battre, de se colorer d’un rouge sombre, bleuté par endroit. Ses orteils effleurèrent le liquide poisseux, épousant, cherchant le contact.

    « Faites-moi plaisir. Ne me dites pas que vous êtes hématophobe. J'espère que nous avons pieds, parce qu'il va falloir traverser. »

    Un sourire tira les lèvres du squelette. S’il avait eu peur du sang, il ne se serait jamais fait tatouer. Il se rappelait des traits noirs qui se gravaient à petits coups rapides d’aguille stérilisée, du sang qui perlait à travers la membrane fine de ses bras, ses côtes, son torse, son dos. Son crâne. Son visage. Il n’avait pas peur de cet océan. Il s’y était déjà baigné. Il n’avait plus peur de la douleur. Il l’avait déjà ressentie. Il n’avait plus peur des cris. Il les avait déjà entendus. Lentement, son t-shirt noir quitta sa peau et rencontra le sol noir, soigneusement plié. Son jean resta cintré sur ses hanches.

    Allons-y.

    Le sang se colla autour de ses pieds, s’infiltra sous le tissu noir et monta jusqu’à ses genoux. La pente était douce, il était déjà loin de la côte. Ses cuisses et ses mains. Ses hanches et ses coudes. Sa taille. Il avançait doucement, alourdi par ses vêtements, retenu par l’envoutement que provoquait le liquide précieux sur ses membres. Le bouillonnement contre ses os d’encre l’emplissait de décharge électrique et il se sentait vibrer au diapason de la désolation. Au loin, il aperçut la berge. Son torse. Ses épaules. La pente remontait, douce, sous ses pieds. Il s’arrêta. Lorcan était à ses côtés. Il l’ignora. Plongea la tête sous la surface.

    Le sang se referma sur le sommet de son crâne, bouchant ses oreilles, cherchant un chemin pour emplir ses narines, ses poumons. Il ne le laissa pas faire. Lentement, son corps sombra de quelques centimètres, s’immergeant totalement dans le liquide dont il avait besoin. Les os sur sa peau se tordaient de plaisir, s’imbibaient, respiraient. Son dos s’arqua en arrière dans un besoin primaire d’air pur. Dalaigh résista le temps d’un instant. Puis se laissa remonter à la surface. Son visage transperça la résistance du liquide, ses os soupirèrent de soulagement et d’un manque déjà présent. Ses yeux s’ouvrirent. Se posèrent sur Lorcan. Sur la berge. Il continua à avancer.

    Le sang quitta son corps presque à regret, glissant sur les os maintenant rougis en étendant ses tentacules pourpres vers le haut, s’accrochant aux pores de sa peau. Ses pieds touchèrent à nouveau la terre sèche, la tachant de marques rouges qui, bientôt deviendraient aussi sombres que celles qui se trouvaient probablement déjà là. Son jean goutait sur le sol. Devant eux, des ruines. Encore. Ou du moins, ce qu’il prenait pour des ruines. Ces grands corps sombres qui s’élevaient devant eux n’avaient pas forme humaine et pourtant il s’en dégageait une impression de conscience profonde, analysant tout ce qui les entourait. Statues de pierre. Ruines. Un cœur battait en chacune d’elles, il en était convaincu. Tout comme il était convaincu que l’alcôve vêtue de noir les avait appelés. Tout comme il était convaincu que les résonnances du piano qu’il sentait encore dans son ventre avaient été créées par les doigts habiles de l’invisible.

    Je pourrais retrouver cet endroit. Ce passage, si vous préférez.

    La question qui était restée en suspens pendant plusieurs minutes trouvait maintenant une réponse inconsciente.
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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Ven 7 Nov - 18:18

Spoiler:
 


    « La peur est ce qui me fait avancer et je me plais à l’accueillir à bras ouvert et à lui faire l’amour plutôt que la craindre et la laisser prendre sa place dans mon corps. Quant à mes jacassements sur votre humanité, il semblerait que cela soit la seule chose qui fasse réagir un tant soit peu la chose que vous cachez en vous et qui m’intrigue au plus haut point. »

    Les mots de l'homme-mort avaient glissés. Mes prunelles accrochées à son regard d'encre, j'évaluais en silence Dalaigh, mon regard lancé dans cette recherche impavide d'une expression à lui. D'un détail, d'un indice qui me ferait deviner le rythme de ses pensées, de manière à comprendre la mélodie de son esprit, qui ne se cachait que trop sous les aspects morbides et éloignés d'une parole dont je ne parvenais pas à éclaircir la motivation. Comme une pie, faussement semblables aux autres oiseaux, il me paraissait désormais bien trop différent de ce à quoi je pouvais m'attendre de la part des autres humains. Un sourire tranquille courut sur mes lèvres.

    Une pie, aussi agaçante soit-elle, restait cet oiseau moqueur qui percevaient ce que les autres de son genre ne devineraient jamais. Combien d'hommes avaient perçus le trouble qui se cachait à l'intérieur de mon corps ? Combien de murmures et de rumeurs avaient été si platement ignorés, si jamais remarqués ? Sous l'enveloppe de chair, il n'y avait que très peu de personne qui avaient été e mesure d'apercevoir les angles aiguës d'un squelette qui ne m'appartenait pas. Mes mâchoires se crispèrent, et les prunelles étrécies, j'avais le regard projeté sur lui. Qu'est-ce que cela faisait, de considérer quelqu'un de différent ? Pendant un instant, il y eut cette hésitation de part. Celle, sans doute risible, sans doute trop humaine, de vouloir baisser définitivement toute aliénation, et de le prendre dans mes bras pour une étreinte qui aurait amené à cette supplication que je taisais depuis longtemps. Celle d'être normal. Pendant un instant seulement, car en ce que j'étais, en ce que je deviendrais, je ne pouvais laisser l'illusion me berner moi-même trop longtemps, et ce rêve éveillé n'existerait jamais autrement qu'en cauchemar. Exister autrement que ce que j'étais ne serait plus mon existence, mais ma déchéance. Alors, je ne répondis rien.

    Faire l'amour à la peur. Voilà une bien belle tournure de phrase. Voilà une si agréable pensée. Mes prunelles s'arrachèrent à son visage, tandis qu'il s'approchait de la rive, son regard se projetant sur l'étendue sanglante. La peur, non, il ne l'éprouvait pas, face à cette situation carmine. La peur, lui faisait-il l'amour, à ce moment même ? Mon interrogation demeura sans réponse, quand je le regardais, dans un geste lent, ôter le vêtement noir qui collait à sa peau, pour dénuder ainsi le dessin que mes yeux, presque avec autant d'attirance qu'auraient pu l'effectuer mes doigts et mes phalanges, caressèrent. Entrelacs posthumes d'une réserve de thanatos, jamais Freud ne m'avait paru plus insupportablement présent. Mais je laissais un rire cynique m'échapper, face à cette idée. Pourquoi fallait-il, sérieusement, que cet homme appartienne à mon cognitif ? Je n'aurais-, songeais-je en appréhendant les premiers pas de Dalaigh vers le sang, jamais du cherché à étudier ses travaux. Jamais.

    Je me mis en marche.

    La pénétration dans le lac de sang me fit soulever la poitrine en cette inspiration trop profonde, l'air exhalant les arômes trop séduisante d'une composition chimique dans laquelle je voulais perdre toute notion scientifique. Et les secondes se dévorèrent les unes entre les autres, dans un affolement succinct de mes sens paniqués, jusqu'à cet instant trop dramatique où le sang fut trop haut, et la bouche fermée, je me laissais engloutir. Ma conscience, connectée sur la présence de Dalaigh, fut lentement engorgée par celle de la dragonne. Le sang, univers de sa force créatrice, dévastait mes élévations mentales, et Pahal, dans des ronronnements mentaux, me murmurait à quel point il serait facile que là, maintenant, elle prenne ma place. Mes yeux s'ouvrirent sous le sang, ma pupille protégée par le voile translucide d'une membrane nictitante. Le sang engluait mes mouvements, et la gorge douloureuse par l'effort d'apnée imposé ces dernières secondes, je réceptionnais la position de Dalaigh, me dépêtrant sans grâce dans ce milieu faussement aquatique. Là où le plasma et les sens s'alternaient, il ne fallait pas espérer me voir nager un crawl des plus olympiques. A défaut d'emplir ma gorge et mon nez,  le sang ne couvrait aucunement ma vision, et je pus voir les regards que jetaient sur moi Dalaigh, dans sa progression nettement plus fluide que la mienne. Réprimant un rire, considérant que se taper une barre en plein milieu d'un effort nécessitant toute l'utilisation des muscles n'était pas la manière la plus intelligente de se comporter dans un moment tel que celui-ci, je plongeais totalement dans le sang, les pupilles de la dragonne me permettant d'apercevoir les reliefs proches d'une berge qui se rapprochait sous les profondeurs du sang. Je remontais à la surface, les ténèbres toujours aussi absolus.

    Les paupières nictitantes se rétractèrent, mes orbites insensibles se posant sur le visage de Dalaigh, avant de chuter sur son torse, dans une contemplation hagarde du sang qui coulait sur sa peau. Tendant la main, ignorant l'idée que celui puisse ne pas se faire, je glissais ma main sur sa poitrine, soulevant au contact de ma peau ces gerbes de sang qui cascadaient sur sa peau, et penchant la tête légèrement, pour un angle de vision meilleure, je soupirais.

    « C'est perplexant ; on dirait presque que vous êtes véritablement blessé, ou bien que vous êtes un démon. Je trouve cela dérangeant, dans le sens où depuis tout à l'heure, vous êtes plus quelque chose auquel je me raccroche et qui rend cette expédition sécure. »

    Je retirais ma main, soupirant, en constatant que de nous deux, avec mes vetements engorgés de sang, je ressemblais à ces zombis de mauvais films britanniques des vieux temps moldus. Retirant ma veste de costume, je la laissais tomber au sol dans un bruit mou, le sang qu'elle contenait venant former sous ses plis une petite mare qui ne s'agrandit que trop rapidement. Passant mes mains dans mes cheveux, je retirais ainsi un surplus trop important de sang,  avant de glisser mes paumes sur mon visage, pour essayer de retirer là aussi le sang qui formait un masque impie. Relevant les yeux autour de moi, tentant d'essorer entre ma chemise préalablement blanche, et retroussant les manches jusqu'aux coudes, avant de rejeter mes mèches assombries en arrière, je ne pus m'empêcher un sourire, glissant un coup d'oeil complice à Dalaigh.

    « Là, par exemple, il se trouve que j'aimerais véritablement pouvoir fumer. »

    Mais, et je savais que c'était sans espoir : vu l'état de ma veste, le paquet de cigarette avait été noyé sous le sang, et les cigarettes devaient être rendues à un état des plus déplorable. Un large sourire étalé sur la face, je me tournais vers l'autre côté du lac.

    « Outre pour le plaisir de mon regard, je doute que rester torse nu puisse être une bonne chose. Je vous l'ai dit, je ne sais pas ce que l'on aura à affronter d'ici quelques temps, mais considérez bien que je ne risque pas de vous imitez dans vos choix vestimentaires, Dalaigh. Mais vous, ne changez surtout pas, j'aime beaucoup. »

    Un rire léger, avant de revenir sur ce à quoi je n'avais pas encore réagi.

    « Quant au fait de retrouver ce passage ... »

    Mes mèches, pleines de sang, n'avaient de cesse de revenir, dans un mouvement lent et souple, se positionner contre mes tempes. Je les ramenais, nerveusement, en arrière, pour dégager ma vision et assurer une optique maximale.

    « Je vous crois. »


    Mes yeux glissèrent, rencontrèrent son regard, dans un affrontement silencieux, calme, de mes pupilles contre les siennes. Il y eut cet instant ; une seconde envolée. Mes lèvres prirent les courbes polies d'un sourire raffiné, avant que je ne détourne simplement les yeux.

    « Maintenant, je vous le répète. Je vous ai dit que la destination était à votre choix. Alors, c'est à vous de décider où nous sommes et ce que nous allons faire ici. Avez-vous une idée ? »
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MessageSujet: Re: Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh   Jeu 21 Mai - 14:40


    Le liquide poisseux coulait sur les os noircis, enivrant contraste morbide. Au contact de la main de Lorcan, Dalaigh se tendit et retint un mouvement de dégagement. Il n’avait rien contre l’homme, mais quelque chose en lui le prévenait d’un danger inconscient. Des gerbes rouges giclaient sur le sol, dessin artistique et nauséabond. Les yeux du brun ne semblaient pas avoir été affecté par le bain qu’ils venaient de prendre et sa chemise imbibée de rouge offrait un spectacle du plus bel effet avec sa peau claire. Les stries commençaient à se former, séchant rapidement dans l’air qui devenait de plus en plus aride.

    « C'est perplexant ; on dirait presque que vous êtes véritablement blessé, ou bien que vous êtes un démon. Je trouve cela dérangeant, dans le sens où depuis tout à l'heure, vous êtes plus quelque chose auquel je me raccroche et qui rend cette expédition sécure. »

    Vous pensez à moi comme étant la personne qui rend cette expédition sécure, Lorcan ? Votre sens de la sécurité doit être déréglé.

    Le ton était glacial, mordant. Sans qu’il ne sache réellement pourquoi, Dalaigh sentait l’atmosphère se modifier radicalement. Un froissement de la température, une diminution de l’humidité, un pli sur le lac de sang. Il n’aurait pas pu le formuler. Son corps réagissait violemment à un événement qui ne s’était pas encore produit. Ses doigts se refermèrent instinctivement sur la baguette de bois. La veste s’effondra sur le sol pour le nourrir de son sang. Le bruit de succion que Dalaigh sembla percevoir lui retourna l’estomac. Quelque chose n’allait pas. Son regard se perdit sur l’étendu rougeoyante et son corps souillé. Quelque chose clochait dans ce monde à la logique déjà défaillante. La couverture chaude qui recouvrait ses os d’encre se détachait par plaque et le tiraillement sur sa peau le forçait à prendre conscience que, malgré le picotement des aiguilles qu’il avait subi pendant des heures, ces os-là ne souffraient point. Ils étaient bientôt à nu, réclamant, hurlant pour que le sang frais vienne se coller à nouveau contre leur existence précaire et temporaire.

    « Là, par exemple, il se trouve que j'aimerais véritablement pouvoir fumer. Outre pour le plaisir de mon regard, je doute que rester torse nu puisse être une bonne chose. Je vous l'ai dit, je ne sais pas ce que l'on aura à affronter d'ici quelques temps, mais considérez bien que je ne risque pas de vous imitez dans vos choix vestimentaires, Dalaigh. Mais vous, ne changez surtout pas, j'aime beaucoup. Quant au fait de retrouver ce passage ... Je vous crois. »

    Les genoux de Dalaigh se plièrent dans un mouvement souple. Ses doigts se refermèrent sur la veste ensanglantée et il la jeta sur ses épaules. Lentement, les gouttes chaudes s’infiltrèrent à nouveau entre ses omoplates pour descendre le long de sa colonne vertébrale, nourrissant les altérations de sa peau, rampant contre le cœur noir pour s’y enfoncer profondément. Fumer. Lorcan pensait à fumer alors que tout son être lui criait de se replonger immédiatement dans cet océan de souffrance et de vie. De se nourrir des restes de ceux qui étaient passés là avant eux, payant de leur vie ce voyage probablement improvisé et involontaire. Se gorger de leurs connaissances, s’imbiber de leurs histoires, se perdre dans leurs sangs. Non seulement il se sentait chez lui dans cet endroit étouffant mais en plus de cela, il entendait ce que l’inconnu voulait lui dire. Un chuchotement indécis et tâtonnant qui allait et venait comme les vagues d’une mer agitée. La langue changeait, chantait. Les mots étaient appuyés puis filaient entre les doigts, s’infiltraient dans son esprit d’une voix immatérielle, lui étaient hurlé à même les tympans.

    [b] « Maintenant, je vous le répète. Je vous ai dit que la destination était à votre choix. Alors, c'est à vous de décider où nous sommes et ce que nous allons faire ici. Avez-vous une idée ? »[b]

    Nous allons explorer, cela me semble évident. Je n’ai pas peur de ce qui peut se cacher dans ce pays inexistant et ma curiosité est sans fin. Quant à la question du où, il est trop tard pour y réfléchir ou trop tôt pour y répondre. Je ne le sais encore.

    Avant de se relever, les mains de Dalaigh se replongèrent dans le lac métallique et le sang joua entre ses phalanges un instant. Puis il fut à nouveau sur pieds et marchait en direction d’une petite dune qui se dressait devant eux. La voix était si proche, si tangible. Le sable avait une consistance très spécifique et bientôt, les petits grains furent remplacés par ce qui ressemblait bien plus à de la poussière. L’impression d’être entouré de milliers de personnes se renforçait. Il plongea une main dans cette nouvelle substance, collant les particules à ses gants de sang et la porta à son visage. Inodores, d’une couleur grisâtre, doux. Les dunes étaient faites de poussière d’os. Ou d’être humain en entier. Il n’aurait pu le dire avec plus de précision. Ses pieds glissaient sur les morts, piétinaient les vies. Fastidieusement, un pas après l’autre, il écrasa les restes pour gravir l’amoncèlement monochrome. Arrivé au sommet, son cœur d’encre loupa un battement. Ici, la poussière était encore dans sa forme initiale. Les femmes, les enfants, les hommes, les vieillards et les indécis se rassemblaient dans un mélange virtuose et inextricable.

    Penses-tu que notre monde est créé sur la vie de nos morts comme ce monde se nourrit des morts pour donner la vie afin de l’utiliser à son propre compte ? Annihiler la vie pour grandir et s’épandre dans une boucle infinie de naissance égoïste ?

    Le corps fin s’assit sur le tas de souvenirs laissés à l’abandon, ses doigts se perdant à nouveau dans l’étendu afin de récolter les particules mémorielles.

    Penses-tu que nous nous nourrissons de notre monde comme ce monde se nourrit des êtres vivants ? Penses-tu que nous finirons par nous insérer si profondément dans notre nature que nous ne deviendrons qu’un avec elle dans une bataille séculaire ?

    La voix murmurait entre ses os, coulant avec le sang qui refusait maintenant de se tarir.
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Fume ce qu'ils nous cracherons au visage. | Dalaigh

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