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 Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Sam 12 Juil - 20:14

La foule était là, heureuse. Elle se pressait et se compressait au gré de ses lubies, en oubliant par là même les règles de vie commune les plus élémentaires. L’été s’en était venu, les écoliers s'étaient désintéressés de leurs ouvrages d’étude et les vitrines s’étaient faites plus attrayantes et plus colorées. Ci et là, de jeunes enfants écarquillaient les yeux pour mieux se délecter des saveurs qu’ils percevaient au travers d’épaisses vitres. Leurs petites mains se collaient contre le verre et y laissaient des empreintes grasses, tandis qu’ils poussaient des cris aussi joyeux qu’expressifs. L’enfance était si loin, déjà.

Et Poudlard… Poudlard lui apparaissait comme une lointaine réminiscence, nébuleuse et floue. Comme celle d’une nuit de canicule trop reculée que pour être encore éprouvée. Un an auparavant, elle avait franchi pour la dernière fois les portes du château, ignorant de quoi demain serait fait. Pour l’heure, elle aurait donné beaucoup pour les franchir en sens inverse et ne plus jamais quitter l’enceinte rassurante de l'immense bâtisse de pierres. Mais ces saisons d’indulgence s’en étaient allées. Un an seulement. Une année. Tant de choses s’étaient produites depuis qu’elle avait rangé ses jupes de collégienne qu’elle avait le sentiment d’avoir déjà vécu toute une vie. Elle avait vécu, alors elle mourrait bientôt. C’était cela. Simple et limpide, comme l’eau qui parcourt les roches au détour de grands torrents.

Cela faisait quatre mois qu’elle n’avait pas revu Matthias. Quatre mois qu’ils s’étaient quittés au Chaudron Baveur et que le reflet de sa personne malade et chétive était resté collé sur sa rétine. Quatre mois qu’elle n’était pas rentrée chez elle, si ce n’est pour en être irrémédiablement exclue. Quatre mois qu’ils s’étaient relevés, chancelants, pour découvrir un semblant de quiétude. Quant à la réalité… Quelqu’un avait payé. Matthias, sans doute. Il aurait demandé à ce qu’on ne l’en informe pas pour ne pas avoir l’impression de s’acquitter d’une dette qui n’aurait existé que dans les méandres de son orgueil.

Comment avaient-ils fait pour ne pas se croiser pendant de si longues semaines alors qu’ils fréquentaient le même campus ? Ils avaient toujours su bien s’éviter quand ils le désiraient et visiblement, rien n’avait changé. Peut-être était-ce d’ailleurs la seule chose à rester invariablement fidèle à ce qu’elle avait toujours été. Et peut-être était-ce pour cela qu’aujourd’hui, il était important de s’en assurer. Avoir un point d’ancrage pour ne pas se perdre, pour continuer à se savoir elle-même. Qu’importe qu’ils soient là pour discuter ou se disputer, au fond.  

De là où elle se trouvait, en contrebas de Diagon Alley, elle avait vue sur toute l’allée commerçante. Ils s’étaient retrouvés là, quelques années plus tôt, un jour où ils s’étaient régalés ensemble de quelques chocogrenouilles en achetant leurs livres de cours. C’était il y a longtemps, déjà. Ils n’avaient pas encore treize ans à l’époque. Et depuis, ils s'étaient souvent donné rendez-vous en cet endroit, sous l’enseigne vieillie de chez Florian Fortarôme, mais ils ne partageraient probablement pas de chocolat aujourd’hui.

Sur la droite se tenait Gringotts, grande, majestueuse et forte. L’imprenable déjà prise, mais qui se targuait de son ancienne réputation pour mieux rassurer ses actionnaires et effrayer toujours plus ceux qui croyaient encore trouver un dragon en son sein. Un jour, des adolescents avaient affronté chacun un dragon lors du Tournois des trois sorciers et ils avaient vaincu, mais l’on persistait à croire qu’il s’agissait de la plus insurmontable des épreuves. Elle avait rencontré certains d’entre eux, ils semblaient s’en être plutôt bien remis. Mais les mythes, même les plus fantaisistes, continuent d’effrayer même les sorciers les plus aguerris. Et tant qu’ils feraient leur office, Gringotts resterait la forteresse invulnérable, le temple de gobelins venus d’ailleurs.

Imposante.

Quinze heures. Matthias arriverait bientôt, délivré de ses blessures, ou du moins l’espérait-elle. Il irait mieux, c’était ainsi et il ne pouvait en aller autrement. Elle même, si elle gardait en séquelles quelques confuses douleurs à la hanche et quelques bourdonnements diffus, allait beaucoup mieux. Son visage était resté longtemps bleui et ses mains longtemps meurtries, mais seules quelques cicatrices légères les parcouraient désormais. Bientôt, elles se seraient définitivement estompées, et avec elles s’en seraient allées les marques encore fraîches de sa cuisse. Les vestiges blancs qui tiraient sa peau s’envoleraient avec les minutes qui passent, c’était ainsi. Seuls resteraient les stigmates creux des souvenirs et de la culpabilité. Qu’était devenu Tobias ? Il était porté disparu depuis la bataille, et c’était de sa faute, elle plaidait coupable. Quand Artémis avait fait exploser le laboratoire, le petit homme s’était débattu dans son poing fermé, et ses doigts lâches l’avaient abandonné à lui-même. Elle s’était bassement protégée, ainsi que cette dame blonde qui fait partie de l’Ordre ; une Weasley, Victoire. Mais les déflagrations successives avaient eu raison de sa protection. Et depuis, plus rien. L’explosion avait été violente, le plafond s’était effondré et elle l’avait délaissé. Il était mort, probablement ; écrasé, broyé ou pire encore, et la responsabilité lui en incombait. Il était désormais difficile de savoir qui, d’elle ou de ses parents, elle décevait le plus. Matthias, peut-être ; Matthias qui, vraisemblablement, lui reprocherait d’avoir eu « pitié » de lui. Très certainement, il ne supportait pas l’idée d’avoir eu besoin de son aide et de lui avoir offert une image de lui faible et pathétique. Elle savait, comprenait même, et s’attendait à affronter les reproches de son embarras gêné. Qu’il tempête seulement, et elle le retrouverait.

Quinze heures et deux minutes. Les nuages qui obscurcissaient le ciel depuis de longues minutes se firent plus mélancoliques encore, et une onde de vent charria quelques déchets le long des pavés qui bordaient le chemin. Il faisait chaud, pourtant. L’atmosphère était lourde et humide, il y aurait probablement bientôt de l’orage. Juin s’en était allé et l’Angleterre avait retrouvé ses habituelles pluies diluviennes qui donnaient à chaque matin l’arôme de la terre humide. Ici aussi, l’air s’embuait d’odeurs de végétation mouillée, et cette émanation forte se mêlait à celle des pâtisseries qui cuisaient sous un porche non loin de là. En d’autres temps, ces senteurs l’auraient affamée, mais elle n’avait plus le goût de se délecter de sucreries. Elle avait éprouvé des difficultés à s’alimenter à nouveau. Et si elle se nourrissait désormais suffisamment, elle gardait une l’apparence amaigrie qui avait entamé ses courbes après le combat et des joues creusées par l’inquiétude et par le poids de la responsabilité.

Quinze heures trois, un tout-petit cria, une mère inquiète éleva la voix à son tour et la masse humaine se mut comme un seul homme. Quinze heures cinq. Une goutte éclata sur le front de la jeune femme et une nouvelle bourrasque s’engouffra dans les allées, faisant voler le pan ample de la robe anthracite qui découpait ses cuisses une dizaine de centimètres au-dessus de ses genoux. Elle inclina la nuque et observa quelques nouvelles larmes de pluie se joindre à la plus téméraire d’entre elles avant d’épouser l’arrondi de ses pommettes. L’averse, quoi qu’encore fragile ne s’était pas fait attendre et, étrangement, cela l’enchantait, l’amusait même, tandis que dans son sac, ses ongles rencontraient la fine étoffe d’une cape sombre qui, bientôt, prit place sur ses épaules.

Elle avait vu William cet après-midi. Ils s’étaient dit au revoir quelques minutes auparavant, et elle en avait été soulagée. Elle n’avait pas prévu de le croiser au détour d’une rue noueuse, mais n’avait pas eu d’autre choix que d’accepter de converser avec lui. Bientôt deux ans déjà qu’ils s’étaient séparés, après quelques mois à folâtrer amoureusement dans les recoins obscurs du collège, ou du moins se persuadait-elle qu’il en avait été ainsi. Mais elle ne folâtrait en vérité jamais, et il est peu probable qu’elle se soit affichée à badiner ou même ait éprouvé une telle passion à son égard, bien qu’elle s’était efforcée de s’en persuader. Et manifestement, tous y avaient cru, y compris elle. Mais peut-être parce qu’il était à Serpentard, peut-être parce que, malgré tout, il déplaisait à Elegius – la qualité de son sang laissait, paraît-il, à désirer – elle l’avait quitté, et c’était très bien ainsi. Le vague à l’âme qu’elle avait ressenti n’avait d’ailleurs été que de très courte durée, des problèmes autrement plus importants ayant à l’époque pris place dans les salles de classes, comme dans ses pensées. Ils s’étaient vaguement salués depuis ; avaient entretenus quelques banales conversations et puis, s’étaient oubliés. Il semblait aller bien, il s’habillait toujours avec goût, suivait des études de médecine et, comme à son habitude, contait sa vie à qui voulait, si pas l’écouter, du moins l’entendre. Il l’avait saluée, ils avaient parlé, il était reparti. Elle avait été heureuse de le revoir d’abord, satisfaite de son départ ensuite. Point. Fin. Mais une préoccupation dont elle ignorait la cause entamait néanmoins imperceptiblement les traits de son front depuis cette rencontre. Elle avait la sensation que son épiderme s’était imprégné de son parfum, et cela ne lui était pas agréable. Autrefois, elle avait pourtant apprécié les quelques semaines passées à ses côtés, mais sans qu'elle n'en comprenne la raison, son esprit s'alourdissait à cette pensée.

Quinze heures huit, Matthias ne venait pas. Il viendrait, pourtant, alors elle attendrait. Elle attendrait de voir se dessiner son regard noir sous ses mèches indisciplinées pour mieux affronter le timbre de son ton familier. Ils s’étaient donné rendez-vous en terrain neutre pour se retrouver à forces égales et se laisser le loisir de décider ensuite. Ils transplaneraient, probablement.

Dans sa paume, sa baguette glissa dans une danse amicale et, comme à son habitude droite et fière, elle s’accota légèrement sur le mur de briques rouges avant de clore les paupières sur l’agitation des lieux. L’air était frais, il émouvait quelques ondulations brunes libres de contraintes et fouettait agréablement la peau de ses mâchoires. Peu importait l’heure, après tout, puisque le temps lui appartenait.


Dernière édition par Éléane I. Greengrass le Lun 22 Sep - 3:22, édité 3 fois
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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Ven 22 Aoû - 10:26

Parce que les méchants écoutent toujours de l'Opéra:
 

Le son qu'émettait le petit appareil radiophonique ne rendait pas justice à la voix de Gabriela Beňačková, trésor éperdu de la musique classique. Des parasites sonores rayaient ses envolées lyriques et gâchaient le velouté de son timbre. J'étais là, assis dans un fauteuil digne d'un philosophe, (c'est-à-dire miteux à l'extrême mais riche en caractère), la radio au creux de ma main, ma main dans le creux de mon oreille. J'avais les yeux fermés, tentant en vain de savourer le génie d'une telle musique. Elle était simple en forme et en phrasé et pourtant, elle était capable d'évoquer de tels frissons...

Mon tympan fut surpris lorsque tout à coup, à l'apogée de la pièce, lorsque Beňačková  atteignait la cime de la plus haute note, le son fut magiquement amélioré. Je libérai mes yeux de l'enclos de mes paupières et aperçu Erin, la baguette à la main mais les yeux baissés sur son magazine de jeunes sorcières, l'air de rien. La musique cessa et je fermai l'appareil radiophonique.

« Tu ne peux pas me faire un tel choc, Erin. Je m'étais habitué au statique. »

« Et bien, moi, ça me dérangeait. C'est une bonne chose que tu ai fermé ce vacarme, tu vas déranger le sommeil de Pearl et Jun. Ils sont rentrés tard hier soir... »

« Saspristi Erin. »

Je grommelai quelque chose comme "il fallait que je le mette à mon oreille pour bien entendre" et quittai la salle, embarrassé d'avoir été prit en flagrant délit par quelqu'un d'aussi taquin qu'elle.

***

Le chemin de traverse n'avait pas été comme ça depuis quelques années déjà. Occupé, festif, grouillant de familles de sorciers, tous et toutes en train de s'exclamer bruyamment aux splendeurs qu'on pouvait trouver dans ce lieu achalandé. Cette effervescence de festivités n'avait guère habité ces ruelles depuis presque deux ans exactement, lorsque Saint-Clare avait été élu Ministre de la magie. Cela me portait à réfléchir au sujet de mes fidélités et de mes loyautés.

Je ne suis pas une créature loyale. Celles-là sont prêtes à mettre leur engagement envers quelqu'un ou quelque chose en avant de leur orgueil. Je ne serais jamais capable de faire cela. Cette pensée ne m'importunait pas. Elle me plaisait plutôt; au moins j'avais la certitude qu'elle était franche et honnête.  

***

Je quittais la banque, m'attardant entre les colonnes blanches de l'édifice, allumant une cigarette presque inconsciemment. Pearl n'aimait pas que je fume. Je ne sais pas pourquoi, car elle me semblait du type à accepter cette coutume. Il m'est arrivé de croire que, plutôt, elle ne veut pas que j'incite Erin à fumer. Elle le fait de toute façon et je le fais aussi alors Pearl doit tout simplement accepter le fait que ces deux protégés polluent leur corps à coeur joie.

Une, deux, trois bouffées de tabac, délicieux poison. À la quatrième, je jetai mon mégot par terre, l'écrasant d'un pied hâtif. J'avais presque oublié. Éléane. Éléane n'aimait pas l'odeur de cigarette que prenait mes vêtements.

L'horloge de la banque sonna les quinze heures et du haut des marches, j'aperçu Éléane, patientant sous l'enseigne de Florian Fortarôme, ses mèches brunes ballottant doucement  dans les bras d'un faible vent.

Elle était pareille à elle même. Je ne l'avais pas vue depuis longtemps. Cinq mois. Non, quatre. Le temps avait semblé plus long. Mais comme ça, comme elle était en ce moment... Je ne l'avais pas vue depuis des années.

Et je puais le tabac. Merde.

Peut-être que je pouvais attendre un peu avant de la rejoindre pour pouvoir me débarrasser de ma pestilence. Je me cachai derrière une colonne.

***

« Allô. »

Je m'étais approché de derrière, conscient de mon retard mais absolument pas prêt à m'excuser. J'avais préparé une phrase d'entrée beaucoup plus stéréotypiquement "moi", beaucoup plus complète et beaucoup plus intelligente. Mais sur le coup, "allô" semblait suffire.

_________________
« You're on the side of the angels. »
« Oh, I may be on the side of the angels, but don't think for one second that I am one of them. »

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Ven 29 Aoû - 16:48

La pluie. Elle se faisait plus constante, plus régulière, plus affable également, et tous semblaient s’en accommoder. Le clapotis entretenu de l’eau contre les vitres était couvert par le brouhaha saccadé qui émanait d’une foule pressée et absolument pas affectée par les confessions d’Ouranos. C’était tant mieux. Diagon Alley était toujours plus belle quand elle s’animait telle une fourmilière à l’approche de l’hiver. Et tant qu’elle continuerait à se mouvoir de la sorte dans le flou du jour, la jeune femme pourrait rester là, à profiter clandestinement de cette brise qui venait briser la lourdeur tropicale de l’atmosphère.

« Allô. »

Une voix vint froisser la plénitude qui s’était installée derrière ses paupières closes. Son velouté était plaisant, mais en même temps il la contrariait. Elle aurait volontiers profité de quelques secondes de quiétude supplémentaires. Elle regrettait désormais d’avoir commandé au temps que l’attente ne soit pas trop longue. Elle savait pourtant qu’il lui obéissait. Elle avait espéré ne pas se perdre dans l’ennui, alors elle avait fermé les yeux et Matthias était arrivé, « comme par magie ». Vingt minutes s'étaient pourtant écoulées depuis qu’elle patientait sous la veille enseigne de bois… « Comme par magie ». Elle aimait beaucoup l’ironie absurde qui se dégageait de cette expression, elle lui avait toujours arraché quelques sourires sagement amusés. Les moldus seraient très probablement embarrassés s’ils venaient à découvrir que ce qu’ils croient être le fruit de leur imagination n’est pas que pur fantasme.

« Matthias ».

Elle marqua une pause et ses oreilles savourèrent, dans une satisfaction qu’elle ne s’expliquait pas, la sonorité de ce nom qui avait accompagné ses années adolescentes. Et comme pour mieux s’entendre le prononcer, elle cessa de faire aller ses doigts sur sa baguette, qu’elle laissa imperceptiblement glisser dans son sac.

« Heureusement, tu n’as pas cessé de fumer. Pour un peu, je te reconnaissais davantage à l’odeur de la cigarette qu’à ton phrasé exceptionnel ».

Les paupières toujours fermées, elle offrit son front au ciel pour se délecter de toute sa fraîcheur et, tandis que sa gorge se déployait, sa paume effleura la lanière de cuir qui s’était assagie contre sa hanche.

« Tu étais plus prolixe autrefois ».

Elle faillit compléter sa phrase par une interrogation concernant la cause d’une entrée si laconique, mais elle avait déjà beaucoup parlé. De coutume, Matthias était plus enclin qu’elle à la bavardise. Mais ce défaut d’éloquence n’importait en réalité pas tant que l’appréhension qu’elle ressentait à l’idée de laisser à nouveau ses pupilles filtrer la lumière. Elle se surprenait à craindre d’ouvrir les yeux et de retrouver un individu qu’elle ne reconnaîtrait pas. Il le faudrait, pourtant.

« Bonjour ».

Ses cils se délièrent et ses iris effleurèrent le visage qui lui faisait face. Il était différent : ses cheveux avaient poussé, ses joues s’étaient imperceptiblement creusées, mais il était toujours le jeune homme séduisant qui avait grandi à ses côtés. Cette crainte qu’elle avait ressentie était ridicule : Matthias pourrait changer, devenir sans cesse autre, elle continuerait de le connaître. Il mûrissait mais au fond, il restait invariablement le même, et c’était très bien ainsi. Elle aussi arborait d’ailleurs une apparence nouvelle depuis la bataille, mais elle n’était pas non plus pour autant une autre personne. Les courbes de son visage avaient quelque chose de plus mur, de plus réfléchi, de plus dur aussi. De plus femme, peut-être. Matthias le remarquerait sans doute. Il relevait toujours les variations les plus insignifiantes, ce qui s’avérait être plus souvent agaçant que plaisant. Mais cette façon qu’il avait de l’irriter lui avait manqué, elle ne s’en était pas rendue compte auparavant. Il est parfois difficile de se détacher de ses petites habitudes… Matthias était une sale habitude. Elle s’amusa intérieurement de cette pensée et la petite fille en elle le serra dans ses bras. L’adulte, en revanche, se contenta de railler.

« Tu es en retard ».

Il le savait, elle le savait ; il ne s’excuserait pas et elle n’avait de toute façon cure qu’il se justifie, d’autant qu’elle s’était délectée de cet intervalle de solitude. Aussi était-ce une remarque inutile. Mais elle savourait le droit qui lui était accordé de lui faire à nouveau des reproches. Elle sourit, sincèrement cette fois, et se redressa pour lui faire face. À son grand soulagement, même si ses traits s’éloignaient aujourd’hui de ceux de l’enfant, l’ancien Serdaigle restait lui-même : tenue sobre et élégante aux coloris soigneusement choisis et à la coupe parfaitement ajustée, coiffure faussement négligée, en retard. Le souci du détail. Bref instant de complicité retrouvée. Pour combien de temps ?

À quelques milles au-dessus du pays, les nuages s’obscurcirent et la bruine gagna en vigueur, s’écrasant contre leurs joues rosies par quelques bourrasques vaporeuses. Une envolée entraîna sa chevelure et elle libéra l’arc mouillé de sa mâchoire de quelques ondulations égarées. L’endroit où ils se trouvaient était ouvert, dégagé, en proie aux caprices mêlés des gouttes et du vent. Non loin, un sorcier en manteau miteux chantait une vaine complainte. Elle ne s’en émut pas, préférant accorder son attention à l’étudiant qui lui faisait face. Incertaine des mots qu’elle voulait lui dire, elle se contenta d’appuyer son regard et de scruter les mouvements de ses émotions. Il semblait aller bien. Plus aucune trace visible de la bataille ne parcourait sa peau. C’était prévisible, quatre mois s'étaient écoulés. Mais elle n’aurait pas apprécié devoir s’enquérir de son état de santé. Elle s’en était assez inquiétée, lui semblait-il.

« Marchons un peu ».

Elle dépassa la figure noire de Matthias et son coude frôla le sien en même temps qu’une inquiétude fortuite parcourait son échine. Et comme pour ajouter au pseudo-dramatique de cette situation bien ordinaire, l’averse se fit plus forte. Deux amis qui se retrouvent et ne savent plus quoi se dire. C’était grotesque et improductif.

Matthias la rejoignit et ils firent quelques pas silencieux, se frayant un chemin parmi la masse des anonymes sonores. Et tandis que la majorité d’entre eux partait s’abriter ou s’attabler autour d’une boisson chaude, quelques-uns, plus hardis, continuaient leurs emplettes. Quant à eux, ils ne feraient probablement ni l’un ni l’autre, ce n’était pas l’heure des banalités. Ou peut-être l’était-ce ?

Sur le sol, l’eau commençait à ruisseler, imbibant leurs chaussures en même temps qu’elle polissait les pavés et leur conférant un air aussi pitoyable que pittoresque. Des mèches humides se collaient par intermittence à ses tempes et elle resserra contre elle la fine étoffe sombre qui lui couvrait les épaules. Ils devaient avoir fière allure, ainsi courbés sous les caprices de l’atmosphère anglaise. L’idée l’amusait, mais la circonstance n’était peut-être pas aux distractions ; il était temps de parler. N’était-ce pas pour cela qu’ils s’étaient retrouvés en cet endroit ? Ils n’auraient pas pu choisir plus mauvais jour, mais c’était sans doute la raison pour laquelle ce moment était certainement le moment idéal. Et il n’y avait aucune raison qu’un malaise s’installe entre eux, n’est-ce pas ?

« Dis-moi, comment vas-tu ? »

L’interrogation était lourde de sous-entendus et ne concernait pas tant son état de santé qu’un ensemble vaste de non-dits. Ainsi, sous cette allure anodine, elle méritait, en vérité, des développements qui n’avaient rien d’innocents. Elle savait qu’ils aborderaient des sujets potentiellement fâcheux qui les mèneraient à repenser aux événements qui avaient eu lieu quatre mois plus tôt. Elle sentait déjà poindre les reproches… c’était peut-être nécessaire. Elle avait d’ailleurs songé lui demander s’il se sentait en accord avec lui-même, ou lui poser tout autre question similaire qui aurait requis une explication sur le choix qu’il avait fait de rejoindre le Sceau de Salomon, mais elle avait préféré ne pas tout de suite ouvrir les hostilités… Elle n’était d’ailleurs pas certaine qu’il faille les entamer, car peu importe les choix qu’il faisait, elle les avait toujours respectés. Ainsi, peut-être Matthias pourrait-il se contenter de lui répondre par quelques considérations plates et détachées. Peut-être pourrait-il percevoir de la sincérité dans la simplicité déconcertante de sa question et l’en assurer : il allait bien, merci. Peut-être qu’ils pourraient se comporter comme ils l’avaient toujours fait, en se contentant de rire des conquêtes du séducteur ou en s’irritant l’un et l’autre sur des sujets aussi cocasses que superflus. Peut-être… peut-être. Le choix lui en incombait. En attendant, elle se contentait de le dévisager, guettant sa réponse.
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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Jeu 16 Oct - 20:35

J’entendais les gouttes de pluie résonner sur le parvis; celles-ci commençaient à nous tomber dessus. Ou peut-être avaient-elles déjà commencé quelques minutes plus tôt, et que je n’avais tout simplement pas été assez observateur. Il faisait froid déjà et l’air mouillé me rentrait dans la peau, mordant mes os. Mes mains étaient sèches et semblaient vouloir créer un état indépendant de mes bras. Mes doigts bougeaient en vain : ils ne se réchauffaient pas. Les dents du vent – ce vent qui me mordait les os – n’étaient pourtant pas acérées. Elles étaient pareilles aux dents de laits qu’un enfant possède et ne possède plus. Le grignotage ne me faisait donc pas mal, quoique tout de même présent et embêtant. Ce n’était pas très important.

La température me rappelait la monotonie des journées passées à la maison, lorsque, jadis, j’attendais que ma sœur vienne me retrouver pour me sortir de l’ennui. Elle avait la fâcheuse habitude de me délaisser pour une de ses amies, ou pis encore, une sortie avec nos parents. Ses trahisons ne me blessaient pas, à l’époque, mais aujourd’hui, j’y repensais avec amertume. Elle a préféré mettre son ambition en avant, me tassant sur le côté. Elle ne m’était plus aussi chère qu’avant. Ces petites révélations se sont manifestées au cours de l’été, alors que j’étais à l’étranger; lors de mon absence, il n’y a que deux personnes qui m’ont réellement manquées et Mia n’en n’était pas une.

« Matthias ».

Quel doux son à mes oreilles. J’ai toujours aimé mon prénom, surtout lorsqu’il était prononcé comme elle l’avait fait : d’un ton ferme, solide et avec une articulation claire et nette. Si elle l’avait articulé autrement, je me serais moins reconnu.

« Heureusement, tu n’as pas cessé de fumer. Pour un peu, je te reconnaissais davantage à l’odeur de la cigarette qu’à ton phrasé exceptionnel ».

Rampant, telle une vipère, un aigre sourire se faufila sur la commissure de mes lèvres. Je gardais celles-ci closes, de peur que le serpent vienne empoisonner mes paroles. Rares sont les occasions où l’embarras s’emparait de moi; je n’avais jamais rougit de ma vie et aujourd’hui n’était pas un jour pour m’initier à cela. Comme Éléane me le faisait remarquer, mes salutations syllabiques étaient une nouveauté en soi alors je n’avais nullement besoin d’ajouter une démonstration de gêne. Nonobstant, je ravalais doucement ma salive, déçu que mon effort de purgation n’ait pas porté fruit.

Je ne l’avais pas encore regardée comme il faut; je m’étais contenté de l’approcher. Mais voilà que je lui faisais face et que, de peur de me faire absorbé par son odeur et de tenter quelque chose que je regretterais, je fis un pas par en arrière, n’osant pas lui accorder mon plein regard. Jusqu’ici, ses paupières gardaient vaillamment ses iris verts, me laissant l’avantage oculaire. Puisque j’avais la liberté de le faire, je me suis permis d’esquisser ses traits dans ma mémoire. Depuis notre adolescence, j’ai toujours trouvé qu’Éléane se portait régalement : élégante et fière, tous deux des qualificatifs attirants pour mon œil connaisseur. Sa beauté ne m’a jamais laissé indifférent : par moments, sa démarche gracieuse et son regard d’émeraudes avaient le pouvoir de m’envoûter complètement, éveillant en moi non pas un désir charnel, mais plutôt un désir affectif. D’autre part, ces mêmes yeux pouvaient me trancher les regardes les plus doux et ses airs nobles savaient attaquer les commencements de toute flamme. Sa dureté me retenait de poser un geste plus qu’amical; sa dureté n’attirait pas mon désir de confort.

« Bonjour ».

Ce serait trop facile. Ce serait trop facile de dire qu’avec ce « Bonjour », j’ai su que j’aimais Éléane. Les choses ne sont pas aussi noires et blanches que je puisse comprendre mon fort intérieur aussi rapidement et, à vrai dire, le seul effet que ce petit mot à deux syllabes et banal à l’extrême eu sur moi fut de me foutre la trouille.

« Tu es en retard. »

Je n’étais pas tout-à-fait moi-même; toute cette scène en était l’évidence. Je ne fis que lever les épaules indifféremment à cette remarque (qui manquait un peu d’originalité), fignolant nerveusement avec mes doigts.

Enfin, je la vis au complet. Ce fut...

[…]

« Marchons un peu »

« Qui est-ce qui est moins volubile maintenant?» remarquai-je, un sourire au coin.

Je n'osais pas la regarder; ce n'était pas mon intention d'élaborer à ce sujet.

[...]

« Dis-moi, comment vas-tu ? »

Je me demandais quand est-ce que cette question arriverait. Je ne savais pas si je la poserais ou bien si la lourde tâche allait retomber sur les épaules de mon amie. Maintenant que j'y faisais face, je me rendais compte que c'est beaucoup plus facile demander que donner.  

« Je vais bien. Rien de spécial. »

              « Non. En fait, je mens. Je ne sais pas comment je vais. Je vais, je viens, je voyage depuis longtemps. Je ne sais où atterrir, je ne me souviens plus comment jeter l'ancre. Depuis nos faibles adieux au Chaudron Baveur, j'ai erré. Ça semble romanesque, dire ça comme ça: "j'ai erré". Ce l'est peut-être, mais je n'ai pas aimé ça. J'étais sans attaches, instable, habité par aucune autre motivation que la fuite. La fuite constante. J'ai fuis, Éléane. Je n'en suis pas fier, moi qui le suis toujours. Je suis fatigué, las. Je n'étais pas seul, enfin, du moins au plan physique. J'ai été accueilli comme un gamin, dépourvu de famille et de fortune; recueilli par Fagan et sa bande de gamins de rue. »

Je fis une pause, ravalant ma salive. J'avais débité tout ce flot de paroles sans interrompre mon pas, me gardant de dévoiler l'émotion qui accablait ma voix. J'étouffai un rire.

« C'est drôle. On dirait que les mots me manquent. »

Je fis un geste pour arrêter notre marche.

« Pour dire la vérité, soufflai-je, j'ai souffert de n'avoir aucun repère. Aucune sécurité. Et... ça m'a effrayé.

         « J'étais à l'étranger dans les derniers mois; je viens tout juste de rentrer, me détachant de ma famille adoptive, risquant les chasseurs à gages qu'on reporte dans les journaux. Pourquoi? J'avais besoin de retrouver mon chez moi. Mais, Ély, je ne sais plus c'est où chez moi.

         « Je suis bête, je le sais. Je ne suis plus le même. Et j'ai peur. Pour une fois, crois-tu que je puisse me le permettre? »


Ma tête était inclinée tout au long de ce discours, mon regard furtif. Je parlais tantôt à Éléane, tantôt à l'univers. Nous nous étions éloignés des corridors peuplés, des rues principales, loin des oreilles de la plèbe grouillante. Je m'étais inconsciemment distancé de ma compagne, lui faisant dos, râlant contre un mur de brique rouge. Les gouttes d'eau tombaient plus fréquemment, plus lourdement, et ruisselaient le long de ma nuque. Je n'attendais pas une réponse douce de la part d'Éléane, une consolation, un attendrissement. Mais je voulais qu'elle m'écoute, du moins pour cette dernière partie. Alors, après avoir botté le bas du mur avec frustration, je me retournai pour lui dire, doucement, fermement, avec sincérité:

« Tu m'as terriblement manquée et je m'en veux de ne pas être revenu plus tôt. »

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Ven 14 Nov - 15:52

La salle était bondée, parcourue de nombreuses têtes blondes désireuses de découvrir ce monde maintes fois rêvé mais pourtant encore inconnu. À l’extérieur, le soleil reflétait de faibles rayons sur les vitres poussiéreuses. La fillette était assise là, dans le tumulte bruyant d’enfants indisciplinés, attendant sagement que vienne le professeur qui leur donnerait leur tout premier cours d’enchantements. Ils avaient déjà eu leurs premières leçons d’histoire de la magie et de botanique au cours de la matinée, mais la perspective d’étudier les sortilèges était autrement plus excitante aux yeux de la collégienne. Elle avait hâte d’essayer, de faire ses preuves, de montrer qu’elle aussi, même à Gryffondor, était capable de devenir une grande sorcière. Ainsi, déjà fière pour son jeune âge, elle patientait sereinement. Bientôt, un jeune Serdaigle brun, l’air désinvolte, la figure fraîche et les joues rondes, vint s’asseoir à ses côtés sans prendre la peine de lui demander si cela l’incommodait ou non, comme s’ils s’étaient connus de longue date et n’avaient plus eu besoin de se présenter. Elle voulut s’adresser à lui, mais une voix qui trahissait une certaine maturité la convainquit de laisser ses dires s’épuiser sur le rebord de ses lèvres. La classe débuta et le garçon, visiblement plus préoccupé par sa contenance que par sa scolarité, dut bientôt lui emprunter plumes et parchemins. Par moments, il profitait de ces écarts pour lui chuchoter quelques boutades plus ou moins discrètes, s’amusant de l’une ou l’autre considération maladroite de leur enseignant ou d’autres élèves et faisant naître chez elle quelques sourires insoupçonnés. Loin de s’émouvoir de l’apparente et surprenante flegme dont la demoiselle faisait preuve pour son jeune âge, son partenaire jeta avec elle ses premiers sorts et se fit une gloire de montrer à la tâche autant de dextérité que sa compagne qui, de son côté, dissimulait la crainte qu’elle avait de ne pas rapidement faire ses preuves. La leçon prit fin et il se leva hâtivement, prêt à rejoindre ses nouveaux camarades de chambrée mais, confiant, il se ravisa et posa sur elles des yeux à la fois enjoués et sombres :

« Au fait, je m’appelle Matthias. Matthias Hobbes ! »

Elle se leva également pour l’effleurer de ses prunelles argent :

« - Enchantée ! Je suis Él…
- Je sais parfaitement qui tu es, mademoiselle Greengrass !
»

Tandis qu’il lui faisait un clin d’œil familier, elle arqua un sourcil. Bien sûr qu’un membre de l’illustre famille Hobbes pouvait reconnaître une Greengrass. Comme elle, il avait appris, étudié, compris. Allègre, il la dévisagea et lança quelque promesse à la volée avant de partir avec précipitation :

« On se voit tout à l’heure dans la Grande Salle ! »

Et sans rien ajouter il s’en était allé, laissant se dessiner un faible sourire sur le masque de l’adolescente qui le regardait s’éloigner.

[…]

Le brouhaha s’atténuait mais l’écho sourd des pas qui claquent sur les pavés glacés continuait de tinter au creux des oreilles de la jeune femme aux regards gris. Depuis l’explosion du laboratoire, sa tolérance au bruit s’était amenuisée et elle confondait désormais paysage sonore et sonorités agressives ou menaçantes. Elle souffrait ainsi par moment de quelques maux de têtes angoissants qui s’épuisaient en cauchemars épars ; de ceux qui vous réveillent, haletant, en pleine nuit. La perte de ses repères et l’absence de Matthias n’avaient pas favorisé son repos. Bien malgré elle, elle s’était inquiétée et, en ce moment, le contraste du mutisme de son ami avec le claquement irrégulier des bottes sur le bitume luisant finissait de charrier les innombrables questions qui obscurcissaient son esprit. Elle avait doucement provoqué Matthias pourtant, mais il n’avait pas réagi, se contentant probablement d’afficher l’une de ces nombreuses manières séductrices. Les paupières closes, elle pouvait presque l’entendre gonfler ses pommettes et se raviser. Cette image l’amusa ; elle ne le connaissait que trop.

Le vent souffla. Le vent hurla et puis. Et puis elle le vit, séduisant comme de coutume ; solitaire, charmeur, fier entre deux gouttes humides. Fier, mais pourtant troublé. Conforme à tout ce qu’il avait toujours été, cherchant la contenance qu’il avait toujours trouvée, il n’avait cependant jamais semblé aussi différent qu’en ce moment. Ses mains, d’habitudes si certaines des gestes qu’elles devaient poser, s’agitaient nerveusement, exprimant une émotion qu’elle ne parvenait pas à déceler. Estimant ne pas avoir à souligner les faiblesses dont il faisait preuve – ne les avait-elle déjà pas assez soulignées en l’emmenant au Chaudron Baveur alors qu’il gisait entre les décombres d’un hôpital ? – elle ne lui fit pas part de ses observations, mais la curiosité, tout autant que l’inquiétude, piquait au vif son désir de le rudoyer de questions. Où était-il allé durant les longues semaines qui les avaient séparés ? Revenait-il pour mieux disparaître ? Avait-il seulement pensé à elle ? À cette dernière interrogation, elle ballota insensiblement de la tête. Non, bien sûr : Matthias était un indépendant. Il allait où son intuition le menait, se liant à qui lui apporterait du bénéfice. Il en avait fini de s’enrichir de sa présence probablement, alors il venait s’excuser de s’en aller ; par politesse, par remords, par lâcheté.

Fut-ce de la bise ou de la pluie, imperceptiblement, elle trembla.

« Qui est-ce qui est moins volubile maintenant ? »

L’ancien Serdaigle la rappela à la réalité et les commissures de ses lèvres, déridées par sa remarque, s’étirèrent un peu plus encore. Sans qu’elle ait jamais compris pourquoi, Matthias avait toujours été la seule personne à la faire sourire souvent. Dans un premier temps, cela l’avait agacée et puis, elle s’était habituée à vivre un peu plus qu’à figurer quand elle était en sa compagnie. Pour autant, elle n’en n’avait jamais oublié les convenances et c’est toujours avec retenue – bien qu’avec sincérité – qu’elle avait abordé avec lui les discussions susceptibles de les mettre mal à l’aise : leurs familles respectives, leur éducation, leurs affects, Mia, Eliott, William. William était la cause de son silence. Ou peut-être pas. Non, ce n’était pas lui. C’était elle : elle n’avait jamais tant parlé que Matthias. Et puis, elle ne désirait pas s’étendre sur ce sujet ni même l’explorer. Alors, simplement, pour brouiller sa réflexion, elle marqua quelques pas dans les flaques brumeuses et l’invita à la suivre.

« Tu as toujours été le plus bavard de nous deux… il est vraiment temps que tu cesses d’attendre de moi que je me fasse un apanage d’être un beau parleur de ta trempe. Et d’ordinaire, ajouta-t-elle sur le ton de la provocation complice, parler plus pour parler de toi ne te dérange pas outre mesure »

Cette constatation n’attendait pas plus de réponse que celle qui avait accompagné son arrivée tardive. Elle ne soulignait qu’une réalité vague qui n’avait aucun intérêt à être développée, parce que tous deux s’en étaient toujours accommodés. Cependant, le jeune homme, qui jusqu’ici l’avait surpris en évitant de la regarder, comme invité, se mit à parler.

« Je vais bien. Rien de spécial. »

Alors c’était ainsi ; ils s’entretiendraient sur l’une ou l’autre banalité, comme ces inconnus qui se croisent et ne se revoient jamais…

« Non. En fait, je mens. »

Cette concession valut un nouveau sourire à la jeune femme. Matthias ne mentait jamais longtemps. Parmi les nombreuses qualités qu’elle lui trouvait, elle appréciait particulièrement sa franchise et son honnêteté. Il lui semblait que ces deux seuls traits de caractère suffisaient à tempérer son arrogance et la tendance qu’il avait à afficher à outrance son joli minois pour mieux charmer et manipuler. Elle n’avait pas souvenir qu’il lui ait déjà menti, et quand bien même, elle savait déceler ses non-dits.

L'heure n'était toutefois pas aux demi-mots : bientôt, une véritable marée de paroles incontrôlées, brutes, primairement déversées à l’état même de pensées, succéda au flou d'une première réponse décevante. Il était parti, il avait voyagé, bien sûr. Et aujourd’hui, il revenait, perdu, nerveux, pour lui dire qu’il n’avait pas trouvé ce qu’il cherchait, qu’il ne s’était pas trouvé.

« C'est drôle. On dirait que les mots me manquent. »

S’arrêtant à son niveau pour suivre ses déplacements, elle rabattit ses cheveux derrière son oreille et, humant l’air, elle plongea ses pupilles dans les siennes. Un pas provocateur et amusé réduisit alors la distance entre eux.

« Une fois de plus, nous voilà atteints du même mal »

Mais les mots, en vérité, ne manquaient pas tant à l’égaré que la maîtrise de soi. Cherchant vainement le Nord, il ressemblait à un gamin perdu, oublié du monde. L’espace d’un instant, un instinct protecteur, presque maternel, voulut poser une main sur celle de l’enfant pour le rassurer, taire ses maux, panser ses plaies. La raison domina l’instinct. Si son ami n’était plus lui-même, elle se devait de rester telle qu’elle avait toujours été, sans quoi ils se perdraient… Ou peut-être pourraient-ils se retrouver ailleurs ?

Cette idée était stupide.

Entre deux bourrasques froides, Matthias continuait de parler. D’une certaine façon, elle le comprenait ; mais elle n’assimilait pas ce changement subit d’être et de paraître et elle ballotait entre sa compassion, sa lucidité, son incompréhension et son mépris, incapable de trouver la réaction adéquate. Elle n’était d’ailleurs pas certaine qu’il s’adressait bien à elle. Et pourtant, il disait son prénom...

« Ély ».

Matthias avait été le premier à la surnommer « Ély » ; elle n’appréciait d’ailleurs pas que d’autres que lui utilisent ce surnom. Il avait quelque chose de personnel, d’intime presque, et entendre sa voix prononcer ces quelques lettres lui donnait la sensation d'habiter pleinement sa personne et d'être importante à l'équilibre de la sienne. Elle n’avait pas besoin d’être une Greengrass quand elle devenait « Ély ». Ainsi, alors que son interlocuteur n’avait jamais semblé aussi désorienté, et pour la première fois depuis qu'elle n'avait plus de nom, elle se retrouvait pleinement et comprenait ce qui lui avait fait défaut depuis leurs adieux.

La chaleur avait désormais laissé place à une froidure agressive qui s’attaquait aux chairs les plus téméraires. L’averse grossissait en même temps qu’elle détaillait les traits fins de son ami. Le vent affrontait la pluie sans être certain de jamais emporter le combat et, l’espace d’un court instant, elle s’interrogea sur cette façon qu’ont les éléments, autant que les hommes, de se livrer constamment bataille. Qui de l’humanité ou de la nature avait bien pu entamer les hostilités et inspirer l’autre ? Qui, d’elle ou Matthias, avait un jour décidé qu’ils devraient jouer les indifférents et agir comme s’ils n’étaient pas, même un peu, même de loin, touchés par tous les événements qui les concernaient l’un et l’autre ? Cela l’énervait de l’admettre, mais malgré ses façons suffisantes, ses expressions moqueuses, ses mèches faussement indisciplinées et son orgueil mal placé, elle éprouvait de l’affection à son égard.

Fallait-il vraiment qu’elle devienne cette chose sentimentale ?

Il l’avait devancée et elle étudiait désormais la carrure à la fois douce et ferme de son dos. Elle percevait l’embarras et la frustration dans sa voix. Elle ne voulait pas qu’il se gêne devant elle. Un court instant, alors que les nuages s’assombrissaient, il s’attarda devant un mur et le choqua de son pied avant de se retourner fermement pour prononcer une phrase qu’elle ne l’aurait jamais imaginé articuler un jour :

« Tu m'as terriblement manqué et je m'en veux de ne pas être revenu plus tôt. »

Ces mots claquèrent comme la tempête qui se prend dans les draps fraîchement lavés. Un instant, elle revit Elegius, sa mère, William, Eliott, Matthias, Poudlard, la maison de son enfance. Mais c’était Matthias qui lui importait en ce moment. Ainsi, il avait pensé à elle. Jamais il n’avait fait de tels aveux. Qu’était donc devenu ce garçonnet qui l’avait interpellée sur les bancs de l’école ? Ils s’étaient toujours tellement accommodés de leurs jeux d’ignorance. Pour autant, depuis qu’ils se connaissaient, le rythme scolaire leur avait imposé de ne jamais être séparés plus de deux mois. Et jusqu’à présent, jamais leurs vacances n’avaient manqué de leur accorder quelques minutes pour se retrouver. Et voilà que quatre mois s’en étaient allés. Quatre mois et elle ne le reconnaissais plus. Elle qui avait cru que les reproches ponctueraient l’instant, elle n’aurait pas imaginé être le témoin d’un tel épanchement émotionnel. Ils ne voulaient pas s’ignorer cette fois. Finalement, peut-être n’avait-il jamais autant été l’ami qui avait grandi à ses côtés qu’il ne l’était aujourd’hui.

Néanmoins, elle resta interdite. Parce qu’elle n’avait jamais fait de tels aveux, elle se trouvait incapable de lui dire à quel point ce sentiment était partagé, à quel point elle aurait eu besoin de son appui, parce que c’était désormais le seul qu’elle pouvait trouver – et peut-être également parce que c’était désormais le seul dont elle voulait ; à quel point elle aurait voulu ne pas être seule pendant ces quatre derniers mois, à avoir l’impression de fuir elle ne savait même pas quoi, à ne plus savoir. Elle aurait voulu lui demander ce qu’il était advenu de lui pendant tout ce temps où elle n’avait rencontré que son silence, mais elle n’était plus certaine des réactions qu’elle pouvait avoir à son égard. Elle lui était reconnaissante de l’amitié dont il lui témoignait en lui parlant de la sorte mais jamais il ne s’était livré ainsi. Ô, il s’était toujours confié sur l’une ou l’autre banalité ou parfois sur des sujets plus délicats mais, jusqu’à présent, il ne les avait jamais présentés avec autant de sincérité et de spontanéité.

Finalement, elle posa sa main sur son avant-bras. Ce geste devait marquer toute sa sympathie, toute son amitié à défaut de pouvoir la verbaliser ; il devait compenser les paroles dures et maladroites qu’elle se savait capable de poser.

« Je ne vais pas te répondre que tu m’as manqué en retour. Nous deviendrions tellement ennuyeux…»

Elle ne voulait pas parler d’elle.

« Et pourtant… »

Ces derniers mots, à peine audibles, s’essoufflèrent et se perdirent dans le blizzard. Elle espérait que Matthias ne les eût pas entendus, aussi elle décida de les ignorer. Elle redressa la tête et observa, au loin, l’une des fenêtres du Chaudron Baveur se découper dans la grisaille. Elle focalisa ensuite son attention sur une chèvre peinte qui se balançait en guise d’enseigne pour l’un de ces petits bars oubliés entre deux commerces grandiloquents. Un frisson parcouru son épiderme mouillé et serpenta le long son échine ; elle frémit et un tête rousse, l’allure pressée, le pas rapide et le menton baissé, l’âme tourmentée par quelconques songes, heurta son ventre de sa chevelure embrumée avant de s’évanouir aussi vite qu’il s’en était venu, après avoir bredouillé une excuse vaseuse.

« Rentrons, c’est moi qui t’invite ».

Pour briser la tension qui s’était installée entre eux, elle lui lança une œillade fraternelle et amusée. Ils avaient souvent débattu afin de déterminer qui offrirait un verre à l’autre, par jeu, mais aussi peut-être parce que l’éducation qu’avait reçue Matthias faisait qu’il supportait mal de se faire offrir une sortie par une femme, quand bien même il la connaissait depuis l’enfance.

[…]

Le café était petit, ténu, cossu, cosy, mais avait néanmoins, dans sa chaleur douce et apaisante, quelque chose de pitoyable et romanesque. Dans l’ombre moirée des couverts se reflétait la lueur orangée d’une cheminée ; ici, retirés dans le brouhaha incertain des tasses qui s’entrechoquent, ils seraient à l’abri des bouches indiscrètes et des qu’en-dira-t-on, c’était idéal.

Suivie de près par Matthias, elle prit place sur une table en bois, à côté d’une fenêtre sombre qui leur permettrait d’écouter le grondement de l’orage se mêler au crépitement des braises rougeoyantes. D’un geste posé, elle se débarrassa de sa cape trempée, déliant quelques boucles liquides. Le contact du grain humecté de sa peau et de la fibre anthracite de sa robe attaquait désagréablement sa chair et elle regretta de ne pas avoir emporté avec elle quelque vêtement plus chaud.

Elle considéra son ami ; elle lui laisserait le loisir de commander. Elle contempla l’écorce de son front, l’arc de sa mâchoire, la courbe de ses mains et se surprit à lui en vouloir de n’avoir pas donné signe de vie. Elle ne le lui reprocherait pas, cependant…

« Tu vois Matthias, ce qui est ironique, c’est que c’est toi qui t’inquiètes constamment à propos du fait de me revoir et qui me parles de manque, mais au final, quand on y pense, c’est toujours toi qui fuis ».

Surprenante, cette aigre pensée s’était matérialisée entre ses lèvres comme la pluie entre ses doigts. Déjà, elle regrettait de l’avoir énoncée. S’en voulait-elle vraiment ? Peut-être en voulait-elle plus à Matthias de l’avoir laissée sans nouvelles qu’au manque de contrôle momentané dont elle avait fait preuve.

« Tu as fui, comme souvent. C’est rassurant, tu restes un peu toi : incertain, effrayé… ».

Dure et incisive, elle avait conscience que ces constats qui devaient déguiser son malaise sonneraient probablement comme des reproches. Elle tenta alors d’adoucir le ton de sa voix, sans être pour autant certaine d’y parvenir.

« Mais cela n’a aucune importance. Si tu as peur et si tu as envie de fuir comme tu l’as toujours fait et bien, fuis. Tu sais que je ne t’ai jamais reproché d’être toi-même. Alors, si pour une fois, tu parviens à montrer ta vraie nature, je suppose que je m’en accommoderai ».

Amère, elle marqua une pause. Le ton était désormais ferme et sans appel, ou tout du moins sans plus de trouble ou de sentiment.

« Et si vraiment tu me demandes mon avis, alors je te dirai que je crois ce n’est pas le temps d’avoir peur, Matthias. La mort d’Hélios, ce pseudo-calme retrouvé, tu sais comme moi que ce n’est qu’illusions et que tu prends un risque en étant ici avec moi. Si tu as peur, alors je te conseille de ne pas rester… certains payeraient cher pour la tête de ceux qui étaient présents à Sainte-Mangouste… Ce serait dommage de gâcher ton beau visage, tu ne crois pas ? »

Elle agrémenta sa remarque d’une moue sarcastique et elle jeta un regard circulaire dans la salle ombrée avant de reporter toute son attention sur l’étudiant et, un peu brusquement, de changer radicalement de sujet :

« Je prendrai un chocolat chaud ».
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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Ven 9 Jan - 18:48

« Tu vois Matthias, ce qui est ironique, c’est que c’est toi qui t’inquiètes constamment à propos du fait de me revoir et qui me parles de manque, mais au final, quand on y pense, c’est toujours toi qui fuis ».

C'est étrange à quel point la vérité peut changer lorsqu'elle sort de la bouche de quelqu'un d'autre. Matthias avait vécu silencieusement avec une vérité qui venait troubler son subconscient mais qui demeurait passive, affable, invisible. Avec les paroles d'Éléane, elle sorti de son état dormant et vint donner une claque à l'ego du jeune étudiant. Celui-ci se redressa inconfortablement, posa ses avant-bras sur le rebord de la table et fixa son interlocutrice d'un regard glacé. Ses pupilles chocolatées, habituellement pleines de malice et de chaleur, s'étaient voilées, adoptant une complexion vitreuse, éloignée. Il se détacha du dossier de son siège et prêta l'oreille de plus belle.

« Tu as fui, comme souvent. C’est rassurant, tu restes un peu toi : incertain, effrayé… ».

Un étrange mélange de satisfaction et d'amertume se broyait dans le fond de sa pensée: il était flatté par l'analyse que son amie faisait de sa personnalité, mais il avait de la difficulté à avaler sa sincérité tranchante. Celle-ci ne lui était pourtant pas étrangère il aurait facilement pu rétorquer qu'elle venait de le critiquer comme souvent. C'est rassurant, tu reste un peu toi: cruellement sincère, insupportablement franche... Mais il demeura coi, tranquillement en train de monter sa défense.

« Mais cela n’a aucune importance. Si tu as peur et si tu as envie de fuir comme tu l’as toujours fait et bien, fuis. Tu sais que je ne t’ai jamais reproché d’être toi-même. Alors, si pour une fois, tu parviens à montrer ta vraie nature, je suppose que je m’en accommoderai ».

Mon silence l'encourageait. Je l'avais sentie hésitante au départ: elle a toujours eu trop de coeur. Ce n'était pas bon pour elle. Maintenant, cependant, elle déversait délicieusement son mécontentement sur l'étendue de la table. Pendant ce temps, je cherchais une assiette dans lequel je pouvais le découper en petits morceaux.

« Et si vraiment tu me demandes mon avis, alors je te dirai que je crois ce n’est pas le temps d’avoir peur, Matthias. La mort d’Hélios, ce pseudo-calme retrouvé, tu sais comme moi que ce n’est qu’illusions et que tu prends un risque en étant ici avec moi. Si tu as peur, alors je te conseille de ne pas rester… certains payeraient cher pour la tête de ceux qui étaient présents à Sainte-Mangouste… Ce serait dommage de gâcher ton beau visage, tu ne crois pas ? »

« Je prendrai un chocolat chaud ».

Je repensais à ma dernière confrontation avec Lily. Nous nous étions parlé ainsi: simplement, en mettant les choses au clair, ne se privant pas de parler franchement. "La seule chose que je connais, que je sais, c'est notre relation. Mais les relations, ce n'est pas mon aire d'expertise; je n'y suis pas habitué, enfin. J'ai perdu le fil de mes pensées. Tu fais ça." Par contre, avec elle, je n'avais aucuns repères. Avec Éléane, le jeu était d'autant plus palpitant parce que je connaissais les règles et les détours. J'avais des manœuvres préétablies et un flot de nouvelles idées. Rien ne la surprendrait. Rien ne l'a jamais surprise. Mais au moins j'essaie.

« Tu es excellente. »

Matthias retint son sourire. C'était difficile de ne pas saluer et de louer les prouesses de son adversaire.

« Tu ne manques jamais l'occasion de me vexer. »

Il signala le serveur.

« Un chocolat chaud pour la demoiselle et un thé pour moi. Earl gray. »

Il regarda s'enfuir le petit bonhomme tout en se replaçant sur la banquette. La pluie battait sur la fenêtre; un bref regard pour se préparer. Ensuite, on commence.

« Je fuis, tu restes. Je reviens, tu es là. Dieu, je déteste tes analyses si acétiques. Elles puent le désinfectant. Et normalement, c'est moi l'analytique. Qui aurait dit que c'est moi qui sent les choses? Je dis que j'ai peur, que réponds-tu? "Si tu as peur, pars". Unfeeling. Je m'y attendais. C'est rassurant, de savoir que tu serais comme je t'avais quittée. »

Les boissons furent déposées sur la table.

« Bois, peut-être que le sucre t'adoucira un peu. »


« J'ai fuis, mais je suis revenu. Toi, tu n'as rien fait. Tu n'as fait qu'attendre. »

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Éléane I. Greengrass
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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Sam 24 Jan - 17:25

« Tu es excellente. »

Un sourire malicieux illumina le regard de la brune dont les lèvres ne cillaient pas, au même moment où elle crut voir une étincelle similaire éclairer celui de Matthias. Il redevenait lui-même et, malgré le caractère plein de promesses qu’était cette concession, il était bon de le retrouver.

« Tu ne manques jamais l'occasion de me vexer. »

Elle avait vu juste, bien sûr, et c’était prévisible. Le schéma de cette conversation avait été tracé au moment-même où la pluie, ironique, s’était mise à tomber sur son retard. Mais le jeu n’en n’était pas moins stimulant. Bien au contraire. Elle se rappelait de leurs douces provocations, de leurs faux regards en coin et de leur allure toujours trop assurée et d’avance, elle savourait. Elle n’aimait que trop ce petit jeu. En réalité, ils n’aimaient tous deux que trop ce petit jeu.

« Un chocolat chaud pour la demoiselle et un thé pour moi. Earl gray. »

Elle regarda Matthias regagner son assurance en même temps qu’il commandait leurs boissons. Elle savait avoir touché juste et l’avait senti mal à l’aise au départ : il avait toujours accordé trop d’importance à ses propos. Ce n’était pas bon pour lui. Et maintenant, il recouvrait ses habitudes, sa personnalité. Elle n’attendait plus que son franc-parler pour lui donner la réplique.

« Je fuis, tu restes. Je reviens, tu es là. Dieu, je déteste tes analyses si acétiques. Elles puent le désinfectant. Et normalement, c'est moi l'analytique. Qui aurait dit que c'est moi qui sens les choses? Je dis que j'ai peur, que réponds-tu ? "Si tu as peur, pars". Unfeeling. Je m'y attendais. C'est rassurant, de savoir que tu serais comme je t'avais quittée. »

Ses lèvres esquissèrent une autre pointe satisfaite. Matthias avait toujours répondu à ses attaques en les disséquant pour mieux en trouver les failles et les exploiter. Et étrangement, elle n’avait jamais cherché à les combler, préférant lui laisser le loisir de s’enfoncer dans des discussions sans fond qui leur valaient toujours, si pas de passer d’agréables moments, d’au moins avoir le sentiment d’avoir été honnêtes.

Bientôt, le serveur revint d’un pas assuré et disposa leurs boissons chaudes devant eux. Encore affectée par la pluie, elle approcha ses mains de la tasse fumante pour essayer d’en capturer la chaleur.

« Bois, peut-être que le sucre t'adoucira un peu. »

Elle retint l’amertume de son rire ; d’elle ou de Matthias, elle ne savait pas trop lequel des deux avait le plus besoin de sucre.

« J'ai fuis, mais je suis revenu. Toi, tu n'as rien fait. Tu n'as fait qu'attendre. »

Satisfaite de la provocation tout autant qu’elle était dérangée par celle-ci, elle arqua un sourcil. Tu n’as fais qu’attendre. Soit. Aussi inconfortablement que son ami l’avait fait, elle se redressa, se libérant de son appui, et examina le contenu de ses iris d’un air neutre, sans ciller. Enfin, une manière pseudo-amusée désinhiba ses pommettes et ses joues. Matthias avait fini son petit récital. Il semblait satisfait de ses dires. C’était maintenant à elle que revenait le loisir d’animer le spectacle et de démêler le flot de ses paroles noueuses. Sincèrement déridée par les propos de son interlocuteur, elle retint un rictus et pencha sa tête vers son épaule droite.

« Attendre quoi ? Toi, sans aucun doute ? Permets-moi de sourire. Mais dis-moi Matthias, que sais-tu de ce que j’ai fait ou n’ai pas fait pendant que tu prenais des vacances ? T’es-tu seulement intéressé à quelqu’un d’autre qu’à ta propre personne ? »

Elle ne supportait plus ce froid qui lui piquait la peau, mais elle s’efforçait de le maîtriser pour garder une apparence digne et fière et continuer à se délecter de cette confrontation tout aussi vivifiante et stimulante que désagréable et dérangeante. Ainsi, pour ironiquement satisfaire l’étudiant dans ses petites assertions toutes faites, elle but une gorgée de son breuvage et savoura son contact qui lui réchauffa le corps autant que les idées. Elle entreprit enfin de continuer :

« C’est amusant, ne trouves-tu pas ? Tu te sens toujours obligé de répondre aux constats par la provocation. Te serais-tu senti tant vexé par mes propos que, comme à ton habitude, tu te croies obligé de juger ce dont tu ignores tout ? Peut-être qu’au final, nous devrions le partager, ce chocolat. »

Sans se formaliser, de cet air calme qu’elle avait toujours arboré, elle poussa la tasse brûlante vers le centre de la table.

« Fais-toi plaisir, je ne voudrais pas te priver. Mais fais attention, à vouloir boire trop vite, tu pourrais te brûler la langue. »

S’adossant à nouveau, elle croisa les jambes et passa une mèche châtain derrière son oreille. Matthias avait toujours été si prévisible, si… traditionnel. Enfin, posément, elle poursuivit :

« Mais tu as raison, d’ordinaire c’est toi qui réfléchis et moi qui ressens. De nous deux, c’est toi l’homme, après tout. »

Une autre pause ponctua l’instant.

« Ta vision trop archaïque du monde ne me surprend plus. Cependant, si tu te perds en sensibilités trop féminines à ton goût, la faute ne m’incombe pas. Alors oui, si tu as peur, pars, ou en tout cas n’attends pas de moi de te protéger de tes émois de fillette apeurée, car si c’est du confort que tu es venu chercher, tu sais comme moi que tu t’es trompé de personne. »

Ce disant, elle repensa à tous ces moments de rires et de complicité qu’ils avaient partagé au cours de leur scolarité. Elle n’avait jamais été confortable, lui n’avait pas cherché à l’être non plus, mais leur relation l’avait tout de même été, la majorité du temps. C’était étrange de constater comme le positif découle toujours de la rencontre de deux négatifs.

« J’analyse, tu ressens. C’est surprenant de voir à quel point tu te trouves mal à l’aise quand on brouille tes petits repères manichéens. Mais Matthias, il y a longtemps que plus personne ne croit au cliché de la femme sensible et de l’homme raisonnable. À moins que ça ne soit ta virilité qui te titille ? Si ça n’est que cela, nous touchons à un tout autre problème. Mais rassure-toi, je ne suis pas tant préoccupée par toi que je me sente tenue de m’inquiéter de ce genre de détails. Et entre nous, ta virilité est le cadet de mes soucis.  »

À l’extérieur, la pluie battait les vitres comme pour les transpercer mais la jeune femme, inattentive à leur agressivité, ne s’en formalisait pas. C’est ainsi que, le plus naturellement du monde, comme s’ils entretenaient une banale conversation à propos des faits divers, elle finit sa réplique dans une expression des plus complaisantes :

« Ceci étant, je suis, moi aussi, très heureuse de te revoir ».
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Matthias J. Hobbes
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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Lun 11 Mai - 20:34

La foule recommençait à habiter la rue : la pluie avait cessé. Matthias caressait le bord de sa tasse de thé, tout en écoutant attentivement les reproches d’Éléane. Il ne la regardait plus. Les tables avoisinantes semblaient le captiver d’avantage. Il se souvint de Beňačková, de l’air de Rusalka et de la beauté de la musique. Il rejouait la mélodie dans sa tête. Il se sentait étrangement en paix.

Étrange paire. S’il pouvait se dédoubler, Matthias se serait installé dans le coin opposé du petit café, légèrement dissimulé derrière une vieille édition de la Gazette et aurait adopté le regard d’un metteur en scène ou un écrivain de scénarios pour pouvoir bien décrire cette paire.

Ils sont tous deux assis ; elle se tient sur une chaise, alors qu’il est affaissé confortablement sur une banquette. La lumière les éclaire tous deux de manière égale, quoique maintenant que la pluie s’est arrêtée, un rayon de soleil commençait à apparaître sur l’épaule du jeune homme. Elle parle, il regarde son thé. Il sourit et elle s’amuse. Étrange paire.

À quoi pense-t-il?
Elle est belle. Mais elle le sait et je ne dois pas lui dire. Il faut que je regarde cette table.

Mais il ne pouvait pas se dédoubler, et la réalité frustrante d’être pris dans un seul corps ne lui permettait pas d’avoir ce regard extérieur. Il ne pouvait pas échapper aux paroles d’Éléane. Il devait lui répondre par autre chose que des regards évasifs. Elle n’allait pas comprendre. Elle était têtue. Il était obstiné. Étrange paire.

« Ceci étant, je suis, moi aussi, très heureuse de te revoir ».

Mes yeux rencontrèrent les siens immédiatement et je ne pu m’empêcher de lui sourire à pleines dents. J’étais si content de l’avoir retrouvée, d’avoir retrouvé nos combats d’idées, d’idéaux et de simplement être avec elle. Nous nous étions toujours partagés nos émotions de manière dissimulée, en les véhiculant par de lourds sous-entendus. Quelques minutes auparavant, j’avais brisé cette tradition en lui avouant que j’avais peur. Elle n’avait pas bronché. Puis je lui ai dit qu’elle m’avait manquée. Je me suis excusé . Elle a changé de sujet. Nous avons changé de lieu. Et puis...

« Ceci étant, je suis, moi aussi, très heureuse de te revoir ».

« Merci ».


Il étendit sa main comme pour venir prendre la sienne, mais ce fut la tasse de chocolat chaud qu'il saisit, et non ses doigts. Il bu le liquide. C'était symbolique, ou quelque chose comme ça.

« Je crois que nous sommes tous deux un peu amers. Tous les deux un peu perdus. Ce que je vais dire va sembler incongru. Je n'aurai jamais dit cela avant. Mais tu peux me croire sincère. »

Il posa la tasse sur la table et émit un léger rire ; il n'était pas nerveux, plutôt maladroit. Éléane attendait.

« Je vais le dire, ça va sortir. Mais c'est toujours difficile de te dire des choses directement. »

« Tu es toujours capable de le prendre comme tu veux et le détourner contre moi. J'apprécie cela. J'apprécie le fait que tu me dises que je suis égoïste et que j'ai une mentalité archaïque. J'aime ça. J'aime...»


Soupir.

« Ce que je voulais dire... C'est que nous sommes tous les deux perdus. Nous le sommes depuis la sortie de Poudlard et c'est normal. Nous le sommes même depuis le jour où nous nous sommes rendus compte que nous n'étions pas à notre place au sein de notre famille. Mais je crois que les événements récents... relativement récents, si tu veux, nous ont désorientés encore plus. Et puis bons, je suis parti mais me voilà revenu. Si j'ai dit il y a un instant que je ne croyais pas que je pouvais être celui qui ressens, ce n'était pas pour dire que tu es celle qui ressens tout d'habitude. C'est que je ne suis pas habitué. Et je me sens comme un petit enfant. Et sapristi, je vais te dire cette phrase quétaine que je voulais te dire tout-à-l'heure mais que j'évite de dire car, comme tu le dis si bien, ce serait une atteinte à ma virilité et à mon esprit habituellement si analytique. »

« Nous sommes perdus dans la vie. Mais au moins nous nous sommes retrouvés entre nous. Enfin, je l'espère. »


Voilà, c'était dit. Ce n'était pas aussi éloquent qu'à son habitude. Mais s'il essaye de dire quelque chose à Éléane depuis le début de leur rencontre, c'est bien qu'il n'est plus le même. Son être demeure, comme elle a pu le constater, mais celui-ci est accidenté différemment, et en partie à cause d'elle.

« On se brise la tête et le coeur avec bien trop d'adresse, Ély. Nous nous devons de continuer, du moins pour la tête. »

Et il prit sa main dans la sienne, comme pour conclure le pacte d'amitié.

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MessageSujet: Re: Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]   Jeu 21 Mai - 15:13

« Ceci étant, je suis, moi aussi, très heureuse de te revoir ».

Le jeune homme qui depuis quelques secondes fuyait son regard et laissait courir ses doigts le long de l’émail de sa tasse fumante redressa la tête et étira les lèvres de joie. Le propos, bien que sincère, était ironique. Mais Matthias savait tout aussi bien qu’elle entendre ce qu’il voulait de ses discours. Ainsi, plutôt que de s’offusquer, il préférait lui offrir un sourire pour lequel, elle le savait, beaucoup d’impudentes se seraient damnées. Elle n’avait jamais été de celles qui se pâment d’une expression complaisante ou vendent corps et âme pour les faveurs superflues d’un Adonis ou d’un Matthias, toutefois c’était à elle que revenait le loisir de telles grâces.

« Merci ».

Ses yeux scrutèrent les siens. Si absents quelques secondes auparavant, ils riaient désormais, et l’invitaient à en faire autant. Un instant, elle hésita, mais elle consentit finalement un petit souffle amusé, qu’elle accompagna d’un léger hochement de tête. Elle voulut parler, mais avant même que sa pensée n’esquisse l’ombre d’une parole, son interlocuteur prit le dessus en buvant le chocolat qu’elle lui avait si âcrement proposé de partager. Cette attitude la surprit,  mais elle n’en montra rien. Matthias avait dû y trouver un quelconque symbole ou une quelconque raillerie. Elle ne releva pas. Une autre pensée se matérialisa et s’évapora comme elle était venue. Le petit garçon parlait désormais, et ne s’arrêtait pas plus.

Lui dire les choses directement était difficile. Soit. Il appréciait sa franchise. Soit. Ils étaient égarés, sans repères… soit.

En ce moment, elle se demandait quelle était l’image qu’ils offraient d’eux aux passants qui emplissaient à nouveau les rues. Une jeune femme trempée et un jeune homme désorienté, tous deux à partager le même chocolat, boudant le thé qui, râlant, fumait, écumait, refroidissait.

« …Mais au moins nous nous sommes retrouvés entre nous. Enfin, je l'espère. »

Elle n’avait pas cillé. Elle ne cillait jamais, mais ce simple aveu réveilla toute son attention et, alors qu’elle inclinait légèrement sa nuque sur la droite pour mieux l’observer, elle sentit le contact chaud de ses doigts sur les siens. Un léger sursaut faillit mettre fin à cette intimité aussi surprenante qu’inhabituelle, mais elle garda son habituelle contenance.

« On se brise la tête et le coeur avec bien trop d'adresse, Ély. Nous nous devons de continuer, du moins pour la tête. »

Certes, ils devaient continuer ; tous deux, ils le savaient, mais cela n’avait jamais eu besoin d’être dit.

Calmement, elle le considéra. Pour la première fois, Matthias la déstabilisait vraiment. Ses jeux de mots, ses détours, ses traits d’humour et ses provocations n’avaient jamais réussi tel exploit, elle avait toujours trouvé les réparties et les gestes adéquats pour lui répondre. En ce moment pourtant, la réplique ne venait pas. L’étudiant était-il tant déboussolé qu’il fallait qu’il l’entraîne avec elle ?

Sans y réfléchir, ses doigts enserrèrent les siens. Imprévisible élan de tendresse. Une figure blonde emplit alors ses souvenirs et elle soupira. C’était son tour, déjà. Sa main se délia, mais ses pupilles intensifièrent le contact.

Quelle était cette image ?

« Bien. Tu voulais me surprendre, voilà qui est fait, bravo. Pour la première fois depuis longtemps, tu me déstabilises. Je n’aime pas ça. Ou plutôt, j’apprécie cela, mais je te mentirais si je te disais que je savais exactement comment te répondre et sur quel terrain m'aventurer. Moi non plus, je ne suis pas habituée. Perdus, oui, c’est ce que nous devons être. C’est, je suppose, ce qui arrive, quand on s’éloigne de ses marques... Je crois que je devrais dire quelque chose de gentil ou d'agréable, je n'y arrive pas. Je ne suis pas cette personne que tu attends que je sois en ce moment, j’en suis désolée. Je crois que, peut-être, puisque je ne peux avoir les réactions que tu attends de moi, je devrais m’en aller. »

L’image était faible, pathétique, à l’instar des rainures noircies qui creusaient le bois de la table.

S’emparant de sa cape trempée, elle redressa fièrement ses membres frigorifiés, se dirigea vers le comptoir, y déposa quelques Mornilles et revint vers son ami qui, comme la foule qui se pressait contre la vitre, suivait ses déplacements de ses iris chocolat. Drôle d’abyme.

« Une longue journée de travail m’attend demain à la bibliothèque… Un peu de compagnie sur le temps de midi me fera du bien ».

Et disant ces quelques mots, elle se leva et, dans l’ébauche d’un sourire, posa sa main sur la joue de Matthias, se pencha, embrassa l’autre joue, se redressa et se dirigea simplement vers la sortie en espérant des jours meilleurs. Au même instant, elle se souvenait de ce même mouvement que, jadis, il lui arrivait d’exécuter à Poudlard, surtout quand elle sentait peser sur elle, ou sur lui parfois, le regard d’élèves intéressés. Elle s’amusait, se délectait. Aujourd’hui cependant, ce n’étaient plus que des passants ; des inconnus qui se perdaient sur le pavé, entre gouttes et soleils. Cette attitude n’avait plus le même sens désormais. Désormais, plus rien n’avait de sens.
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Une averse pour deux. Après la pluie, le beau temps ? [Matthias & Éléane]

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