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 Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - W. Allen [Lala et Ela'].

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Elada L. Enatari

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MessageSujet: Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - W. Allen [Lala et Ela'].   Sam 26 Juil - 16:29

❝ Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne ❞

- W. Allen -





Je ne crois pas avoir déjà entendu cet air auparavant. Il est à la fois lancinant, long, vif et langoureux. Il traîne, se laisse aller, s'épand en fièvres épiques et puis enclenche un subtil trot et s'emballe. Il devient nonchalamment fougueux. Il se laisse aller, se répand, il veut me dire quelque chose. Il n'a pu être écrit que pour cela, c’est évident. Je crois que nous sommes bien partis pour nous entendre, lui et moi. Il me berce déjà, tandis que je lui confesse mes émois épris. Restera-t-il à jamais ce timide animal ? Je voudrais qu'il me caresse et m'emporte, mais il calme ses ardeurs.

Et puis, imposant, violent, il me témoigne son retour d’affection exalté. Il saute et galope, se meut de ruisseaux en rivières et je ne peux m'empêcher de le suivre. Mes talons, délicats aux premiers abords, claquent désormais joyeusement le sol dans un tempo inusité. J'entends craquer le bois du parquet vieilli et un frisson parcourt mon échine. Que Wagner m'emporte !

Une impression de puissance s'engouffre dans ma poitrine et sillonne mes veines qui se dilatent à l’allure régulière des battements de mon coeur. À cette heure, je partirais volontiers à l'assaut des plus grandes nations. Je parcourrais les prairies au dos de mon fidèle destrier et, tandis que ses sabots laboureraient la pâture humide, mes reins se briseraient mille fois en suivant leurs mouvements. Mon échine s’approcherait sans cesse du ciel et de la terre et mes cheveux fouetteraient le vent dans une cadence effrénée. Avec moi, une armée se mouvrait dans un même battement de cil et s’émouvrait toujours plus des splendeurs infinies de l’horizon. J’escaladerais ensuite maints monts, franchirais de nombreuses montagnes et ainsi, au sommet du monde, j’écouterais, simplement, encore et toujours, en laissant se dérouler sous mes yeux amoureux l’absolu d’un paysage d’automne.

Je n’ai pas souvenir d’avoir déjà gagné telle victoire, mais cela ne saurait tarder. J’ai hâte d’être l’auror que j’entrevois depuis toute petite, de m’étaler en forces, de vaincre enfin. Que ne suis-je pas Guillaume le Conquérant, Jules César ou l’un de ces grands hommes qui a écrit l’histoire ? Que ne suis-je pas en train de fouler l’herbe d’un territoire insoumis de mes pas égarés ?

Les croches s’entremêlent et se fendent. La grandeur mélodramatique m’emporte, et toujours plus indifférente d’être ainsi vue à tournoyer au gré de leurs mesures et battements, je me laisse aller à leurs drames. J’aime la sensation que procure le bois frais sur mes pieds dénudés et celle de l’air nouveau qui s’immisce dans mes poumons pour me permettre de glisser toujours plus. Je tente un entrechat que je me figure gracieux et Joséphine me rejoint dans mon improbable ballet.

Les moldus sont incroyable de génie. Que n’ont-ils pas noirci davantage de portées encore ! Je remercie la vie de m’avoir offert de naître dans une famille métissée de magie et d’ingéniosité. Les parents de papa sont moldus pourtant, avec les saisons, leur maison s’est truffée d’objets enchantés par ses soins, et je dois dire qu’il leur a ajouté un charme particulier. Dans le coin de la pièce trône depuis un temps reculé ce vieux tourne-disque, à côté d’une pile immense, mais inégale, d’anciens trente-trois tours en provenance des deux planètes. Et sur le plateau, lorsque l’aiguille fait tinter les premières notes, des petits personnages s’animent et dansent à leur rythme. L’hiver ils se munissent de patins et patinent la surface lisse et noire du cercle mélodieux, l’été ils se drapent de chapeaux et de voiles colorés et s’ébattent au gré de leurs fantaisies. C’est adorable. Papa a toujours fait de la belle magie. Je me souviens de cette boîte à musique qu’il avait ensorcelée pour qu’elle transforme le plafond de notre chambre en azur étoilé à chaque fois que nous ouvrions les yeux, quand notre sommeil se faisait trop agité. C’était délicat et fin. Je n’ai malheureusement pas hérité de cette délicatesse. Je tiens plutôt de maman qui, malgré son apparence fragile et aérienne, ainsi que ses mains longues et fines, excellait dans les sorts puissants, mais grossiers. J’imagine qu’on ne peut pas tout avoir.

L’accord est redoutable et je m’élève sur un appui léger. J’ai le sentiment d’être en train de voler. Qui sait, en m’y reprenant une ou deux fois encore, toucherais-je peut-être bientôt l’éther du bout des doigts. Mes paupières se ferment et je continue à onduler en chantant à gorge déployée. Dans un portrait accroché au mur, papa et maman me font l’honneur de danser avec moi. Ils avaient vingt ans à l’époque, et maman avait sur les lèvres les traits du bonheur. Elle me sourit, j’aime son sourire. Je lui ressemble beaucoup, il paraît.

Visiblement divertie et déridée, Joséphine s’approche de moi et je me saisis de ses deux ailes minuscules qui battent vigoureusement l’air pour l’entraîner plus encore dans ma folie et virevolter avec elle. Elle semble aimer l’idée et batifole à mes côtés. Ce volatile me surprend décidément chaque jour un peu plus. Je ne dois pas la décevoir. Ainsi, tandis que nous nous complaisons dans nos envolées gamines, je deviens tour à tour un cheval, une licorne, Pad’, un sergent de l’armée russe, une chouette, grand-mère, un canard, un strangulot, Katelyn, un chat, Laila.

Laila devrait arriver bientôt, peut-être avec son cousin, son oncle ou sa tante, je ne sais pas. Je le lui ai demandé, mais sa réponse s’est probablement égarée. Ca n’a pas grande importance. Nous avons prévu de passer la journée ensemble pour acheter nos livres de cours. Je dois ajuster mes robes de sorcière également, car il semblerait que mes jambes aient enfin daigné grandir de quelques centimètres. J’ai envie de dire : il était temps ! Naturellement, nous achèterons aussi des sucreries, et je me réjouis d’avance de savoir quels effets imprévus auront celles-ci sur nos visages amusés. Bien sûr, pour cela, il faut d’abord que mon amie arrive, ainsi que papa. Il nous accompagnera jusqu’au Chemin de Traverse, mais je crois qu’il ne restera pas avec nous. Je pense qu’il doit acheter quelques ingrédients pour ses potions de soins. Il nous rejoindra ensuite, en fin d’après-midi, car il m’a promis une surprise « inoubliable », pour bien entamer ma septième année. Je ne suis pas certaine qu’un cadeau de quelque sorte que ce soit augmentera mes chances d’obtenir une myriade d’ASPIC, cependant, je me demande de quoi il s’agit, et j’avoue bouillonner d’impatience, d’autant que Laila pourra peut-être passer la nuit à la maison. Alors pour oublier l’attente, je chante, chante et valse encore. Je suis une ballerine, mieux ! je suis Wagner en personne.

Comme souvent, je me suis réveillée avec la chevelure rose ce matin. J’aime être d’humeur rose, car cela laisse souvent présager d’excellents moments. Que pourrais-je d’ailleurs vouloir de plus aujourd’hui ? Voir mes cheveux se teinter des reflets grenat de ma gaieté quand un chef guide l’orchestre de mes passions tel un marionnettiste et quand une odeur de pâte qui gonfle s’échappe de la cuisine ne peut que laisser poindre l’espoir d’une journée délicieuse. Les gâteaux de grand-mère sont les meilleurs, j’espère que Laila les aimera. Mais cela ne fait aucun doute.

Quand j’y songe, il est incroyable de me dire que cela fait déjà six ans qu’elle est la compagne de mes utopies nocturnes. Six années qui nous ont vu grandir et nous ont rapprochées, imperceptiblement d’abord, plus franchement ensuite. Comme Poudlard me manquera. La perspective de l’avenir est bien sûr très excitante, mais elle laisse déjà poindre une nostalgie que je n’aurais pas soupçonnée. Mais nous sommes jeunes, et ce n’est que le début d’une longue suite d’aventures : je ne saurais longtemps me complaire en sensibilités confondues entre le passé et l’avenir. Tout est à construire, I guess.

Une altération encore, un pas chassé et je me retrouve face à un visage aussi statique qu’incrédule. Laila est là, baignée de soleil, qui me regarde. Indécise, tandis que mon souffle se mêle au sien, elle me considère. Et dans la pièce, continue de raisonner la douce et suave harmonie qui n'a de cesse de faire frémir mon corps troublé.


De l'occupation pour les oreilles:
 


Dernière édition par Elada L. Enatari le Ven 26 Déc - 8:40, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - W. Allen [Lala et Ela'].   Sam 30 Aoû - 14:37

L'été est arrivé et ce ne fut pas une surprise. J'anticipe toujours le début de le période estivale puisqu'il entraîne les fatidiques examens finaux. Ceux-ci sont bien évidemment une importante charge pour moi et j'étudie avec assiduité, certes; pourtant, après mes montagnes d'angoisse de l'année précédente, la terminaison de la sixième année à Poudlard fut aussi douce que la brise printanière.

***

J'ai regardé le lac et les nombreuses tourelles de Poudlard se dissimuler derrière la vapeur que dégageait le train. "C'est l'avant dernière fois que je fais ce trajet", me suis-je dite, une pincée de nostalgie poivrant mon humeur. En face de moi se trouvaient Oswin, les yeux rivés sur la dernière issue de la Gazette du Sorcier, ainsi qu'Elada qui comptait ses gallions pour pouvoir acheter des sucreries et finalement Katelyn, qui tentait de replacer une valise dans le compartiment de rangement. Tous les quatre, nous causions de manière tout-à-fait banale, commentant les nouvelles tapisseries dans le couloir du train, discutant de nos projets d'étés. J'observais mes amis, un sourire aux lèvres, alors que je suis rendue compte qu'en leur présence, j'étais parfaitement heureuse. C'était un moment calme, serein et tout semblait être en place. Je n'aspirais pas à grand chose, en fin de compte. J'étais contentée, satisfaite. Rien d'autre m'apportait plus de joie que ceci.

Oswin fut le premier à remarquer l'ombre dans mon regard. Je venais juste de constater la simplicité de mon bonheur et un frisson de culpabilité m'habita. Doucement, sans vouloir me faire remarquer outre mesure, je me suis glissée hors du compartiment. L'odeur du nouveau tapis dans le couloir m'enveloppa soudainement; je me dirigeai vers une fenêtre ouverte pour m'échapper de l'odeur un peu toxique. Je demeurai là jusqu'à ce qu'on vienne me chercher.


***

« Allô. »

...

« Bienvenue à la maison ! ... »

Je ne suis pas restée longtemps chez mon père. Nos retrouvailles furent étranges; nous étions encore étrangers. J'avais l'habitude d'être seule dans son appartement. Je perdais mes repères affectifs en retrouvant une autre personne m'accueillant dans ce lieu que j'avais l'habitude de mépriser.

En arrivant à chez mon cousin, je me suis vite débarrassée de cet inconfort et je ne me suis pas gênée pour entrer dans la routine tranquille de la vie à la campagne. Oswin était parti avec son père faire un voyage à Londres, me laissant seule avec Teofana.

Je pelais des carottes dans la cuisine alors qu'elle préparait le souper, lorsqu'elle m'a avoué avoir  ouvert une chouette qui m'était destinée par accident.

« Tu sais, j'ai la tête en l'air parfois. C'est assez inoffensif je crois, puisque ce n'est pas d'un garçon. »

Elle me fit un petit clin d’œil alors que je me tortillai inconfortablement sur ma chaise.

« C'est de ton amie Elada. Elle raconte quelque chose au sujet d'un projet quelconque. Je ne sais pas trop... »

Je souris: Ela m'avait déjà mentionné son désir de nous réunir au cours de l'été pour aller faire des emplettes à Londres. Nous nous étions rapprochées ces dernières années et c'était tout-à-fait naturel que l'on veuille se revoir. Deux mois et demi de séparation pesaient lourdement sur mon quotidien; j'avais l'habitude de voir mon amie tous les jours, et non seulement lorsque le marchand de sable passait. J'affectionne énormément ma voisine de songes, d'autant plus que je crois que mon estime envers elle m'est retourné. C'est toujours plus plaisant d'aimer et d'être aimée en retour...

[...]

Ma tante avait dit l'essentiel de la lettre, mais j'étais certaine que celle-ci était bien complète. Mon amie était bien capable de prendre deux pages pour dire bonjour.

« La lettre est sur mon bureau. Tu peux aller la lire, c'est assez de carottes. »

***
Mes sandales neuves claquaient sur les dalles qui serpentaient à travers le jardin enchanteur. Celui-ci embaumait magnifiquement; l'arôme colorée de chaque fleur créait l'atmosphère féerique d'un véritable jardin anglais. Au bout du sentier tortueux se trouvait une adorable chaumière, digne d'un conte. Je n'aurais pas pu imaginer un endroit plus pittoresquement charmant; bien sûr qu'Elada habitait ici. J'aime penser que tout dans la vie à une explication assez évidente.

[...]

Toc toc toc. Sans points de suspension, sans arrêt, sans hésitation. Rapide, enjoué, léger. Toc toc toc.

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Elada L. Enatari

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MessageSujet: Re: Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - W. Allen [Lala et Ela'].   Sam 27 Déc - 19:30

Spoiler:
 





❇️❇️❇️





❇️❇️❇️



Toc toc toc. Le bruit familier de la visite, et ce minois étonné aux reflets châtains qui me considère derrière la fine vitre de la porte. Laila est là, qui me dévisage, et je me surprends presque de la voir si détendue, ici, sur le perron, alors que je n’attendais qu’elle et ses airs charmants.

Un échappé et je m’approche du visage illuminé pour théâtralement dégager le lourd accès de chêne peint. Curieux, le soleil profite de l’occasion pour baigner le foyer d’une lueur nouvelle et l’odeur du cèdre se mélange à celle des gâteaux qui finissent de monter dans le four. Tout en dansant, je lance un « Bonjour » allègre à la brunette qui semble me rencontrer pour la première fois et me détourne ensuite d’elle, pour tenter un pas dont j’ignore le nom au milieu de la pièce lambrissée.

Avec conviction, et sans m’inquiéter de savoir si mon chant rencontre ou non la justesse que requiert l’exercice, ma langue se délie en quelques notes sonores et, tournoyant sur moi-même, j’attrape les deux mains de Laila pour l’entraîner dans ma danse. Le tragique de la musique contraste avec mes mèches roses et la chaleur des rayons qui s’introduisent par la porte entrouverte. Laila semble surprise, elle me connaît bien pourtant. Qu’importe, c’est ainsi que nous nous apprécions.

Quelques rondes encore et, la tête ivre, je m’arrête, faisant toujours face à mon amie. Sur mon front, quelques mèches collées traduisent l’extase de laquelle je viens de m’extirper. Ma respiration n’est pourtant en accord ni avec ma fatigue physique ni avec mon excitation à l’idée de passer cette journée en compagnie de la belle : paisible, elle calque son mouvement sur celle de la jeune femme qui me fait face.

L’espace d’un instant, je l’observe : ses traits sont toujours ceux de l’enfant, mais traduisent pourtant cette espèce de maturité qui la caractérise depuis un âge bien trop juvénile. Bientôt, quand la courbe de son visage aura fini de s’affiner, ses hanches de se creuser et ses épaules de se dessiner, elle sera une vraie femme. Et moi je resterai l’enfant, la gamine imperturbable que tout anime et égaie, en décalage avec un corps trop grand. C’est inévitable, et sans doute mieux ainsi. Je ne serais plus moi, si je devais m’assagir. Amusée par ce constat, alors que mes pas feutrés rencontrent délicatement le bois poli par le temps, je lui souris et j’admets simplement, la voix pleine de promesses :

« Je suis contente que tu sois là ! »

Quelques centimètres en contrebas de nos têtes réjouies, un frottement hâtif se fait entendre et un paquet de poils blancs vient se perdre dans les pieds de la nouvelle arrivée, tout en glissant sur le vieux parquet, haletant et hoquetant. La bête est plutôt âgée, mais regagne en enthousiasme quand il s’agit d’imprégner de son subtil arôme des créatures encore insoumises. Consciente qu’il vaut mieux pour chacun que je tempère ses ardeurs, je me baisse pour l’encercler de mes bras et l’élever à hauteur d’homme.

« Lala, je te présente Tobby. Il est un peu repoussant comme ça, au premier coup d’œil, avec son poil jauni et ses yeux tors, mais il n’y a pas bestiole plus adorable que ce celle-là, crois-moi ! »

Dans mes cheveux, un étrange assaut piquant et mordant me fait comprendre que Joséphine n’approuve pas tout à fait mes dires. Le caractère de ce rapace me désespère, mais c’est dans un éclat de rire que je concède ces quelques mots au minuscule animal :

« Et bien sûr, nous ne présentons plus Dame Joséphine la grande duveteuse, grande prêtresse du courrier longue distance, druide de poche, spécialiste en herbes et champignons et guide spirituel de la famille Enatari, qui ne laisse son reste ni à ses maîtres ni au sieur que voici ! ». Et, m’adressant dans un clin d’œil au cerbère miniature que flattent les mains de la jeune Serdaigle, j’ajoute quelques mots d’encouragement : « Si j’étais toi Tobby, je ne me laisserais pas faire ! ».

Reposant le vieux pataud sur le sol, je me concentre à nouveau sur ma compagne de dortoir. Elle porte des sandales ouvertes et une robe dont les couleurs rivalisent avec celles du printemps, et son visage paraît des plus joyeux. Pour un peu, je ne la reconnaîtrais pas. Je lui souris et, satisfaite de la voir si épanouie, hume l’air qui s’emplit d’une senteur nouvelle :

« Tu sens ce parfum ? dis-je l’iris pétillant. Grandma a fait des biscuits ! Tu vas les aimer, j’ai rarement connu telle pâtissière ! Oh, mais j’en oublie toutes les convenances ! finis-je en prenant une expression faussement pompeuse, donne-moi tes affaires, je vais te débarrasser ! ».

Sans trop lui laisser le loisir de refuser, et dans une courbette outrageusement surfaite, je m’empare alors du sac de Laila que je pose sur une chaise auprès d’une étagère. Je la rejoins ensuite à coups de petits pas chassés.

« Alors dis-moi, où est Oswin ? On a tellement de choses à faire ! Tu vas dormir à la maison, hein ? Il faut que je te montre le le tourne-disque de papa ! Bien sûr avant, on va aller sur le Chemin de Traverse ! Il faut que j’achète du produit pour astiquer mon balai et que je fasse ajuster mes robes. Et puis il ne faut pas qu’on oublie les bonbons ! Padraig nous rejoindra peut-être. Et Papa va venir avec nous, il doit aussi faire des courses et il m’a promis une surprise pour cette dernière année. Tu te rends compte ? Notre dernière année ! Il va falloir qu’on fasse plein de quidditch ! Tu voudras t’entraîner avec moi ? Oh, si tu veux, on peut déjà commencer dans le jardin ! Papa a jeté un sortilège de confusion pour que les moldus ne se rendent compte de rien. On peut aller mettre des vieux vêtements et… Oh, attends, je vais te chercher des biscuits ! »

Ayant pressenti que je ne tiendrais pas longtemps sans explorer l’Eldorado dont proviennent les fumets les plus alléchants, une ombre familière traverse l’encadrure de la porte, transportant avec elle la source sucrée de tous mes désirs :

« Calmez-vous mesdemoiselles ! Vous aurez le temps de faire toutes ces choses une par une, le moment venu ».

De cette gestuelle tranquille et élégante qu’ont les grandes dames du monde – celles dont le cœur ambitionne de panser toutes les plaies de l’univers – elle s’approche du phonographe et, de ses doigts fins et délicats, elle en diminue les sonorités. Elle se dirige ensuite vers la collégienne qu’elle rencontre pour la première fois.

« Laila, si je ne m’abuse ? Bienvenue. Je suis Mabel, la grand-mère d’Elada. Ne te gêne pas, appelle-moi par mon prénom ».

Le regard bienveillant, elle lui tend alors le plateau rempli des friandises moelleuses et chaudes dont se dégage une fragrance des plus appétissantes. Titillées, mes narines se dilatent et ma langue humecte mes lèvres.

« Ils viennent juste de sortir du four, fais comme chez toi, prends-en autant qu’il te plaira. ». Et, se tournant vers moi, elle ajoute : « ‘Lada, ton père va bientôt arriver. Je pense que pour l’heure, le mieux serait de vous préparer à partir, tu ne crois pas ? »

Tout sourire, j’acquiesce et la regarde se diriger vers la cuisine avant de moi-même fendre l’air en direction du tourne-disque, dans l’idée d’augmenter à nouveau le son, juste un peu, afin de ne pas perdre cette exaltation qui m’habite. Batifolant joyeusement, les petites figurines qui dansent sur sa surface lisse captent ma pupille fascinée et, pour une brève minute, je m’apaise. Je propose alors à Laila de me rejoindre dans ma contemplation et, après lui avoir expliqué que Philomène et Jean sont l’œuvre de papa, nous restons toutes deux à admirer leurs prouesses de souplesse. Non loin de là, le portrait de maman me sourit tendrement, et je revois deux petites filles rires aux éclats au bord d’un immense lac vert. Une seconde à peine, mon regard se trouble, mais je ne me permets pas de me perdre dans ce royaume chimérique à l’arrière-goût de souvenirs surannés. Car à mes côtés, l’adolescente étudie avec son inébranlable attention d’élève appliquée le petit couple qui s’ébat. Ravie de voir qu’elle apprécie ce petit chef d’œuvre à sa juste valeur, je me perds à nouveau dans ma rêverie.

Le silence dans lequel nous sommes plongées étonne probablement Grandma qui me sait d’une nature plutôt énergique et vive. Mais je ne veux pas briser cette quiétude qui emplit le salon. Je suis bien, ici. Avec Laïla, nous sommes fort proches depuis quelques temps. Depuis la fuite de Branstone, en réalité. Je me suis bien sûr toujours bien entendue avec ma camarade de chambrée, et j’ai aimé partager avec elle mes derniers jeux de l’enfance, mais nous n’avons jamais ressenti pareille complicité auparavant. Ce changement a quelque chose de plaisant, bien que nous sommes, en réalité, fort différentes : elle pleure souvent, je ris beaucoup ; je vois les jeux de l’hiver quand elle voit la tempête et les colères du ciel. Nous sommes complémentaires, peut-être ; nous nous tempérons l’une l’autre, en quelques sortes. Mes grands-parents risquent de beaucoup l’affectionner pour cela. Cette idée m’amuse et me rassure. Désormais tout à fait sereine, je lance un sourire complice à la figure aimante de Maman avant de me redresser, comme ressourcée, si tant est que je m’étais vraiment épuisée à fouler de nouveaux territoires en compagnie de ce très cher Wagner.

« Et bien, ma fille serait-elle malade ? »

Une voix enjouée brise cet instant de calme, et je me retourne pour me précipiter dans les bras de mon père, que je n’ai pas vu depuis la veille. Chaque séparation, aussi courte soit-elle, me laisse ce sentiment d’abandon que je ne veux pas m’expliquer et me donne la sensation que jamais je ne retrouverai la chaleur de sa présence. Aussi, chaque retrouvaille est un tel soulagement qu’elle équivaut toutes les fêtes du Monde. Avec Papa, je me comporte comme une nourrisson égaré, mais rien ne traduit jamais cette faiblesse si ce n’est mes éclats de joie et mon bonheur de le retrouver. Visiblement aussi heureux que moi de me revoir, il m’embrasse sur la joue avant de saluer Lala qui est restée accotée auprès des personnages. Il mord ensuite dans un biscuit et, se dirigeant vers la cheminée, tourne la tête vers nous.

« Ces demoiselles m’accorderaient-elles le loisir d’un voyage par le réseau de cheminées en leur agréable compagnie ? »

Une lueur éclaire mes prunelles et, le corps frissonnant d’impatience, je sautille sur place pour exprimer ma hâte. Je tends alors le pot qui se trouve sur la cheminée à Laïla et, après l’avoir vue s’en aller dans une fumée verte, je prononce moi-même ces quelques mots de bon augure.

« Chemin de Traverse ! »

Et derrière nous ne subsiste, comme seul témoin de mes lubies matinales, qu’une mélodie puissante et dramatique, qui fait danser, emplis d’ivresse, un homme et une femme de porcelaine.
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Laila Clennam

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MessageSujet: Re: Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - W. Allen [Lala et Ela'].   Jeu 21 Mai - 22:13


Une odeur fantastique et un visage que j’aime : Elada m’entrainait déjà dans sa maison, me présentant ses animaux de compagnie et m’offrant des biscuits. Des biscuits, c’était si bon. Je n’avais jamais réussi à faire de bons biscuits ; la cuisine n’était pas mon fort. C’est étonnant, puisque je suis si forte en potions… Mon manque de talent me fit apprécier encore plus vivement les confections de Mabel. C’était une jolie dame, délicate et âgée. Je la préférais à Tobby, de loin. C’est normal, direz-vous, de préférer un humain à un animal (surtout si l’humain en question cuisine divinement bien), mais il m’arrive souvent de choisir la compagnie de mon Copacabana avant celle de mes camarades de classe. Les chiens par contre… je ne disais rien à Elada. De toute façon, elle était si enjouée, si volubile, si explosive… si Elada, que si je parlais, ça serait de trop.

« Je suis contente que tu sois là ! »

Elada avait toujours le don de me faire plaisir avec sa candeur et sa franchise. Elle avait dit cela tout simplement, sans artifice, sans émotion dans la voix; simplement, comme lorsqu’on dit qu’on aime les fleurs ou le soleil.

Il y avait l’odeur des biscuits. Il y avait Elada, la Resplendissante. Puis il y avait Wagner. Mon amie me fit remarquer un joli sortilège que son père avait jeté sur le tourne-disque: deux jolies figures dansaient sur Tannhaüser. Elles étaient agiles et gracieuses et connaissaient bien l’air triomphal. Elada les regardait rêveusement. Je fis de même pour un instant, puis j'essayai de ne plus les voir. La facilité avec laquelle ils glissaient sur le plateau tournant me déconcertait. Ils se brouillèrent et seul Wagner resta dans mes pensées. Je connaissais bien l'air, mais à chaque fois que je l'écoutais, j'y retrouvais quelque chose de nouveau. C'était toujours plus triste. Oswin n'aimait pas que j'écoute du Wagner; d'ailleurs, je n'y avait pas touché depuis au moins un an. J'écoutais Mozart à la place. Mozart c'est bon pour le cerveau.

[...]

J'observais M. Enatari promener sa fille par le bras le long des ruelles ensoleillées. Elada a vraiment de la chance, d'avoir un père aussi compréhensif. J'avais de la chance aussi, d'être capable d'enfin renouer avec le mien. Mais je ne crois pas que nous arriverions au même port que ceux-là.

J'enviais Elada pour plusieurs choses. Sa confiance, son optimisme, sa légèreté d'âme, sa famille. Avant, je la méprisais un peu, la croyant comblée de tous les bords, tous les côtés. Maintenant, je la connais. Enfin, je ne crois pas qu'il est possible de connaître Elada entièrement, mais au moins je sais comment elle se situe par rapport à elle-même. Et je sais comment je me situe par rapport à elle. Et je l'aime beaucoup.

«  Qu’est-ce que vous nous réservez de plus aujourd’hui, M. Enatari? »

Nous sortions de Glace Florian Fortarôme, un cône dans la main et un nombre indéfini de boules de crème glacée empilées par-dessus. Mes jambes étaient engourdies d’avoir marché si longtemps, mais j’étais heureuse d’avoir les bras chargés d’emplettes. Ce soir, j’allais pouvoir dormir longuement… à moins qu’Elada ait l’envie de bavarder. Je me souviens d’une fois, la veille d’un examen aux BUSES, elle m’avait gardée éveillée presque toute la nuit en me parlant des nains de jardins qui envahissaient sa chambre lorsqu’elle était petite, pour venir dérober sa garde-robe; « Vois-tu, ils ne voulaient plus porter des pantalons et des salopettes, mais plutôt des robes ou encore de escarpins (pour faire changement des bottes qu’ils enfilaient jour après jour). Je leur ai expliqué en vain que je n’avais pas assez de vêtements pour eux tous, mais ils persistaient… ». Le lendemain, nous avions excellé dans nos examens de Soins aux créatures magiques, évidemment.

« Elada, tu m’as bien dit que ton père te réservait une surprise, chuchotai-je dans le creux de son oreille, va-t-on savoir de quoi il s’agit bientôt? »

Je me sentais comme une petite gamine, curieuse de savoir si le papa de mon amie allait partager la surprise avec moi.

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Elada L. Enatari

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Travail/Etudes: Serdaigle, septième année.

MessageSujet: Re: Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - W. Allen [Lala et Ela'].   Ven 19 Juin - 11:20








Après un détour dans les méandres tortueux de Gringotts, nous nous baladons le long des ruelles jaunes. Wagner emplit toujours mes oreilles, m’insuffle le courage que nécessite une telle journée de marche, m’inspire le goût de découvrir toujours plus les petites senteurs vagabondes de l’envie. La vie est belle ou, tout au moins, je suppose qu’elle ne pourrait l’être plus. Autour de nous, des enfants vifs gambadent et courent entre les briques rouges. Certains admirent les chocogrenouilles en vitrines, d’autres les chaudrons étincelants. Je soupçonne ceux-là d’être nés moldus et de ne toujours pas croire aux splendeurs qui s’étalent devant leurs yeux. Sans doute nous rejoindront-ils bientôt à Poudlard, et nous aurons le loisir de faire leur connaissance. Peut-être certains d’entre eux intégreront-ils l’équipe de quidditch, un jour. Je n’aurai pas la chance de jouer avec ceux-là. Le quidditch me manquera quand viendra l’été prochain, mais je ne l’abandonnerai pas. On n’abandonne pas ce qui nous anime, au contraire on l’entretient, on le répète, on l’habite. Peut-être même que… Mes idées sont absurdes.

C’est une journée folle, douce et agréable ; pleine de promesses, comme celles qui s’annonçaient lorsque, au petit matin, quand le jour n’était encore qu’une ébauche, Maman posait un baiser sur nos fronts pour nous éveiller. Nous partions ensuite rencontrer l’aurore qui éclairait la clairière et le lac et nous passions la journée là, à ne rien faire d’autre que savourer, rire et jouer, à ne rien désirer de plus régner sur le petit bonheur qui gonflait l’herbe de clairière. Et nous vivions.

À mes côtés, Laila marche la tête haute, le nez en l’air et ses cheveux flottant dans la brise légère. Elle sourit. En ce moment, elle dégage cette innocence que je ne perçois que rarement chez elle. J’aime quand son esprit part à l’encontre de la fillette fragile égarée très loin et depuis trop longtemps au fond de ses entrailles. Elle dit parfois que je suis suffisamment gamine pour deux. C’est sans doute vrai, mais c’est aussi probablement très faux : on n’est jamais assez ingénu, je crois. Il n’y a que les gens trop pressés que pour se croire plus sérieux parce qu’ils ne sourient jamais. Peut-être qu’elles seraient plus heureuses, ces âmes noires qui se perdent dans les couloirs sombres du Ministère sans jamais regarder ni même voir ceux qui errent avec elles, si elles acceptaient le môme qui pleure dans leur intérieur. Papa dit que le Ministère est déprimant ; je suis d’accord. Je l’y ai accompagné une fois étant petite alors que quelqu’un d’important y avait fait un malaise. Je ne me souviens pas bien de son nom – Tomas Flynch peut-être –  mais je me souviens des mines graves et sinistres qui circulaient ça et là, en parfaits anonymes. C’est peut-être ce jour-là que j’ai su que je ne voulais pas leur ressembler.

[…]

Ma crème glacée à la main, je chantonne gaiement. La journée n’aurait pu être plus délicieuse. Papa nous a rejointes depuis un moment déjà, et nous formons un petit groupe affamé et bien chargé. Mes robes sont ajustées, j’ai renouvelé mon essentiel à potions, investi dans un nouveau nécessaire à balais, dans une nouvelle robe de bal, dans de nouveaux livres (L’« ASPIC » écrit en mettre d’or sur certaines couvertures a quelque chose de fascinant mais, surtout, de très effrayant), dans quelques romans d’aventures et aussi dans quelques friandises pleines de surprises pour la journée de demain. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne mange jamais autant de sucreries que quand je suis avec Laila. Par malheur, la malchance a voulu que nous occupions le même dortoir. Elle le cache parfois bien, mais mon amie est gourmande, avide, friande de nouvelles choses. Ses yeux pétillent à l’idée de nouvelles découvertes. C’est ainsi que, dégustant avec délices les parfums de sa glace, elle se glisse doucement jusqu’à moi et penche son petit minois jovial vers l’avant pour porter son attention à Papa qui me tient le bras.

« Qu’est-ce que vous nous réservez de plus aujourd’hui, M. Enatari ? »

Les yeux de Papa s’illuminent et il sourit. J’aime l’air espiègle qu’il affiche constamment. Je comprends ce que Maman a aimé chez lui.

« Que faudrait-il de plus pour vous plaire, charmante de demoiselle ? », lui demande-t-il, l’air taquin.

À ma droite, les joues de la jeune fille s’empourprent, tandis qu’à ma gauche une gorge éclate d’un rire clair. La réaction de la Serdaigle a quelque chose de rafraîchissant et je ne peux m’empêcher de pouffer à mon tour. Je ne cache pas non plus ma hâte, mais je connais bien Papa : plus je m’impatiente, plus il me fait attendre. Alors je ne demande rien, j’espère sagement, bien qu’à l’intérieur, un bouillon avide se mêle à ma digestion. Mais Laila ne connaît pas encore bien l’homme qui m’élève depuis tant d’années (d’ailleurs, bien qu’il lui ait demandé de l’appeler « Alistair », elle préfère encore « Monsieur Enatari », ce qui me semble des plus inhabituels) et insiste auprès de moi :

« Elada, tu m’as bien dit que ton père te réservait une surprise, va-t-on savoir de quoi il s’agit bientôt ? »

À nouveau, je souris et, alors que j’ai tout à fait conscience des œillades intéressées du paternel, j’entreprends de lui chuchoter quelques mots. Mais alors que mes premiers murmures franchissent la barrière de mes lèvres, un poids lourd, mort, s’abat sur mon dos, couvre mes yeux de ses mains gigantesques et manque de me faire tomber sous les yeux égayés de mes compagnons de voyage.

« Qui c’est ? », demande-t-il, allègre.

Indignée, je proteste : « Padraig ! Descends de là immédiatement ! », et la voix grave de mon agresseur rejoint l’hilarité générale.

« Un plaisir partagé de vous revoir, Miss Enatari ! »

La masse se redresse et je la flatte de l’un de ces regards noirs dont elle est plus que souvent la destinatrice avant de constater l’étendue de la tache chocolat qui s’étend sur mon pantalon. Sans demander mon reste, j’étale alors la fin de mon en-cas sur le t-shirt du nouveau venu qui se met à me poursuivre en dispersant sa voix enjouée dans la ruelle. Pas de chance, je cours vite, mon petit. Papa, qui nous observe, se régale la simplicité de cette scène et redouble de bonne humeur tandis que Laila, les mains sur les hanches, nous jauge avec ses airs faussement désespérés de mère de famille.

Une minute plus tard, nous voilà revenus. Difficile de dire qui de celle qui le pantalon souillé et la peau étrangement verte ou de celui qui a les cheveux en bataille et une chaussure en moins a gagné la joute. Moi, évidemment, mais l’adversaire est coriace et ne l’admettra pas. C’est sans importance, je savourerai ma victoire en solitaire. Mais voilà que déjà, il revient. Méfiante, j’esquisse un pas en arrière tout en récupérant son soulier. Il passe alors un bras autour de mes épaules et m’embrasse sur la joue. Faussement dégoûtée, je le repousse.

« Lâche-moi l’affreux, tu veux ? ».

Inexplicablement conciliant, Padraig s’exécute, salue mon père et Laila alors qu’à mon tour, je salue Oswin, le cousin de la belle, qui l’accompagne. Cela me contrarie un peu. Je ne sais pas pourquoi je n’apprécie que moyennement qu’Oswin et Pad’ traînent ensemble ; mais il serait malvenu de le faire remarquer ; je m’en abstiens et, pour marquer mon enthousiasme, gambade de gauche à droite et de droite à gauche.

Enfin, nous nous dirigeons vers un petit bar situé non loin de là sous une enseigne vieillie à la gloire d’une chèvre, Au lait d’antan et, tandis que Papa nous abandonne à nouveau, nous nous attablons sur une terrasse dans l’attente d’une bièraubeurre. Les garçons nous font face et, alors que je commande ma boisson, je me délecte des odeurs suaves qui s’échappent du petit bar de bois. Tandis que nous discutons, c’est désormais le contact doux mais ferme d’un clavier qui emplit mon esprit et s’attarde dans mes oreilles. L’air est limpide, il flotte discrètement entre nous, titille mes narines et chatouille ma peau. En ce moment, je me sens plus sereine que jamais et, plus qu’à mon habitude, j’observe calmement. Laila et Oswin sont plus sages que Padraig et moi ne le serons jamais, mais j’aime me retrouver ici avec eux. Mon corps de lait, mes cheveux vifs, l’apparence timide de la peau translucide et ivoirine de Laila ; les lèvres fines et les cheveux bien rangés d’Oswin ; la peau mate de Padraig, sa chevelure défaite, ses yeux bruns et rieurs, son sourire moqueur. Nous sommes un groupe bien mal assorti, mais notre association me plaît.

[…]

Nous nous dirigeons vers Weasley, farces pour sorciers facétieux, le magasin de farces et attrapes. En chemin, l’affreux ne manque pas de me rappeler qu’il a atteint sa majorité et qu’il peut désormais abuser de son pouvoir. Une plaisanterie et puis une autre, plus agaçante, et une autre encore.

Oh mon Dieu, qu’as-tu fait ?
Enfer et damnation,
les portes du purgatoire se sont ouvertes
et je ne suis qu’un pauvre agneau sans défense.

Sans défense, vraiment ? Qui a dit qu’une baguette ne servait qu’à faire des tours de passe-passe ? Poussée par cette pensée folle et innovatrice, j’enfonce ma baguette dans l’oreille de mon agresseur, qui semble plutôt surpris de la répartie. Complaisante, j’enlève la chose du corps étranger dans lequel elle est plongée, la frotte dédaigneusement sur ses vêtements et poursuit ma route : « Tu es prévenu, la prochaine fois, je ferai d’autres utilisations, encore bien moins appropriées, de mon arme de combat ! Ne crois pas que ta déloyauté m’effraye !».

Satisfaite d’avoir calmé les délires extravagants de mon ami, je rattrape Laila qui s’avance paisiblement au côté de son cousin et souffle quelques plaisanteries dans le creux de son oreille sous les regards curieux des deux adolescents. Enfin, à mi-chemin, Papa stoppe notre nonchalante progression, et c’est incrédule que je le considère : nous faisons face à la vitrine de la Ménagerie magique.

« ’Lada, je crois que ta dernière année à Poudlard mérite bien un nouveau compagnon. Je sais que Joséphine te rend souvent visite néanmoins, celui-là pourra te suivre à l’université dans quelques mois. Je suppose qu’il est temps. Un chat peut-être, les crapauds, c’est démodé ; et puis, une autre chouette, la Grande duveteuse ne le supporterait pas. Mais je te laisse choisir.»

Mes lèvres s’entrouvrent et fendent mon visage et, de joie, je saute au cou de Papa pour le remercier de cette attention toute particulière. Tous, nous entrons alors dans la petite boutique et contemplons ses habitants, des plus étranges aux plus communs. Oswin flatte sagement un hibou grand-duc, Pad’ se perd dans la contemplation de mygales aux propriétés magiques obscures (je dois avouer que, parfois, Padraig me fait un peu peur) et, instinctivement, Laila et moi nous dirigeons vers les chats. On en trouve de toutes les tailles et de toutes les couleurs, mais c’est naturellement vers les plus jeunes que se porte notre intérêt. Ils sont au nombre de trois à gambader un peu pataudement sur leurs pattes instables, dans les copaux affinés qui leur servent de litière ; un blanc malingre aux poils aussi longs que ceux d’un lapin angora, un tigré gros et repus de son repas et un dernier, minuscule, aux yeux grands comme des soucoupes et aux oreilles dignes d’un grand félin. Me penchant pour mieux me repaître du spectacle, je demande à mon amie :

« Alors, lequel tu préfères ? »

Mes yeux brillent. Au fond de moi, je sais déjà : il est si petit avec ses grands yeux mouillés, mais il deviendra grand et fort. La petite chose chétive qui frémit prendra l’allure fière des fauves les plus souples ; la férocité des lions ; l’agilité des pumas qui courent les grandes plaines à la vitesse folle du vent ; la folie et la gaieté de l’enfant que je suis moi-même restée.[/i][/i]
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Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne - W. Allen [Lala et Ela'].

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