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 Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily

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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 30 Juin - 20:10


    Prologue.

    Les doigts de Lorcan couraient sur les gammes dans une désescalade hypnotique, et j'effleurais par l'esprit la conscience d'un mélodrame qui se dégageait de sa dextérité. Incliné au dessus du piano, ses cheveux blonds effleuraient la mélodie qu'il faisait s'élever, et je me penchais sur ses épaules pour récupérer entre mes phalanges ses mèches lumineuses. Les flashs de la violence de sa mort me revinrent en tête, comme les pétales jetés dans le vent, au dessus du mont Fuji. Les éclats des flammes qui rougeoyaient dans les mares de mes peurs, et le vide de son regard océan qui me faisait me noyer sous les flots d'une déraison. Et lui bordait mes souvenirs par la sonate onirique de son imagination. J'observais sans les voir ses doigts danser sur le clavier, et moi je me perdais dans la contemplation de l'image d'une main blanche, arachnéenne, qui ne bougeait plus. Plus du tout. Mes doigts se serrèrent sur les cheveux blonds, que je ramenais par dessus les épaules blanches, et veillant à ne pas déranger l'écoulement des notes qu'il éparpillait dans son attitude mélomane, je tressais ses mèches entre elles, avant de les rejeter sur son dos, pour m'écarter de lui. Je ne voulais pas souffrir de cette perte. Plus jamais. Je ne voulais plus le voir disparaître. Il était à moi, et je le jalousait à la Mort. Les notes s'éteignirent.

    « Qu'est-ce qu'il y a, Lorcan ? »

    Il ne s'était pas retourné, mais avait posé ses mains sur ses hanches, et avait levé son visage vers le plafond. Je me tournais vers lui, en souriant. Je me tournais vers lui, il me regarda sans sourire, mais dans ses prunelles, ce simple éclat de vie qui m'arracha ce sourire de façade. Ce simple bleu qui me fit horriblement mal au cœur, parce que j'avais besoin d'en voir un autre. Je respirais lentement, et refermais mes doigts sur le vide de l'absence du médaillon. Oh, well. Doucement, un sourire doux ourla simplement mes lèvres.

    « Il est temps. »

    Comme pour appuyer mes dires, la dragonne remua l'océan de ma cognition, pour un bleu ensorcelant. Je souriais, appuyant mes doigts sur un bras blanc, venu se loger près de mon flanc. Le transplanage eut lieu immédiatement, et je nous propulsais dans une réalité qui devint étrangement réelle. Ebloui, je posais mes yeux sur un Londres orageux, sur un Londres qui vivait, qui grouillait, qui fourmillait, tout autour de nous. Un Londres duquel Chess m'écarta, en m'emmenant dans l'ombre d'une foule certainement trop moldue pour accepter que deux êtres apparaissent dans un craquement sonore au milieu d'eux. J'ignore si l'on nous remarquât, mais adossé contre le mur gris d'une ruelle parallèle, j'observais cette ville, et cette vie. Un sourire égaya les lèvres de Chess, qui contemplait les gens avec la même avidité qu'un chat contemplerait ses souris. Je remontais le col de ma chemise, du bout des doigts, avant de ricaner des syllabes qui nous amusèrent, sans réellement savoir pourquoi.

    « Je suis de retour. »



    Le nœud coulant de tes sentiments.


    PV Lily.


    Hier ne serait pas aujourd'hui. Je me doutais de ce fait, mais restait gravé dans mes yeux et collé sur ma peau ce sentiment d'angoisse, cette étrange peur de l'Autre. Je contemplai le regard de ses gens qui ne me connaissait pas, et qui ne me reconnaitraient pas. Les doigts de Chess, dans des caresses destinées à me soulager, heurtaient mes phalanges avec douceur, et j'avançais derrière lui, franchissant la foule de la Diagon Alley. Je glissais mes yeux sur le reflet d'une vitrine, et croisant les yeux de mon reflet, observais avec médisance les prunelles trop brunes à mon goût. Détournant le visage, la seconde d'après, mes yeux étaient redevenus verts.
    Et un sentiment grisant revenu dans ma poitrine.
    « Que veux-tu faire ? »
    « Aucune idée ! »

    Nous n'avions même pas pris la peine de réfléchir à ce que nous ferions « après ». Epicures de notre quarantaine anticipée, nous nous étions laissés porter par le temps, sans nous soucier de comment nous pourrions vivre ce retour à la réalité. Peut-être, pour moi, le fait d'avoir un chat humain, m'assurait le fait de ne pas désirer m'attacher à la réalité. Pour le moment, cela m'avait plutôt réussi. Du moins, je m'étais amusé. Et c'était peut-être cette constance du jeu qui continuait à m'amuser.

    « Da. »

    Je poussais une porte, mon autre main s'emparant de son épaule, et je l'entrainais avec moi. Nous franchissions la barrière entre le monde matériel adulte et celui enfant. Pénétrant dans une boutique de jouet, je laissais mon regard embrasser le lieu, et les odeurs emplirent ma gorge. La respiration de Chess se fit sifflante, et il ramena en arrière la mèche qui lui tombait en travers du visage, pour contempler avec une sorte de satisfaction le lieu. Des enfants couraient, ici, et des adultes étaient penchés au dessus des rayonnages. Bourrés de nounours aux dimensions infernales ou minuscules, ces rayonnages s'accompagnaient des merveilles qu'elles portaient. Des avions moldus volaient en dessous du plafond, vers des étages supérieurs, des poupées agitaient leurs bras, et des rires d'enfants explosaient de partout. Je me tournais vers Chess, mordant ma lèvre inférieure, essayant de cacher mon sourire. Il intercepta, cependant, et détourna les yeux, ses joues se gonflant dans une expression de bouderie.

    « Saleté. »

    Je laissais mon rire m'échapper, et m'approchais du premier jouet à portée de main. Mes doigts se refermèrent sur un énorme ourson aux viscères de peluches, aux entrailles de cotons. Je le serrai conte moi, me retournai ensuite vers Chess. Chess, qui brusquement, n'était plus là. Je le cherchais des yeux, persuadé de le voir flâner au milieu des poupées à coiffer et maquiller. M'escrimant à le chercher, me baladant avec mon gigantesque nounours de peluche, bousculant des enfants par erreur, qui se mirent à rire aux éclats en me voyant passer, je le cherchais plusieurs temps, avant de me stopper quand une baguette vint piquer ma carotide. Je me retournais, et baissant les yeux sur la baguette que tenait un Chess qui venait d'apparaitre, considérais avec surprise qu'il s'agissait tout simplement de la mienne. Ma baguette. Supposée être disparue au milieu de Madness.

    « Ow. Dire que je pensais que tu profiterai du lieu. »
    « Maintenant je peux en profiter. Je voulais juste que tu la récupère. »
    « Ça ne pouvait pas attendre ? »
    « Sois un gentil garçon. Dis moi merci. »
    « Merci. »

    Je récupérais avec douceur ma baguette, et lâchant l'ours, que Chess récupéra avec un ronronnement satisfait, la glissait dans ma poche. Je ne laissais pas le moindre sentiment apparaître sur mon visage, mais j'ignorais si posséder ma baguette était quelque chose de très heureux. Elle était importante à mes yeux. Très. Parce que c'était avec elle que j'avais lancé l'Impero. Et beaucoup d'autre chose. Mais quelque part, je ne me demandais pas si je n'avais pas été heureux de ne pas la posséder, pour pratiquer cet effort de l'utilisation des fluctuations magiques, à utiliser avec les mains. Quelque part … cette arrogance … cette orgueil, et Pride, qui venait murmurer à mon oreille, en me rappelant que sans, je n'étais pas plus faible. Au contraire. J'étais bien plus...

    « On le prend ? »

    Il n'y avait rien de sain, dans la demande de Chess. Ni dans son sourire tranquille, ni dans la force de ses doigts refermés autour du ventre en peluche de l'énorme chose. Je souriais, et d'un clignement de paupières, le laissait à ce plaisir dont il n'avait, de toutes façons, que faire de mon avis pour sa réalisation. Il se dirigea vers les caisses, et je m'écartais de lui, me rendant jusqu'à la sortie. M'adossant au mur de brique de la boutique, je contemplais le flot de sorciers dans l'Allée, et refermais mes doigts autour de ma baguette, qui sortit de ma poche, comme mûe de sa propre volonté. Je vins tapoter contre ma poche avec, et levais les yeux vers le ciel. L'orage avait disparu, remplacé par un bleu lumineux, mais éphémère. Les cumulonimbus approchaient. Je levais mon poignet. Le temps d'une inspiration. Le temps de cette communion d'énergie entre mon bras, mon cœur, et l'artefact de bois.
    Le wagon, l'explosion, et la présence derrière moi. Le fait de se retourner lentement, de plonger dans un univers bleu.

    " Belle performance. "

    Et tout le reste.

    « Spero Patronum. »

    Le fauve s'envola, survolant la société magique, fusant jusqu'à son but. Une petite rousse aux yeux bleus



[HS : Ok. Donc, Lorcan envoie un Patronus à Lily. Je te laisse toute l'initiative pour la suite. Amuse toi bien. Et : "Ce que tu veux, pas ce que tu peux."]
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Lily L. Potter

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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Sam 6 Juil - 13:19


« Vous ne voulez pas arrêtez de vous battre trente secondes ? »
« C’est bientôt ton tour, petite tête. »
« Même pas en rêves, je t’ai suffisamment supporté depuis qu’on est rentrés. »

Il était vrai que le trio n’avait pas vraiment eu l’occasion de se croiser dans les couloirs du château, les évènements ne les ayant pas aidés à partager ne serait-ce que dix minutes sur le terrain de Quidditch. Abandonnant le livre qu’elle feuilletait pendant que ses frères se chamaillaient, Lily quitta la pièce pour rejoindre sa propre chambre, encore en désordre de son retour de Poudlard. Sa malle ouverte en plein milieu du parquet, signe qu’elle tenait apparemment d’Harry selon sa mère, se vidait petit à petit, les vêtements retrouvant leur place adéquate pour les vacances et les robes de sorcière ayant déjà été embarquées par sa mère pour un lavage intensif. Même les cinq centimètres qu’avaient pris la rouquine ne changeaient rien quant à la longueur de sa robe. Si elle avait raccourci ses cheveux de plusieurs longueurs, eux, viraient presque au blond avec le soleil qui débarquait quand il décidait de ne plus faire son capricieux. Trébuchant sur un objet non-identifié, un regard en arrière lui suffit à dégager d’un coup de pied le pot d’encre abandonné au pied de son lit. Pourvu que sa mère n’entre pas dans cette pièce avant qu’elle n’ait demandé à James d’y mettre un peu d’ordre grâce à un petit sortilège de rien du tout. Flemmardise qui faisait rire sa tante, Lily reconnaissait sans ménagements que la majorité de son frère l’arrangeait en bien des choses en ce qui concernait la possibilité d’user de la magie sans représailles. Un coup sourd dans la pièce voisine alerta  l’esprit de la jeune fille qui jeta un œil derrière la porte pour y voir son chat, sonné d’avoir foncé sans se rendre compte que l’entrée était fermée. Riant, Lily rassura sa mère qui avait aussi entendu et pris Jencko dans ses bras, pénétrant de nouveau dans sa chambre. Alors qu’il s’échappait déjà de son étreinte pour rejoindre le bord de la fenêtre et solliciter de nouveau ses tendresses, l’éclat blanchâtre d’une forme inconnue au loin attira son attention, curieuse de savoir ce que cela pouvait être au beau milieu du jour.

« Hé, Lily, tu as vu ? »
« Je ne suis pas aveugle, Albus. »

Ses deux frères, à la fenêtre voisine, observait le même phénomène, intrigués par le fait que l’objet resplendisse autant au milieu de cette boule de feu qui envahissait la forêt de son éclat. Se penchant sur le rebord, comme si elle allait mieux pouvoir observer, Lily gratifiait toujours son chat de ses caresses cependant distraitement, ce qui ne plaisait pas tellement à ce-dernier qui lui faisait comprendre de plusieurs coups de museau.

« Attendez, je crois que c’est un Patronus. »
« Un Patronus ? On est les seuls à habiter dans le coin et tout est calme, qu’est-ce qu’on pourrait bien dire aux parents en plein mois de juillet ? »
« Qui sait, il y a bientôt des élections, non ? »
« Je ne crois pas que ce soit pour Papa ou Maman. »

La voix calme de la cadette avait coupé la conversation des deux aînés qui ne purent que constater la direction du soit disant Patronus vers leurs propres fenêtres. Lily tourna son regard vers son frère, James, qui lui paraissait être le destinataire le plus plausible, de part son âge. Ridicule comme pensée puisqu’il n’y avait pas de raisons particulières, mais qui savait, après tout.
Ce n’est que lorsque l’objectif du fauve se dessina parfaitement que dans un élan de frayeur, la rouquine recula de quelques pas, imitée par Jencko qui disparut en haut de l’armoire, comme à l’affût d’une attaque prochaine. Albus et James ayant compris aussi rapidement qu’elle-même, ils ne tardèrent pas à la rejoindre, se disposant de chaque côté de sa petite personne, quelque peu effrayée. Enfin, lorsque les pattes souples de l’animal fictif se déposèrent sur le sol de sa chambre, une voix s’éleva dans la pièce.

« Si tu as le temps et l’envie, je t’attends à Londres, au milieu de la foule. »

Et le temps s’évanouit.

« C’est quoi cette blague ? »
« Ne sois pas stupide. »
« C’est hors de question qu’elle y aille, ce n’est pas lui qui l’a vu souffrir pendant son absence. »
« Laisse tombé, tu la connais, tu ne pourras rien y faire. »

(…)

Londres.

Certes, les précisions n’avaient pas été très fructueuses. Cependant, elle savait que s’il l’avait contacté, il saurait la trouver. Le temps s’était de nouveau couvert, le cardigan en laine que portait Lily lui tombait sur le creux des genoux, ses bras refermant les deux extrémités sur sa poitrine. Depuis qu’elle avait quitté l’habitation sous les protestations de son grand frère, elle n’avait pas décroché un mot, réservant ceux-ci à l’adresse de celui qui l’emmenait ici. De toutes manières, elle n’avait pas cherché bien loin, la foule qu’il désignait ne pouvait être que celle du Chemin de traverse. Cette même foule qui avait assisté à la petite scène de Gabriel, qui l’avait dénoncé lorsque ses flamboyantes mèches rousses avaient contrasté avec celles brunes de Sheila Rogers, qui s’amusait sans hésitation à ouvrir sa bouche sur des évènements dont elle ne connaissait ni l’origine, ni le pourquoi, ni le comment. Une lourdeur soudaine pendait à son coup, le médaillon qu’elle avait reçu plusieurs semaines auparavant n’ayant pas quitté le tour de sa nuque. Il y avait mille bancs pour s’asseoir mais elle préférait rester debout. Il était impossible de définir ce qui lui traversait l’esprit. Impossible.

(…)

« Lily ?
« Je suis là, Lorcan. »

(…)

« Le thé contient un acide aminé nommé théanine, Docteur. Cette molécule, qui agit sur la plupart des humains de manière à réduire le stress et à apaiser le corps fonctionne sur mon organisme comme une mini bombe désamorcée. Elle provoque un relâchement des noradrénalines qui elles-mêmes, à forte dose, enclenche une réaction à l’égard des autres catécholamines disposées dans le… »
« Très bien, euh, abrégez. »
« Je pète un câble avec le thé. »

(…)

« Je te prie de m’excuser. »
« Tu me voles mes répliques. »

(…)

J’ai bien reçu les deux boîtes de bêtises.  Faites un peu plus attention au caramel la prochaine fois, voulez-vous ?

(…)

« De séquelles. Mais tu es capable de résister. Je suis persuadé que tu en es capable, sinon je ne t’aurais pas laissé le choix. Je t’aurais coupé la main. »

(…)

« Je suis tellement désolée. »

(…)

« Peu importe de qui tu parles. Quand je me suis dit que je ne t’abandonnerais pas, malgré mon âge puéril par rapport au tien et mon peu d’année d’expérience dans la magie, je me suis tenue à cette promesse. Qu’il y ai ses panneaux de signalisations ou pas, j’ai dis que je te suivrais. On pourra dérouter, se tromper, se déchirer, je continuerais à te suivre. Mais je refuse de continuer si ça fonctionne en un seul sens. Je ne te demande pas de me dire toute ta vie, ce n’est pas ça que je voudrais, simplement que tu arrêtes de me cacher des choses, pour qu’à mon tour, je comprenne. Ca parait beaucoup demander, je sais, et j’en suis désolée, mais ça m’est nécessaire. J’ai besoin de savoir que je n’accorde pas ma confiance à n’importe qui. »

(…)

Ce n’était pourtant pas période de fête et une vingtaine de personnes traînait devant la vitrine de la boutique de jouets récemment emprunte de succès sur la célèbre allée de Londres sorcier. L’appréhension qui se lisait sur son visage n’était rien comparé à celui qu’elle ressentait au creux de sa poitrine, anxieuse de voir un visage qui avait pourtant été déclaré mort, la réapparition d’un homme auquel même sa sœur ne croyait pas encore dans ce monde. Etait-elle au courant, d’ailleurs ? Depuis leur dernière altercation au château, où elle avait admirablement défendu sa place de tante techniquement par alliance, Lily n’avait eu aucune nouvelle. Pas même l’ombre d’une rumeur de son président roumain, comme elle lui avait si bien corrigé. Elle ne savait si elle comptait revenir vers elle, mais ce ne serait pas de sitôt, on le savait.

Temps mort.

Brun. Il était à nouveau brun. Ses cheveux en bataille ne semblaient provenir d’un réveil difficile, mais plutôt soigné. Ses prunelles, verdoyantes, ne donnaient pas la sensation de chercher quelqu’un en particulier au milieu de la foule. Bizarrerie qu’était sa solitude, trouvait-elle, mais en même temps, il ne risquait pas d’être avec grand monde. Toujours à sa place, de l’autre côté de ce Chemin dessiné par la cadence des passants, touristes et commerçants, Lily ne s’amusait plus à observer ce visage avec autant d’attention. Il ne devait même pas imaginer ce qui avait rythmé sa vie depuis son départ. Les conversations avec Lorelei, les nuits passées à essayer de comprendre ce qui avait bien pu se passer, à essayer de trouver une vérité, la vérité, à tenter encore et encore de se rendre à des endroits où Dieu seul sait s’il y était seulement passé. Elle n’avait rien su. Elle avait été dans cette totale ignorance que ne croyait pas sa jumelle. Si elle ne changeait pas de position physique, on pouvait penser que celle qui allait bientôt fêter ses quatorze ans faisait remuer son esprit pour trouver des mots adéquats à une situation ignorée de tous. Mais non, non plus. Qu’avait-elle à lui dire ? « Pardon ? » Elle pourrait le dire mille ans, mais il le savait déjà. « Tu m’as manqué ? » Peut-être était-ce le cas, mais sûrement pas quelque chose à dire. « Qu’as-tu fait pendant tout ce temps ? » Elle s’en moquait éperdument, pour l’instant. Qu’avait-il pu bien faire de toutes manières ? Voudrait-il seulement lui dire par lui-même ? Elle n’en savait rien. Qu’avait-elle seulement su depuis presque un an ? Presque trois cent cinquante-cinq jours, huit mille sept cent soixante heures, cinq cent vingt cinq mille six cent secondes.

Oh, ferme-là, Lily.

Ses dextres glissant derrière sa nuque, la chaîne qu’elle portait depuis sa réception se détacha et tomba dans la paume de sa main. Le médaillon était tout ce qu’elle avait possédé de lui. Tout ce qui l’avait maintenu dans cette confortation de le voir vivant un jour. Ce jour. Tout ce qui lui avait fait espérer. Tout ce qui l’avait rendu plus malade encore qu’elle ne l’était. Ce médaillon qui, elle en souriait encore, avait suscité tant de questions de la part de son père qui pensait qu’il s’agissait de faveurs d’un gentil jeune homme. Chose qu’elle s’était amusée à lui faire croire, sans tellement de mal.
Se décidant enfin à franchir ce pas, Lily ne cherchait pas à esquiver les passants qui la contournaient, certains enviant son cardigan devant la fraîcheur qui s’installait quelque peu. Quelle heure était-il déjà ? Il ne lui avait fallu qu’une vingtaine de petites minutes pour arriver au bar de Tom et traverser le mur de briques, longeant alors le Chemin de traverse en guettant un visage familier. La dorure de la chaîne renfermée dans la paume de sa main, elle ouvrit celle-ci une fois à hauteur de Lorcan, sans pour autant avoir ce désir de croiser l’éclat du bleu et du vert en une fraction de seconde.

« Je ne pense pas que ça m’appartienne, ni que ça ait autant de valeur pour moi, que pour toi. »

Ses doigts se refermant sur le dos de la main gauche appartenant à Lorcan, elle y déposa au creux de celle-ci le médaillon orné de la lettre S, supposant avoir accompli son « devoir » de le garder précieusement. Elle ne pensait pas vouloir s’attarder ici. Elle ne savait pas non plus si elle lui en voulait. Réellement. Si elle était en colère contre lui. Si elle avait envie de lui étriper les entrailles ou de lui hurler dessus. Elle ne savait absolument pas les sentiments qui l’animaient en ce moment précis, seul le calme envahissait son esprit et son corps, avec cette pointe de malaise et ce gêne à ne pas trouver quelque chose de plus concret à lui dire. L’envie de s’énerver n’y était pas. Ce fut ce pourquoi tourner les talons lui parut être la solution la plus appropriée.
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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Lun 12 Aoû - 20:00

http://www.youtube.com/watch?v=PJX4EvFm0x8
JUST. ECOUTE. CA. SINON. MOCHE. LECTURE.
ZDXCVFJDEXENCV


blblblblll ...


    Lorcan.
    Le peu féroce.

    Tu te souviendras du monde quand il sera à tes pieds. Tu te souviendras de la joie et du bonheur quand couleront sur tes joues les larmes de l'amertume et de tes erreurs. Et ton sang, tu voudras le voir noyer cette terre qui te soutient, pour tomber à genoux, et disparaître. Mourir sera trop facile, car tu es un homme. Et l'homme aime.

    Elle est l'enfant qui détruit le chaos, elle est la femme qui sort de la mer. Mes yeux se portent sur cette chevelure rousse qui s'enflamme sous le ciel lumineux de ce jour d'été, et qui embrase mon cœur, pour déclencher la réaction en phase à ma découverte ; et je souris. S'il en faut peu pour m'éblouir, ce visage là est celui de ma fascination. Une fascination née bien après moi, que j'ai trouvé, qui m'a accroché, que je désire et qui me plait. Lily Potter, si elle suit son chemin et sa vie, est une rivière qui irrigue mes pensées.
    Lily.

    « Je ne pense pas que ça m’appartienne, ni que ça ait autant de valeur pour moi, que pour toi. »

    Et la réalité revint, crevant le charme de mon aveuglement. Le ciel se fit plus gris que d'habitude. Plus gris que la perception de mes sens. Plus gris que jamais. Observe, Lorcan, et regarde cette jeune femme qu'elle est, qu'elle devient. Observe cette femme en devenir, observe cette future vieille silhouette penchée, et ces cheveux qui abandonneront les flammes de leurs couleurs pour devenir une neige glacée et éternelle sur son crâne galbé. Observe cette enfant, Lorcan. Elle n'a qu'un cœur, elle est Lily, et un jour, elle disparaitra. Vis. Vivez. Regarde là pourtant abandonner dans ses yeux et dans ses doigts ce lien factice que tu as essayé de conserver. Maintenant dis moi. Dis moi Lorcan. Vas-tu préférer le médaillon, ta haine à Angela, cette Angela que tu chéries dans l'espoir de la tuer ? Ou bien vas-tu regarder Lily ? Cette Lily. La Lily. La seule, d'ailleurs ? Réfléchis Lorcan.
    Angela. Angela et ses lèvres sur les miennes. Angela et ses doigts, dirigés par ma volonté, sur son cou, pour déchirer la membrane de sa vie, et s'étranglant dans l'effacement de notre communauté. De notre uniformité. J'avais tenté de faire disparaître Angela pour recouvrer cette solitude à laquelle j'aspirais ; enfant né dans l'étreinte des cordons ombilicaux de mes jumeaux. Je me souvenais aujourd'hui de ce monde gris, de ce monde qui n'avait jamais disparu.
    Et elle glissa dans mes doigts le médaillon trop lourd de la haine que je portais au monde entier.

    Le froid envahit mon cœur, gela mes espoirs. Doucement, il éteint mon bonheur, quand elle se retourna. Ce mouvement décisif de cette enfant qui s'en allait, de cette personne venue arracher la tranquille sociopathie de mes envies et de mes quotidiens. Cette personne qui avait su tuer ma solitude, dédaigner Lorcan Hatefull pour se faire l'amie dont j'avais toujours eu besoin. Angela n'était pas née pour combler ce trou dans ma poitrine. Angela n'était pas née pour tuer le silence de ma tête, lorsque la raison de ce monde se faisait plus lourde que mes aventures schizophrènes. Angela qui avait laissé place aux baisers de Lorcan.
    J'avais hurlé, j'avais supplié qu'il m'aime. Qu'il m'arrache à ma solitude et à la souffrance de ce monde que je faisais ma propre prison, ma propre torture. Un monde trop doux pour moi, un monde dont je n'avais pas su contempler les couleurs, dont je n'avais pas su goûter les saveurs. Un monde fade, qui avait coulé dans ma bouche, qui avait débordé par mes yeux, pour souiller mes joues par le goudron noir de mes blessures ouvertes. Des plaies à vif que j'avais accentué dans mon existence. Tout. Tout. Les mensonges alignés, les brumes d'Avalon … tout avait poissé et dévoré. Il ne restait plus rien de sain, à ce moment là... il n'avait plus rien resté. La perversité et la moquerie de l'enfant qui s'est trop abandonné à ses propres vices. Mes vices qui hurlaient. Elles hurlaient, et la souffrance m'avait jeté contre les murs. Je m'en souvenais trop bien. Bien trop bien.

    Laisse moi te dire … Laisse moi te le dire …

    Elle était arrivé. Au milieu des ténèbres, au milieu de ses humeurs qui me noyaient dans l'ennuie de ma propre existence. Dans le goudron noir qui coulait à l'intérieur de mes veines, il y avait eu cette flamme purificatrice venu fouiller, creuser, cherchant cette parcelle d'humanité. Cette flamme orange venue m'éclairer de l'intérieur. Elle était venue, sans même demander la permission, et elle avait tué les démons, démontrant leur faiblesse, prouvant et clâmant l'humanité. Elle était si pure, si parfaite. Si humaine.
    Et qu'avais-je fais ? J'avais cherché à la posséder. Effrayé par ce qu'elle était, par ce qu'elle représentait, j'avais essayé de bâtir autour d'elle les flancs d'une montagne destinée à l'écraser dans sa perfection et sa blancheur. Une fleur de lys que je voulais tâcher par l'encre de Chine, une fleur dont je voulais noircir les pétales, considérant qu'elle me ressemblerait plus, qu'elle ne m'effraierait plus.

    Laisse moi te le dire …
    Ne pars pas. Je t'en prie. Ne pars pas !

    Hystérie d'un moment. Ta gueule, ta gueule ! Ça hurla. Ça hurla dans ma tête, ça lui ordonna de revenir, ça gueula, ça se mit à gueuler tellement fort. Les pianos de ma tête se turent, les notes explosèrent, la poussière cinglant mes pensées. Ta gueule, ferme la, ne parle plus, je ne veux plus t'entendre, je ne veux plus ! Je t'en supplie, je ne veux plus. S'il le fallait, je me jetterai à genoux, pour ruiner mes rotules, pour que tu observes le sang qui coule et que tu considères cette douleur, s'il fallait qu'elle te satisfasse. Mais je t'en prie, ta gueule, ta gueule, vraiment, je t'en prie ! Arrête. Arrête. Je ne veux plus. Je ne veux plus ! Je ne peux plus.

    Je pleurais.
    Une larme vint se tuer contre le bitûme, explosant sur le sol. Une larme près de ma semelle. Une larme seule. Une larme qui me fit baisser les yeux sur ce monde que je ne voyais pas, sur ce trottoir sur lequel je me tenais. Une larme qui avait dégouliné de mon œil, qui avait mouillé ma lèvre. Une larme que je n'avais pas senti, venue s'exploser à mes pieds. Je pleurais, les yeux ouverts sur la flamme s'éloignant. Je pleurais, parce que je contemplais cette solitude. Parce que je contemplais ce qu'elle était.
    Je pleurais parce que sans elle, je n'étais plus rien.

    Un sac d'os, aux visages multiples pour un chat égyptien, un demi dieu qui ne saurait retenir ma conscience de la disparition de la mort. Le jouet de mes propres désirs, de mes propres penchants suicidaires pour cette approche morbide et amusée. Un sociopathe silencieux et souriant, un génie trop jeune. Je ne voulais pas. Je ne voulais plus. C'était une corde que les années m'avaient fait passer autour du cou, en toute connaissance de cause, et que j'avais cru nécessaire. Vingt et un ans sans elle. Vingt et un ans d'existence solitaire au milieu d'un monde de couleur et de ressemblance par la chair. J'ai mal. J'ai mal aux yeux. Ça me brûle, de pleurer.

    Laisse moi.

    Ce médaillon trop lourd, il glissa entre mes doigts, pour heurter le sol, dans le claquement de mon abandon. Derrière moi, les portes s'ouvrirent sur ce passé blond, sur cet univers trop puissant de chat et de magie. Cet univers dans lequel je me destinais à disparaître, dévoré par la puissance de mon propre orgueil. Mes pleurs silencieux et mon regard posé sur son dos, sur ses cheveux, firent tomber l'ours en peluche. Je n'aurais jamais du voir ce mouvement, peut-être, des mains de Chess se plongeant sur moi. Pour consoler ma peine, pour taire la tristesse de mon cœur. Humain. Humain. Je voulais être humain. Je voulais que le dragon pleure. Je ne voulais plus que les doigts de Chess me touche. Je ne voulais plus être. Je ne voulais plus exister. La douleur était trop insupportable. Voir disparaître les gens que j'aimais me faisait trop mal, aujourd'hui. Ne me touche pas. Je pleurai, parce que si elle partait, je m'effondrerai.

    Laisse moi plonger en avant, Lily.
    Laisse moi te devancer un tout petit peu. Le temps de refermer mes yeux. Je ne veux plus sourire. Je n'en peux plus. Je suis fatigué.

    Pardon.
    Je me fis la prison de sa chair, refermant mes bras autour de ses épaules. Ne bouge plus. Ne disparais plus au milieu de cette foule qui ne m'intéresse plus, Lily Potter. Je ne voulais plus qu'elle s'en aille. Je ne voulais plus de cette souffrance, je ne voulais plus de ce sang me gelant de l'intérieur. Les vagues étaient trop fortes pour moi … bien trop fortes. J'enfouissais mon visage dans ses cheveux. Je ne voulais plus de cet abandon. Je ne voulais plus de cette douleur, et cette haine avait disparue. Plus de larme. Mais. Laisse moi te le dire.
    J'ai tellement mal, maintenant. Chess hurle. Ta gueule. Ta gueule ! Je ne veux plus t'entendre, je ne veux plus vous entendre ! Je n'en peux plus de votre merde de monde, je n'en peux plus de cette souffrance que vous me balancez à la tête. Je ne veux plus vous voir, je ne veux plus de cette souffrance que vous me faites avaler en m'ouvrant de force les mâchoires. Ça transpire et dégouline de partout, et j'ai mal, mais vous riez, vous riez tous, en répétant que je suis un grand garçon, que j'y arriverais. Je n'y arriverais pas, je n'y arrives plus, bordel. Regardez-moi ! Arrêtez. Arrêtez de faire comme si j'étais merveilleux, comme si je réussissais tout. Je suis fatigué, je n'y arrive plus. Ta gueule. Mais s'il te plait, je t'en supplie, arrête. Arrête, s'il te plait, laisse moi tranquille. Laisse moi ramper, je n'en veux pas, j'ai mal partout. Laisse. Laisse moi. Laisse moi simplement exister, je ne veux.
    Plus. S'il te plaît. Laisse moi tomber. Laisse moi m'effondrer. Je ne veux plus marcher. Je ne veux plus avancer. Tu m'as toujours fait trop mal. Vous avez toujours trop sourit en croyant que c'était bon et sympathique. Vous avez toujours cru que c'était ça. J'ai mal. Arrêtez. Je ne veux pas. Aide moi.

    Lily.

    « Ne pars pas. Je t'aime. »

    Tu es ma meilleure amie.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 15 Sep - 14:05

« Ne pars pas. Je t’aime. »

Flashback.


Septembre deux mille vingt-deux.


Seul le tic tac de l’horloge trahissait le silence qui régnait au sein de la pièce circulaire, rythmant les secondes dans une habituelle et incessante cacophonie. Lily, penchée sur son éternel manuel de potion, observait les étapes habituelles dans la confection du polynectar, fascinée par cette faculté à changer d’apparence avec un simple cheveu ou un objet quelconque. Elle se rappelait que son père était tombé sur un manuel griffonné d’annotations qui lui avait plusieurs fois sauvé la vie et celle de son oncle, Ron. Elle aurait aimé et aimerait toujours autant découvrir un livre de la sorte, mais elle savait que pour le coup, elle ne devrait se contenter que de Libatius Borage pour les instructions. Légales. Quoiqu’il n’avait rien de contraires aux lois dans ce qu’avait pu découvrir son père grâce à ce bouquin. Elle effaça ces pensées de son esprit et se recentra sur sa lecture. Lily entamait sa troisième année au château de sorcellerie, encore plus intensément curieuse et avide de savoir. C’était certes une nouvelle année, mais ses habitudes ne changeaient pas. Si ce n’est ce nouveau rituel de certains soirs, à se rendre dans le bureau de Lorcan Lovegood-Scamander, nouveau – et premier – psychiatre au sein de Poudlard, pour étudier ou simplement discuter. Si ce bureau était son sanctuaire, elle n’en pénétrait pas le moindre secret, se contentant de rejoindre le fauteuil installé près de la fenêtre pour profiter de la pleine lune ou de la fraîcheur de l’hiver. C’était un tout autre conteste que celui du train dans lequel ils s’étaient rencontrés. Et divinement plus… calme. Une énième tâche d’encre vint noircir le cahier dans lequel elle se permettait quelques annotations, tellement d’annotations qu’on en discernait même plus les lignes. Les jambes croisées, elle ne prêtait pas la moindre attention aux batifolages du psychiatre, concentrée sur ce que lui permettrait de faire le polynectar. Un objet qu’elle convoitait depuis un long moment secrètement lui devenait soudainement plus facile d’accès avec cette potion. Encore faudrait-il, pour un peu plus de facilité, qu’une prochaine sortie à Pré-Au-Lard soit organisée.

« Tu sais s’il y aura une sortie à Pré-Au-Lard prochainement ? »
« Moi ? »
« Oui, pardon. »

Comment pourrait-il le savoir alors qu’il s’applique soigneusement à suffisamment s’éloigner du corps enseignant malgré le fait qu’il en fasse partie. Oubliant à nouveau sa présence, la trois cent quatre-vingt quatrième page s’abattit sur la précédente, le bruissement des feuilles surplombant le claquement des aiguilles de l’horloge. Ses pensées ne suivant plus le cours du livre, les couvertures se rejoignirent, Lily se redressant dans son fauteuil pour jeter un coup d’œil à la nuit noire au dehors. Une indication lui avait fait comprendre qu’elle devait agir vite. Plus que vite. Et sa réflexion se mêlait à la raison, peu sûre de vouloir mais surtout d’être capable de faire une telle chose. De tromper ceux qui l’entouraient dans la simple quête d’un objet. Lui serait-il seulement utile ?
Oh, et puis merde. Il lui fallait.

Quittant cette éternelle assise pour glisser son manuel sous le bras, un sourire enjôleur anima son visage d’un épanouissement soudain. Quiconque connaissait bien Lily savait que ce sourire était à surveiller.

Octobre deux mille vingt-deux.


« Est-ce… que… tu te rends compte le pétrin dans lequel tu viens de te fourrer, Lily Luna Potter ? »

Sa manière à lui de tenir sa promesse.
De ne jamais l’abandonner.

Flashback.

Lorsque le contact d’une chaude étreinte se renferma autour de ses épaules bien frêles à côté d’une carrure plus imposante que la précédente fois, Lily n’était autre chose que tétanisée. Ca ne lui faisait aucun bien. Elle ne ressentait rien. Rien. Pas même le besoin et l’envie de lui rendre. Pas même l’affection de déposer sa main sur l’avant-bras de Lorcan. Oh non, elle n’était pas en colère, non. Même pas rancunière. Elle n’était rien d’autre que le reflet d’une déception qu’elle s’entêtait à soigneusement construire depuis sa disparition. Sa « fausse » disparition. Peut-être remplaçait-elle l’ours en peluche qu’il serrait entre ses mains au moment de leur rencontre, peut-être en oubliait-il Chess, impuissant de réactivité devant la scène qui se déroulait devant lui. N’était-ce pas lui, pour lui, qu’il était parti ? Qu’il était mort aux yeux d’une société qui se décimait un peu plus chaque jour ? Pourquoi l’ignorait-il pour se concentrer uniquement sur elle ? Pourquoi ne redressait-il pas la tête devant le manque d’affection d’une jeune adolescente d’à peine quatorze ans ? Devant une fillette qui ne savait même plus faire la distinction entre ce qui lui semblait bien et mal avec lui ? Pourquoi ne se demandait-il pas ce qu’il lui avait pris de lui donner un médaillon pareil ? Pensait-il réellement qu’elle l’accepterait comme un ami qui revient d’un long voyage ?

Toujours ce ballet incessant de « pourquoi ? »

Il paraissait lourd de fatigue. D’épuisement autant physique que moral. Son esprit paraissait tourmenté de réflexions qui n’appartenaient plus au monde des humains. Pourtant, cela devait faire plusieurs jours que les deux compagnons s’étaient retrouvés. S’étaient enlacés et avaient laissé couler leurs corps dans une effusion parfaite. Alors d’où pouvait venir autant de lassitude ? Une voix se faisait légèrement entendre, refusant tout de même de s’immiscer dans un moment qui n’était pas totalement partagé. Ignorer. Lily préférait délibérément ignorer que de se torturer à regarder dans les yeux un être normalement mort. Rouquine qu’elle était, affirmant son appartenance à la famille Potter, elle partageait aussi des valeurs quant à la vie et à la mort, au présent, au futur et au passé. On ne revenait pas de l’au-delà. On entamait une autre vie, une seconde vie plus paisible ou plus dangereuse selon notre première existence. Peut-être que cela n’était que foutaises et débilités. Que c’était tellement ridicule qu’elle en passerait pour trop naïve. N’empêche que…

« Il aurait fallu que tu saches qu’il faut laisser le passé aux morts et le futur aux rêveurs. On ne revient pas en arrière. Jamais. Pas même avec un brin de magie. »

Tu ne m’as pas demandé à moi, si je voulais que tu partes. Si je t’aimais. Si je tenais à toi. Tu ne t’en es pas soucié quand tu as pris tes valises, que tu as assassiné Lebon à coups de tranchants et que tu t’es barré à l’autre bout du monde, dans un pays ou la magie ne vaut rien devant la technologie. Tu ne t’es pas demandé une seule seconde si j’arriverai à me débrouiller seule, s’ils ne viendraient pas me chercher devant l’impureté de mon sang, Ordre du Phénix ou non. Tu ne t’es pas dis que j’aurais besoin de toi. Que je m’écroulerai devant le fardeau des évènements, des combats physiques et moraux à mener, des attaques successives d’un gouvernement qui n’attend que ça, que le peuple dit « impur » meurt. Tu ne t’es pas dis toi, que j’aurais mal. Mal à en crever. Mal de ton absence, de ton ignorance, de ta souffrance causée par ma faute, de ta connerie profondément et uniquement humaine à disparaître comme si tu étais un héro de cinéma. Pleure-t-il ? Souffre-t-il comme tu prétends souffrir en ce moment même ? Agonise-t-il du sang que vous avez fait couler ? Te rends-tu compte enfin de ton humanité supérieure à son animalité ? Mesures-tu la force que tu possèdes entre tes entrailles, celle dont tu ignorais l’existence par simple égoïsme et refus de te battre, par simple lâcheté ? Oh oui. Oui. Lâche, égoïste et ignorant. Penser pouvoir me racheter avec un médaillon. Penser que le déposer sur les couvertures de mon lit apaiserait mes pensées. Penser une seule seconde que j’en aurais quelque chose à foutre de cette fille répondant au doux nom d’Angela. Que quelque chose d’autre m’importerait que ta présence. Sais-tu seulement les heures que j’ai passé à tenter de savoir où tu étais ? A essayer de parler avec Lore ? A penser au seul fait de devoir me résoudre à ta mort alors que je n’y croyais pas une seule seconde ? Sais-tu seulement à quel point mes frères ont envie de t’écorcher le visage devant les heures passées sous silence qu’ils ont du subir à mes côtés ? Non, non. Tu ne sais rien de tout ça. Tu t’es concentré sur ton unique raison de vivre et bien sûr, oui, c’est tout à fait normal et raisonnable. S’il n’était pas considéré, par ma faute ou non, comme mort.

¤¤¤

Sa main blanchâtre vint se poser sur celle de l’homme à qui elle avait donné une confiance incommensurable. Loin de son esprit l’idée d’une trahison, il était loin d’une trahison. Qu’avait-il fait de mal si ce n’est le déni d’une disparition soudaine et beaucoup trop violente ? Si ce n’est le désir de sauver ce qu’il considérait être comme son compagnon de vie ? D’ailleurs, un regard glissait négligemment dans l’intimité de leurs retrouvailles, un ourson en peluche taché de poussières ornant des bras parfaitement assimilés à une forte carrure. Ecartant cette main bien plus grande que la sienne, ce nœud imperceptible dans la gorge l’empêchant de déglutir correctement, Lily pivota sur elle-même, redressant l’épaulette de son cardigan d’un gris clair pour faire face à la fraîcheur d’une étreinte terminée. Se refusant à croiser les prunelles de l’adulte qui se tenait en face d’elle, la caresse d’une plume vint effleurer son omoplate, lui jetant de nouveau à la gueule les souvenirs du chaos passé. L’étoile à cinq branches, la plume doucereuse, les griffures d’Avalon, les brûlures du pays merveilleux. La douleur de Madness. Le plaisir de sentir sa force lors des matchs de Quidditch. Un haussement d’épaule lui décontracta les muscles.
Cette fois-ci, son regard ne se posa pas sur Lorcan, mais alla plus profondément dans la foule et croisa celui de Chess. Lorcan « Chess » Hatefull. Incroyablement vivant par on ne savait quels moyens, grâce à quoi. A qui, on en avait notre petite idée. N’était-ce pas la définition du verbe « vivre » ? Ne se dressait-il pas là, derrière ce passage d’humains pressés, vivant, au cœur battant, à la respiration claire et un tant soit peu humaine ?

« C’est ça, ce qu’on appelle vivre. »

Aussi simplement.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Lun 30 Sep - 18:41


    (Tu sais.

    Ce ballet incessant de pourquoi. Qui câline et qui rit. Mais dans le silence et l'effroi, qui se fait ennemi. Mon regard abaissé sur ses yeux de silence, j'effleurais la pensée d'un manque d'absence. Et ta bouche alliée tordue en un souci qui se fâne, me font déblatérer sur ces fleurs du mal.

    Je t'aime.)


    Tes flammes. Tes flammes. Elles brûlent et transcendent. Je meurs, je pleure, c'est le silence.

    Lâche la, lâche la, tu vois bien que tu lui fais du mal. Tu vois bien ce silence dans lequel elle se mure, ce silence que tu as toujours trop longtemps fait tien, Lorcan. Ne pleure pas pour cette petite fille, ne pleure plus pour toi, tu es grand et tu sais te débrouiller seul. Relève le visage Lorcan, et écarte de tes doigts, elle n'en vaut pas la peine, elle ne le croit pas.

    Tu es l'Absurde. Tu es le silence d'une vie qui hurle, d'une mort qui se tait, et les ongles écorchées tu franchis les logiques des lois qui s'établissent sur la sombre incapacité des humains enfoncées dans leur inexactitude. S'ils pouvaient, s'ils étaient capables, qu'en penseraient-tu ? Un lion à la crinière arrachée n'est-il plus un lion ? Un humain à l'âme déchiquetée n'est-il plus un homme ? Dis moi, Lily, dis moi, dis moi, parce que je ne vois plus, je ne sens plus, je n'entends plus rien d'autre que ce goudron étalé venu noyé mon être. Dis moi, dis moi, explique moi.

    « Il aurait fallu que tu saches qu’il faut laisser le passé aux morts et le futur aux rêveurs. On ne revient pas en arrière. Jamais. Pas même avec un brin de magie. »

    Mes doigts araignées posées sur son épaule devinrent d'un inconfort évident, et mes larmes sur mes joues devinrent la honte d'un adulte qui ne s'assume. Ridicule Lorcan qui pleure pour une enfant qui n'en a que faire, tu es la honte d'un nom qui se veut aidant, aimant, mais pas faible. Faible Lorcan aux crocs trop vite rangés, tes silences édulcorés deviennent gênant, et tu es l'emmerdeur qui se veut participant. Dégage, Lorcan, dégage, tu es ridicule, tu n'es plus là autre chose que le pantin d'une comédie qui se joue de toi. Tu es la chose tragique d'une société qui se fait satyre de ton histoire, et te cantonne à un rôle qui ne te sied pas. Regarde là, Lorcan, elle ne te voit pas, et il y a devant toi cette barrière de feu qu'elle dresse contre toi. Que pense-tu, que vois-tu, petit génie de l'erreur, ton alchimie et ta vie ne sont que les ferveurs de ces rois sur lesquels tu as battit trop d'espoirs, et ton ennemie pour la vie s'est fait la violence d'un soir.

    Je la lâche. Je hurle dans ma tête, mes sanglots frôlant l'hystérie, mais le silence sur mon être. Je ne pleure plus, je contemple, et fascination d'un instant, j'ai envie de disparaître. Les lames des cutters qui s'enfoncent dans tes doigts, dans ton cœur, et les rires épleurés des veuves que tu as crées. Lebon, te souviens-tu seulement de son visage ? Ou n'en reste t-il pas même une image ? Tu ris, tu souris, mais ta bouche est tordue en une grimace que tu ne contrôles plus. La violence d'un être qui s'exalte dans la douleur te fait transparaître, et plus haineux que maître, tu deviens plus dragon que prêtre de ces couleurs qui s'agitent dans ton cœur, dans ton crâne, dans ton leurre.

    Meurs.

    « C’est ça, ce qu’on appelle vivre. »

    Et j'explose de rire. J'explose de rire, en tournoyant sur moi-même, mes sanglots cristallisés sur mes joues, portés par le vent, mes vêtements claquant contre moi. Je meurs. Je vis. Je vis. Je meurs. Jemeursjevisjevisjevisjemeursmeursmeursvisvismeursvismeursvisvismeueuivisiveirusureurimvieurs. Je ne sais plus. Je ne sais plus, je perds l'équilibre, et je tombe, je m'écroule, je m'effrondre. Ce sont des mains plus blanches que la mort qui me saisissent, à cet instant précis où j'aurais du toucher le sol, ce sont des bras qui me récupère pour que je ne me fasse pas mal. Je ne sais plus. Je ne sais plus. Je ulule. Je ulule de rire, et avec une tendresse infinie, je me détache de ce Chess qui ne veut pas que je me fasse mal. Je me détache pour m'éloigner de lui, ce soutien et cet amour, et pour courir vers elle, ma douleur et ma peine, mon damne et ma passion. Elle, elle. Sur mes lèvres, dans mes yeux, les bulles infinies de mon hilarité qui explose quand je l'attrape par la pensée, quand je me mets devant elle, bloquant sa route, bloquant sa fuite, son éloignement, cet achèvement.

    « Vivre ? Vivre ! Qu'est-ce que vivre, Lily ! Je t'aime et je te déteste, tu me passionne et me répugne, mais je t'aime à en vivre. Vivre ? Répète moi cette définition que tu mets sur ce mot, parce qu'elle m'a plut, un instant, j'y ai cru ! C'est si facile pour toi ! Si enfantin, si drôle, si amusant, si perfide, si fragile ! Répète ! Ose assumer ce qu'est vivre. Ose te dire que tu peux vivre en sachant ce que c'est. Dis le, continue à me faire rire, je te trouve très amusante ! Dis-le, Lily ! »

    Pas de deux, pas de danse, je recule d'un demi mouvement, vers l'arrière, vers son avant. Je n'avancerai plus en arrière, en tâton. Non ? Non ?

    « Dis moi ce qui nous lie si ce n'est nos différences ? Tu ne sais pas ce qu'est la vie, je ne sais pas ce qu'est la mort. »

    Il y a le silence consterné des passants qui filent autour de nous, et qui nous regarde par le biais de ces regards remplis de mépris et d'incompréhension. Qui suis-je, qui es-tu pour eux, petite fille aux cheveux de feu ? Je t'aime, je te déteste, parce que tu ne m'aides pas, tu me perds, et je tombe dans l'erreur, dans le doute, dans le trouble de cette eau que je secoue et que j'obscurcis dans ma noyade. J'embrasserai Chess cinq fois, je tuerai l'infini quatre, je pleurerai le monde une fois, et je louerai tes yeux trois fois. Tes yeux, Lily, donne moi tes yeux car j'en ferai les miroirs de ce que je ne peux pas, ce qui m'effraie, et ce que je ne veux. Donne les moi, j'en ferai mes cauchemars. Le silence retombe sur ma langue, mais les mots s'agitent dans ma tête, et je me fige, la douleur revenue, poignardant, plus lourde, plus fugace, plus vicieuse.

    « Je ne sais pas comment on fait pour vivre. Je n'ai jamais appris. »

    Ce ballet incessant de pourquoi.

    Mes doigts devinrent noirs, fruits fleuris de Madness, et je laissais la léchure sur l'épiderme se concentrer en un acte qu'elle saurait ou non considérer comme visible. Que ferais-tu, ma chérie ? Un sourire et la question, la même question, toujours. Crois-tu que je suis fou ? Lily. Ma Lily. Tu n'es pas Angela. Tu ne seras jamais Angela. Angela, c'est cette blondeur que je hais, parce qu'elle ne m'effraie pas. Tu es Lily. Tu es la lionne, la fille du feu, et ta simple existence, tes ressemblances et nos différences me feraient mourir pour toi.

    Je la contourne. Je ne la regarde plus. Je marche vers Chess, me penche et ramasse le médaillon. Mes phalanges sur le sol, pour une caresse qui effleure, je me relève et glisse la chaîne à mon cou, pour revenir vers Chess. Enchaîné, amour, à la mort, à ta vie. Je ne regarde pas Lily, je ne souris pas, et j'ordonne simplement à ce porteur de nounours déstabilisé par nos actes.

    « On y va. »

    Je n'ai pas le temps. Personne n'a le temps.

    Il y a des moments où la vie se fait capricieuse, et peut-être joueuse de mes humeurs. Peut-être un ricanement d'Avalon qui se joue du pion que je peux représenter, et qui cherche à me punir de mon orgueil en me faisant passer pour plus grand que je ne le suis. Je ne sais pas. Mais un frisson sous mes pieds me fait baisser les yeux sur ce sol, et mes prunelles se fendent sous la violence constaté. Il y a un instant d'apesenteur, un instant de stupeur, et puis ça recommence. Ça recommence en une seule et dernière fois.
    Un tremblement de terre énorme qui ébroue Londres, qui jette au sol les gens, pour leur rappeler leur statut de fourmis. Qui jette au sol toute trace d'humanité, qui s'élève et qui se cambre, transcendant le monde, frappant l'existance, massacrant la logique, répendant l'absurde dans la complainte louée de la destruction. Les immeubles se fracassent dans l'éboulement des attractions des corps, et les débris s'envolent, pour une apesenteur qui ne se fait que plus meurtrière quand ils viennent s'abattre sur cette foule qui hurle, éparpillée.
    Tremblement de terre qui ébroue Londres.

    La vibration est intense, et je tombe au sol.
    La vibration est furieuse, et mes genoux s'explosent sur ces pavés qui secouent. Non.

    « Lily ! »

    Ma voie ne porte pas, dans ce diapason troublé. La foule hurle, et le tremblement ne cesse pas. Je m'aggripe à un corps blanc, je me noie dans les yeux bleus. Ne me laisse pas la perdre. Pas maintenant.


    Dis moi ce que c'est que vivre.

    Mes doigts lâchent. Mes rotules explosent. Mes vertèbres explosent. C'est une promesse. Une promesse. Une promesse. Je vis, je meurs, je suis, j'étais, j'existe.

    Je suis Lorcan Lovegood Scamander.
    Et toi, Lily Luna Potter, tu fais partie de mon avenir. Alors je t'interdis de mourir aujourd'hui.

    Ce ballet de pourquoi.

    Le dragon explose, l'humain implose, les ailes se déploient, et la gueule vient saisir le corps d'une porteuse de feu, d'une petite fille lionne, à qui l'on a donné la magie nécessaire pour qu'elle sache l'utiliser correctement, au détriment d'un homme qui, par sa vie, par sa voix, à trouvé son chemin. Le dragon s'envole. Sur son dos, un éclair blanc, fauve, électrique avec des yeux bleus, qui hurle l'avalonien d'un monde qui s'égare. Il n'y a plus de logique, et les serres de Pahal se referment avec soin sur le corps de l'enfant. Ne te fais pas mal, ne meurs pas, je tiens à toi. Tu es Lily Luna Potter.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 6 Oct - 15:34


Vivre c’est accepter l’idée que l’on puisse mourir un jour, que chaque être qui nous entoure puisse décider de partir définitivement ou non, qu’il puisse rejoindre lui aussi les cieux, entamer une seconde vie ou brûler dans les précipices de l’Enfer. Vivre, c’est faire de choix, bons ou mauvais, intelligents ou non, perspicaces ou stupides, subtils ou violents. C’est accepter le fait que tout peut avoir une fin, quelconque soit-elle. Vivre, c’est exister. C’est prendre conscience du moindre mouvement, du moindre bruissement d’une feuille d’automne au bruit battant de la pluie d’hiver contre les carreaux vieillis d’un château de sorcellerie. C’est sentir la chaleur d’un corps enivré le sien dans un élan d’amour, c’est toucher du bout des doigts les objets de nos désirs, c’est goûter à la nervosité des éclairs frémissant nos muscles dans la colère, c’est jouir d’une euphorie et d’une adrénaline naturelle ou non, provoquée ou non, pensée ou non. Apprend-t-on à vivre ? Apprend-t-on à effleurer les courbes d’une vie qui nous appartient à nous et à nous seuls ? Sentons-nous les méandres d’une âme qui ne fait qu’habiter notre corps ? Qu’est-ce vivre ? Oui, tu as raison, qu’est-ce vivre ? L’existence est un fait, mais vivre est un art. Quel est donc cet art ? Est-ce la simple comparaison que l’on pourrait faire à l’art de manier les armes martiales ? Apprend-t-on à vivre ? Tu supposes que non. Que tu ne sais pas puisque tu n’as jamais appris. Jamais appris à accepter tes erreurs, à accepter la Mort alors que tu la portes en toi comme je goutte depuis un an maintenant à sa folie, à accepter ton humanisme, à accepter le fait que tu puisses aimer, d’amour et d’amitié, que tu puisses avoir des réactions aussi humaines que les autres sorciers ou Moldus de cette planète. Vivre, Lorcan,  vivre, c’est construire sa vie en acceptant ses aléas. Les douleurs qu’elle peut engendrer et les souffrances qu’elle peut faire subir. Vivre, c’est aimer et détester. C’est exactement ce que tu viens de dire. Naître, aimer, détester, subir, engendrer, provoquer, jouer, haïr, grandir, apprendre, régresser, répugner, adorer, ignorer, vieillir, profiter, imaginer, espérer, mourir.

Vivre.

Tout tournait autour de ce mot. Il semblait se perdre dans les paroles emprises d’une hilarité que prononçait Lorcan, comme si chaque mot était mesuré à sa juste valeur, comme si ça avait été réfléchi et pensé. Il hurlait. Provoquait le regard des passants qui osaient les narguer d’incompréhension et de jugement. Le temps paraissait s’écouler dans une lenteur qui serrait le cœur de Lily. Lily. Il prononçait son prénom comme jamais il ne l’avait hurlé. Il plongeait dans une torpeur qui laissait à penser que plus personne n’avait aucun contrôle sur lui. Qui, seulement qui déjà, avait eu une quelconque emprise sur son personnage ? Elle se perdait. Se perdait dans la foule du Chemin de Traverse, dans celle qui s’échappait des magasins aux alentours, dans l’incompréhension qui mêlait ses idées et dans le pressentiment qui rongeait son esprit. Devant la violence de sa réaction, elle ne savait comme réagir. La comprenait-il ? Il ne paraissait pas, non. Il faisait encore tourner son monde. Comme si rien n’avait jamais existé. N’était-elle pourtant pas coupable de cela ? N’était-elle pas celle qui avait exécuté d’une main pourtant hésitante le seul amour qui faisait vivre son royaume ? On les ignorait de nouveau alors qu’un regard toujours insistant ne quittait pas leurs corps. Ses phalanges se serrèrent entre elles au point qu’elles en devinrent noires. Noires de sueur et d’énervement. Madness ne voyait-elle pas ici l’occasion de se délivrer ? C’est alors qu’entre les passants pressés et ignorants, ce fut à son tour de disparaître. Il rejoignit Chess, lui accorda un regard qu’il se refusait à adresser à la jeune fille aux cheveux de feu qui l’observait dans une image précise de son esprit, impuissante. Elle, elle ne se retournait pas. Savait le poids d’un cœur qui pesait contre le sien. Ses mains la démangeaient. Elle avait cette envie de le rejoindre, de le serrer dans ses bras mais avait cette rancune qui se refusait à glisser le long de sa trachée. Bousculée par un homme d’une cinquantaine qui avait manqué de perdre l’équilibre sans aucune raison apparente, elle entama un premier pas dans le sens opposé du couple, se hissant à hauteur d’une enseigne de bois qui ne connaissait pas un grand succès et qui lui laissait le temps de respirer calmement. Deux autres personnes s’agrippèrent l’une à l’autre alors que le sol était lisse, attirant l’attention de Lily sur cette étrange coïncidence. Son estomac était encore noué des paroles incessamment cohérentes et réelles de Lorcan, lui balançant au visage une vérité qu’elle n’acceptait pas et qui ne faisait pas d’elle quelqu’un de vivant. Elle n’acceptait pas le fait d’être une simple enfant dans un monde où être adulte est avoir sa part de responsabilité mais surtout de crédibilité. Il avait été le seul à prendre en considération son jugement, à y prêter attention et à exécuter ses tâches en y prenant compte. Même son père qui accordait une grande importance aux ressentis de ses enfants ne basait pas ses décisions sur le point de vue qu’ils pouvaient lui partager. Etait-ce l’avoir fait grandir trop vite ? Loin d’elle l’idée qu’il était le seul responsable de cette croissance. Si l’on pouvait utiliser le mot « responsable ». Il lui avait appris à survivre. A élargir son esprit, à croire à des entités qui n’étaient que légendes depuis sa tendre enfance. A utiliser l’essence de sa magie à sa capacité réelle. Et voilà qu’il s’éloignait. Qu’il l’ignorait. Le bout de bois incrusté dans la poche de son jean qu’elle se refusait à quitter bien qu’elle n’avait le droit de s’en servir définissait ce pourquoi elle était née. On lui avait donné la vie pour qu’elle puisse faire de sa magie l’unique maîtresse de sa vie. Et pourtant, elle ne contrôlait pas tout.

Surprise. Explosion. Hurlements.

Un an plus tôt, Londres était piégé dans un train qui subissait l’instabilité d’un homme ayant abusé de thé. Aujourd’hui, sans engendrer la culpabilité d’un quelconque humain ou chimère, la ville se retrouvait de nouveau à endurer les caprices, cette fois d’une nature qui ne supportait plus les inégalités de ce monde. Les pensées de Lily s’évaporant dans les cris des femmes serrant leurs enfants contre elles, ses doigts se plantèrent comme des griffes dans les planches de bois de la boutique qui la soutenait, ses prunelles se rivant sur tous les endroits possibles à portée de vue. Ici et là, les habitants s’agitaient sans but précis, sans endroit particulier où se réfugier, où s’abriter. Plus loin, dans un regard de détresse, il avait déjà disparu. Derrière leur vitrine, les commerçants cherchaient à retenir leurs marchandises, pensant ce phénomène passager. Sauf que les secondes passantes, il ne devenait que plus puissant. Le bois vibrait tellement sous sa main qu’elle l’en retira, guettant sa légendaire solidité s’affaisser sous les tremblements de plus en plus marqués. Une mère hurlait son enfant. Dans l’agitation, elle avait perdu son fils qu’elle tentait d’apercevoir entre les bras des promeneurs. Incapable d’esquisser le moindre mouvement tant son cœur battait la chamade des derniers évènements et de celui présent, Lily observait le corps d’un petit garçon immobile, les yeux apeurés. Pointant du doigt, elle interpella la mère qui disparut, son fils au bras, sans un merci.

Un temps qui lui fut précieux. Une minute ou deux qui lui valut l’inattention de se retrouver prise au piège. Surprise par un craquement sonore évident, son visage se tourna sur la façade de la boutique qui se brisait sous ses doigts. Incapable de réagir, dénuée d’une quelconque force qui lui permettrait de bouger le moindre petit doigt, elle observait les filaments de bois s’écraser les uns contre les autres devant ses yeux, les planches reliant le toit étant prêtes à ne plus soutenir la plus petite parcelle de mur qui construisait le magasin.

« Non, non, non… »

Dans un souffle, dans un murmure qui ne s’entendit même pas dans l’esprit de la jeune fille, une plainte de supplications s’étouffa dans sa gorge, sa main déjà prise au dépourvu et coincée dans un amas de chutes. Vive, cherchant à dégager sa dextre en tirant de toutes ses forces, le cri d’effroi d’une femme en sa direction lui fit lever le regard avant que celui-ci ne soit plongé dans le noir.

¤¤¤

L’air frais lui bat les tympans, siffle dans son oreille avec une douce et agréable mélodie. La peau rocailleuse d’un être gigantesque casse son dos bien qu’elle soit confortablement installée. Les cris des passants sur le Chemin de Traverse s’étaient évanouis, elle n’entendait que le souffle du vent et le crachas brûlant de celui qui la soutenait. L’éclair bleu de ses yeux contraste avec celui du ciel qui chasse actuellement le nuage gris précédemment capricieux du temps ensoleillé de Londres. Etait-elle… était-elle en train de voler ? Ses bras soutenant son corps encore ankylosé, une main se posa sur son front devant le mal de tête qui était en train de se déclarer. Ses prunelles se déposant sur le vide en face d’elle, d’un regard ahuri, elle observait les avenues, rues, ruelles, maisons et bâtiments de la ville défiler dans une beauté indescriptible. Revenant sur la peau de serpent, Lily vit sa main recouverte d’un sang séché. Son t-shirt, déchiré, lui donnait un de ses airs de cinéma après le passage d’un pseudo-héros-justicier. Une pensée qui la fit sourire. Jusqu’à ce qu’elle prenne définitivement conscience de la hauteur à laquelle elle surplombait la ville, sa main, malgré la douleur vive, s’accrochant désespérément à une écaille. Une écaille. Un dragon ? Un dragon. Impossible de se souvenir des heures précédentes, elle se retrouvait sur le dos d’un dragon. Noir. Faisant penser à un corps recouvert d’encre. Une piqure lui traversa l’omoplate, lui arrachant une grimace.

Madness. Lorcan.
Lorcan. Madness.
CQFD.

Large était son dos. Jamais elle ne l’avait remarqué, du moins, pas pendant sa première transformation l’été de leur rencontre. Oh oui, il était grand. Immensément grand une fois transformé, mais elle n’avait pas le souvenir que ce soit à ce point là. Qu’elle puisse aisément s’allonger et s’étaler comme elle aimait si bien le faire dans ses moments de fainéantise. Un raclement de gorge lui fit comprendre qu’elle n’était pas seule. Son visage pivotant à sa gauche, le visage de Lorcan « Chess » Hatefull lui fit rater un battement de cœur et occasionnellement une expiration.

« Oh. Salut. »

Fatiguée, la petite Potter se laissa aller aux ballades du dragon pour plonger dans son sommeil.

¤¤¤

Le moelleux du canapé dans lequel elle se trouvait la réveilla en douceur, se laissant blottir dans les couvertures imaginaires du duvet déjà suffisant. A nouveau, un pressentiment faisait danser ses entrailles. Sa main, soignée, adoptait alors le voile noire d’une folie qu’elle ne maîtrisait plus depuis quelques heures. Consciente, elle était pourtant seule. La salle était vide de présence humaine, si ce n’est la sienne. Un bureau était disposé mais semblait inutilisé depuis des mois, voire des années, remplacé par la luminosité d’un piano soigneusement entretenu. Une brûlure déchira les ligaments de son poignet, revenant des mois en arrière lorsqu’elle avait goûté pour la première fois à la présence de Madness en elle. A la violente douceur d’une personnalité qui était sienne sans l’être. Cette fois-ci assise, Lily ne détachait pas ses yeux de cet aspect avant de sursauter à la caresse d’une fourrure sur ses jambes.

« Eli ? »

Le mâle se glissa entre ses jambes comme il ne l’avait jamais fais avant de la rejoindre sur le doux coussin du canapé, attirant contre lui une main, désireux de caresses. Un geste qui ne lui ressemblait pourtant pas. Levant ses iris dans une certaine méfiance, elle s’agaçait de ne pas savoir dans quel endroit elle se trouvait. Elle n’était pas chez Lorcan, même si Elizabeth était là. A en douter qu’elle se trouve même encore à Londres. Que faisait-elle, d’ailleurs, avant de se retrouver là ? Qu’est-ce qui avait pu provoquer la transformation de l’ancien psychologue de Poudlard ?

Là, ce ne fut pas une brûlure mais une agonie qui traversa chaque veine de ses muscles. Les pics de douleurs qui se manifestaient à différents endroits de son corps la poussa à se rallonger, la plongeant dans un souvenir de possession qu’elle connaissait déjà. Pourquoi ? Pourquoi cela recommençait-il au bout d’autant de temps ? Pourtant parfaitement consciente contrairement à la première fois, elle aurait préféré ne pas se familiariser avec cette douleur insoutenable d’une entité qui voulait reprendre sa place. Etait-ce vraiment ce qu’elle désirait ? Avait-elle eu la sensation de se perdre ? Le chat qu’elle aimait appeler celui de Cheshire tant Lorcan dévouait un culte pour cette histoire, l’observait. Pouvait-on déceler l’émotion d’un chat ? Aussi humaine puisse-t-elle être son âme ?
Ses cris s’étouffaient dans sa gorge. Jamais une douleur aussi violente ne lui avait traversé les entrailles. Jamais elle n’avait ressenti cette vivacité électrocutée ses nerfs. Pitié qu’on lui coupe le bras. Debout, reste debout. Ne cède pas. Vis. Ne t-as-t’il pas demandé la définition du verbe vivre ? Montre-lui. Bats-toi.

Tuez-moi.

Elle sombrait. Sombrait dans cette torpeur qui faisait exister le monde de Madness. Sentait ses omoplates exploser sous les traits de la plume, ses hanches se détruire sous la fleur de Lys, la force du sceau presque impuissant devant le soudain et l’acharnement. Elle sentait son corps se déchirer à chaque hurlement qu’elle laissa sortir de sa gorge, qui se laissait entendre entre les mille qu’elle prononçait. Elle avait mal. Mal. Mal à en chier, putain. Mais ce voile noir n’allait pas plus loin. Il lui faisait payer le prix de sa peur, de son inattention, de sa naïveté.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Lun 14 Oct - 17:36


    PASSE.

    Revenir sur des actes qui ont toujours attendus d'être transformés.
    Passé, ou la capacité d'être clairvoyant sur ce qui a déjà eu lieu.
    Passé, ou simplement utiliser les cartes que l'on a en main.

    (…)

    L'odeur de viande se dilatait dans l'air, diffusant ses arômes comme une langue qui utiliserait l'oxygène pour s'étendre en des fragrances percevables à chaque endroit de la maison. Le fumet de sauce brune qui se dégageait de la cuisine embaumait dans l'air, et, comme un éventail déplié, s'étalait sur une surface qui emplissait la totalité des lieux. Chess cuisinait.

    Les cheveux attachés en des mèches éparses qui collaient contre ses joues, le Chat s'activait devant les fourneaux, ses yeux bleus accrochant les mets en train de cuire, ses doigts effleurant les flammes bleutées d'une gazinière en plein activité. Chess cuisinait bien. Animé par des perceptions qui le différenciait des humains s'appuyant sur des valeurs visuelles, le semi-vampire-dieu égyptien usait de tout ce qui était en sa capacité pour s'assurer de la cuisson exceptionnellement parfaite du bœuf qui mitonnait dans sa sauce brune. Le bœuf bourguignon, plat typique de l'Est de la France, trouvait tout son charme et son raffinement sous les doigts de l'être aux yeux anormalement bleus. Abominable animosité qui se lisait pourtant sur le visage de Chess. Il y avait un mélange d'expression concentrée dans la tâche effectuée, et pourtant un dégoût sans pareil au fond des prunelles trop claires pour l'Egyptien natif. Sous ses phalanges parfumées par l'odeur de la viande, les relents du bœuf se noyaient dans l'eau assombries par les nuances de la nourriture, et flottaient des morceaux imbibés de sauce, paresseusement, à la surface, venant flotter contre les rebords de la casserolles, dispersés par les glouglous échauffés d'une eau portée à ébullition. Chess eut un reniflement dédaigneux, et d'un brusque mouvement de doigt, plongea son index dans l'eau, pour en retirer la chair tendre d'un bœuf dont la fibre se fit moelleuse sous les canines animales de Hatefull. Il resta une seconde silencieux, puis avala avec lenteur le morceau de viande, avant de tourner les yeux.

    « Eli ? »

    Le chat n'était pas présent ; mais Chess ne s'en formalisa pas. Il haussa à peine la voix, pourtant, prenant à témoin le vide de l'endroit.

    « Va dire à Lorcan que le repas est prêt. Et que je suppose qu'elle est réveillée. »

    (…)

    Entre mes lèvres, le joint se consumait.
    Allongé sur un matelas qui ne souffrait plus mes nuits blanches, j'avais usé le plafond à trop le regarder, et je restais surpris de constater que l'étage tenait encore, sous le poids de mon regard qui frappait les poutres. Le silence de la chambre était assuré par l'absence onirique de tout objet défectueux à mon besoin de calme, et j'observais la lente consummation du feu qui faisait l'amour à la drogue. Coincé entre la ligne de mes lèvres, le joint s'altérait doucement, s'écourtant dans une vie à l'existence radieuse, venue imploser dans ma propre raison. Il irradiait avec douceur et tendresse dans ma tête, illuminant les endroits devenus trop sombres, éclairant mes doutes pour les mettre en valeur, me faisant aussi paniquer que je ne planais déjà. Dans le silence de la chambre, je fumais, taisant ma respiration, mes yeux portés sur le plafond, mon corps devenu figé dans ce qui ne ressemblait pas vraiment à la vie.
    Ma poitrine abaissée sur un rythme qui ne la soulevait plus, je ne faisais pas l'effort de la remonter, figé dans mon accalmie mentale, et considérant l'effort de la remonter comme trop important pour mes capacités physiques actuelles. J'abaissais doucement mes paupières, tuant le plafond et les stimulations de ces perceptions visuelles, pour me concentrer sur l'accalmie des couleurs. Couleur chair, couleur chair, couleur chair. Je me forçais à me concentrer sur l'égocentrisme de mon être, sur le joint et le calme.

    Silence.

    Je suis terrifié, et le joint me calme.

    Je suis calme. Calme. Profondément calme.
    Et respirer est chiant. C'est dur. Trop dur. Je ne veux pas faire d'effort.
    Eyh, Lys. C'est chiant, ce monde, tu ne trouves pas ?
    Dehors, il doit faire nuit. Même s'il y a du soleil, même si toutes les lumières de la Terre entière s'allument, je sais qu'il fait nuit. J'ai peur.
    Et je suis tellement calme.

    Soupir.

    (…)

    Si le temps n'a pas cessé de tourner, alors je dois avoir tué la normalité.
    Descendant en silence l'escalier, je tenais entre mes doigts et mes lèvres une drogue que l'on qualifiait de douce, et que je ne voulais pas voir se finir. J'avais dans l'idée de manger, de sourire à Chess, d'effleurer du regard le corps endormi de notre jeune invitée, et d'aller l'imiter en remontant à l'étage, après avoir brûlé la vingtième « cigarette » de la journée. J'avais l'envie, le désir adorable, presque abordable, de lui ronronner sur la face, à ce Chat blond. J'aimais l'odeur de cette nourriture que je serai incapable d'avaler, mais j'aimais l'odeur, et cela m'offrait le loisir de lui sourire gratuitement.

    Pas faim.

    La terreur est un lointain souvenir qui me colle à la peau.
    J'étouffais le sentiment sous les pamphlets silencieux de cette conscience qui me dictait une conduite que je n'adoptais pas, et je me tenais debout sur les marches, m'accrochant au mur pour ne pas tomber dans le rire d'un désespoir qui ne se comprenait pas. Le temps devait s'être figé, parce que je ne me sentais pas m'enfoncer dans la matérialité d'une temporalité. J'osais, finalement, et j'entrais dans le salon, glissant mes yeux sur un paysage que je ne connaissais que trop puisqu'il n'était pas mien. Le temps devait s'être figé, parce qu'en dépit de ce calme qui noyait ma fureur, je ne ressentais rien.

    Rien.

    Eli me fixait, la gueule ouverte sur un miaulement silencieux.
    Chess apparut comme un éclair à ma gauche.

    Alors, malgré cet état d'apesanteur, et cette lourdeur sur mes épaules et dans ma tête, malgré le joint et le calme, malgré la lenteur de mes gestes et l'absence de réactivité rapide de mon cerveau, je compris que Lily était debout, et qu'elle souffrait. Elle souffrait. Elle souffrait, et ce n'était pas avec quelque chose entre les lèvres et infiltré dans ses veines qu'elle se calmerait. Le temps qu'il me fallut pour être sur elle n'existe pas. Peut-être que j'allais trop lentement ? Peut-être trop rapidement pour mon propre corps ? Je ne sais pas. Mes doigts se refermèrent sur ses épaules, je me plaçais dans son dos, l'installant en position assise, écartant Eli et Chess.

    « Calme toi. Je suis là. »

    Mes mains trouvèrent son front, et méprisant ces râles qui témoignaient d'une douleur que je ne supportais pas voir lui appartenir, je l'amenais contre ma poitrine, ignorant le regard devenu trop insistant de Chess.

    « Inspire. Calme. Inspire avec soin, pour que l'oxygène gonfle bien tes poumons. Expire ensuite doucement. Respire. Calme toi. »

    Le joint devait être tombé par terre, quelque part, ayant glissé entre mes doigts. Le fumet de la drogue illuminait encore mon esprit, mais j'avais fait le choix de fuir la sécurité de mon propre confort, et ce masochisme, je l'ignorais, je réfutais, je réfutais, je réfutais tout, je ricanais dans ma tête, en silence, en silence, seigneur. Inspiration. Inspiration, Lily. Calme toi. Calme toi. Calme moi. Mes doigts écartèrent les mèches enflammées, et mes prunelles devenues hallucinées par la vision d'un feu portatif sur son crâne, si fragile, si léger, j'éloignais de la nuque les boucles rousses, pour dégager le sceau. Dans des entrelacs assombris, l'encre suintait sur une peau rougie qui boursouflait ses propres contours. Retroussant les babines à la manière d'un animal blessé, j'abaissais doucement les yeux, et les mains, pour écarter l'obstacle que représentait le tissu, et poser mon regard sur la plume devenue une arabesque ensanglantée par les veinures sous la peau qui pulsait une douleur nerveuse. Un sifflement mauvais s'échappa d'entre mes lèvres, prémices de mon sentiment horrifié tandis que, sans la moindre pudeur, je cherchais à dénuder la hanche de la jeune fille, pour observer le troisième tatouage. La fleur de lys était le suppôt d'une catastrophe noire et rouge. Je fermais les yeux, une lourde seconde, hésitant entre l'horreur et l'énervement le plus profond.

    « Respire, Lily. Concentre toi sur la douleur pour la calmer. Ne l'ignore pas, avale-la. »

    Chess sifflait, furieux, autour de moi et du canapé, ses longs doigts se tendant au dessus de nous, cherchant à attacher les cheveux de Lily entre eux, pour dégager son visage, pour avoir la sensation d'agir dans cette situation qui ne lui appartenait pas. Je relevais mes yeux sur lui, cherchant son regard.

    « Va me chercher de l'eau chaude. Et du formol. »

    Eli tournait autour de nous, le poil hérissé comme s'il venait de tomber nez-à-nez avec un renard, et ses yeux lançaient des éclairs verts et tueurs. Chess revint vers nous avec la force d'un petit ouragan, disposant près de nous un seau avec de l'eau et du linge, et une bouteille blanche, sur laquelle je fis poser mon regard avec une insistance particulière. Cette sensation du formol sur la peau et ces cris de mes souvenirs, pendant que Lysander s'excusait, pleurant presque, en appuyant les compresses imprimées contre mon échine. La douleur serait importante, mais je ne voulais pas voir sa peau nécroser sous la puissance magique. Chess anticipa, et imbibant les linges, vint éponger le front de Lily avec l'eau et le linge chaud, pour nettoyer la sueur, et prévenir la fièvre. Contenant à la tenir de manière à ce que je sois dans son dos, je cherchais son oreille, ouvrant du bout des doigts la bouteille de formol.

    « Ça va faire mal. Je dois empêcher que ta peau ne pourrisse par en dessous. Ce sera moins douloureux que ce tu as vécu là. Essaie de continuer à rester calme, Lily. »

    Calmons-nous. J'imbibais une gaze, et inspirant profondément, vint la presser contre la fleur de lys, mes bras se refermant sur le corps de Lily, fermant à moitié les yeux pour ignorer toute manifestation de douleur. C'était peut-être mon geste le plus cruel de la journée.

    (…)

    « Est-ce que ça va mieux ? »

    Mes doigts refermés sur les poignets blancs de Lily, je l'accompagnais jusqu'à la table, tandis que Chess servait la viande dans une assiette qu'il tendit prudemment devant la jeune fille rousse. Un sourire énigmatique avait couru sur ses lèvres, disparu immédiatement lorsque j'avais croisé son regard. Il se servit à son tour, mais je refusais l'assiette. A la place, je tournais les yeux vers Lily, plongeant la main dans ma poche, pour en sortir une chainette aux éclats ne laissant pas le moindre doute sur son identité.

    « Je te propose de reprendre des forces. Mange. Et, si ça ne te dérange pas, j'aimerais t'emprunter cela le temps du repas. »

    Sans attendre ou permettre de réplique, je fauchais le Retourneur de Temps, et me dirigeais vers la sortie de la cuisine. Avant de me stopper dans l’entrebâillement de la porte, pour me retourner vers Chess. Mes yeux verts supplantèrent leur trouble en venant s'incruster dans son regard d'océan glacé.

    « Veille à ce que le repas soit un peu plus long que d'habitude. »

    (…)

    87600.000 heures
    10 ans correspondaient à 87600.000 heures.

    Assis sur mon lit, nageant dans l'odeur du souvenir du joint, je tournais en silence ce temps qui ne m'échappait plus. Les nombres défilaient les uns derrière les autres, entourant mes phalanges, dans des mouvements circulaires accrochés au fond de mes rétines. Je réfléchissais, accroché à ce regard de Lily, ce sourire de Chess, cette idée de la douleur et de la vie.

    La couleur de la vie, la ressemblance des dés que l'on jetait, et qui roulaient, roulaient sur le plateau d'un jeu aux dimensions infernales. Un jeu silencieux, sur lesquels les pions ne se ressemblaient pas, et sur lequel le cavalier, le fou et le roi se frappaient. J'inspirais, fermant les yeux. Encore, encore, encore. Je tournais, encore, cette minuscule roue d'or. Le dragon, le silence, l'amour, l'amitié, les valeurs, la peur, la terreur, la fureur, l'angoisse, la possession. Ses cheveux roux, son père, le sourire d'un dimanche, le procès, le wagon qui explose, la douleur, le refus, l'avancement et le progrès, Eli et ses miaulements, Madness, couper la main, le parapluie noir, Angela et sa robe verte, les araignées géantes, Lorelei égorgée, la fleur de lys, la douleur, la brûlure, le feu, l'or. L'or. L'or. L'éclat de cet or. Qui me happait, qui me violait, qui me transcendait.

    87599.

    (…)

    « Lily. »

    Je tenais entre mes doigts le Retourneur de Temps, mais je ne lui tendais pas. Il me restait un tour. Un seul tour à faire.

    « Je vais te proposer un deal assez malhonnête. »
    Un petit sourire consterné de la part de Chess. Je m'appuyais contre le piano.

    « Je voudrais que tu sois en mesure de te protéger de ce que je t'ai offert. Qui est une arme pour et contre toi. Je voudrais te proposer l'alternative d'avoir la capacité, peut-être, de mieux savoir gérer. »

    Eli s'allongeait sur le coussin, refermant en lenteur ses prunelles globuleuses.

    « Mais il ne va pas s'agir simplement de Madness. Je crois que je suis en train de continuer à faire mes conneries, mais fais comme si tu me connaissais, et que ça ne t'étonnais pas, okaj ? »

    Un ricanement, égyptien.

    « Je te propose de t'apprendre une forme de magie que tu n'apprendras pas ici. Pas avec des manuels. Pas avec le régime politique qui s'instaure. Je te propose de violer le règlement, de dépasser les lois, pour faire quelque chose qui, n'est pas … légalement interdit, mais moralement fortement déconseillé. Je te propose de plonger dans le passé pour rencontrer quelqu'un qui pourrait t'apprendre à te battre sans utiliser de baguette magique, et ce en usant des fluctuations magiques. Apprendre à utiliser une magie qui n'a rien de scolaire. »

    Je ne voulais vraiment pas sourire, pour une fois. Au contraire. Mais je n'étais pas effrayé. J'avais cette impression d'être en plein planage, mais sans stupéfiant.

    « Mais bon. Je suis déjà fou, donc je suppose qu'intéragir avec mon propre passé ne pose pas vraiment de problème, hein ? »

    J'avais adressé le « hein » angoissé à Chess, qui étirait ses lèvres en un sourire monstrueux. Mes prunelles revinrent sur Lily.

    « Je te propose de rencontrer un Lorcan de seize ans. »

    Et dans ma tête, dans ce que je n'étais plus, il y eut le frisson d'un enfant qui n'existait plus.
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Lily L. Potter

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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Jeu 24 Oct - 7:31


« As-tu peur, Lily Potter ? »

La douleur s’était évanouie. Le calme d’une pièce vide était revenu. Autour d’elle, ce même bureau trônait devant une cheminée accompagnée d’un piano quelques mètres plus loin. La table où se trouvait un plat fumant d’une délicieuse odeur remplissait la moitié de la pièce de sa longueur. Les notes du piano se faisaient étrangement entendre, seules. Il n’y avait pas de fenêtres. Pas de portes. Et pourtant, une lumière naturelle éclairait la pièce, plongeait les quatre murs dans un halo blanchâtre qui n’en était pas moins aveuglant. Allongée sur le canapé de velours et de cuir, elle ouvrait les yeux.  Immobile. Elle observait cette pièce identique à celle dans laquelle elle se trouvait en compagnie d’Eli quelques minutes plus tôt. Le chat d’ailleurs, n’était pas là. Elle avait senti une main se posée tout contre son front. Amena la sienne dans un geste de vérification. Elle était seule. Seule. Hormis cette voix androgyne.

« Dis-moi, Lily Luna Potter, aurais-tu peur ? »

Elle se redressa. Observa la moindre ride d’un mur qui pouvait laisser transparaître une pupille, une bouche, une oreille. Aussi immobile que ses mouvements, les objets décorant la pièce donnaient l’impression de la scruter. Ses iris se relevèrent à hauteur du plafond. Lisse. Tellement lisse qu’il ne correspondait pas aux ornements architecturaux des quatre coins. Les crissements de griffes félines contre un parquet éveillèrent l’attention de Lily. Cherchant dans un regard des pattes se dessiner dans l’obscurité ou dans les quelques rayons filtrants de lumière, elle ne se fiait qu’à son instinct. Un seul chat pouvait se trouver dans cette même pièce.

« Eli ? »
« Et si, plus rien n’existait mis à part nous, Lily Potter ? »

Cheshire.
Cheshire, Cheshire, Cheshire.
Es-tu là ?

Un miaulement presque humain tellement il paraissait irréel sortit du noir d’un recoin. Eli s’avançait vers Lily, d’un pas feutré, lançant, presque lourd comme s’il devait supporter son poids et celui d’un autre. Affectivement, elle tendit une main. Les prunelles de l’animal la gratifièrent d’un regard tellement glacial qu’elle comprit que quelque chose ne tournait pas dans les sens normaux d’une existence normale. Si l’on pouvait considérer comme « normal » le présent dans lequel elle se trouvait. Silencieusement, avec la grâce propre à un félin, ce qui semblait être Eli vint s’asseoir aux côtés de Lily. Depuis ces longues minutes, la voix grave et doucereuse à la fois, n’avait pas de nouveau raisonné d’un mur ou de son imagination. Elle posait un regard curieux sur son compagnon. Et se releva d’un bond lorsque ses babines s’enchantèrent soudainement.

« Vois-tu, Lily, le monde n’est pas fait uniquement de sorciers, de Moldus ou d’entités plus souvent maléfiques que bénéfiques. Il est aussi rythmé par notre conscience, à laquelle nous accordons souvent bien moins d’importance. »

Eloignée de plusieurs pas, la jeune fille observait, hallucinée, la carrure du chat qui venait de lui adresser la parole. Eli ? Etait-ce vraiment Eli ? Le moindre poil paraissait lui correspondre. Parlait-il ? L’avait-elle bien entendu ?

« Voyons, approches-toi. Ce n’est pas comme si tu ne me connaissais pas, n’est-ce pas ? Lily Potter. Divine héritière d’un nom fabuleux. Mais fabuleux pour qui ? »
« Pour personne, sûrement. »
« Et pourtant, Lorcan t’accorde énormément d’importance. »
« Trop. Pas à ma juste valeur. »

La chaise de la table trônant en longueur de la pièce l’accueillit confortablement. Si elle était victime de ses hallucinations, celle-ci paraissait extrêmement intéressante. Parle. Un chat. Qui parle. Autant, cela ne devrait pas la surprendre lorsqu’on savait que ledit chat appartient au dénommé Lorcan Lovegood-Scamander, autant, le fait de pouvoir comprendre le point de vue de celui qui avait vu monts et merveilles et catastrophe lui semblait être une idée plus que fabuleuse. Scrutant à son tour les mouvements discrets du félin qu’elle savait agile, Lily joua la carte du silence. Elle ne savait si c’était le fruit de son imagination ou la réalité, bien que la supposition première paraisse être la bonne, mais elle comptait en tirer le maximum de profit. Utile ou non. Véridique ou non.

« Comment peux-tu savoir quelle valeur tu vaux à quatorze ans ? Penses-tu pouvoir te juger toi-même ? Penses-tu savoir mieux que quiconque tes capacités ? Penses-t… »
« Je ne pense rien, Eli. »

Volontairement, elle accentua le diminutif de son prénom. Après tout, combien de fois l’avait-il appelé par le sien depuis le début ?

« Tu ne penses rien. Vraiment ? Tu t’es pourtant beaucoup accordé à donner ton avis auprès de Lorcan autant de fois qu’il l’a sollicité. »
« Si tu veux parler du fait d’avoir choisi entre Madness et ma main, je n’appelle pas ça un avis. »
« Intelligente. »

Touché ?
Coulé.

« Que ferais-tu, si tu devais la combattre ? »
« Je la combats déjà. »
« Physiquement, je veux dire, Lily. »
« Je la combattrais. »
« Comment ? »
« J’improviserai. »
« Le propre de mon adoré maître. »

Le sifflement sûrement semblable à un rire s’échappa des narines du mâle. Amusé, était-il. Anxieuse, était-elle. Pourquoi rêvait-elle d’une telle conversation ? Pourquoi Eli et pas un être humain ? Toujours assise sur cette même chaise, la douleur vive d’une plaie s’arrachant lui fit faire une grimace. Portant sa main à sa nuque, elle en retira un morceau de peau, devinant sa chair à vif. La même pointe lui transperça l’omoplate pour ensuite se diriger à sa hanche. Ses tatouages dégorgeaient. Se vidaient de leur encre pour être remplacé par son propre sang. Douloureux. Relativement douloureux.

« N’est-ce pas ? »

Ses prunelles se relevèrent vers celle d’Eli. Rageusement.

« Pourtant, n’as-tu pas montré que tu étais capable de surmonter toutes sortes de douleur, Lily Potter ? »

Il quitta l’éternel canapé pour se diriger vers elle. Pliée d’agonie, la jeune fille l’observait, impuissante du moindre mouvement. D’un bond athlétique, il grimpa sur le bois de la table pour la gratifier d’une caresse.

« Ça va faire mal. Je dois empêcher que ta peau ne pourrisse par en dessous. Ce sera moins douloureux que ce que tu as vécu là. Essaie de continuer à rester calme, Lily. »

La brûlure qui s’imposa sur chaque partie de son corps, la poussant à se tordre de déchirement sous chaque encre s’imbibant, la fit hurler à un tel point que son cauchemar et sa réalité lui échappèrent, la plongeant dans les ténèbres d’une existence qu’elle rêvait n’avoir jamais connu.

¤¤¤

« Est-ce que ça va mieux ? »
« Quelle question stupide. »

Accompagnée d’une main ferme, elle s’assit à cette même table qu’elle venait de quitter. Les souvenirs lui revenant en mémoire, elle jeta un coup d’œil circulaire pour observer Eli, les prunelles closes sur le canapé que lui-même était censé avoir quitté. Son attention captivé par le bruit d’une assiette se déposant devant elle, son visage pivota pour tomber nez à nez avec l’odeur délicieusement fumante d’un bœuf bourguignon. Elle ignora le chef de ce plat en question bien qu’un merci traversa ses lèvres et fut de nouveau attirée par un autre tintement. Dans les mains de Lorcan qu’elle s’était refusé à dévisager jusque là, une chainette traversait ses doigts, s’enroulant gracieusement entre eux. Une main curieuse dans la poche de son jean lui affirma que l’objet qu’il tenait à quelques mètres d’elle lui appartenait. Son regard fulminant trahissait à nouveau et éternellement en ce jour, son impuissance.

« Je te propose de reprendre des forces. Mange. Et si ça ne te dérange pas, j’aimerai t’emprunter cela le temps du repas. »
« Comme si tu m’avais demandé mon avis. »

Un murmure qui se fondit dans le cliquetis de sa fourchette se plantant amoureusement le morceau de bœuf imbibé de sauce. Et le voilà disparu. Il était toujours si simple de disparaître. N’est-ce pas, Eli ?

Son regard croisa celui du mâle.

(…)

« Comment te sens-tu ? »
« Comme à Avalon. »
« Avalon ? Carrément ? Bah tu te remets peu vite, chou. »

Chess se leva. Parcourra la pièce pour rejoindre celle de la cuisine.

« Chess ? »
« Potter ? »
« Vas te faire foutre. »

Un rire résonna à travers les portes, Lily sachant pertinemment qu’elle serait loin de blesser l’androgyne un jour. Une caresse s’éleva de ses jambes. Jetant un coup d’œil au sol, elle vit Elizabeth se glisser entre ses chevilles avant de lever ses iris félins vers elle.

« Désolée. »

(…)

« Lily. »

Son seul regard se posait sur ce qui lui appartenait.

« Je vais te proposer un deal assez malhonnête. »

Ses prunelles se relevèrent à celles de Chess avant de se stabiliser sur Lorcan.

« Je voudrais que tu sois en mesure de te protéger de ce que je t’ai offert. Qui est une arme pour et contre toi. Je voudrais te proposer l’alternative d’avoir la capacité, peut-être, de mieux savoir gérer. »

Silence.

« Mais il ne va pas s’agir simplement de Madness. Je crois que je suis en train de continuer à faire mes conneries, mais fais comme si tu me connaissais, et que ça ne t’étonnais pas, okaj ? »

Elle ignora son rire pour se concentrer sur la chaînette toujours dangereusement pivotante entre les doigts de Scamander.

« Je te propose d’apprendre une forme de magie que tu n’apprendras pas ici. Pas avec des manuels. Pas avec le régime politique qui s’instaure. Je te propose de violer le règlement, de dépasser les lois, pour faire quelque chose qui, n’est pas … légalement interdit, mais moralement fortement déconseillé. Je te propose de plonger dans le passé pour rencontrer quelqu’un qui pourrait t’apprendre à te battre sans utiliser de baguette magique, et ce en usant de fluctuations magiques. Apprendre à utiliser une magie qui n’a rien de scolaire. »

Qui ?
Son regard pivota sur Eli qui s’endormait, peut-être que par illusion, sur le coussin du canapé. « J’improviserai. » ; « Le propre de mon adoré maître. » N’avait-il pas raison ? Et une fois là-bas, même si ses idées étaient claires sur ses intentions, que feraient-ils ? Son père lui avait toujours dis que le moindre changement du passé influencerait considérablement le futur et par conséquent, leur présent. Alors s’il devait s’immiscer dans un morceau du passé, d’une quelconque personne, comment comptait-il, lui seul, s’en sortir sans en affecter le temps dans lequel il vivait ? Silence.

« Mais bon. Je suis déjà fou, donc je suppose qu’interagir avec mon propre passé ne pose pas vraiment de problème, hein ? »

Un nouveau sourire s’échappa des lèvres de Chess. Mais pas un de ces sourires qui vous défie, non. Un de ces sourires que l’on a envie de lui arracher des lèvres tellement il en devient agaçant.
Toujours silencieuse, Lily attendait patiemment le dénouement de ce monologue qu’elle s’était refusé à interrompre pour son propre caprice. Le fait qu’il détienne toujours le Retourneur de Temps entre ses mains faisait jouer ses nerfs à un tel point qu’elle s’en sentait violer de se l’être fait prendre pendant son sommeil. Lorsqu’il reposa son attention sur elle, la jeune fille n’avait bougé d’un poil bien que son esprit fulminait de questions, du curiosité et d’incompréhension.

« Je te propose de rencontrer un Lorcan de seize ans. »

Si son étonnement fut trahi par le mouvement de ses sourcils, sa réaction n’en fut pas moins discrète. Observant à tour de rôle les deux amants affichant un visage aussi sérieux qu’ils ne l’avaient jamais spécialement été jusque là, Lily se demandait bien si l’annonce que venait de lui faire Lorcan n’était pas une de ses blagues telles que celles d’Avalon ou de l’espèce de pays imaginaire suite auquel elle avait contracté Madness. Quittant enfin sa chaise alors qu’un courant d’air frais la saisit d’un frisson, elle s’avança vers l’emplacement où se trouvait Lorcan. Lui jetant un coup d’œil bref, physiquement affaiblie par les derniers évènements et par les prochains à venir. Lentement, elle fit passer la chaînette du médaillon autour de sa nuque, effleurant du bout des doigts les stigmates d’une plaie à vif.

« Tu me fatigues. »

Et pourtant, même si elle ne comprenait pas le sens exact de cette expédition si ce n’est une rencontre surprenante et une acquisition de savoirs nouveaux, voilà qu’elle le suivait encore. Encore et toujours. Haineuse, mais éternellement. Pour une fois qu’elle ne posait pas de questions, il devait en être un semblant content, bien qu’elle remettait aveuglement sa confiance en jeu entre ses mains. Enchaînés dans le cercle du Retourneur de Temps, Lily saisit la boule d’or pour avoir le plaisir de la détenir entre ses mains, savoir qu’elle lui appartiendrait toujours. Sheila Rogers avait été particulièrement utile, il aurait été dommage que ce ne soit résumé aujourd’hui qu’à une perte de temps.

« Je suppose qu’il ne reste qu’un tour. Ça m’aurait étonné que tu me demandes si je suis d'accord avant d'entreprendre quoique ce soit. »

Déposant son index sur le filament du cercle soigneusement immobile, la petite rouquine arrêta sa contemplation de l’objet pour redresser ses prunelles vers Chess. Immobilité coincée entre l’humain et l’animal, il reflétait ce qu’elle aimait et détestait à la fois. Sûrement sa faculté. Sûrement ce pourquoi Lorcan l’aimait.

« Merci. »

Un tintement et le cercle effectua sa dernière rotation.
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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Mar 5 Nov - 19:13

Parce que je voulais quand même poster pour toi.



    « Le passé est un monde qui file, et qui se répète. Une boucle qui ne se détache pas, et qui se regrette. Ne me fais pas te perdre tel que je t'ai connu. Ne me fais pas nous oublier. »

    Posée sur le coin d'une cheminée, la lettre était tâchée des gouttes d'une pluie nocturne. Le papier épaissi par l'humidité était illuminé par cet éclat jaune des flammes qui dansaient dans l'âtre. La salle commune était silencieuse, et aucun mouvement dans l'endroit n'aurait laissé supposé la chute de l'enveloppe. Pourtant, dans un mouvement fatidique, elle chuta, amorçant une parabole peu naturelle, pour aller atterrir au milieu des flammes dansantes. Il y eut un souffle dans le charnier, et le papier se noircit, se tordit, se consumant immédiatement, avant de se détruire lentement.
    Assis sur le canapé vide quelques secondes auparavant, un chat gris, aux yeux globuleux, au corps rachitique, surveillait la cheminé, sa queue frappant une mesure calme sur le velours rouge.

    […]

    « FERME TA PUTAIN DE GRANDE GUEULE. »

    Lysander hurlait de rage, je riais, dément, et nous bousculions sur notre passage quiconque se trouvaient sur notre route. Dans le déplacement mécanisé et modifié magiquement par l'utilisation astucieuse d'un moteur aéromagicalementdynamique, nos skates crissaient sur les pavés des couloirs de Poudlard de l'aile est. Dans une débandade certaine, la foule d'élève se scinda en deux parties très distinctes, pendant que Lys me collait, faisant exploser le grondement sourd d'une de mes roues. Derrière nous, le feulement sauvage du surveillant qui nous pistait, à la manière d'un rhinocéros lancé en pleine charge me fit jeter un coup d'oeil en arrière. Je cessais de rire, pour me laisser à un simple ricanement, m'abaissant sur mon skate, déposant mes rotules sur la planche magiques, mes mains venant effleurer le sol. L'instinct, l'instinct, le silence de l'instinct qui se tait et écoute.
    Me jetant sur le côté, plongeant dans les jambes de la foule, j'abandonnais le skate qui alla s'écraser contre un mur. Des gens se mirent à crier, pendant que je roulais sur le sol, mes mèches blondes valsant devant mes yeux. Déséquilibre, déséquilibre, alerte, alerte ! Mon visage fut heurté par un coude qui vint frapper durement, et je restais allongé sur le sol une seconde de trop pour ma prudence devenue trop preste. Une main s'empara pourtant de mon épaule, et m'arracha du sol pour me rétablir sur mes pieds. Juste à temps, puisqu'avant que mon souffle ne ce soit calmé, le surveillant qui nous poursuivait, Lys et moi, passa devant moi en trombe, son visage hurlant une promesse de mort. Autour de moi, me jetant des coups d'oeil moqueurs, les élèves se refermèrent sur moi, me cachant à la vue des yeux furieux de l'homme qui n'avait pas remarqué ma disparition. Qu'il s'occupe de poursuivre Lysander ; je ne craignais pas pour mon jumeau, car celui-ci était doué d'une pugnacité qui désanchantait même le plus coriace des dragons. Mes prunelles cherchèrent le visage de la personne m'ayant sauvé d'une agonie des plus cruelle, et interdit, je croisais le regard anthracité, aussi glacé que celui de sa sœur, de Chace Stevenson.

    « Avant que tu ne dises quoi que ce soit, Scamander, rends moi le médaillon. »

    Mouvement réflexe de mes prunelles qui se fendirent en un éclat rieur, moqueur, pendant que je cherchais à détendre les muscles de mes épaules endolories. Une semaine, tout au plus, et pourtant, Chace était au courant de l'altercation dans les toilettes. A croire qu'elle lui importait plus que nécessaire, finalement. Au dessus de moi, une des horloges des couloirs se mit à sonner de sa vibration lugubre, annonçant le changement d'heure. Poudlard boucula son rythme, et les élèves dans les couloirs accèlérèrent leur vitesse de déplacement. Je glissais mes yeux sur la distance me séparant de Chace. Quelques secondes. Quelques secondes seraient suffisantes.

    « Quoi que ce soit. »

    Tournant les talons, me réfugiant dans le mouvement de la foule, me laissant entrainer loin de Chace, je me laissais aller à un ricanement hilare, disparaissant au milieu des corps et des têtes.

    Je remontais le flot d'élèves, me déplaçant en plongeant littéralement au travers de ce courant humain qui gigotait ses formidables appendices, pendant que mes attentions multiples s'accrochaient sur la possibilité d'une filature de Stevenson, sur mes recherches visuelles de sa sœur, sur un questionnement quant à Lysander, sur les devoirs à effectuer pour le lendemain, dans lesquels il aurait été judicieux que j'aille m'avancer. La session du premier trimestre n'étant pas achevé, je ne voulais pas, pour une fois, louper complètement l'idée d'une moyenne correcte. Un sourire cocasse, amusé par l'idée que je puisse fournir un résultat ne correspondant pas à ma réputation, je me mis à longer un des épais mur, débouchant ainsi dans une des voies d'accès principales de cette partie de l'aile-est. Flottants au dessus de nous, les fantômes veillaient, leurs yeux assombris par l'absence de l'être. Depuis la crise des Mangemorts ayant investis Poudlard, tout être animé d'une conscience se faisait le gardien de ces lieux. Chaque gargouilles, statues et fantômes, murs, tapisseries et tableaux surveillaient. Ils étaient tous ces yeux qui notaient chacun des gestes des humains de ce château. Quoique surveillés, nous étions plus que jamais protégés. Personne n'avait réussi à expliquer comment les Mangemorts avaient pénétrés les défenses mises en place par la Directrice, comme cela se devait d'être en début d'année. Certains parlaient de complot. D'autre d'une puissance de magie noire phénoménale. D'autre, encore, ne parlaient pas. Je faisais parti de ceux-là.

    Je ne craignais pas ces mages noirs, déchus d'une époque dans lesquels ils s'étaient crus les membres reconnus d'une activité menée par un homme déshumanisé et égoïste. Comment avaient t-ils seulement pu croire qu'ils avaient été importants ? Un sourire courut brièvement sur mes lèvres, pendant que je montais les rebords en calcaire blanc d'un mur de droite. Ils n'étaient que les fantômes du passé. Et le passé ne se faisait le jouet que d'une dimension qui dépassait bien l'imagination des hommes. Je ne croyais pas en ce danger que puisse représenter des nouveaux Mangemorts. Je ne croyais pas en la mort. J'étais bien trop fort et trop inaccessible pour être atteint par cela. N'est-ce pas, Elizabeth ?
    Assis sur le rebord de pierre, le chat me regardait en souriant au fond de ses yeux., apparu en plein milieu de mon chemin. Considérant que je ne serais pas gêné si je stationnais là quelques instants, je m'assis, en prenant le chat dans mes bras. Un ronron câlin s'éleva immédiatement de son corps devenu plus maigre qu'il ne l'était déjà hier, et je serrais avec un soin tout particulier mes phalanges contre ses côtes, pressant mes métacarpes contre sa poitrine saillante. Il ronronna un peu plus, comme une sorte de chant auquel je répondais par un sourire, amusé par l'humour du chat.

    « Des nouvelles, mon vieux ? »

    Pas de réponse particulière, si ce ne fut un regard dédaigneux pour le reste des humains qui filaient tout autour de nous. Non ? Dommage, songeais-je en le lâchant, et en me remettant debout. Elizabeth s'étira longuement, avant de s'éloigner, et de disparaître derrière une des colonnes de pierre. Je ne le cherchais pas des yeux, me questionnant sur ce que je pourrais faire en attendant qu'il revienne avec ces informations dont je quémandais l'arrivée. Le souvenir de mon devoir sur la pierre philosophale m'arracha un sentiment de bien-être, et guilleret, je m'engageais de nouveau dans la foule, pour remonter jusqu'au septième étage.

    Mon arrivée là bas ne fut pas des plus discrète, puisque le préfet m'y attendait. Les Gryffondors, installés dans une normalité banale d'un quotidien illusoire, eurent ce mouvement de regard, tous autant qu'ils étaient, vers moi. Et je compris l'engueulade. Inspirant, j'avançais jusqu'au milieu de la salle commune, où Jame avait les bras croisés sur la poitrine. Personne ne nous regardait réellement, mais je sentais les attentions posées sur nous. James attendit avec un soin morbide que je sois à sa hauteur, et je baissais les yeux devant ce garçon de septième, mesurant presque deux fois ma taille. Je baissais les yeux, et ça n'était pas dans mon habitude : mais j'avais dans l'idée que ce savon soit de courte durée, alors je ne cherchais pas particulièrement à me montrer insolent.

    « Scamander. »

    C'est moi.

    « La semaine dernière, c'était ta … tronçonneuse enchantée. Aujourd'hui, ton skateboard lancé à tout va en plein milieu de la tête du surveillant, ainsi que cette ridicule course poursuite en travers de Poudlard. Je peux savoir quelle est l'idée ? C'est quoi le truc ? Je ne vois pas vraiment ce qui est marrant ? »
    « J'avais parié à Lys que je parviendrais avant lui à me défaire du surveillant. Mais il fallait qu'on dépasse le point du troisième étage, en passant devant la tapisserie de Geoffrey Leepburn. J'avais parié vingt cinq gallions. »

    Un ricanement étouffé sur notre droite. Suivi d'un petit toussotement gêné. James ne chercha même pas du regard le petit malin qui riait de mes conneries.

    « Et … je suppose que tu as conscience que les paris monétaires sont interdits dans l'enceinte de Poudlard ? »
    « C'est mon frère jumeau ! Ça ne dépasse pas le cadre du « moi interne »! C'est exactement comme si j'avais un pari contre moi-même ! Et en plus, je l'ai gagné ! T'imagines la tête de Freud si je lui racontais ça ? Oui Docteur. »

    Oui Docteur.

    Un petit gloussement répercuté un peu partout dans la salle commune, cette fois, mais quand bien même James chercha du regards les responsables de cette hilarité qui ne le soutenait pas, aucun des Gryffondor ne répondit à l'appel, tous très occupés les uns entre les autres, vaquant le plus normalement du monde à leur occupation. J'exultais, furieusement amusé. Il darda son regard sur moi.

    « Scamander. C'est la dernière fois que je te reprends. Si tu te remets à faire des … choses bizarres et connes comme ça, je te jure, tu gagnes deux ans de colle. »
    « Deux ans ? T'es généreux. »

    Il soupira, et d'un claquement de doigts, me désigna le large bureau, déjà occupé par quatre élèves. Je compris immédiatement le message, et d'une démarche sautillante, allais chercher mes affaires, avant de contourner l'énorme meubles pour m'y installer. Les élèves me firent de la place, l'un d'eux étant un de mes camarades, qui m'invita à m'asseoir à sa droite. Je l'ignorais néanmoins, peu intéressé par la discussion qui aurait pu s'en suivre ; et récupérant une chaise, je sortais plumes et parchemins, surveillé par l'oeil sévère d'un James bien décidé à ce que je sois raisonnable plus d'un quart d'heures.

    Les heures passèrent en silence, et l'après-midi devint soirée. L'heure du repas résonna, mais penché au dessus de mon écrit, j'ignorais le fait que la salle commune se vide immédiatement ; les Gryffondors se rendant jusqu'à la sortie pour aller manger. J'entendis James me marmonner quelque chose, mais pris d'une excitation fébrile, je restais fasciné par ce que je lisais et écrivais. La Pierre Philosophale, argument de choc qui faisait trembler les fondations de mon esprit. J'avais des prémonitions, des idées instinctives qui venaient, défaisaient ce que je lisais, ou s'y alliaient. Dans ma tête, la construction d'un schéma qui se basait sur l'instinct de mon cognitif devenu acéré sur le sujet. J'avais l'idée … je pensais que … il faudrait juste … Je devais surveiller. Vérifier. Oui, vérifier. Mes prunelles agrandies dans l'exaltation de la chose, je repoussais brusquement le livre des sorts et enchantements niveau 3, devenu bien trop obsolète pour m'intéresser dans mon pressentimment. J'avais l'étrange sensation d'avoir découvert ce qui n'avait jamais été réellement caché. Jamais réellement caché, puisque jamais réellement existant. Le cœur entrainé dans un rythme affolé, je me levais, étirant mon corps léger en une expiration à la douleur. Et si, par hasard, j'avais raison ? Et si, par hasard, je venais de comprendre ?

    Oui Docteur.
    Oui mon général. Oui. Oui, le monde.

    J'attrapais ma baguette, le médaillon, et dans le silence des choses, me glissais en dehors de la salle Commune. L'heure du repas serait bientôt achevée, et si l'on remarquait ma présence, je ne voulais pas qu'on me voie me dirigeant vers la Réserve. Transformant l'allure de mes pas, le sifflement de ma respiration et le battement intempestif de mon cœur, je me fis ombre du château, invisibles aux yeux humains.

    Ce fut pourtant une baguette presque semblable à la mienne qui vint me stopper dans mon déplacement. J'avais pourtant atteint ces recoins que l'on n'atteint pas. J'avais pourtant presque réussi. Mais ce fut une baguette chargée par la même haine froide et coupante que celle de sa propriétaire qui vint tracer une ligne de feu sur ma carotide, m'immobilisant sur place. Drapée par les ténèbres dans lesquelles elle siégeait, Angela irradiait cette dangerosité qui me faisait l'aimer. Ses cheveux blonds défaits autour de son visage, elle avait planté ses yeux dans les miens, et pendant un instant de cette rivalité silencieuse, je ne perçus absolument pas le reste du monde autour d'elle. Et puis, elle abaissa doucement sa baguette.

    « Rends-le moi. »
    « Je l'ai gagné. »
    « Tu as triché. »
    « Cela fait parti de nos règles. »

    Silence. Sa baguette remonta, et je tirais lentement la mienne de ma poche, sans qu'elle ne s'en formalise. Dans un mouvement sec du poignet, je pointais l'artefact devenu arme, sur sa poitrine.

    « Angela. Ecarte toi. »
    « Rends-le moi. »
    « Je l'ai gagné. »
    « Ne me fais pas me répéter. »
    « Ne me fais pas l'égorger de nouveau. »

    Cette fois-ci, elle réussit ce qu'elle cherchais, et je compris avec quelle facilité j'étais tombé dans son piège. Frissonnant jusqu'au bout des doigts ; ma rage était palpable. Dangereuse, animale, et Angela n'attendait que cela. Froide et droite comme une lame, elle était totalement insensible, et dans notre confrontation, m'était supérieure. JE me mis à la détester plus que jamais, ma poitrine broyée par l'attirance que je ressentais pour elle et mon envie de lui arracher le cœur de la poitrine, pour lui enfoncer dans la gorge.

    « Tu comptais aller quelque part ? »
    « Ma vie personnelle t'intéresse ? »
    « Plus que jamais. »

    Un frisson de mes doigts, mon poignet se tordant, et en une seconde, l'éclair vert fusa. Je me jetais sur le côté, et répliquant avec une hargne furieuse, et un filet doré apparut au bout de ma baguette, se déployant comme une gigantesque araignée autour d'Angela. Furie blonde, les flammes qu'elle déversa autour d'elle consumèrent le filet qui se dissipa comme de la fumée. Je hurlais.

    « Espèce de folle ! Un avada kedavra ? Rien que ça ! Abrutie ! »
    « Tu as peur ? On recommence, si tu veux ! »
    « Va pourrir ! »
    « Rends le moi, Scamander ! »

    Furieux, je tournais les talons, lui offrant délibérément mon dos. Elle n'attaqua pas. Angela avait son honneur, j'avais le mien, et c'était bien là ce qui nous opposait. J'entendis cependant des bruits de pas derrière moi, et elle cria mon prénom avec cette rage qui me contamina. Je me retournais vers elle.

    « Quoi ? »

    Un éclair de douleur fit devenir blanc le monde. Lâchant ma baguette qui vint rouler sur le sol, je reculais contre le mur en poussant un miaulement de souffrance. Le sang coulait entre mes doigts, et la cisaille qui scindait en deux ma joue hurlait à la blessure ouverte, et à l'élancement d'un maux qui me donnait envie de vomir. Me jetant sur elle, dans un mouvement accompagné par le sang qui coulait sur ma poitrine, je cherchais à la frapper le plus fort possible. Son sortilège m'atteignit en plein ventre, et je fus ejecté quelques mètres plus loin. S'élevant de ma gorge, un rugissement sourd, pendant qu'elle me visait. Elizabeth bondit sur elle, griffant sa gorge et sa poitrine avec une rage animale qui me permit de reprendre mon souffle. Dans un juron furieux, Angela fit valser le chat, qui alla frapper une des gargouilles du couloir. La main ensanglantée, j'explosais ma paume sur le sol ; sur le pentacle tracé en rouge. Le sol devint aussi friable que du charbon, et déséquilibrée, Angela battit l'air, avant de s'écrouler dans un trou profond, en plein milieu du sol.

    Mais j'ignorais ce fait, et je contemplais la gamine rousse qui venait d'apparaitre juste à côté de moi.

    « Jamais à l'heure, hein ? Bandes d'idiotes que vous êtes, bordel ! Débrouille toi toute seule, et retourne dire à l'autre abruti du futur que j'ai plus important à foutre ! »

    Angela cherchait à se libérer, et le repas serait bientôt terminé. Courant vers Elizabeth, je le récupérais entre mes doigts, et traçais vers la Réserve.


edit : Oh, ... Je crois que j'ai juste oublié de faire ramasser sa baguette à Lorcan ... Tu veux bien le faire, Lilybulle ? Tu serais adorable. <3
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 15 Déc - 12:16


Dimension parallèle entre un passé et un futur qui définit notre avenir, le dernier tour du médaillon fit perdre l’équilibre à Lily qui observait tout en surveillant les minuscules circulaires, les scènes défiler sous ses yeux. Les poutres du magasin sur lesquelles elle s’était innocemment appuyée plusieurs heures auparavant s’abattirent violemment, faisant disparaître une flamboyante silhouette déjà prise au piège par une simple main enfoncée entre deux planches. Des moments se rejouaient sans qu’elle ne puisse en discerner l’exactitude, trop rapides, trop vastes, trop flous. Enjouée d’avoir quitté cette pièce reflétant que trop peu l’univers d’un couple androgyne, la jeune fille contrôlait d’un œil incertain l’anneau tournoyant à une vitesse fulgurante entre ses doigts. Tenir l’objet de sa convoitise, de sa quête et de son excitation contre sa poitrine, le sentir de nouveau sien et en jouir d’un pouvoir immense à ses yeux la faisaient déjà sourire de plaisir. Elle s’était sentie beaucoup trop nue sans cette relique faite pour compléter la présence et la sécurité de sa baguette. Mais si elle savait, le jour de l’exécution de son stratagème, qu’elle n’en bénéficierait que trop peu, la certitude de pouvoir retourner dans le passé provoquait en elle, mille émotions. Parfois, le temps, si nous pouvions le qualifier comme tel, semblait ralentir pour la laisser profiter une seconde fois d’un évènement heureux ou particulièrement simplement intense. Un néant de fumée blanchâtre envahit soudainement son environnement, la plongeant dans une espèce de brouillard si étrange qu’elle s’en demanda l’origine. Ce n’est qu’en apercevant le visage de Chess qu’elle comprit que ce passage n’avait été que celui d’Avalon. Sa main droite, quant à elle, ne revêtissait plus la noirceur de Madness, sa peau de porcelaine ayant repris le dessus.

« Oncle Georges ? »

La silhouette de son oncle défunt il y a bien des années – à vrai dire, avant même qu’elle ne soit envisagée - était apparue au coin d’un détour de couloir, accompagnée non loin de là de celle de son jumeau. Dans l’enceinte du Château, Lily en reconnaissait parfaitement les tableaux qui ne s’empoussiérait pas des années et probablement des siècles passés accrochés à ces murs. Les balais qu’ils tenaient fermement chacun de leur côté laissait à prévoir que les frères Weasley allait encore faire rugir le corps enseignant d’une de leurs manigances. Combien de fois Oncle Fred lui avait-il conté leurs mille et un tours de passe-passe, provoquant ses éclats de rire à n’en plus finir et le désarroi de sa mère qui ne pouvait cependant pas s’empêcher d’esquisser un sourire amusé. Suivant leurs traces avec la meilleure discrétion du monde, l’éclat d’un feu d’artifices la prit de cours et la ruée des élèves vers la sortie de leur salle la força à se plaquer contre le mur. Oui ! Il lui avait raconté celui-là aussi, où Dolores Ombrage avait prit possession du Château et où ils étaient apparus sur leur balai, comme des révolutionnaires pour délivrer les élèves de leurs BUSES ou d’autre chose dont elle ne se rappelait plus l’exactitude. Au moins était-elle sûre que personne ne la remarquerait avec l’afflux de monde, heureux et joyeux de quitter leur tyrannique surveillante.

« Papa ? »

Temps mort.

« Et merde ! »

Suivant le mouvement de foule, Lily tenait fermement le médaillon dans la paume de sa main après avoir constaté avec effroi que le principal cercle s’était arrêté beaucoup trop loin dans l’Histoire. Dénichant un renfoncement dont elle ne soupçonnait pas l’existence jusque là, la rouquine respira profondément pour reprendre son calme et cesser de trembler inutilement. La chaînette pendait de ses doigts, sa nuque à présent nue d’un quelconque bijou. Seul le frémissement des traits noircis par l’encre trahissait sa nervosité. Passant une main fébrile sur le dessin, celle qui  brillait aux couleurs rouges et or de Gryffondor ferma les yeux pour se concentrer sur l’anneau. Si elle s’était retrouvée une génération précédente de celle qu’elle voulait, il ne lui restait qu’un nombre minuscule de tours à effectuer dans le sens inverse. Les derniers élèves qui s'étaient refusé à suivre le flot beaucoup trop rapide des premiers passèrent à côté d’elle sans même la remarquer. Le visage de Drago Malefoy lui arracha un hoquet de surprise tellement la ressemblance était frappante à celui de Scorpius. Apparemment peu discrète, elle dut disparaître derrière le pan d’un autre mur lorsque le regard du concerné se tourna vers elle, intrigué. Retenant sa respiration, Lily attendit patiemment qu’il reprenne sa route pour passer le médaillon autour de son cou et activer ses pensées. Et accessoirement son cerveau.

Comptant lentement les dernières rotations à effectuer, ce n’est que lorsque son index immobilisa le dernier cercle avec incertitude que la pénombre d’un nouveau couloir embauma son être. Nuit. Il faisait irrémédiablement nuit en ce soir dans lequel elle s’était décidée maîtresse des prochains évènements. Enfin, décider était un grand mot lorsqu’on savait Lorcan Lovegood-Scamander derrière tout ça. Les murs de pierre protégeaient de la fraîcheur nuptiale, bien qu’elle ne sache pas la date exacte du temps dans lequel elle se trouvait. Retirant soigneusement de nouveau le médaillon de son cou, elle le glissa dans sa poche pour qu’il y  disparaisse en sécurité. Une main sur sa baguette magique la préparait à tout instant pris par surprise, bien que visiblement, elle soit ici pour apprendre à ne pas l’utiliser. N’ayant absolument aucune idée de l’endroit qu’elle occupait au sein de l’école de sorcellerie, Lily se risqua à s’avancer d’un pas, tournant son visage vers la droite pour voir l’immensité d’un couloir qui ne paraissait jamais en finir. La même vision à gauche la força à pousser un soupir de désespérance. Si en plus, elle n’atterrissait pas au bon endroit et devait se coltiner la recherche d’un adolescent soit blond, soit brun, peut-être armé d’une tronçonneuse, elle ne risquait pas de revenir de sitôt. Et encore moins d’apprendre quoique ce soit.

Tout paraissait calme, aussi. C’en était presque angoissant, déstabilisant. Les couloirs habituellement acteurs d’un ou deux élèves dérogeant au dîner avant le couvre-feu étaient vide de vie. Ses talons ne résonnaient pas contrairement aux fois où elle y marchait dans le présent. D’ailleurs. Techniquement, elle se trouvait dans le passé. Mais ce qu’elle vivait était présent. Oh, merde Lily, commences pas avec tes conneries. Le bout du couloir paraissait encore loin et pourtant, elle ne l’atteignit qu’en quelques pas. Voilà ce qu’elle aimait dans ce château. L’immensité des lieux qui ne se traversait qu’en quelques minutes. Outre le fait qu’elle soit persuadée qu’il n’était pas qu’un amas de pierres entassées, Lily se plaisait dans ces endroits qui recelaient chaque jour de nouveaux secrets. A chaque détour de galerie, elle s’attendait à découvrir de nouveaux passages menant à d’autres endroits, aux opposés de l’école, ou de simples renfoncements qui servaient souvent à se dissimuler du surveillant un peu trop envahissant.

Sauf que l’éclair vert qui fusa devant son nez lorsqu’elle s’accorda à passer son visage pour y espionner les autres chemins ne correspondait pas à une cachette secrète ou à un passage aménagé ou à un surveillant qui effectuait à sa ronde. Reprenant le rythme des battements de son cœur, ses dextres posées de chaque côté de ses hanches, Lily constata que le hurlement déduisant à l’Avada Kedavra ne pouvait être autre que celui de Lorcan-enfant. Adolescent. Qu’importe. Ce nouveau soupir s’échappant de ses lèvres, le « Vas pourrir » qui sortit si naturellement lui arracha un rire d’amusement devant cette répartie peu commune à celle que Lorcan-adulte affichait en ces nouveaux jours.

« LORCAN ! »
« Quoi ? »

Trop d’amour. Ainsi était-ce Angela. Angela Stevenson. La blondeur incarnée responsable d’un amour haineux. Adossée contre le coin du mur qui dessinait les couloirs perpendiculaires, Lily observait la scène se dérouler sous ses yeux, se rappelant des quelques phrases que lui avait gratifié Lorcan quant à cette jeune fille et cet instant où ils s’étaient déchirés. Dans l’obscurité, aucun des deux jeunes ne pouvaient l’apercevoir ou simplement avoir idée de sa présence. Anormal, de surcroît. Ses bras croisés, elle avait abandonné la sûreté de sa baguette pour comprendre l’importance qu’accordait Scamander – comme Angela l’appelait – à sa personne. L’erreur qu’il fit de se retourner lui coûta le tranchant d’un sortilège qui le fit souffrir à l’agonie. Agonie qui lui donna cependant suffisamment de force pour se jeter sur elle, sa baguette apparemment hors d’usage. Elle était affreusement douée. Elle irradiait cette magie noire qui lui allait si bien. Elle paraissait faite pour régner sur le monde. Mais quel monde ?

Elizabeth attaqua.
Lily ria de l’ardeur que mettait le chat dans ses griffes.

Ce fut sans compter le tremblement que provoqua Lorcan dans le battant de son poing, poussant Lily à planter ses griffes dans les entrailles des pierres. Relevant le visage après s’être assurée de garder son équilibre, elle put voire la grandeur d’une chevelure blonde disparaître dans un trou béant dont elle ignorait la profondeur. Mais bordel, comment comptait-il ne pas ameuter la Terre entière avec une haine pareille ?! Un nouvel éclair fusa de nulle part, jetant délibérément la rouquine sur le côté. Se positionnant non loin de Lorcan-adolescent après s’être avancée prudemment vers lui, ignorant sa présence pour se pencher sur le néant en face d’elle, Lily mesura la puissance magique de l’adolescent. Cela ne l’étonnait plus alors de connaître ses capacités lorsqu’on voyait celles qu’il possédait déjà lors de ses années à Poudlard.

« Jamais à l’heure, hein ? Bandes d’idiotes que vous êtes, bordel ! Débrouilles-toi toute seule, et retourne dire à l’autre abruti du futur que j’ai plus important à foutre ! »

Si les hurlements de rage ne l’avaient pas ramené à la réalité, Lily aurait été prête à insulter ce Lorcan-adolescent de tous les noms de chouette qui lui serait passé par l’esprit. Déjà éclipsé au tournant d’un corridor, le troisième éclair qui lui passa sous le menton cette fois-ci la fit détourner le visage aussi rapidement qu’elle sortit sa baguette, pointant l’extrémité sur le trou encore occupé par la fameuse Angela.

« SCAMANDER ! »
« Oh, fermes-la, toi ! »

Le filament rouge toucha directement la jeune fille en pleine poitrine qui venait de s’extirper du piège qu’avait créé celui qu’elle appelait presque désespérément. Dégageant son corps immobile d’un bras, Lily observait la scène sans savoir comment y remédier. Tournant le visage vers Stevenson qui serait apparemment dans l’incapacité de bouger pendant un petit moment vu la puissance que s’était accordée de mettre la petite Potter dans son sortilège, un haussement d’épaule trahit son « je-m’en-foutisme » total devant la situation. Après tout, elle serait retrouvée ici juste quelques minutes après que le sortilège perde de son effet et personne ne la croirait jamais quant au fait qu’elle ne soit pas l’auteure de ce bordel incommensurable. Surtout pas sur le fait qu’elle ait pu voir une petite rouquine qui n’existait pas encore dans ce monde.

La Réserve. Apparemment avait-il ce goût pour la Réserve. La baguette de Lorcan en main, la nette différence de longueur attira son attention. Il était étrange de voir à quel point une baguette magique correspondait à chaque propriétaire. Sûrement cette longueur correspondait-elle à la capacité de magie qu’enfermait Lorcan, bien que chaque sorcier en est une particulière, grande  ou non. Le bois, plus épais que le sien était cependant plus souple alors que celle de Lily était affreusement rigide, ce qui la poussait à être un peu plus ferme dans ses sortilèges qu’en temps normal. Epineux était celui de Lorcan alors que la baguette de Lily était tellement lisse que sa main y glissait souvent. Rejoignant les escaliers mouvants du hall, elle eut la chance que le dîner vienne seulement de toucher à sa fin pour que les élèves prennent le temps de digérer ce qu’ils venaient d’ingurgiter comme des affamés et ainsi donc lui permettre de gravir les marches quatre à quatre. Le fantôme de Nick-Quasi-Sans-Tête sifflotait à quelques mètres de là, forçant encore une fois Lily à se décaler de quelques centimètres pour devenir invisible. Dans son attente, un doute l’empara quant à l’emplacement de ladite Réserve, hésitant entre le troisième et le quatrième étage. Observant le fantôme se diriger inconsciemment vers elle, l’idée qu’il soit éternellement âme vagabonde au sein du château la laissait penser qu’il avait déjà du en croiser pas mal des cas comme celui qu’elle s’apprêtait à lui faire voir. Surgissant de sa cachette improvisée, un immense sourire ornait ses lèvres, peu sûre toutefois de son initiative.

« Nick ! »

Le fantôme qui avait dépassé l’endroit où elle se trouvait se retourna vivement, quelque peu effrayé par le cri qui l’avait interpellé, à un tel point que sa tête en pencha de nouveau et arracha une grimace de dégoût à Lily qui eut du mal à la retenir.

« Bon sang, mais bien heureusement que je suis mort pour ne plus avoir de crise cardiaque ! »
« Toujours aussi amusant, murmura-t-elle dans un sourire hilare, je suis désolée, ce n’était pas mon but de vous faire peur, Sir. »
« Mais qui êtes-vous donc pour rôder après l’heure du dîner ? »
« Oh, j’ai intégré l’école il y a peu et je suis un peu perdue, je ne sais plus où est la Réserve de la bibliothèque donc, si vous pouviez m’aider… »
« La Réserve est interdite d’accès. »
« Je saaaaaaaaais, c’est le professeur… euh… attendez… McGonagall ! qui m’envoie. Le professeur McGonagall. Evidemment. »

De nouveau, un sourire angélique orna ses lèvres enfantines, ses mains s’étaient innocemment croisées derrière son dos, la faisant adopter une position des plus adorables. Qui ne lui ressemblait pas du tout. A vrai dire. Mais cela était plus simple pour griffonner un bout de papier du bout de sa baguette signé du professeur afin de le montrer au fantôme et ainsi accroître sa crédibilité. Of course.

« Quatrième étage. Et je ne vous l’ai pas dit. »
« Bien évidemment, Sir, je vous remercie du fond du cœur. »

S’inclinant pour on ne sait quelle raison, Lily déguerpit aussi vite qu’elle était apparue et reprit son ascension jusqu’au quatrième étage. Arrivée devant la porte de la bibliothèque, elle entendit les conversations enjôlées des élèves quittant les tables de la Grande Salle pour rejoindre les dortoirs. L’extrémité de sa baguette pointée sur la serrure, un Alohomora des plus banals lui permit de se glisser derrière la porte et de respirer un grand coup dans la pièce emplie de livres.

Les rayons dessinées par les étagères de livres étaient traits pour traits ceux qu’elle avait pu côtoyer depuis son entrée à Poudlard. Sa main glissant le long des rainures, Lily atteignit vite la porte du fond pour en observer la façade. Bien. Logiquement, il devrait se trouver là. Avec une joue ensanglantée, un chat rachitique et un état d’énervement qui laissait à présager qu’il ne l’accueillerait pas tout de suite les bras ouverts.
Promptement agacée par les dernières paroles du Lorcan-adolescent qui n’avait autant rien demandé qu’elle et qui était le fruit des manigances du Lorcan-adulte, la jeune fille se planta devant la porte et y déversa ses pensées.

« De un, on me parle autrement, de deux, je ne suis pas venue pour être dans ton merdier dans lequel tu te débrouilles très bien, et de trois, J’AI HORREUR DE PARLER A UN MUR ALORS SORS DE TA PUTAIN DE CACHETTE. »

Il était vrai que si elle avait réfléchis un peu plus longtemps, peut-être que la dernière phrase ne serait pas sortie de cette manière. Mais pourquoi ferait-elle de concessions alors qu’il l’avait clairement planté en plein milieu d’un couloir qu’il avait troué par ses soins ? Ca va, hein. Elle n’est pas le bon Dieu, elle n’est pas toute rose et toute gentille.

Non mais oh.

« Et accessoirement, je pourrais soigner ta blessure. »

Ce qui était vrai. Peut-être lui accorderait-elle ce geste s’il se décidait à être un peu plus clément. Le bâton de bois tournoyant entre ses doigts, elle en observait encore les contours avant de lancer innocemment dans le vide qu’il voulait laisser croire :

« Puis, j’ai quelque chose qui t’appartiens. »

Si ça, ça ne le faisait pas sortir, elle déclarait forfait.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 22 Déc - 9:10




    Glisser, courir, bondir, escalader ; il s'agissait concepts ancrés et encrés dans ma chair et ma cognition, et c'était devenu un automatisme, une manière d'être, que de me déplacer de manière à toujours positionner une distance entre moi et ce que je fuyais. Mon souffle devenu sifflant, les prunelles étrécies par cette exaltation affolant le rythme de mon cœur, j'avais couru comme un chat se doit de courir, comme un humain se doit se doit de tracer. Et les bras refermés autour du corps d'Elizabeth, les flancs frémissants de ce frisson d'effort, d'adrénaline, je balayais des yeux le décors devenu plus obscur que jamais.

    Perché dans les hauteurs des rayonnages de la Réserve, figure aérienne d'un salut qui ne se retrouve que dans l'acrobatie inconsciente. Je suis fou, je suis fou, que je marmonne, les lèvres serrées sur un gémissement que je ne veux pas voir sortir de ma gorge. Parce que la douleur est là, elle est bien là, et doucement, avec la tendresse perfide de l'amante trompée qui vient se venger, elle venait, effleurait, caressait, de manière de plus en plus insupportable, et je craquais. Lâchant Elizabeth qui se rétablit sur le bois de l'étagère en un petit « ponc » sonore, je vins plaquer ma main contre la plaie de ma joue, grimaçant sous la douleur. Les mains sales, les doigts tatilleurs, je vins tout de même explorer la blessure, étudiant avec une circonspection douloureuse la profondeur de la jolie balafre que venait de m'infliger Angela. Mes doigts, au travers des chairs chaudes et humides, heurtèrent quelque chose de dur. Je retirais prestement les doigts, poussant un sifflement irrité. Quelle espèce de sale petite pétasse, fulminais-je en essuyant mes mains contre mon T-shirt sombre. Quelle espèce de sale horrible petite pétasse que j'allais cramer. Mes doigts se tendant et se détendant sur des désirs pyromanes, quand Eli se mit à pousser un faible miaulement de protestation, et désolé, je le récupérais entre mes doigts, le serrant entre mes bras, contre ma poitrine.

    « Désolé, désolé, désolé. Tu as mal ? »

    Appuyant baisers et caresses sur son corps, avec une sorte de frénésie, je le sentis se détendre doucement entre mes bras, et soulagé, je regardais où j'étais. Le cordon de délimitation de la Réserve avait été distancé de plusieurs mètres, et émigré dans les hauteurs, j'avais pris refuge. Timide être, glissé dans l'ombre des recoins de la Réserve, je balayais des yeux les environs, et lorsque la présence se fit ressentir, j'étais alerte, les genoux posés sur l'épaisse planche de bois, prêt à bondir dans le vide de derrière, pour filer à l'anglaise. Je ne savais pas laquelle des deux m'avait suivi, mais une chose était certaine, je ne m'attendais pas à ce que ce fut une diatribe aussi hystérique qui vint me cueillir jusqu'au plus profond de mes tympans.

    « De un, on me parle autrement, de deux, je ne suis pas venue pour être dans ton merdier dans lequel tu te débrouilles très bien, et de trois, J’AI HORREUR DE PARLER A UN MUR ALORS SORS DE TA PUTAIN DE CACHETTE. »

    Les yeux ronds, terrifié, je n'osais plus bouger d'un poil.
    Bouger, cela relevait du suicide.
    Absolument.

    « Et accessoirement, je pourrais soigner ta blessure. »

    Bah bien sûr. Elle allait me massacrer vivant, oui.

    « Puis, j’ai quelque chose qui t’appartiens. »

    Silence d'une contemplation. Elle ne pouvait pas me voir de là où elle était, et je ne la laisserais pas me voir, sans ma permission. Mais la présence de ma propre baguette entre ses doigts eut quelque chose qui me rassura. Après tout, outre le fait qu'elle paraisse assurément terrifiante et complètement cinglée, elle avait l'air d'avoir de bonnes intentions. Okaj. Pour le moment. Un coup d'oeil sur Elizabeth qui paraissait aussi effrayé que moi. Soit. Muscle après muscle, je me remis à bouger, pour descendre en silence l'étagère, mais par derrière : de manière à ce qu'elle ne me voit pas tout de suite. Eli sauta hors de mes bras, et alla se réfugier dans les ténèbres, avant que je ne m'engage dans l'allée principale de la Réserve, relevant doucement les yeux sur elle. Elle était rousse, indubitablement, et elle avait les yeux bleus. De magnifiques yeux bleus. Et oh mon dieu, ce qu'elle me fichait la trouille, sur le coup. J'allais pourtant jusqu'à sa hauteur, constatant avec surprise que je ne la dépassais que de quelques centimètres. Petit, ok. Mais à côté d'une fille, c'était rageant !Mes sourcils se froncèrent, et je retroussais le nez en une expression boudeuse.

    « Dans le futur, les filles essaient absolument de devenir des armes de guerre, ou c'est simplement ton caractère qui fait que tu es comme ça, Miss Grognon ? »

    Je refermais ma main sur la sienne, récupérant ma baguette du bout des doigts, et appliquant ma paume sur sa peau. Et immédiatement, le sentiment de peur et de timidité disparut, ne laissant place qu'à un gigantesque sourire moqueur.

    « Haha. Madness. Tu pues la Folie à des kilomètres. C'est pour ça que tu es là, hein ? T'as l'air d'un … bout de ... »

    Je récupérais ma baguette, et levais lentement les mains, en dodelinant vaguement de la tête, pour chercher les mots qui correspondaient à mes sentiments et impressions.

    « D'un bout de jambon avec des trucs qui volent tout autour pour le dévorer. Ou bien d'une grosse tarte à la fraise avec une figure écrasée contre, parce qu'il a voulu la manger. Haha. Ouais. Un truc comme ça. »

    Mes mèches blondes voltigeaient devant mes yeux, et je ricanais, titubant un peu. Sur ma joue, le sang glougloutait comme une rivière, et amusé comme jamais, je me mis à pouffer.

    « En tous cas, ravi de te rencontrer. Lorcan Lovegood-Scamander. »
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 22 Déc - 11:36


Dans un état d’énervement qui  ne l’avait jamais caractérisé jusque là avec Lorcan – ou du moins, pas plus d’une fois, - Lily observait le vide qui s’offrait à elle alors qu’elle sentait parfaitement la présence de cet être admirablement agaçant et égoïste qu’elle était venue rencontrer, bien à son insu. Le métal glacé du Retourneur de Temps contre sa poitrine provoquant les battements frénétiques de son cœur plus que l’appréhension de rencontrer le Lorca-ado, la Lionne était à l’affut du moindre grincement de parquet, du moindre sifflement d’une respiration encore trop haletante. Silencieux. Il avait déjà cet art d’être irrémédiablement discret. Si l’esprit de surprise habitait déjà son corps à cet âge là, probablement ferait-il l’effort de ne pas s’offrir tout de suite à sa vue bleutée. Un tour sur elle-même lui indiqua qu’il s’était toujours refusé à sortir de sa cachette. Sournoisement, la baguette du jeune homme se mit à tourner entre ses doigts, passant d’une main à une autre, effleurant le sol ou tâtant les airs. Le souffle de semelles frottant contre le sol attira son attention et c’est en se retournant qu’elle découvrit le visage d’un Lorcan aux cheveux blonds et aux pupilles indécises. Il était vraiment petit. Tellement à peine plus grand qu’elle de quelques centimètres que l’image lui arracha un sourire tout aussi moqueur que ceux dont elle avait pu faire preuve avec Lorca-adulte. Elle en connaissait un qui n’allait pas tellement être ravie de sa remarque à son retour.

« Dans le futur, les filles essaient absolument de devenir des armes de guerre, ou c’est simplement ton caractère qui fait que tu es comme ça, Miss Grognon ? »

Quel petit con.
Mais quel abruti de première.

Laissant s’échapper la baguette qui ne lui appartenait pas d’entre ses doigts, Lily eut un mouvement de recul quand sa main accrocha la sienne. Le sourire qu’il lui gratifia la dissuada d’ouvrir encore sa bouche, lui laissant le privilège de cracher sa stupidité avant d’entreprendre quoique ce soit. Son air de dédain ne lui ressemblait tellement plus aujourd’hui que celui qu’il affichait probablement inconsciemment l’agaçait au plus haut point. Il était le genre de garçon que l’on avait envie d’étrangler à chaque fois qu’il ouvrait sa bouche. Il n’était pas méchant. Mais il était de ceux avec qui ça en devenait « physique ».

Il paraissait pourtant soudainement plus serein qu’au premier regard qu’il avait posé sur elle. Si ce sourire énigmatique ornait ses lèvres après qu’il y ait eu ce contact furtif, il arborait cependant une certaine retenue. Enfin, elle le croyait.

« Haha. Madness. Tu pues la Folie à des kilomètres. C’est pour ça que tu es là, hein ? T’as l’air d’un… bout de… »

Oh, tais-toi. Surtout, tais-toi.

Bah non.
Il est beaucoup trop con pour se taire, celui-là.

L’illusion d’un morceau de gibier provoqua en elle un soupir d’agacement qui fut trahi par l’absence des prunelles bleues, dissimulées derrière ses paupières closes. Les dextres ornant ses hanches, la jeune fille attendit patiemment, trop patiemment pour quelqu’un qui la connaîtrait, par cœur ou non.

« Sinon, ravi de te rencontrer. Lorcan Lovegood-Scamander. »

Ignorant le rire du Lorca-ado, un mouvement de sa baguette amena la chaise derrière lui avant qu’elle ne s’avance d’un pas et qu’une main quitte sa hanche pour s’abattre sur l’épaule du garçon. Suffisamment violemment pour que celui-ci s’asseye et ne cesse pas pour autant de glousser.

C’en était trop.
Elle allait terminer le travail d’Angela s’il ne s’arrêtait pas.
Tout de suite.

Au pire, elle avait juste à aller chercher l’autre blondasse sûrement en train de se battre dans les vérités fictives qu’elle tentait de faire comprendre au surveillant dans un couloir du château et compter – correctement, cette fois-ci – les cercles la ramenant dans le présent.

Histoire qu’elle arrache les tripes du vrai Lorcan. Enfin l’adulte.
Petite vengeance.
Of course.

« Si tu ne te la fermes pas tout de suite avec tes conneries, on verra lequel de nous ressemblera à un jambon saucissonné. Parce que je te signale que si je suis ici aujourd’hui et que tu dois me supporter tout autant que je dois le faire, c’est par ta faute. Alors surtout, évites les blagues salaces, je n’ai vraiment pas envie de rire. »

Son regard appuyant ses dires, Lily frémit de ce nouveau contact qu’était sa main sur l’épaule de l’adolescent. Comme si Madness sentait une certaine forme de danger, comme si elle savait que ce retour express dans le passé était uniquement dû à sa présence. Ignorant cette forme de douleur qui commençait à s’installer, elle s’écarta de quelques centimètres avant de pointer l’extrémité de sa baguette sur la plaie ornant la joue de Lorcan. Visiblement bien profonde, l’idée d’utiliser sa baguette plus sérieusement que pour une simple chaise la fit sourire. Elle était dans le passé. Donc techniquement, elle n’existait pas. Subitement, Lily avait envie de rire. Mais d’un rire profond. Celui qui indique qu’elle était bien heureuse de berner le Ministère de la Magie en ce soir.

Elle évita, bien sûr.
Niveau crédibilité après…

« Et évites de bouger. Vulnera Sanentur. »

Abaissant sa main, Lily se dirigea vers les vitraux pour constater que la même vue se donnait aux élèves depuis des siècles. C’était d’ailleurs non loin de cette fenêtre qu’elle avait pu observer l’écriture griffonne de Lorca-adulte. Et où elle lui avait annoncé d’un air nonchalant et innocent que l’objet responsable de sa présence ici avait disparu. Du moins, qu’on lui avait emprunté.

S’adossant contre le rebord de la fenêtre, elle savait que la partie était loin d’être gagnée. Ses bras croisés, sa baguette ayant retrouvé sa place initiale dans la poche de son jean, la Gryffonne observait les traits enfantins du garçon lui faisant face. Il avait ce charme. Ce petit truc qui fait que l’on se retourne au détour d’un couloir.

Mais il avait aussi cette putain de personnalité qui lui donnait l’envie de l’étriper.
Voyons. On se détend.
Alors ?
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 22 Déc - 12:07

    Miss Grognon n'avait pas l'air décidée à me tuer immédiatement, et si j'avais sauté à pieds joints dans le piège visant à apparaître devant elle, elle ne semblait pas me menacer plus que nécessaire. Et puis ; un mouvement derrière moi, et un claquement derrière mes rotules, et appuyé avec force sur l'épaule, sa main me força à m'asseoir sur une chaise qu'elle avait attiré jusqu'à moi. Bien évidemment. C'était nettement plus charmant de mourir assis. Je la remercierais après.

    « Si tu ne te la fermes pas tout de suite avec tes conneries, on verra lequel de nous ressemblera à un jambon saucissonné. Parce que je te signale que si je suis ici aujourd’hui et que tu dois me supporter tout autant que je dois le faire, c’est par ta faute. Alors surtout, évites les blagues salaces, je n’ai vraiment pas envie de rire. »

    Coupé dans mon rire, j'affichais alors un air tranquillement joueur ; mon sourire devenu plus insistant, mais certainement, j'étais silencieux, désormais. Elle me soignerait, hein ? Doucement, j'ôtais la pression effectuée à chacune de mes phalanges, et retirais de ma peau ces résidus d'ongles pointus, délaissant sur mes poignets des lambeaux de peaux arrachées. Elle n'avait pas apprécie la remarque par rapport au jambon, hein ? Quelle sorte de personne saurait un jour me faire plaisir en riant de bon cœur avec moi de mes métaphores imagées ? Je détournais les yeux de son regard céruléen, pour déposer mes prunelles sur les ténèbres opaques des lieux. Où en était Angela ? Elle avait certainement filé, et préparait déjà mentalement sa prochaine vengeance. Je gonflais légèrement la poitrine, pour sentir le poids du médaillon contre mon plexus. Vulnera Sanentur ? J'écoutais le sortilège filer hors de la baguette de la demoiselle, et la reconstruction des filandreuses compositions de ma chair. Et je ne la regardais pas, mon sourire appuyé pour les ombres de la Réserve. Étais-je fautif, étais-je coupable ? Mon monde ne se scindait pas de manière assez manichéenne pour que je me sente responsable. Non. Ce n'était pas ma faute, nope. C'était la faute à mon moi du futur, et je crois bien que je ne l'aimais pas beaucoup. Nouveau sourire.

    Le sortilège s'acheva, et Lily s'éloigna. Je souriais encore au mur, assis sur ma chaise, à ne pas la regarder. Elle s'était bien écartée. Je levais doucement la main.
    Contact soyeux de ma joue tâchée et gravelée par les caillots coagulés de sang, mais la peau était rigide, chauffée, et totalement cicatrisée. Je pivotais mes prunelles jusqu'à elle, abaissant doucement ma main, abandonnant le sourire moqueur pour un sourire plus doux, presque plus gentil.

    Je la rejoins, en silence, et vint déposer mes coudes sur le rebord de la ffenêtre, là où elle s'était installée. Projetant mes yeux jusqu'à l'extérieur du Chateau, je regardais le parc plongé dans cette ambiance d'encre de Chine. Mes yeux se plissèrent sur un nouveau sourire. Troisième sourire ; sourire de la contemplation plaisante. Au loin, près de la lisière de la Forêt Interdit, on pouvait deviner la forme d'un Hagrid qui marchait sous les branches, en trainant derrière lui quelque chose de non-identifiable.

    « Merci. »

    Je tournais légèrement les yeux vers elle, juste le temps de croiser son regard, pour une certaine sincérité, juste avant que je ne retrouve ma légereté. Parce qu'après tout, hein.

    « Quoique je n'apprécie pas du tout le fait que tu sois aussi grande. C'est chiant. »

    Mes doigts craquèrent sur le rebord de la fenêtre, et je m'en écartais complètement, revenant sur mes pas, élevant mes yeux à la recherche d'une horloge.

    « Boooon ! Ce n'est pas que je voudrais te presser, Fifi Brindacier, mais on a du pain sur la planche ! T'sais où est-ce que tu vas pioncer ? Haha, non, laisse moi deviner, tu n'en as pas la moindre idée, hein ? Je l'aurais parié. Où est-ce que je peux bien te planquer ? J'ai jamais essayé les sauts dans le temps, je ne sais pas si tu peux rentrer avec moi dans la tour des Gryffondor. Attends, t'es bien à Gryff, hein ? J'crois que Monsieur du Futur me l'a dit dans sa lettre. A la limite, tu vas demander à Hagrid de … OUH JE SAIS. »

    Je tourbillonnais, cherchant la porte de sortie de la Réserve, la pointant du doigt lorsqu'elle fut débusquée.

    « Tu peux dormir dans la Salle-sur-demande ! »

    Ou pas. Je haussais les sourcils.

    « Ah, nan. Je crois que Miligent Flavis a laissé échapper des salamandres cracheuses de feu, la semaine dernière. Mauvaise idée. Tu finirais en jambon fu.... en … En truc cramé. Ce ne serait pas cool. »

    Je traversais la Réserve en soupirant, allant poser ma main sur le cordon de sécurité.

    « On va essayer la Tour des Gryffondor. Le truc, c'est que si tu te fais chopper, et qu'on voit ton Retourneur de Temps, tu risques des soucis, Brindacier. Alors, réfléchis-y : mais je te conseille de t'en séparer pour le moment. »

    Je fichais mes prunelles dans les siennes, un sourire au fond de la rétine. Tout au fond.

    « Limite, passe le à Elizabeth. Mon chat est cool. Tu peux lui faire confiance. »
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 22 Déc - 13:22


« Merci. »

Et baaaaaaaa, ce serait presque de la gentillesse qu’elle entendrait là. Même un petit regard sérieux et un tant soit peu sincère dis donc. En progression !

« Quoique je n’apprécie pas du tout le fait que tu sois aussi grande. C’est chiant. »
« Frustrant, hein ? Luna n’est pas vraiment grande, peut-être que tu seras un nain toute ta vie. »

Un sourire ironique orna les lèvres de Lily qui jeta un regard amusé vers son interlocuteur qui ne semblait pas vouloir lui répondre. Elle-même savait à quel point Lorcan était grand dans son temps à elle, mais l’idée de pouvoir le taquiner un petit peu lui faisait plaisir. Quoiqu’il en soit, les pensées qui lui avaient traversé l’esprit précédemment disparurent aussitôt. Toujours dans cette même position fermée, la jeune fille observa la démarche adolescente de Lorca-ado qui titubait légèrement. Il paraissait ne pas savoir où aller, et c’est lorsque son regard s’éleva à la vue d’une horloge qu’elle comprit la raison de cette indécision.

Et alors là.
Mais alors là.

Elle avait envie de se tuer elle-même.

Pensait-il vraiment qu’elle était venue jusque là, qu’elle était aller à la rencontre du Lorca-adulte après des mois d’absence, qu’elle s’était pris un nombre justement innombrable de planches en bois sur le crâne à cause d’un foutu tremblement de terre, qu’elle avait eu le plaisir de dire « merci » à Chess qui lui avait amoureusement préparé un bœuf bourguignon, qu’elle avait – pas vraiment – accepté d’utiliser le Retourneur de Temps pour rejoindre ce môme, qu’elle s’était volontairement mise en retard en allant un peu trop loin, qu’elle avait inventé un pipo du monde entier à Nick-Quasi-Sans-Tête, qu’elle avait dévalé, non sans adrénaline, les couloirs et les escaliers du château pour atterrir sur deux enfants hystériquement en train de se déchirer pour un médaillon à deux sous, qu’elle avait laissé couler une blondasse complètement dingue au fond d’un trou et qu’elle avait couru jusque dans cette foutue réserve pour trouver un endroit où dormir ?

Mais il se foutait de sa gueule, là, non ?

Et en plus, il avait l’air content de sa trouvaille. Avant d’en être dubitatif.
Dieu qu’il était fatiguant.

L’allusion à Elizabeth lui fit tourner le regard jusqu’au corps rachitique d’un être errant. Heureusement que son allure de plus tard allait s’améliorer parce que là, franchement, il était plus effrayant qu’autre chose. Limite repoussant. Comment pouvait-il le serrer dans ses bras sans avoir peur de lui casser quelque chose ? Même Jencko, plus petit de taille, devait probablement arriver à son poids. Mimant un geste de refus, Lily décroisa ses bras par lassitude. Les pas du jeune homme l’emmenaient bien loin d’elle, ce qui n’était pas pour lui déplaire bien qu’elle s’estimait devoir l’avoir à l’œil. Le haussement de sourcil qui anima son visage le dissuada de refaire sa représentation du jambon, promptement agacée et fatiguée de devoir déjà compter sur une telle personne pour quelque chose dont elle ne savait le sens.

Posant une main fébrile sur la forme du médaillon, la rouquine avait la ferme intention de le garder autour du cou. Qu’il le veuille ou non – surtout qu’il le veuille – il ne quitterait pas sa nuque. sous-au-cun-pré-tex-te.

« Je ne comptais pas dormir et toi non plus. »

Véridique. Ne devait-il pas lui apprendre quelque chose ? Puis, il faisait allusion depuis le début de leur rencontre à une lettre que le Lorca-adulte a pu lui écrire pour le prévenir de sa visite. Alors sûrement avait-il spécifié à l’intérieur qu’est-ce qu’il devait lui apprendre. Surtout qu’il avait eu cet instinct de découvrir Madness habitant sa main si ce n’est tout son corps. Mais pas son cœur. Cette même main qu’il avait menacé de lui couper. Et réellement, était-il vraiment capable de lui enseigner quoique ce soit ?

Il valait mieux jouer la carte de la compréhension plutôt que celle qui trahissait l’envie de le déchiqueter morceau par morceau et de faire rejoindre ceux-ci dans le trou qu’il avait provoqué quelques minutes auparavant dans un des couloirs du château.

« Je sais que ça ne doit pas forcément te plaire que je sois ici, mais il y a une raison et il me semble que tu es le seul à la connaître précisément. Tout ce que Lo… ton… toi adulte m’a dit, c’est que je devais apprendre une forme de magie différente que celle que nous pouvons, ou avons pu, apprendre tous les deux ici, à Poudlard. »

Un pas la rapprocha du jeune homme qui paraissait faire preuve d’attention, pour une fois dans cette maudite soirée. Qui était loiiiiiiiiiiiiiiiin d’être terminée.

« Personnellement, ça ne me gênerai pas plus que ça de retourner dans mon présent. Mais je sais que c’est important, autant pour toi que moi. Alors ce serait cool que tu arrêtes deux minutes et qu’on se prenne un tout petit peu au sérieux. D’accord ? »

Quitte à s’éclater tout à l’heure dans le parc du château en se lançant des sortilèges à tout va, impardonnables ou non.
Enfin, on ne va peut-être pas exagéré.

Quoique ses envies meurtrières pourraient reprendre le dessus.
Qui sait ? Plus personne ne vient du futur, mis à part elle.

Ahahahahahahahahaha.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 22 Déc - 16:35

    « Je ne comptais pas dormir et toi non plus. »

    Sa main s'était posé sur le Retourneur de Temps, et dans une imitation distraite, je vins caresser du bout des doigts le médaillon en fer ouvragé qui se balançait doucement autour de mon cou. Le regard de Lily était assuré. D'une volonté implacable, et pendant une seconde, elle me rappela indubitablement ce même regard qu'avait Angela le jour où j'avais refermé mes doigts sur la chaine de ce que je considérais comme ma possession, et qui était autour de mon cou. Elle ne comptait pas dormir et moi non plus ? Hehehehehehehehe, non. Non. Les prunelles étrécies en une expression quasi outrée, mes lèvres refermées en un trait qui n'exprimait qu'à moitié la démesure de l'instant, je laissais échapper un sifflement moqueur.

    Déjà qu'elle se foutait de moi en utilisant ma mère comme prétexte, ce à quoi c'était la première fois que j'étais confronté à ce genre de réplique, je ne pouvais tout de même pas laisser passer une parole aussi peu sérieuse que celle-là.

    Je venais de me perdre dans la formulation de ma pensée. Ignorant pendant quelques instants la présence de Lily Potter, visiteuse du futur, je m'imaginais répondre à leurs souhaits : à Lorcan du futur et à elle, cette enfant héritière qui devait aujourd'hui avoir l'âge de faire encore dans ses couches. Non, sérieusement. Envisageaient-ils réellement que je puisse les satisfaire en leur obéissant ? Lorcan-du-futur devait mal se connaître, ou bien avoir une conception très erronée de ce que nous étions actuellement. Haha, très certainement ! Pauvre lui. Pauvre moi.

    Mes yeux posés sur Lily, je la contemplais, titubant un peu sur mon pied gauche.
    Dans ma tête, il y avait des papillons qui tintinnabulaient.

    « Je sais que ça ne doit pas forcément te plaire que je sois ici, mais il y a une raison et il me semble que tu es le seul à la connaître précisément. Tout ce que Lo… ton… toi adulte m’a dit, c’est que je devais apprendre une forme de magie différente que celle que nous pouvons, ou avons pu, apprendre tous les deux ici, à Poudlard. »

    J'ouvrais la bouche dans un « Oh » contemplatif. Très éloquent, en soit.
    Un pas d'elle vers moi, et une concentration extrême pour que je ne fasse pas la même chose : un pas en arrière. Pour la fuir. Elle n'aimerait pas, hein ? Je ne souriais cependant pas. Pas encore.

    « Personnellement, ça ne me gênerai pas plus que ça de retourner dans mon présent. Mais je sais que c’est important, autant pour toi que moi. Alors ce serait cool que tu arrêtes deux minutes et qu’on se prenne un tout petit peu au sérieux. D’accord ? »

    Silence.
    Je la dévisageais avec soin. Avec ce soin particulier de mes prunelles qui glissaient sur la multitudes de détails qu'offrait l'observation d'un corps humain. Avec ce soin aiguisé que les gens n'appréciaient pas que j'ai lorsque je les regardaient. Avec ce soin amusé d'un fauve qui estime la vitesse de pointe de sa proie. Silence. Et je souriais doucement, tendant ma main vers, mes doigts à demi-replié.

    Je vins poker son front.

    « Pas d'accord. »

    Bondissant en arrière, rétablissant tout mon équilibre sur la jambe droite, je traversais d'un pas rapide la Réserve, jetant en arrière les commissures de mes lèvres, pour étirer celles-ci sur un sourire carnassier.

    « Il est hors de question que je bosse quoi que ce soit si je n'ai pas mangé et dormi. Et, oh, je suis un enfant ! Tu as pensé à ma courbe de croissance, Lily ? Imagine que je ne grandisse jamais ! Hah ! Je refuse d'accepter une telle possibilité ! »

    Je suis très sérieux, Lily Potter. Je dois être un des étudiants les plus sérieux de ce château. Profitant qu'elle soit dans mon dos, je cessais de sourire, je cessais cette expression joviale, pour arborer ce masque froid, ce masque plus confortable d'une absence totale de sentiment. Elizabeth vint me rejoindre au pas, et je déboulais dans la Bibliothèque, que je traversais, sans jeter un regard en arrière.

    Je savais quelles étaient mes obligations par rapport à Lily. Si j'avais bien compris, elle était, en quelque sorte, ma création. C'était amusant. C'était follement excitant. J'atteignais la porte de sortie, et jetais un coup d'oeil. Elizabeth ne semblait pas assez alerte pour que j'ai à m'inquiéter. Bien. Je me glissais dans le couloir, et au petit trot, envisageais me rendre jusqu'au septième étage, pour aller dormir. Je passerais sans doute par le bureau des Enchères, comme on aimait à appeler cet endroit gardé. Je souriais au vide.

    « Eyh, Lily. »

    Un regard derrière moi, le temps que je capte le céruléen de ses yeux. Ouh, regard grisant, ouh regard divin.

    « Tu sais que le bureaux de tes oncles, Fred et Georges Weasley, est resté en état. Il y a une sorte de permanence, et on peut y acheter des petits trucs sympa, que ce soit des pastilles de Gerbes ou bien de la nourriture préalablement empruntée à la cuisine. »

    Je n'attendais pas de réponse particulière. Et la démarche sautillante, je m'y rendais.

    On m'accueillit avec cette familiarité qui précédait ceux qui sont couche-tard. Trois élèves, tous des Gryffondor, levèrent les yeux à ma venue, et je tenais un peu le rebord du cadre qui camouflait l'entrée, pour que Lily me suive. D'un mouvement de nuque, je saluais les trois Lions. Plus âgés que moi, il y en avait un qui avait été Préfet une année, mais qui, dans la continuité des jumeaux Weasley, avait préféré assurer la distraction des élèves plutôt que l'ordre, et il avait rendu son badge au bout de quelques mois. Un certain Miligent Flavis. Un certain passionné par le feu. Je le saluais avec un sourire qu'il me rendit. Je me retournais vers Lily, attendant qu'elle apparaisse, pour poser sur elle un regard clair.

    « Miss Brindacier et moi aimerions savoir s'il est possible de manger ici, avant de rejoindre la salle commune ? »

    Un ricanement commun de la part des trois Gryffondor qui connaissaient assurémment la référence, et l'un d'eux tendait la main.

    « Pour un menu sandwich plus dragées de Bertie Crochu, c'est dix Mornilles. Pour un menu complet, c'est un Gallion. Et pour le menu maxi, c'est deux Gallions, tu connais le prix, souffla Miligent, en souriant. Tu crêches ici, Miss ? »

    Laissant Lily aux bons soins charmeur du brun ténébreux, j'allais jusqu'à la table, étudiant la partie de cartes que les garçons étaient en train de jouer avant notre arrivée. Il y avait une montre sur la table, et je constatais qu'il était un peu plus tard que ce que j'avais imaginé. Presque vingt et une heure. Je laissais un soupir glisser le long de mes lèvres, pendant que Timothy, un garçon au nez crochu, et à l'air strict, m'avisait.

    « Eyh, Lorcan, t'as quoi sur la joue ? T'as l'air salement amoché. C'est du sang, sur ton T-shirt ? »
    « Han, qu'est-ce que du sang viendrait foutre sur mon T-shirt ? »

    Je frottais avec ma paume sur ma joue, soupirant en constatant que certaines mèches blondes étaient collées entre elles, et que le rouge qui les maintenaient les unes aux autres étaient inimitable. Je claquais des doigts, impérieux.

    « Combien, pour le T-shirt propre ? »

    Ils ricanèrent, et j'attrapais un marcel blanc que je posais sur mes cuisses, et assis sur le banc, je cherchais le regard de Lily. L'attrapais, en retirant le T-shirt noir. Regarde. Regarde, imposait mon regard. Les trois autres riaient entre eux, et ce fut une infime seconde durant laquelle je lui exposait les tatouages qui couraient mon ventre, mes épaules, et mon dos. Et puis le marcel retomba, et mobiles, les traces noires se cachèrent sous le tissus. Miligent souriait.

    « T'es trop maigre, Lorcan. On dirait un petit rat. »
    « Haha. »

    Regard noir, qui fit glousser l'autre. Je jetais mon T-shirt noir par terre, récupérais le sandwich entre mes doigts, et feignais aller m'intéresser de près à Lily. Je vins glisser à son oreille.

    « Les tiens, ils ont commencé à apparaître ? »
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Ven 27 Déc - 16:45

HS:
 

Oh, son expression était bien trop sérieuse pour vraiment l’être.
Trop réfléchie.

Même si une lueur d’espoir avait traversé l’esprit de Lily, son exaspération s’entendit parfaitement dans le silence de la bibliothèque que le garçon avait déjà entrepris de parcourir. Sans prête attention au monologue qu’il venait d’entamer, elle suivit les traces de son interlocuteur qui lui tournait le dos. De cette vue ci, il paraissait plus âgé, presque plus mûr. Malgré l’échange qu’ils avaient pu avoir depuis leur rencontre, elle ne doutait pas une seconde de son intelligence et de sa capacité à analyser chaque situation. Ce n’était pas quelque chose qui venait comme ça. Si Lorcan montrait aujourd’hui ces qualités, c’est qu’il avait appris à les maîtriser bien plus tôt.

Peut-être avec un tant soit peu de maladresse, vu ce qu’elle pouvait observer.

« Eyh, Lily. »
« Mh ? »

Préférant deux vérifications plutôt qu’une mal aisée, la Lionne jeta un coup d’œil furtif à travers la porte avant de rejoindre le couloir pour suivre Lorca-ado. L’éclat du vert imposant pour cette fois-ci et du bleu électrique s’entrechoquèrent le temps d’une demi seconde avant que l’un d’eux ne se décide à pivoter le visage.

« Tu sais que le bureau de tes oncles, Fred et Georges Weasley, est resté en état. Il y a une sorte de permanence, et on peut y acheter des petits trucs sympas, que ce soit des pastilles de Gerbes ou bien de la nourriture préalablement empruntée à la cuisine. »

Un sourire amusé fila sur les lèvres de Lily. Elle ne savait pas vraiment ce qui la faisait le plus sourire. Le souvenir de son oncle Georges ou l’idée que leurs créations séduisent toujours autant de monde, même dans son présent. Ou bien que leur bureau vive encore grâce à cette génération, si ce n’est ces trois possibilités. Le courant d’air qui traversa les murs de pierre la fit frissonner avant qu’elle ne se presse pour rejoindre la hauteur du jeune homme.
Contrainte de passer par le minuscule espace qu’accordait l’angle du cadre servant de porte d’entrée au bureau-permanence, la rouquine fut surprise par « le monde » qui pouvait occuper cet endroit. Visiblement tous de Gryffondor, ils avaient une forte présence bien qu’ils n’étaient que trois, maintenant cinq avec Lorca-ado et Lily. Chaleureusement accueilli, le jeune homme salua d’un mouvement de tête ses camarades et se dirigea vers l’un d’eux en particulier. Appuyée contre l’angle de mur, les bras croisés, elle observait la scène avant d’adopter une expression exaspérée.

« Miss Brindacier et moi aimerions savoir s’il est possible de manger ici, avant de rejoindre la salle commune ? »

Laissant les trois garçons se marrer d’une blague que peu trop originale, Lily écouta déblatérer celui s’occupant de la nourriture avant de décliner poliment ses offres. Plus loin, Lorca-ado échangeait avec un des joueurs de cartes. Son expression s’adoucit mais ses bras ne se détendirent pas, sa position lui offrant une vue d’ensemble sur la salle. N’écoutant que vaguement les mots que les deux jeunes hommes s’échangeaient, Lily visitait d’un œil curieux les fresques ornant les murs. Si le décor avait soigneusement été fait par ses oncles, elle doutait fortement de leurs goûts à l’époque, beaucoup trop simples pour des génies de farces et attrapes. Disons qu’à ses yeux, ils auraient préféré quelque chose de plus… explosif.

« Combien, pour le t-shirt propre ? »

De nouveaux ricanements s’élevèrent de la table, attirant l’attention de Lily. Le marcel noir était non loin de tomber au sol pendant que l’excitation se lisait sur la peau de Lorca-ado. Les traits, infiniment fins ou grossiers mais délicatement travaillés cherchaient un endroit où se dissimuler. Ce fut le temps d’une seconde. D’une demi-seconde peut-être et pourtant cela lui parut durer une éternité. Observer ce qu’elle avait déjà pu voir, de plus près pourtant, avec de plus amples détails, la fascinait toujours autant. Elle sentit le claquement des ailes du dragon aux creux de ses tympans et l’air battre ses cheveux. Puis le marcel blanc recouvrit ses yeux.

« T’es trop maigre, Lorcan. On dirait un petit rat. »
« Haha. »

La comparaison ne la fit même pas sourire, son regard ne quittait pas la table d’où l’adolescent venait de se lever. D’un commun naturel, il la rejoignit et, comme un secret, lui chuchota à l’oreille. Un sourire courut sur les lèvres de Lily quand la question fusa des lèvres de Lorca-ado, hésitant un instant à croire en la sincérité de sa question. Ses prunelles se posant sur celles verdoyantes, elle finit par hausser les épaules d’un air nonchalant, préférant ignorer l’importance de cette discussion comme il avait pu le faire pour les précédentes.

« Depuis que je t’ai rencontré. »

A la seule différence que même si dans le présent qu’ils partageaient, Lorcan était plus vieux qu’elle, il paraissait bien jeune pour déjà avoir tous ces tatouages ornant sa peau. Depuis quand jouait-il à ce jeu avec Madness ? Ou avec n’importe qui ou quoi d’autre, d’ailleurs. Faisant mine de s’intéresser au minuscule combat qui opposait le fameux Miligent et le petit blond, Lily se détachait complètement du regard de Lorca-ado. Suffisamment patiente jusque là, la situation commençait fortement à l’agacer et il ne lui fallut pas plus d’une minute pour le lui faire comprendre.

« Bien, maintenant, tu peux te rassasier tranquillement et dormir autant que tu veux, moi, j’ai autre chose à foutre. »

Non sans rancune, le cadre servant de porte d’entrée se repositionna derrière elle, après avoir brièvement salué les trois autres élèves. Le couloir désert la rassura quant à la progression de sa marche, les tableaux endormis ne prêtant pas une oreille attentive au bruit de ses pas. Le frisson d’un courant d’air hérissa sa nuque avant qu’un nouveau picotement ne la démange.

« Oui bah ça va, vas le convaincre toi-même ! »

Comme un appel, seule face à elle-même, Lily passa une main fébrile sur l’étoile décorant sa nuque, fatiguée d’une nuit s’étant annoncée particulièrement longue. Un détour près d’un nouveau couloir lui permit de se fondre dans un renfoncement et de saisir le Retourneur de Temps entre ses mains. Accroché à son cou, il pendit à nouveau lorsque le même frisson la plia en deux. Sur sa hanche, son t-shirt bleu ornait les simagrées d’une encre noire. Le soulevant, découvrant un phénomène cependant en quelques points différents du premier, la Lionne découvrit les prémices de son tatouage se fondre sur sa peau. Attrapant un filament de liquide, la couleur changea instantanément pour devenir aussi rouge que les tapisseries de Gryffondor.

« Ah non, non, par encore une fois… »

Laissant le tissu bleu recouvrir sa peau, Lily sortit de sa cachette pour suivre les pas qu’elle avait empruntés. Se doutant qu’il ne l’ait pas suivi, du moins pas de près, elle le retrouva au même endroit, après avoir poussé la porte du cadre. Une main sur sa hanche pour masquer la tâche, elle eut du mal à attraper le regard qu’elle désirait tant, une grimace de douleur déformant ses traits. Une fois bien encré dans ses prunelles, sa fierté disparut pour laisser place à un semblant de supplication.

« J’ai besoin de toi. Maintenant. Tout de suite. Vraiment. »

Et avant qu’elle n’ait pu attendre qu’il la rejoigne, Lily le laissa à ses occupations pour prendre appui contre le mur de pierre, quelque peu affaiblit par une douleur incompréhensiblement plus vive.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Lun 30 Déc - 5:17

    Il y avait une différence singulière entre nous. Une différence qui établissait notre relation, et pourtant elle n'était pas des moindres. Cette différence se jouait sur les secondes qui s'écoulaient ; et s'y perdait tout à la fois. Je ne connaissais pas Lily Potter alors qu'elle me connaissait. Du moins, elle connaissait un moi qui ne m'appartenait pas encore, et cette vérité défaisant la fragilité d'un lien qui aurait pu ne pas exister. Mais j'étais en retard sur elle, car je ne le connaissais pas. Quelle sorte de rencontre avions nous eu, dans l'avenir d'une dimension avortée par rapport à cette réalité ? Quel sorte de fil y avait t-il entre nous pour que je sois en mesure d'y marcher en équilibre. Qu'étais-je, dans l'avenir ? Qu'était Lysander, Lorelei, Luna, Rolf ? Qu'étions nous de cette époque trop lointaine pour un moi d'aujourd'hui. Qu'étais-je, si je n'existais déjà plus pour cette Lily qui venait du futur ? La regardant s'éloigner, je ne baissais pas les yeux sous la violence de son départ. Sa voix sifflait dans mon esprit, mordante. Depuis que je t'ai rencontré. Mes prunelles étrécies en un éclat moqueur, je souriais.

    Elle me fascinait, cette interaction toute puissante du futur, cette fleur de lys tâchée par l'encre de Madness. Lily Potter.

    Feignant m'intéresser aux dernières paroles de Miligent avant que le cadre ne se referme, j'observais les derniers éclats d'une chevelure flamboyante, pendant que je mordais dans mon sandwich. Et bien, mademoiselle était d'un caractère tout feu tout flammes. Un comportement que j'appréciais, en sommes. Peut-être parce que c'était elle, seulement. Et cela n'avait rien de cohérent, songeais-je, en riant mentalement, m'amusant à dévorer mon pain.

    Jusqu'à quel point était-elle dévorée par Madness ? Et plus que cela : quelle sorte de mentalité avait-elle adopté face à la Folie noire qui rongeait son esprit ? Quelle sorte de défense mettait-elle en place pour se battre contre l'obstacle de ses propres invasions mentales ? Quelle sorte de personne était Lily Luna Potter ?

    Il ne fallut pas plus d'une dizaine de minutes après son départ pour que je n'observe le cadre se rouvrir sur sa silhouette rousse. Éclat de feu, éclat de cheveux, de ses yeux se dardant sur moi, avec un quelque chose de particulier au fond des yeux. Je la questionnais des yeux, mais elle se chargea de m'inviter grâcieusement à la rejoindre immédiatement. Outcha. J'aurais du profiter du temps libre qu'elle m'avait accordé pour faire mon testament, parce que s'émanait d'elle ce sentiment étouffant d'un malaise dangereux. Bien, bien, bien. En d'autres termes, si je n'assurais pas, elle allait me pulvériser la gueule ?

    « J’ai besoin de toi. Maintenant. Tout de suite. Vraiment. »

    Ah. Charmant.

    Haussant un sourcil, je me retournais brièvement vers les trois Gryffondor de garde ce soir, feignant la surprise la plus hautaine.

    « Vous savez ce que c'est, le coup de foudre, tout ça … Désolé. Bye bye. »

    Je me tournais vers Lily, passant à côté d'elle sans lui accorder un regard. Je lui laissais le soin de refermer la porte derrière nous, et m'engageais dans l'aile du couloir, glissant comme une ombre devant les arcades qui s'étiraient dans toute la longueur des lieux, projetant l'éclat de la lune sur le sol dallé. Puis je me retournais vers Lily, dès qu'il y eut assez de distance entre le bureau et nous. Jettant un coup d'oeil par dessus son épaule, surveillant qu'on ne nous suivait pas, j'écartais sa main pressée sur son flanc, lentement, pour y étudier la forme alambiquée que prenait son tatouage. Sous la surprise, mes prunelles se fendirent en des fentes de chat, pendant qu'un sourire nerveux s'étirait sur ma bouche. Et bien, marmonnais-je, c'est pas joli, tout ça. Du bout de mes phalanges, j'effleurais la surface noire, y cherchant une réaction, une réponse à la stimulation. Pas de réponse. Le truc, puisqu'il n'y avait pas encore de définition qui existait dans ma tête pour expliquer le phénomène, était autonome à l'organisme de Lily, et ne dépendait que d'elle. Intéressant. Intéressant, mais dangereux, puisque cela signifiait que j'étais peut-être totalement impuissant face à cela. Je fronçais le nez dans une expression boudeuse.

    « T'es drôle, toi, quand tu t'y mets. Je fais quoi, moi, maintenant ? »
    « Vous pourriez peut-être commencer par m'expliquer ce vous faites en dehors de votre dortoir, Monsieur Lovegood-Scamander. »

    Ma mâchoire se crispa. Il n'y avait qu'une seule personne a m'appeler entièrement, dédaignant la facilité de ne choisir qu'un seul de mes noms. Les lèvres pincées, Minerva McGonnagall se dressait derrière nous.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 19 Jan - 9:00

L’index qui effleura la vivacité de son flanc lui arracha un soupir de douleur, le phénomène qui lui avait déjà valu une fois de se trouver proche de la mort se reproduisant face à un garçon qui n’y connaissait encore sûrement rien. Qui ne devait même pas comprendre la signification de ses tatouages ornant chaque parcelle de sa peau blanchâtre. S’était-il déjà mis dans la peau de ce dragon puissant et audacieux que Lily connaissait ? Il n’en avait même pas fait allusion dans son narcissisme. Il était, d’un côté, impressionnant de se trouver dans le passé. Mais particulièrement de rencontrer quelqu’un qui ne correspond pas du tout à la personnalité que l’on connaissait dans notre présent. Notre vivant. Elle avait ce défi de devoir gagner une seconde fois sa confiance et son attention. Ce challenge de se dire « il faut lui faire confiance. »
Le laissant libre à ses mouvements, la rouquine lui accordait ce crédit aveugle qui l’avait poussé à s’intéresser au Lorcan adulte. Cette curiosité qui l’avait fait détaler dans les compartiments du wagon, à la recherche de cette incroyable puissance magique qui avait défrayé les chroniques des journaux moldus, ignorants.

¤¤¤

« Belle performance ? Ce serait certainement ce qu’il faudrait dire à un sociopathe dans le besoin d’avoir des admirateurs par rapport à ses massacres. Je pense avoir dépassé ce stade, petite fille. Je n’ai pas besoin d’être admiré pour mes conneries, tu vois. »

Petite fille.

¤¤¤

L’expression qui fronçait les sourcils du jeune homme dans une moue boudeuse trahissait son mécontentement face à son impuissance et à son incompréhension. Elle savait déjà que ça ne lui était jamais arrivé, du moins, pas à sa connaissance. Alors comment pouvait-elle penser lui reprocher ne rien savoir ? Le silence du couloir l’incita à reprendre une bonne inspiration.

« T’es drôle, toi, quand tu t’y mets. Je fais quoi, moi, maintenant ? »

Le souffle d’un pas sur le sol lui fit lever les yeux.

« Vous pourriez peut-être commencer par m’expliquer ce que vous faites en dehors de votre dortoir, Monsieur Lovegood-Scamander. »

Précision du nom, dédaignant la flemmardise de n’en prononcer qu’un seul, Minerva McGonagall arborait son éternel visage fermé. Les seules fois où elle avait pu la croiser dans son présent, elle s’était, cependant, montrer plus douce et prise d’affection pour ses parents avec qui elle avait combattu Voldemort, bien qu’elle ne manque pas d’exprimer ses points de vue, véridiques ou non, lors de sujets sensibles. Cette femme respectable avait laissé sa place de directrice juste avant que James n’entre à l’école de sorcellerie, ce qui poussait l’ignorance de Lily en ce qui concernait cet Animagus.
Moins ridée que dans son souvenir, McGonagall ne lui accorda aucun regard, concentrée sur la personne de Lorcan adolescent, ce qui ne put l’empêcher d’arracher un sourire moqueur malgré la brûlure. Du moins, jusqu’à ce que le bleu électrique des prunelles la fasse déglutir. Se redressant tant bien que mal contre le mur de pierre qui frémissait des rires du bureau des Weasley, Lily observa le charisme de cette dame qui semblait faire frémir le garçon à ses côtés. Un silence persécutant s’installant, la jeune fille s’avança d’un pas et ouvrit la bouche.

« Enchantée, Mademoiselle Potter, ravie de vous voir parmi ma promotion. »
« Ah. »

Ce fut le seul mot qui finit par sortir d’entre ses lèvres. Jetant un coup d’œil furtif auprès de Lorcan, le soutien qu’elle tentait de recevoir ne semblant pas venir, voire, même pas envisagé. Tentant de se donner une contenance, la Lionne évinça toutes idées de souffrance de son esprit et se concentra sur la scène se déroulant. La directrice, toujours aussi droite, fixait les deux adolescents dans un demi-sourire qui ne signifiait plus vouloir les punir de leur insomnie. Le seul fait qu’elle ait prononcé le nom de Lily donnait aux jeunes gens une expression légèrement douteuse. Comment ? Tout à coup, ce ne fut plus les « pourquoi ? » qui entouraient leurs âmes, mais bien les « comment ? »

« Suivez-moi. »

Reste-là. La main de Lily retint le bras de Lorcan. L’absence de bruit provenant de leurs démarches fit retourner McGonagall qui ne leur accorda pas même un sourire pour les mettre en confiance. Il était hors de question pour la petite Potter de suivre une femme qui connaissait son nom. Enfin, du moins, qui savait qui elle était. Le Lorcan adulte lui avait bien précisé que seul son homonyme savait qu’elle lui rendrait visite. Alors, comment ?

Toujours cette seconde d’hésitation. Cette putain de seconde d’hésitation.

« Vous avez un caractère digne de votre mère, dit-elle dans un sourire sincère. »

Cette seule phrase suffit à la convaincre bien qu’elle n’en montra pas le moindre sentiment et, rejoignant le pas qu’avait déjà franchi son ami, suivit les pas de Minerva. Après tout, si ses parents avaient pu lui faire confiance, pourquoi pas elle ? Les hanches lancinantes, elle chercha un appui sur l’épaule de Lorcan, ne lui laissant pas le choix de ravaler sa fierté.

(…)

Le bureau était admirablement tenu en ordre. Les portraits des anciens directeurs et directrices de Poudlard étaient, soit vides de présence, soit profondément endormis dans la nuit déjà bien avancé. Son chapeau digne de celui qu’était le Choixpeau magique, reposait à présent sur un coin de la table, à l’opposé de la bougie flamboyante. Deux fauteuils lui faisait face, deux fauteuils que Lorcan et Lily ne tardèrent pas à rejoindre sous un mouvement furtif du visage. L’armoire renfermant probablement encore les objets dont son père lui avait fait le conte trônait derrière leurs dos, les escaliers à leurs droites menant à cette éternelle bibliothèque regorgeant de richesses.
Le professeur McGonagall s’installa silencieusement dans sa chaise, croisa ses mains dans son habitude après avoir dégagé les quelques bouquins occupant son bureau et observa les adolescents à tour de rôle.

« Bien. »

Les deux Gryffondor échangèrent un regard, incertain.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Sam 1 Fév - 15:16

    Je ne crois pas avoir la même définition que beaucoup d'autres personne du mot « hasard ». A mes yeux, rien ne manque de sens, et si est parfois impossible de comprendre ce qui se refuse à être logique, alors c'est que nous ne le sommes pas assez. Je ne peux pas croire qu'il y ait des incohérences dans l'absurdité. Je crois à un monde calculé, compris, et compréhensible, en vue d'une certaine étude du niveau d'observation de celui qui décide de le comprendre, ce monde. Certes. Alors. Ces phrases.

    « Enchantée, Mademoiselle Potter, ravie de vous voir parmi ma promotion. »
    « Ah. »

    Ces phrases, elles me laissèrent pantois. Parce que je savais que sur le coup, j'étais dans cette incapacité de compréhension, et que cela ne signifiait pas autre chose que mon incapacité à comprendre. Jolie précision que voilà, et qui m'irritait profondément. Je n'appréciais déjà pas l'idée que cette femme m'ait surpris une fois de plus dans une situation que je savais répréhensible, et j'appréçiais encore moins l'idée que cette fille du futur soit impliqué dans quelque chose qui semblait programmé sans que je puisse en comprendre le fonctionnement. Est-ce que Mcgonall était sérieusement au courant de l'identité de Lily ? Ce que je venais d'entendre me portait à le croire. Mais, les questions basiques martelaient mon crâne : comment, pourquoi ? Lily me jeta un coup d'oeil rempli de doutes, mais j'avais la simple envie de hausser les épaule en lui demandant ce que j'étais supposé comprendre de la situation. Un Lorcan adulte, sorti d'une génération future, m'apparaissait en plein milieu de la journée, me prévenant que je devais fournir un enseignement magique à une gamine qui viendrait, possédée par Madness. La gamine en question arrivait, se révélait être une Héritière, et une véritable petite furie sur patte. Et intervenait brusquement McGonagall, celle-ci au courant des projets de mon futur. Quelle histoire. Même moi, j'aurais pu faire pire.

    Plus sérieusement.

    Les muscles raidis dans une contemplation fascinée de l'instant, de la situation, j'écoutais les battements précipités de mes deux cœurs, appréçiant l'idée d'une fuite à organiser, d'un corps à activer. Cognitif noyé sous les stimulis des informations, je ne savais plus quoi faire, perdu, effrayé par ce trop plein de sensations qui crispait chacune de mes phalanges en une pression irritante. Que faire ? Comment réfléchir correctement dans cet instant ? Je ne supportais pas l'idée de devoir avancer sur l'échiquier sans posséder la moindre idée sur le coup à venir. J'avais la sensation de jouer sans le moindre coup d'avance, et d'être exposé au moindre danger. Je ne supportais pas cela. Assombrissant mes prunelles en un éclat furieux, je foudroyais l'enfant des yeux. Je pouvais très bien décider de me mettre à courir, de faire demi tour pour aller me réfugier dans les hauteurs. Pour réfléchir à tête reposé, sans être exposé. Oui. Oui, c'est ce que je pouvais faire. C'est ce que je voulais faire. C'est ce que j'.
    La main de Lily, brusquement, referma son étreinte cinq fois répétée, sur mon poignet. Sensation grisante de vertige, d'égarement. Ne me retiens pas, ne me retiens pas, s'il te plaît, tu ne sais pas ce que ça fait que d'être perdu, ou d'avoir peur. Tu ne le sais pas, hein. Sinon tu ne serais pas là, et tu vivrais une vie tranquille, ailleurs, pas encore réalisée. Ma mâchoire se crispa. Mcgonagall avait avancé, et je restais sur place, immobilisé, pas capable de faire ces choix dont on venait de me retirer la liberté d'exécution.
    Comme un oiseau qui s'envole : adieu, la possibilité de fuir.

    Et Lily qui écoute Minerva, et Lily qui décide d'avancer. Si je résistais, là, une seule seconde ? Si je résistais, en refusant d'aligner mon pas sur le tien ? Et tu le sais, n'est-ce pas, que j'en ai la force, de ne pas avancer ? Tu le sais. Comment tu te sentirais ? Je ne veux pas te suivre. Ça n'est pas forcément mon histoire. Je ne veux pas, tu sais. Je ne veux pas, parce que ta Folie, ça ne sera jamais la mienne. Je ne veux. Résister. Une seconde.
    J'avançais. J'avançais, et elle n'eut pas d'option plus cruelle que se reposer sur mon épaule ; de me choisir en soutien. Ah, sale gamine. Je te jure que je te déteste.

    Même si au fond, je sais que je me mens.

    (...)

    Je venais souvent dans cet endroit.
    Habitué à la contemplation, jamais lassé par la stupéfaction, je laissais couler un regard avide de ce besoin de détails, partout où pouvait atteindre la réalité de mes yeux. Mais il n'y avait jamais assez de temps pour tout regarder, pour tout contempler, tout comprendre. Cet endroit était superbe, miroir psychologique d'un Roi sans couronne qui régnait sur une populace juvénile. Introspection mentale de l'état d'esprit du chef de Poudlard, j'aimais cet endroit, car il n'y avait pas plus voyeur que de pénétrer dans le bureau du Directeur. Et indubitablement, j'aimais cela.
    Même si pour une fois, cela ne semblait pas être pour les raisons habituelles. Pas de remontrances carrées, de morales longues et cruelles, de punitions expéditives et de souffrance placardées sous mes ongles. Non, monsieur. Cette fois-ci, j'avais cette sensation étrange. Boule de fumée au milieu de mon ventre, qui me faisait m'étouffer doucement, tendrement.

    Criss …

    Traverser la salle, monter l'estrade, aviser ces fauteuils couleur sang, et s'y asseoir, comme pour passer à l'échaffaud. Mes mains secouées par un frisson que je me forçais à réprimer, je ne cherchais pas le regard de Lily. Jusqu'à ce que Minerva prononce cette syllabe devenue trop douce, dans sa bouche. Trop douce, donc indubitablement suspecte. Bien. Mes yeux glissèrent jusqu'aux prunelles de Lily, et pour la seconde fois de la soirée, je me heurtais à ce bleu qui me faisait me perdre dans ma tête. Acharné à l'idée de ne pas perdre pied, je m'arrachais à ce regard, rageux par la contemplation, grisé par la sensation.

    « Je ne sais pas. »

    Je ne sais pas du tout.

    « Je ne sais pas comment, pourquoi, qui et quand. Je ne sais pas comment est-ce que vous êtes au courant, je ne sais pas pourquoi est-ce que ce serait à moi de devoir m'occuper d'une affaire que des sorciers bien plus puissants et bien plus expérimentés pourraient organiser, je ne sais pas qui est réellement ce moi du futur, ni quand est-ce que je serais assez bête pour lui ressembler. Voilà. »

    Je ne les avais pas regardés, ces deux êtres aux yeux qui m'ensorcelaient. Je ne les avais pas regardés, boudeur, déçu et triste de cette incompréhension qui s'abattait, de l'absence de logique, et la radicalisation de cette violence dans ma tête. Je ne comprenais pas, plus, et cela m'énervait.

    « Je vais t'expliquer. »

    Sursaut de mon âme, sursaut de mon cœur.
    Affairé, un manteau jeté sur ses épaules, le visage inconnu, les yeux éternels, un moi du futur, différent de celui qui m'avait quitté avançait en travers du bureau, les cheveux encore humide d'une pluie qui ne provenait pas de ce monde. Il salua brièvement Minerva Mcgonagall en s'avançant à notre hauteur, les semelles de ses chaussures de cuir claquant sur le sol. Il s'arrêta devant moi, et le premier constat que je pus faire c'est qu'en rien, il n'était petit. De son sourire dévorant, à l'éclat dément de ses yeux, ou bien sa taille qui le faisait abaisser ses yeux jusqu'à moi, il n'était assurément pas ce chaton fragile que j'étais. Il me tendit quelque chose. Quelque chose d'enveloppé dans un morceau de tissu blanc, que je récupérais doucement. Poids incertain, et absence de reconnaissance. Qu'était-ce ?

    « Ne l'ouvre pas tout de suite. Madame la Directrice, je suis désolé pour l'intrusion. Cela va à l'encontre de ma propre ligne temporelle, mais il fallait absolument que l'un de nous vienne ici pour expliquer la situation clairement à … moi. Toi. »

    Souriant, ses boucles brunes et longues retombaient sur ses épaules, et il leva les mains, accrochant ses cheveux dans une rapide queue de cheval, s'offrant le luxe de se tourner pour Lily, comme pour chercher quelque chose du regard, comme pour vérifier. Raisonnance de nos âmes, de la mienne, je savais qu'il était dans l'idée de chercher ce qu'il ne trouverait pas. Il reposa ses yeux sur moi, une fois ses cheveux attachés, et ses prunelles s'égarèrent sur le paquet que je tenais dans les mains. Il fronça brièvement les sourcils, un instant perdu, et puis il se tourna vers McGonagall.

    « Désolé. Je peux vous emprunter un siège ? »

    Les sourcils levés très hauts, la vieille femme le contemplait depuis un bon moment déjà, sans qu'aucune autre expression ne vienne dissiper celle de profonde surprise qui étirait son visage en un masque quasi comique. Incertain, le Lorcan adulte récupéra avec lenteur un des petits tabourets déposés dans un coin, agissant avec douceur dans chacun de ses gestes, comme s'il craignait que la moindre brusquerie ne vienne faire exploser la fureur de Minerva, et que celle-ci ne se déverse sur lui, le noyant sous une violence de sentiment qu'il ne serait pas en mesure de maîtriser. Je ne le comprenais que trop bien. Il s'assit finalement, face à nous, le tabouret posé devant le bureau de la directrice. Ses longs doigts se pliaient et se dépliaient, dans un geste nerveux qui ne me paraissait que trop familier. Autour de son visage, disparates, les boucles brunes grisonnaient dans un signalement de trop grand stress chez lui. Je cherchais ses prunelles vertes. Il me sourit.

    « Qu'y a t-il sur vos vêtements, Lovegood-Scamander ? »

    Minerva, faiblement, essayait de rétablir un minimum de normalité dans la situation.

    « Du sang. Enfin, une illusion de sang. C'est plutôt une sorte d'amas de pensées mauvaises qui sont transmutées en hémoglobine. Je reconnais que c'est assez dégueulasse, prof... »

    Il s'interrompit devant le regard de Minerva.

    « Au temps pour moi. Je reviens de Madness, garçon. -Il me fixa en plissant ses yeux dans un regard mutin-, et je viens, il y a quelques instants, de couper la main à cette jeune fille. Enfin, à l'un des doubles de cette jeune fille. C'est ce qu'il y a dans le paquet. »

    Sous mes doigts, la reconnaissance tactile se fit aussitôt, et sous le hoquet d'horreur de McGonagall, j'arrachais le tissus qui enveloppait l'organe coupé. Quoique coupé n'était peut-être pas le mot qui convenait le plus pour témoigner de la technique qui avait été utilisé pour séparer cette main au reste du bras. Cela semblait plus arraché, à mes yeux. Arraché avec des dents.

    « Je préfère ne pas m'attarder sur les détails du comment, murmura Lorcan en évitant avec soin le regard de Lily. Il faut juste savoir que ma réalité n'est pas la tienne, petite fille, et que dans celle d'où je viens, tu as fait le choix de ne pas garder Madness. »

    Oh. Une contamination ? Gloussant, je me mis à jouer avec les phalanges de la main, incapable de réellement l'accrocher à l'idée qu'elle puisse être celle de la fille à côté de moi. La main était blanche, naturelle, mais je savais dans quelles conditions elle avait séparée du reste du corps, maintenant : noire, recouvertes d'entrelacs tribaux qui couraient sur sa peau, la nécrosant dans la violence et la pression de Madness.


    « Madness n'a contaminé que la main, Lorcan. »

    Il me parlait à moi, complètement à moi, cette fois.

    « Et la Lily qui est à côté de toi n'a pas fait le choix d'avoir sa main en moins. »

    Il se leva. Il se leva, et dans le mouvement de son manteau qui suivit le déplacement de son corps, il ressembla à cette oiseau de proie en train de plonger sur moi. Ses mains vinrent trouver mes épaules, et il vint glisser son visage près du mien, sa bouche près de mon oreille.

    « Alors comprends bien. Si l'autre moi m'a envoyé moi à toi, ça n'est pas pour rien. C'est pour te montrer que si toi tu ne fais rien, il y a un autre moi, quelque part dans notre réalité à tous, qui va être obligé de lui arracher la tête. »

    Il recula, et doucement, récupéra la main, l'enveloppant avec soin du tissu. Il recula jusqu'au bureau de McGonagall, les yeux perdus dans le vide, et puis soudain, fronça les sourcils, ses yeux devenus plus sérieux que déments. Il souleva les index de ses deux mains, et traça dans le vide une étoile à cinq branches.

    « N'oublie pas. Protection, puis, transmutation. »

    Et après un dernier sourire, il disparu. Sans fumée, sans éclair, sans bruit ni prévenir, il avait disparu. Plus là, rien que l'odeur vaguement inquiétante du sang qui flottait dans l'air.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Dim 2 Mar - 12:35

« Je ne sais pas. »

Son regard pivota à nouveau.

« Je ne sais pas comment, pourquoi, qui et quand. Je ne pas comment est-ce vous êtes au courant, je en sais pas pourquoi est-ce que ce serait à moi de devoir m’occuper d’une affaire que des sorciers bien plus puissants et bien plus expérimentés pourraient organiser, je ne sais pas qui est réellement ce moi du futur, ni quand est-ce que je serais assez bête pour lui ressembler. Voilà. »

Frustré. Il était irrémédiablement frustré de ne pas pouvoir mettre de logique sur ces évènements, frustré de ne pas comprendre ce qui pourtant, le concernait un tant soit peu, frustré de devoir faire partie de jeu dont il ne connaissait pas les règles, frustré de cette sensation d’être pris au piège, frustré, frustré, frustré.

Ce qui était compréhensible.

« Je vais t’expliquer. »

Ses prunelles se fermèrent alors que son corps respirait de soulagement. Comme toujours, il la laissait partir seule. Comme toujours, il finissait par débarquer quand on ne s’y attendait pas mais quand on le désirait le plus. Cette fois-ci, il était serein. Non rongé par la douleur d’une perte, le visage humidifié de pluie et non de larmes, les prunelles pétillantes d’excitation et non sans vie. Grand. En l’espace d’une heure, Lily s’était habituée à la carrure frivole du Lorcan adolescent qui faisait exploser les murs et les sols des couloirs avant de détaler dans ceux-ci à une allure folle. Seule la voix charismatique de son Lorcan ne quittait pas son esprit. Entre mille voix, elle serait capable de la reconnaître, pensait-elle. C’en était presque ridicule, n’est-ce pas ? Et pourtant, elle ne tourna pas le visage à son arrivée. Le poids de ce regard sur son corps lui fit lever les yeux et ce nouveau choc électrique de deux couleurs opposées lui donna des frissons. Elle s’arrêta une seconde sur les éclats rougeâtres recouvrant sa chemise. Un demi-sourire naquit sur ses lèvres alors qu’elle partageait le sentiment d’incompréhension que ressentait le Lorcan négligemment positionné à sa droite. Un mouchoir blanc se glissa d’un homme à un autre et elle en accorda un regard curieux. Lily, Lily. Ne devrais-tu pas être une habituée des surprises ? L’adolescent ne semblait pas donner de définition à ce qu’il tenait entre ses mains et pourtant, ça paraissait bien consistant. Presque vivant.

« Ne l’ouvre pas tout de suite. Madame la Directrice, je suis désolé pour l’intrusion. Cela va à l’encontre de ma propre ligne temporelle, mais il fallait absolument que l’un de nous vienne ici pour expliquer la situation clairement à… moi. Toi. »

Fluidité du geste comme il en était coutume, les cheveux de Lorcan disparurent dans l’antre d’un élastique beaucoup trop serré pour les laisser respirer. Quelques mèches se rebellèrent mais il n’en avait que faire, plus rien n’obstruait son regard. Il pouvait se tourner vers elle sans avoir une ombre devant ses pupilles. Oh, ne t’en fais pas, je suis bien là, je ne bougerai pas. Pour une fois qu’il utilisait ce verbe, expliquer. Elle ne sait pas si le garçon à côté d’elle en avait conscience lorsqu’on savait qu’il s’agissait de lui-même, mais ils bénéficiaient d’une chance extraordinaire d’avoir des explications de la part de Lorcan. Toutefois, ce paquet était toujours soigneusement tenu par ces mains longilignes. Est-ce que chacun ressentait un tant soit peu ce que l’autre vivait ? Avaient-ils une idée de ce que l’autre pouvait penser ? Peut-être que l’idée était saugrenue, mais parfaitement plausible. Quatre sourcils se froncèrent en une harmonie parfaite avant que l’un ne se décide à briser le silence.

« Désolé. Je peux vous emprunter un siège ? »

Pour une fois qu’il attendait réellement une réponse, ce fut le visage incrédule de la Directrice du château de sorcellerie que Lily put observer en même temps que l’adolescent et l’adulte à la fois. Bien, comme elle avait dit. Visiblement, elle ne s’attendait pas vraiment non plus à cette venue. Ce qui n’expliquait pas comment elle pouvait connaître l’existence de la jeune rouquine bien que la ressemblance fut frappante, certes. Mais ça, c’était autre chose.
Le tabouret glissa dans un souffle hésitant jusqu’à ce qu’il est rejoins les bords du bureau de McGonagall. L’étrange réaction du Lorcan adolescent face à la présence de cette femme dans le couloir précédemment s’expliquait par le soin que prenait le Lorcan adulte à exécuter le moindre de ses mouvements, comme par peur d’explosions ou de représailles en cas de gestes un peu trop brusques. Outre les mille et une conneries qu’il avait pu faire et faisait encore, Lily percevait cette bizarrerie d’affection que versait la grande dame sur cet être incongru. Mais elle paraissait bien être la seule à en avoir l’idée dans cette pièce et probablement dans le passé, comme dans le présent, comme dans le futur. Ainsi continua-t-elle donc de se taire. De toutes manières, elle n’avait pas grand-chose à dire.
Il lui tourna enfin le dos pour faire face aux deux adolescents, l’un représentation de ce qu’il avait pu être plus jeune, chaton, oiseau, simple naissance, et l’autre, signification de ses expériences et sentiments. Du moins, voilà comment Lily se percevait-elle aux yeux d’un homme aussi brillamment stupide qu’intelligent à la fois. Ses mains se croisèrent, se décroisèrent, s’acharnaient, mourraient.

« Qu’y a t-il sur vos vêtements, Lovegood-Scamander ? »

Elle en était presque agaçante de tant d’attention.

« Du sang. Enfin, une illusion de sang. C’est plutôt une sorte d’amas de pensées mauvaises qui sont transmutées en hémoglobine. Je reconnais que c’est assez dégueulasse, prof… »

Chut.

Les iris de Lily permutaient dangereusement vers le tissu blanc posé entre des mains incertaines à quelques centimètres d’elle. D’où pouvait bien-t-il venir pour ramener une chose aussi étrange et être tâché de ce rouge vif ? Là, elle n’avait plus envie de sourire. Plus envie de rire d’une telle situation et la boule de pierre se formant dans sa gorge l’empêcha de déglutir correctement.

« Au temps pour moi. Je reviens de Madness, garçon. Et je viens, il y a quelques instants, de couper la main à cette jeune fille. Enfin, à l’un des doubles de cette jeune fille. C’est ce qu’il y a dans le paquet. »

Instantanément, Lily se leva et s’écarta de son fauteuil, prise d’horreur de savoir un de ces membres dans ce morceau de mouchoir incroyablement propre et blanc pour contenir une chose pareille. Elle en ignora McGonagall qui ne retint pas sa stupéfaction et son horreur et marqua une distance raisonnable entre cette petite troupe et elle-même. Silence.
Le tissu s’arracha et les nerfs du membre réellement peu soigneusement coupé apparurent à la vue de tous. Détournant le regard, la Lionne imaginait mal la main encore solidement accrochée à son avant-bras s’exposer aux yeux de Lorca-ado. Les siens se baladèrent au plafond pour retenir un haut-le-cœur. Et lorsque la colère monta indubitablement, elle se rendit compte qu’il n’osait croiser son regard.

Abruti.

« Je préfère ne pas m’attarder sur les détails du comment. Il faut juste savoir que ma réalité n’est pas la tienne, petite fille, et que dans celle d’où je viens, tu as fait le choix de ne pas garder Madness. »

Petite fille.
Vas te faire foutre.

Son cœur battait à une vitesse folle. Encore une fois, elle ne comprenait pas. Ne saisissait pas pourquoi il était retourné là-bas, pourquoi il l’avait convaincu de ne pas choisir Madness, pourquoi il avait décidé de lui ôter la main, comment il avait pu l’en persuader, qu’est-ce que ça leur apporterait en cet instant présent et en quoi cela était des explications.

« Madness n’a contaminé que la main, Lorcan. »

Perspicace.

« Et la Lily qui est à côté de toi n’a pas fait le choix d’avoir sa main en moins. »

Là, elle ne répondait plus de rien. Pensait-il réellement que cela valait le coup de faire tout ce trajet à travers le temps pour lui dire quelque chose comme ça alors qu’elle était parfaitement capable de lui dire toute seule ? De lui conter les milliers d’absurdités que son futur lui avait fait faire ? Lily ne cessait de les regarder. Tous les deux. Représentations abstraites de ce qu’ils étaient et ce qu’ils seraient. Ou pas.
Il avait cependant tous les deux cette allure féline. Cette grâce de s’abattre sur leurs victimes. Dominant-dominé, l’adulte laissa tomber ses griffes sur les épaules de l’enfant. Elle s’approcha à nouveau, curieuse, envieuse, agacée.

« Alors comprends bien. Si l’autre moi m’a envoyé moi à toi, ça n’est pas pour rien. C’est pour te montrer que si toi tu ne fais rien, il y a un autre moi, quelque part dans notre réalité à tous, qui va être obligé de lui arracher la tête. »

Ce silence qui avait caractérisé l’entre deux des différentes paroles de Lorcan surgissait à nouveau sans que l’un n’ait réellement envie de le briser. La main revint à son propriétaire dans son morceau de mouchoir blanc. Son propriétaire. Oh, puis elle la lui laissait volontiers. Il disparut lui-même dans le vide de ses yeux avant de reprendre conscience des évènements. Combien de fois l’avait-elle détesté autant depuis ce jour de transport ?
L’étoile se dessina invisiblement dans les airs. Par cœur, elle la connaissait par cœur, si bien qu’elle en sentit les doigts de Lorcan sur sa peau lorsqu’il la dessina. Protection puis transmutation.

Babaye.

Réfléchir.
Réfléchis. Si McGonagall restait là, ils n’avanceraient à rien. Il fallait aussi que le Lorcan assis dans le fauteuil de velours rouge comprenne qu’il devait lui apprendre quelque chose qui lui apporterait aussi à lui-même. Mais têtu comme il l’était depuis le début de leur rencontre, elle n’espérait pas arriver à grand-chose dans les dix prochaines minutes. Il fallait alors d’abord évincer la Directrice de leur présent.

« Viens. S’il te plaît, ajouta-t-elle dans un soupir d’agacement. »

Le médaillon d’or orné de différentes tailles de cercles traçant sa forme apparut dans la main de Lily. La chaîne suffisamment grande pour accueillir plusieurs personnes le faisait pendre à son cou pendant qu’elle s’efforçait de le dissimuler aux yeux de Minerva qui affichait une mine incrédule devant la vitesse des évènements. C’était une simple discussion, après tout. Rien de bien alarmant. Ce n’est pas comme si ils allaient disparaître.
Patiemment, elle attendit qu’il soit à sa hauteur, trahissant l’intimité d’un espace vital pour pouvoir agir rapidement. Un sourire inattendu releva son visage.

« Désolée, t’as plus le choix. »

Instinctivement, la chaîne passa autour de la nuque du garçon et relia les deux adolescents au retourneur de Temps. Avant que Minerva ne puisse agir, déjà debout derrière son bureau et prête à le contourner, Lily actionna un cercle et la dimension dans laquelle ils se trouvaient s’effaça.

(…)

« Espèce de folle ! Un Avada Kedavra ? Rien que ça ! Abrutie ! »
« Tu as eu peur ? On recommence, si tu veux ! »
« Va pourrir ! »
« Rends le moi, Scamander ! »

Mal calculé.
Bon, à une minute près…

« Mais reste pas là, ils n’ont pas besoin de nous voir ! »

Lily attrapa le bras de son Lorcan pour l’emmener dans l’embouchure du couloir dans lequel ils se trouvaient et laisser se faire l’apparition de l’autre Lily non loin de là. Le sol n’allait pas tarder à exploser sous la paume du garçon à quelques mètres, il fallait déguerpir en vitesse et elle ne voulait particulièrement pas laisser le temps à celui qui se trouvait à côté d’elle de réagir promptement. Ce n’était pas le moment pour se casser comme il en avait clairement annoncé l’intention une heure auparavant. Et qu’il ne tarda pas à dire une nouvelle fois dans l’écho des dalles entre deux cris d’Angela.
Le bruit alertant la meute comme auparavant, la petite rouquine profita que les deux autres Lily et Lorcan disparaissent au détour d’une allée pour sortir de leur cachette et se fondre dans la masse de curieux et d’hilares qui se délectaient du spectacle de la peste blondasse. Une des centaines de portes menant à la cour leur faisant face, ce fut le moment de courir quand un surveillant les interpela, pensant que l’émeute provenait de leurs bêtises imaginaires.

Enfin, imaginaires.
Tout était relatif.

(…)

« Bon. »

Ils étaient au beau milieu du parc de Poudlard, face à face, ayant échangés leurs rôles de grognon et de frustré. Les mains sur les hanches, Lily dégustait la tranquillité de cet endroit qu’elle aimait tant pendant sa scolarité. Ses cheveux maintenant libres, elle savourait la brise fraîche qui remplissait ses poumons et la revigorait d’un air nouveau. La nuit ne s’évaporait toujours pas mais l’heure était tout de même bien avancée, ce qui ne lui laissait que peu de temps pour le convaincre d’arriver à ces fins que d’autres désiraient. Car après tout, eux, n’avaient rien demandé.
Surtout pas une main arrachée.

« Je sais que ça te déplais, que ça t’ennuie, que ça te baratine et que tu t’en contrefiche de ce qu’il peut se passer dans ton futur, mais si on est là tous les deux, c’est pour une raison. Ton… espèce de toi adulte, nous l’a expliqué et je sais que ce que tu pourrais m’apprendre t’apporterais beaucoup à toi aussi. »

Son regard trahissait sa sincérité. Elle n’avait pas envie de se battre, pas envie de faire face à un borné qui ne voulait rien savoir, pas envie d’être venue sans aucune raison pour repartir sans rien de plus. Elle savait pertinemment qu’elle pouvait en apprendre. Ne cessait pas de croire au Lorcan, qu’il soit adulte, adolescent, enfant, fou ou sain, maladroit ou habile.

« Même si on se refuse de se le dire parce que tout nous oppose en cet instant, on est liés. Pas seulement par ces tatouages, ce ne sont que le reflet de ce que nous sommes ou pourrions être. Dans le futur, enfin, dans mon présent, ça m’est arrivé de ressentir ce que tu ressentais, ‘fin, ce que l’autre Lorcan ressentait mais bref, tu me comprends. – une pause lui permit de prendre une grande inspiration, sûre d’elle. – Je sais que tu ne sais rien, ajouta-t-elle dans un demi-sourire, mais je suis prête à passer trois heures à t’expliquer si tu acceptes de m’aider. »

Seul le silence des profondeurs du lac résonnait entre les deux jeunes gens.
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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Mer 2 Avr - 17:23

    Je suis l'Empereur, et dans ce fauteuil rouge, couronné de mon doute, souverain de mon incompréhension, je fixais le brouillard tangible des idées qui tourbillonnaient dans ma tête. Qu'aurait fait Lysander à ma place ? Qu'aurait fait Lorelei à ma place ? Un sourire calme vint se poser sur mes lèvres, comme l'écho à la réponse évidente qui s'imposait.

    Ce n'était pas les bonnes questions.
    Je savais que je n'avais pas à m'interroger sur le comment mes jumeaux se seraient sortis de ce mauvais pas, mais uniquement sur la manière dont moi, et moi seul allait résoudre ce problème. Parce que cela se savait ; Lorcan Scamander était l'être le plus égoïste de la tour du septième étage. Sourire plus insistant : s'enfoncer dans le rôle que l'on offrait aux autres nous transformait-il ? Voulais-je rester, pour toute ma vie, cet individu à l'attention égocentrique ? Mes yeux, comme des oiseaux de proie, fondirent sur le visage de Lily, quand elle m'offrit l'indice de ses mots. Oiseau de proie, n'est-ce pas ? Le monde devint bleu. Bleu comme ses yeux.

    Une prière, soupirée par cet agacement qu'elle ressentait à notre agacement, presque naturellement commun, en vue de nos enfantillages que je, sous toutes mes formes, lui imposaient. Pauvre elle. Pauvre moi. Pauvre nous. Je nous trouvais cependant absolument géniaux, car dans l'absurde de ces situations qui découlaient depuis cet instant de rencontre, tout correspondait à mes idéaux de l'aventure. Le jeu, l'excitation, la passion. Cette fille avait un avantage considérable. Elle me passionnait. Dans un conte de fée assez moderne, pour cette fille, j'avais décidé d'être tout à la fois le magicien cruel, le dragon qui surveille, et le chevalier qui court à la rescousse. Eyh. Ça me semblait être un bon plan. Une promesse, un peu immature, d'accord. Une promesse, que dans l'orage de ses yeux, dans l'univers de son regard avec lequel elle captura mon attention, elle me fit graver dans la tête, puisque devant la Directrice, elle nous fit abandonner la réalité de l'instant-prison.


    (…)

    « Bon. »

    Me laissant tomber dans l'herbe les fesses les premières, relevant vers elle un sylve remplit d'éclat moqueurs, mais laissant une once d'intérêt teinter ma pupille, je la fixais, cherchant à ne pas apparaître le moins du monde impressionné par sa posture digne de matrone sévère. Néanmoins, ses yeux bleus lançaient ces éclairs, non pas tueurs, mais paralysants, qui eurent le mérite de me faire me calmer. Comme une caresse, une appréciation à cette soudaine docilité de mon corps, le vent vint effleurer ma joue, subtilisant ce frisson surpris. Lily Luna Potter. Tâche de feu trop insistante dans ma rétine, univers bleu éclaboussant mes aquarelles mentales.

    Qu'étais-tu que je ne puisse être ?

    « Je sais que ça te déplais, que ça t’ennuie, que ça te baratine et que tu t’en contrefiche de ce qu’il peut se passer dans ton futur, mais si on est là tous les deux, c’est pour une raison. Ton… espèce de toi adulte, nous l’a expliqué et je sais que ce que tu pourrais m’apprendre t’apporterais beaucoup à toi aussi. »

    C'était vrai. J'avais protesté à l'idée qu'un futur puisse venir m'imposer mon présent. Libre, j'aimais faire ce qu'il me plaisait. Libre, j'aimais être fugace, insaisissable, surprenant, et bizarre. J'aimais ne pas être prévisible, j'aimais être unique. Peut-être pour tout un tas de raisons égoïstes, puériles, qui ne faisaient de moi qu'un sombre crétin arrogant, mais j'aimais cette manière que j'avais d'être. Je fuyais la mélancolie, je fuyais la normalité. Et ces cheveux oranges, ces yeux bleus, ils étaient forts de promesse, alors je ne voulais pas envisager l'idée de ne pas cheminer sur ce qu'ils m'offraient. Mais persistait cette idée, cette interrogation, qui prenait multiples formes, qui s'inspiraient sur plusieurs questions, sans jamais vraiment s'arrêter.

    Qu'est-ce que tu sais que je ne pourrais connaître ?

    Le ciel qui s'imbibait du jour à venir ciselait son profil, ses cheveux oranges embrassés par le vent. Doucement, dans mon esprit, les premières pièces du puzzle formèrent ce dessin assez coloré, assez détaillé pour que j'envisage fouiller le brouillard, pour que j'envisage plonger dans le noir. Pour découvrir, chercher l'envie de découvrir, et m'y intéresser complètement. Je laissais s'écouler le vent sur des mots qui glissèrent jusqu'à mon oreille, jusqu'à ma cognition, et si j'y attachais pourtant de l'importance, je ne réagis cependant pas immédiatement, quand bien même sa diatribe fut achevée sur une perche tendue. Peut-être que la saisir aurait été une bonne réaction. Peut-être avais-je d'ailleurs toute la soirée pour la saisir. Peut-être que je laissais filer ma chance. Mes épaules courbées sur une attitude contemplative, mon regard devenu fixe sur son visage, je fermais doucement les paupières, comme pour, avec résignation, abandonner des yeux ce qui m'interloquait le plus. Et, à mi-chemin, finalement changer d'avis ; ne pas fermer les yeux, abaisser simplement le regard, regarder l'herbe, dans le soupir de cette résignation dissipée, délaissée. Qu'avais-je à faire ? Beaucoup de chose, j'en avais déjà pris conscience, oui maman. Mais, je ne savais pas par où commencer. Désolé, papa. Lorelei, Lysander, vous avais-je déjà surpris, en vous disant « Je ne sais pas ? » lorsque ma réponse aurait du être tout autre. Un soupir, sourire, fugace.

    Je ne savais pas était un mensonge. Destiné à cacher la plus importante de ces questions qui me poussaient à ne pas dire « Je ne sais pas. » Cette question qui me donnait envie de savoir encore plus, de montrer, d'établir, de comprendre et de vouloir, pour offrir, posséder, sourire, contempler, admirer. Apprécier.

    Qui es-tu ?

    « Lily. »

    Finalement, je me relevais. La position debout, quoique gênante, un bref instant, en vue de ces centimètres traîtres, eut le mérite d'entraîner avec elle toute ma volonté, et glissant les doigts dans mes poches, un sourire fragile, presque timide, vint étirer mes lèvres.

    « Ce qu'il faut savoir en tout premier, c'est que je ne suis pas un professeur, et je ne connais rien à l'art de la pédagogie. Alors, je ne sais pas comment est-ce que je peux faire ça correctement, comment est-ce que je dois faire pour que ce soit efficace, simple, rapide. Je... » -essoufflement. Mes prunelles brillèrent. « Je vais dire, tu appliques, si ça ne marche pas, hurle un bon coup, on va s'engueuler, mais il faut absolument qu'on se tienne à cette idée d'équilibre, ok ? Imagine qu'on marche sur un fil. »

    Je m'avançais vers elle, réduisant l'écart qui nous séparait d'un pas et demi, venant frapper son front de ma phalange.

    « Et que sur ce fil, moi, j'ai constamment peur de tomber. Je vais juste essayer d'avancer, ok ? Un peu comme si tu étais à l'extrêmité, et, même si je ne sais pas dans quel sens je vais, même en considérant que je vais à reculons, ce sera autant à moi de faire des efforts pour te rejoindre que toi de m'accompagner, n'est-ce pas ? »

    Une seconde d'hésitation, de perdition, un semblant de souvenir, un non-dit jamais prononcé, pas encore dévoilé.

    « A un moment, dans ce qui va arriver, ce sera forcément à moi de chercher à te rattraper, même à reculons, même les yeux fermés. »

    Bon.
    Et comme pour appuyer mes dires, je vins plaquer mes doigts contre mes paupières, mais cette fois-ci dans l'optique de me concentrer. Car sous mes yeux, sous cette réalité, sous ma tête, dans mon cerveau, cette lente mise en route d'une respiration d'idée qui s'amorçait. Lentement, l'engrenage effiloché de transmettre, d'offrir, plutôt que de récupérer. L'inverse même de mes tuyaux, l'opposée de mes fondamentaux. Faire comprendre, plutôt que de mépriser. Comment allais-je effectuer cela ? Un sourire ironique déchira un éclair désespéré sur mon visage, le temps d'une seconde. Adulte, je devais être un sacré monstre, pour vouloir me pousser moi-même, enfant, à effectuer un exercice aussi compliqué que cela. Ou peut-être serais-je tout simplement dénué de limites. Mes propres limites seraient elles abaissées ? Mon sourire disparut, remplacé par une sereine tranquillité. Dans ma tête, les tuyauteries suintaient cette information qui évoluait dans l'ombre d'une cervelle qui la disséquait.

    « Bon. »

    J'abaissais mes mains, et laissais Madness affluer. Réaction presque chimique, automatisme de mon corps et de l'intérieur de ma tête : elle répondit immédiatement à l'appel. Echarpe de soie immatérielle venant enrouler mes doigts, mes poignets, elle se fit identique à un châle brumeux autour de mes mains, et je la laissais évoluer dans ses mouvements sporadiques, sans même chercher le regard de Lily.

    « Ce que veut Lorcan adulte, c'est que tu apprennes à maîtriser Madness, assez pour la verrouiller en toi, et peut-être même l'utiliser, n'est-ce pas ? Je crois que ça commence par la volonté. Le désir de vouloir, ou non. Un peu comme n'importe quel savoir, en fait. Si tu ne désires pas posséder une information, elle ne te sera jamais acquis. Tu peux le prendre à l'envers, et te dire qu'un savoir n'est réellement acquis que lorsqu'il est désiré. Concentre toi sur ce point là. »

    Dissipant la sublimation immatérielle noire qui voletait entre mes doigts, je vins croiser mes bras sur ma poitrine, hochant vaguement la tête.

    « Ensuite. Lily. Si j'ai bien compris, contrairement à moi, tu es forte. Nettement plus forte qu'une fille de ton âge, nettement plus forte que … qu'Angela, je crois. Ce n'est pas vraiment pour te lancer des fleurs, que je dis ça, tu sais... Juste qu'il faut qu'on soit en mesure de cerner tes points forts, pour ne pas ignorer tes lacunes. Moi, je suis beaucoup plus intelligent que toi, d'accord ? Pas de réplique, pas de moqueries, pas de sourire, je suis supérieur à beaucoup trop de gens pour qu'on puisse m'estimer normal. »

    Froncement de sourcil, crispation brève de la mâchoire, comme pour encaisser une réponse qui viendrait contredire. Je continuais, d'un œil un peu plus sombre.

    « Toi, tu es forte. Une force qui te permet de contenir toute cette puissance magique que tu possèdes, ou que tu veux posséder. »

    Une force si terrible que je n'avais pas de mot pour la définir, pour le moment. Et que je ne comptais que sur moi-même pour pouvoir en délimiter les résonances.

    « Une force qui est incroyable. Ça se sent. C'est comme vibrant autour de toi. En toi. Pas une force qu'on qualifie avec des muscles. Ni avec une capacité magique à pouvoir détruire un bâtiment avec un seul coup de baguette. Hm. Je ne sais pas trop comment définir ça, mais … Tu devrais en avoir conscience, non ? »

    Comme une note de musique. Grave, appuyée sur un piano. Comme mon majeur qui enfonce l'ivoire d'un clavier. Je tus l'idée.

    « Je crois que c'est le premier des points forts que tu as et que je discerne. Donc, tu as d'autres. Moi, j'allie mon intelligence, et ma souplesse. Souplesse, c'est un maître-mot. C'est un concept. Autant physique que mental ; avec cette souplesse, je peux me déplacer dans Madness comme un serpent, en ayant conscience de tous les reliefs. Est-ce que tu vois ce que je veux dire ? Il faut que tu trouves quels sont tes composants, et comment tu peux les allier entre eux. C'est un peu comme ... »

    Je plissais les yeux.

    « Un peu comme un combat Pokémon, tu connais ? Tu prends deux Pokémons, avec leurs attaques spécifiques : tu les allies, et ça te fait un combo plus efficace que si tu n'avais utilisé qu'un seul Pokémon. »

    J'entrouvrais mes mains.

    « On va commencer par un exercice simple. Donne moi ta baguette. »

    Et sans attendre vraiment de réponse, je m'emparais de l'artefact de bois, que je fis glisser entre mes doigts. Quoi que complètement différente à la mienne, j'appréciais néanmoins cette sensation de douceur et de chaleur que celle-ci dégageait. Une belle baguette. Une bonne baguette. Propre à sa maîtresse, non ? Je la tendais devant moi, vers Lily.

    « Visualise, remémore, souviens et absorbe tout ce que tu ressens de ce moment où tu la dégaines. Cet instant où tu la tiens en main. La magie que je vais t'apprendre, elle se pratique sans baguette, car elle demande l'utilisation et la compréhension des flux d'énergies qui nous entourent. Sache que la baguette est un catalyseur entre la perception du sorcier et ces énergies. Il ne les ressent pas tel quels, car la baguette effectue à sa place ce rôle là. Le sorcier ne cherche pas à comprendre, car la baguette, avec ses composants, et ses propriétés, le fait à sa place, et lui offre immédiatement le moyen d'utiliser ces énergies. Ressens cette sensation lorsque tu as ta baguette. Ignore le fait que tu vas lancer un sort, et que tu sais que tu vas le lancer parce que tu as ta baguette : concentre toi plutôt sur le fait que ce sort existe ; qu'il est comme accumulé dans ta baguette : programmé sous tes doigts, attendant l'instant où il va être délivré. Ressens. Imagine que tu as ta baguette en mains. Comprends la. Lance le sort. Et désarme moi. »

    Je reculais d'un pas, pointant sa baguette entre ses yeux.
    Bien trop bleus.
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Lily L. Potter

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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Ven 20 Juin - 16:30

HS:
 

Ce fut le déclenchement de tout.
La nudité absolue.
L’insécurité.

Il ne me laissa pas le temps d’esquiver que ma baguette se retrouvait déjà entre ses mains, trop maladroites, jouant délicatement avec l’artefact de bois en mimant la fausse souplesse de la matière entre ses doigts. Il était désagréable de savoir le concentré de sa puissance au pouvoir d’un autre. D’imaginer mais surtout de ressentir sa faiblesse décuplée. Etait-ce réellement le cas ? A ce qu’il me disait, non. Il ne s’agissait que d’une aide. Que d’une direction. Que du cerveau propre au sortilège. Si la baguette n’était pas complètement l’âme du sorcier plus encore que le cœur du sortilège, pourquoi la légende disait-elle qu’elle nous choisissait ? Que nous apportait-elle de plus que nous ignorerions ? Mes prunelles irritées de légère frustration se refusaient à quitter l’extrémité de ma baguette. Mes mains devinrent moites de tension, je croisais mes bras pour ne pas paraître idiote à ne savoir que faire de mes mouvements. Il m’enlevait mon bien le plus précieux, soit. Et ce n’était pas son discours qui arrangeait la situation tordue dans mon esprit un peu trop encombré.

Il tendait fermement la baguette droit devant lui, pointant l’entre deux de ses yeux. Il paraissait sûr. Sûr de lui, de son charisme et de sa pédagogie bien qu’il affirmait trois minutes auparavant qu’il était de loin l’un des plus mauvais professeurs qui puissent être. Quant à moi, je me refusais à seulement tenter de me concentrer, l’idée de sentir mon énergie ailleurs que dans ma main droite. Oui, comme la plupart du monde entier, j’étais droitière, sans trop d’originalité, ma force se concentrant de ce côté plutôt que de l’autre.
Ta gueule, on s’en fout.

« J’imaginais bien que je ne risquai pas de me servir de ma baguette, j’apprécierai seulement qu’elle reste dans la poche de mon jean et que tu utilises ta propre arme. »

Foutaises.
C’était comme parler à un mur.

Puisqu’il le fallait, après tout.
Je me résignais.

Visualise.
Je dégaine ma baguette, subis l’écorchure de mon index frottant sur une brindille rebelle, intensifie mon emprise et prends mes appuis.

Remémore.
J’oublie les compassions dont j’ai pu faire preuve. Amplifie mon orgueil et exagère ma colère. Les sentiments affluent par milliers mais je jouis intensément du bonheur de les maîtriser un à un. J’ai le sortilège qui me brûle les lèvres, tant de fois répété que je pourrais ne pas le prononcer.

Souviens.
Juste le désarmer. Simplement le désarmer. Lui retirer des mains ce qui m’appartient. Expédier plus loin ce qu’il ne doit pas avoir le loisir d’utiliser. L’image d’une extrémité entre mes deux yeux clos me saisit la mémoire, comme une claque. Je sais qu’il n’est pas loin. Qu’il m’observe. Qu’il se rapproche sûrement.

Absorbe.
C’était à moi. Peut-être que seul l’égoïsme parlait mais ce petit filament de bois échappé de sa poche de mon jean était à moi. Et tous les sentiments qui subjuguaient mon corps étaient reliés à ça.

J’ouvrais les yeux.
Je feignais l’indifférence pour ne pas trahir ma frustration de toujours constater ma baguette entre ces mains agaçantes. J’appréciais néanmoins qu’elle soit toujours là et non plus près de mon front comme j’avais pu l’imaginer quelques secondes plus tôt. Je réfléchissais à ce qui avait pu me contrarier au point de ne même pas sentir Madness réagir un tant soit peu en moi. Il me semblait avoir respecté chaque étape du processus qu’il m’avait indiqué. C’en était presque ridicule lorsqu’on pensait au fait que nous étions deux pauvres adolescents. La baguette est un catalyseur entre la perception du sorcier et ses énergies. Elle n’est donc que le tunnel entre la pensée et l’exécution.

Le bleu de mes yeux devait être plus vif qu’à l’ordinaire car la tombée de la nuit appauvrissant la lumière me brûlait la rétine. J’avais envie de pleurer mais mon corps oubliait de me fournir un tant soit peu de liquide lacrymal. Je séchais. Comme sous la menace d’une intrusion, Madness ne se cachait plus sur ma peau et laissait courir ses filaments sur mon bras. J’observais le phénomène se produire alors que, à peine une minute avant, je me trouvais en pleine réflexion et prête à un nouvel essai, plus sérieux. Je ne ressentais rien. Pas même sa colère ou sa joie de constater que je lui laissais carte blanche. Lentement. Elle allait irrémédiablement lentement et nous étions deux pauvres ignorants qui ne pouvions que regarder la noirceur prendre possession d’une parcelle de peau chaque seconde.

« Ah ! »

Je rejoignis mes mains dans un geste désespéré de souffrance, de chaque côté de mes tempes. La douleur était telle que je ne pouvais me résoudre à me redresser. L’espace d’un bref instant, elle me rongea les membranes – jouant à déchirer ma peau cellule par cellule - , le crâne – assommant comme des coups de marteau interminables là où elle pouvait percer mes os - , le cerveau – fouillant quelle partie pouvait bien recéler des choses intéressantes à savoir où à voir - et l’esprit – accomplissant sa soif d’informations en explorant les souvenirs, les émotions et sentiments qui m’avaient habité ou m’habitait à ce moment précis - avant de s’évanouir aussi vite, un barrage mental se dressant à mon insu mais à mon plus grand soulagement, me laissant à bout de souffle d’avoir tenté de lutter contre plus fort que moi.

« C’est toi ? »

Je le transperçais de ma colère. A son regard interloqué, il s’avérait que bien évidemment, ce n’était pas lui. Lorcan me dévisageait, comprenant sans comprendre. Vivement, je jetais un coup d’œil circulaire au parc nous entourant, jusqu’à longuement transpercé les arbres et feuilles verdoyantes de l’été s’approchant. Il était indéniable que nous étions seuls. Affreusement seuls.

« C’était… c’était comme si… comme si un legilimens était dans les parages. Je crois qu’on a voulu pénétrer mon esprit. Et que Madness s’avère être excellente occlumens. »

Juxtaposées, mes mains se différenciaient par leur couleur. Alors que mon bras tout entier paraissait bientôt se faire happer par l’entité, l’autre restait pur de ma blancheur naturelle. Ils étaient seuls, l’unique personne étant capable de faire une chose pareille était et pouvait être Lorcan. Qui d’autre qu’eux-mêmes, McGonagall maintenant hors d’état de nuire, le Lorcan adulte et Chess, dans une autre dimension, étaient en mesure de savoir leurs manigances ?
Je redressais mon visage vers lui. Ce n’était pas le Lorcan adulte que je connaissais. Même si c’était la représentation de son passé et que je me retrouvais moi-même en proie à des années en arrière de mon temps actuel, je ne le connaissais pas. Je ne savais rien de lui, de ce qu’il était avant, de ce qu’il pouvait être en ce moment-même et de ce dont il aspirait à être plus tard. Dans mon présent. Il n’y avait que l’intensité de son regard qui me poussait à accorder une confiance aveugle.

Je serrais mon poing droit.

« Expelliarmus. »

Mon murmure s’était fondu dans le pas que je franchis pour rejoindre sa hauteur. Ma baguette magique s’envola de ses mains mais je n’y prêtais pas attention, ne cherchait même pas à la récupérer. Je me concentrais sur lui. Lui seul. L’énergie d’un nouveau souffle s’était échappé lorsque j’avais prononcé le sortilège de désarmement sans me rendre compte que je n’avais même pas réfléchis pour l’exécuter sans ma propriété et que j’y étais parvenue. Ma dextre mimait la fermeté habituelle dont je faisais preuve pour tenir ma baguette mais elle y était invisible, perdue dans l’herbe du parc à quelques centimètres du duo. Le choc électrique de quatre prunelles s’imposa dans le silence désormais pesant qui entourait les deux adolescents. Pouvais-je lui accorder cette confiance identique que je me permettais d’accorder au Lorcan que je connaissais ?

« Comment pourrais-je être sûre de la personne que j’ai en face de moi ? »

Unique questionnement qui n’amenait qu’une unique preuve.
Je ne vacillais pas malgré l’enchaînement de preuves qui défilaient dans mon esprit, faisant preuve de ma paranoïa et de mon manque de tact. J’aurai pu le faire plus subtilement, tenter de le piéger, prêcher le faux pour obtenir le vrai, mais ça n’aurait fait qu’éveiller ses soupçons car il est irrémédiablement incroyablement intelligent. Si le Lorcan version adolescente qui se trouvait en face d’elle s’était avéré être une personne sûre, il aurait pris mon attitude comme une bizarrerie étrange et, comme nous partagions (du moins, dans mon présent), les mêmes paranoïas, ça ne m’aurait pas étonné qu’il réagisse de manière défensive, pensant à un traquenard.

Je partais trop loin.

Mais même si je commençais à me raviser dans mes pensées abusives, il ne fallait absolument pas que je baisse ma garde. Il me fallait une réponse. Une vraie réponse. Celle qui me permettrait de mettre un doigt sur le Lorcan d’aujourd’hui, sur ce qui l’avait poussé à devenir ce qu’il était, ce qui l’avait amené à prétendre au poste de psychiatre pour l’école de sorcellerie, Poudlard.

La nuit les plongeait dans une obscurité qui ne leur permettait que de se distinguer par, d’un côté, le reflet de prunelles verdoyantes et translucides et de l’autre, l’électricité d’un bleu trop intense.

Flashback.

Mes doigts relâchés, je relevais lentement le visage, observant la petite fille. Elle venait certainement d’entrer dans l’adolescence. Un sourire moqueur étira mes lèvres, tandis que je récupérais ma baguette, d’une main lente, posée sur le rebord de la fenêtre du compartiment. Elle, plantée devant la porte du compartiment, espérait certainement me bloquer ici jusqu’à l’arrivée des renforts. Et des secours. Mon choix se fit avec lenteur, avec passion et attention. Analysant mes chances, analysant mes erreurs, mes échappatoires, mes survies. Je rangeais ma baguette dans la poche arrière de mon pantalon, veillant à ne pas déclencher de panique chez l’autre. Qu’elle ait 13 ou 55 ans ne différenciait pas. Presque pas. Elle était humaine, j’étais animal. Et je risquais trop de choses à l’effrayer. Aussi placer une position de confiance dans la situation semblait nécessaire. Donc pas de baguette. Pas de menace. Juste moi, contre elle.

Flashback.

Il relâchait ses doigts. Ne fuyait pas mon regard, je ne pus déceler si un sourire étira ses lèvres. Il était lent, dans ses mouvements, dans ses pensées, peut-être prochainement dans ses paroles. Il ne feignait pas le moindre mouvement vers sa propre baguette, ne tentait pas de récupérer la mienne à porter de main. Faisait-il comme il le ferait quelques années plus tard, dans ce compartiment vide de sorciers et d’humains, tout simplement ?

« Pardon. »

Le même souffle que pour le désarmer traversa mes lèvres. Je commençais à être épuisée. Littéralement épuisée. Je me demandais encore comment mon corps pouvait me donner la force nécessaire pour rester debout.
L’énergie par contre, je savais que je l’avais. Cette fluctuation magique qui traversait mes veines bien avant ma naissance était bien présente. La preuve en était de ma baguette stationnaire à quelques centimètres de moi. J’observais mes mains, Madness ne quittait pas ma peau mais ne me voulait aucun mal. Au contraire, elle agissait comme protection. Elle me semblait du moins, agir comme bouclier. Nous n’avions pas respiré une seule fois depuis que j’étais arrivée dans ces années là que nous ne devrions jamais avoir partagé.
Me laissant aller à la clarté du croissant de lune, je m’allongeais dans l’herbe en ignorant la présence de Lorcan non loin de moi. J’avais repris possession de ma baguette sans néanmoins la tenir dans mes mains, ayant juste pris soin de m’étaler à ses côtés. La leçon pouvait bien attendre deux minutes, n’est-ce pas ? Je me sentirai bien plus productive en ayant détendu mes muscles et un peu moins sollicité mon imagination.

Je me muais dans mon silence en imaginant me perdre dans des prunelles bien trop brunes. Jacob, Jacob, qu’était-il devenu ? Oui, je me surprenais à ce qu’il me manque. Jusqu’à ce que ce vert trop familier me rejoigne.

« Ça fait un peu trop pour moi, là, tout de suite, accordes-moi deux minutes de répit, tu veux ? »

Je crois bien que je n’avais pas souri depuis un petit moment.
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Lorcan L. Scamander

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MessageSujet: Re: Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily   Sam 5 Juil - 10:00

HS:
 


Qui es-tu ?

Pas encore de réponse. Pas encore de souvenirs.

« J’imaginais bien que je ne risquai pas de me servir de ma baguette, j’apprécierai seulement qu’elle reste dans la poche de mon jean et que tu utilises ta propre arme. »

J'eus à peine un sourire ; juste pour lui montrer que j'avais entendu, et qu'elle connaissait déjà pleinement ma réponse. Parce qu'après-tout, je m'en doutais, nous nous connaissions, elle et moi. Comme un écho qui ne venait pas du passé. Comme un murmure que je n'avais encore jamais réellement écouté. Elle me connaissait un peu mieux que je ne la cernait, mais nous nous étions déjà tellement rencontrés. Alors je fermais mon corps, mon esprit, et je restais ce mur qui devait, pour le moment, lui faire face. Ce mur qu'elle avait à affronter, non pas comme un obstacle, mais peut-être, je l'espérais, le devinais, comme un miroir ou un tremplin. Ce serait ses choix, sa manière de s'éduquer, de répondre à ce que je lui renverrais, et la manière dont elle s'approprierait ce que je pourrais lui offrir. Que lui avais-je appris, adulte ? Que m'avait-elle enseigné ? Je maudissais la mémoire humaine, et un sourire mental vint découper mes idées. Lorcan Scamander, Sylvestre Lovegood, vous êtes un imbécile, parfois.

Sur la baguette, mes doigts, millimètres après millimètres, assurèrent leur emprise. J'avais cette sensation très distincte d'appuyer ma volonté sur ce qui ne m'appartenait pas. Et de l'imposer, rongeant l'intimité de la force matérielle. Contact de ma peau sur le bois mystérieux, je sentais les vibrations contradictoires d'une alchimie entre mes désirs et ceux de la baguette. Adorable et merveilleuse petite chose qui grondait dans ma tête, dans ma peau. Je n'étais pas à elle, et nous le savions tout autant qu'un artefact dénué d'autonomie intellectuelle puisse me le faire remarquer. J'en aurais presque ri. Presque. L'irritation et la sensation désagréable qui déferlait dans ma main me faisait m'appuyer sur l'idée que je n'étais pas encore assez doué. Pas encore assez caméléon. Je caressais, un murmure de ma peau, le bois, pour le faire taire dans ma tête. Pour le pousser à m'obéir.

J'inspirais.

Lily se résigna à accepter l'exercice, et alors je pus l'observer. Son corps se détendit, et elle devint cette silhouette dressée dans l'énergie du combat. Des mouvements réflexes s'établirent, décryptant les formules d'une construction de son être. Elle devenait cet arc à la pression exercée, profondément concentré dans la dévotion de l'acte à effectuer. En soi, une véritable machine à tuer. Elle exhalait cette force qui me poussait à craindre le vertige de ce qui déferlait d'elle. Dangereuse. Dangereusement forte. Quelque part dans ma tête, il y eut cette envie d'observer, de contempler totalement ce qu'elle avait d'absolu. Cette pression exercée qui hurlait cette longue plainte sourde et immatérielle, me faisant me sentir papillon de nuit attiré par la flamme. Les prunelles fendues dans la contemplation, la déception fut douce, et amère.

Silence, puisque soudain plus rien.
Presque plus rien. Il y avait eu trop de force et de concentration pour qu'il n'y ait plus rien. Mais je ne la regardait plus. J'écoutais. J'écoutais ce quelque chose dont je ne parvenais pas à déterminer la source. Une vibration grondante, qui s'élevait, profondément enfouie. Quelque part. Ailleurs. Où cela ? Ma main s'abaissa doucement, mon regard survolait les ombres. Où ? Cela montait, comme un ennemi qui se tapit dans l'ombre et abat son aura tueur sur une proie qui se sait déjà perdue. Mon sang bouillonna, et je laissais se délivrer Madness.

Le monstre tapi dans l'ombre devint une proie à trouver. Sans la moindre exposition sur ma peau ou sur mon corps, Madness dévorait mon esprit, remplissant chaque pore de ma peau à la manière d'une pieuvre immatérielle déployant ses tentacules invisibles, immatérielles, autour de moi. Dans une recherche avide, fébrile. Que cherchais-je ? Les vibrations résonnaient dans ma tête, et un frisson courut sur ma peau. Que cherchais-je ? Lily cria. J'arrachais mes yeux au monde pour les poser sur elle et sa posture blessée. Mais je ne bougeais pas. Je me sentais totalement incapable d'effectuer le moindre mouvement. Et surtout pour l'approcher. Dans ma tête, les murmures impétueux de la Folie me hurlaient de reculer loin d'elle. De m'éloigner et de ne surtout pas la toucher. Dans ma poitrine, mon cœur frappait mon désir dévorant de m'approcher, et de la regarder. De la regarder complètement. Mon souffle se cassa.

« C’est toi ? »

Les mots ne trouvèrent pas leur modulation, et je gardais le silence, Madness étirant mon envie de fuir et de détruire à la fois.

« C’était… c’était comme si… comme si un legilimens était dans les parages. Je crois qu’on a voulu pénétrer mon esprit. Et que Madness s’avère être excellente occlumens. »

Je ne répondais pas, plongeant mon regard sur les environs du Parc. Le vent soufflait sa présence sempiternelle, dans une plainte de désolation languissante. Pas même un chat n'était visible. Juste les ombres et le vide saisissant. J'inspirais, mon esprit glacé dans la contemplation dévorante de ce néant effrayant. Qu'est-ce qui se.

« Expelliarmus. »

La baguette sauta hors de mon poing, me désarmant immédiatement. Alors ce fut encore plus vide, encore plus froid, et le monde me parut être un exubérant abattoir dans lequel j'étais l'agneau. S'éleva de ma gorge un feulement qui ne vit jamais le jour quand je captais le regard que posais maintenant sur moi la Potter. Une sensation brusque d'être devenu le loup, avec des crocs et des babines tâchées d'une faute qui ne m'appartenait pas. Quelle sorte de situation venait de se mettre en place ? Dans ma tête, le silence s'était fait, mais mes os vibraient de cette angoisse qui nourrissait maintenant mes peurs. Qu'est-ce qui se passait ? Qui es-tu ? Je hurlais en silence la question que je voulais opposer à ses yeux diablement trop bleus. Je me sentais transpercés par une culpabilité qui ne m'appartenait pas, et que je refusais de m'approprier. Je n'avais rien.  ...
Rien fait.
Je le pensais.
Je n'en étais soudainement plus sûr.

« Comment pourrais-je être sûre de la personne que j’ai en face de moi ? »

Et ça, c'était confondant de paranoïa. Mon souffle cassé en cette fêlure de respiration se fit indicible, inexistant, et affaiblie par mon angoisse, Madness se rétracta dans ma tête, ne conservant son emprise que dans ma poitrine, vivace et alerte comme un reptile nageant dans des eaux troubles. Je nageais dans des eaux troubles. Elle tenait sa baguette, et j'évaluais dans ces yeux-là une menace qui n'était pas des moindres. Mais il fallait que je me calme avant que je ne la calme elle, sinon, je n'étais plus tout à fait sûr de ce à quoi je pourrais répondre ensuite. Régulation fébrile de mon rythme cardiaque, je plissais mes yeux.

Il y avait cette fureur qui ne demandait qu'à naître.
Il y avait cette fureur que je cherchais intensément à calmer.
Elle m'effrayait au plus haut point, maintenant.

Et cette prise de conscience me fit sourire, et sourire me fit me calmer. Tempête atténuée en un souffle de vent tranquille, l'océan redevint plat et glacé. Je gardais mon regard enfoncé dans le sien, prêt à traquer la moindre promesse dangereuse, pour y répondre par la même violence. Mon esprit se concentrait sur une tentative de compréhension de ce qui venait d'avoir lieu. Elle s'excusa, d'un mot, et je lui balançais ce sourire, sans même parvenir à y accorder extrêmement d'attention. Elle était un fauve, j'étais de la dentelle.

Dentelle de Folie.
Qui es-tu ?

Mes prunelles accrochèrent sa peau tâchée par Madness, et doucement, j'activais ma propre Folie à un long déploiement de ses capacités. Elle était à quelques mètres de loin, et pour le moment, je ne la rejoindrais pas. Pas encore.

Debout, dans la nuit, Madness venant recouvrir ma peau, complètement, je me fis aussi sombre que le ciel, ne conservant que le vert de mon identité pour la regarder. La question se répétait mille fois, en boucle, dans ma tête. Qui es-tu. Qui es-tu. Qui es-tu. Les veines bleutées sous le derme de jais, les mèches pâles flirtant avec mes cils, je projetais mon attention à la nuit entière. Que s'était-il passé ? D'où provenaient les vibrations ? D'où hurlait ce murmure qui avait envahi ma tête ? Qu'est-ce que Madness n'avait pu bloquer ? Je fermais les yeux, sous la prunelle lunaire.
Je connaissais la réponse aux questions, et le « Qui es-tu » me permettait de ne pas poser ce prénom sur mes lèvres. Mes yeux se rouvrirent, et Lily allongée sur le sol devint le centre de l'univers. Madness se résorba, et je posais sur elle ce regard devenu mélancolique. Qui es-tu, enfant de mon futur ?

Je la rejoins en silence, et ses yeux rencontrèrent les miens, très brièvement, assez pour me reconnaître. J'en eu presque mal.

« Ça fait un peu trop pour moi, là, tout de suite, accordes-moi deux minutes de répit, tu veux ? »

Deux minutes. Pourquoi seulement deux minutes, faillis-je demander. Mais je savais ma voix trop peu assurée pour appuyer un sourire que je ne saurais plus étirer. A demi agenouillé au sol, près d'elle, je laissais mes souvenirs se perdre sur les visions, imaginées, d'une pyramide en feu, et de déesses égyptiennes qui pleuraient. Des cheveux blonds, emmêlés dans le sang, tâchés par des reflets de flammes. L'image me fit frissonner.

Alors, doucement, je vins poser ma phalange sur sa joue, et y effleurais la courbe de sa mâchoire, dans une caresse trop légère, trop éphémère.  Assez lourde pour résonner dans mon âme. Et faire tituber mon esprit.

Le silence dans ma tête avait remplacé le feu, et je me redressais lentement, les yeux tâchés par la contemplation un peu trop profonde de ses cheveux.

« Va dormir, Lily. »

J'avais tellement envie de crier. Ma voix avait été murmure.
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Le noeud coulant de tes sentiments. - Lily

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