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 Lorcan Hatefull Chess

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Lorcan « Chess » Hatefull

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Messages : 110
Date d'inscription : 16/01/2013
Age : 23
Localisation : Où est Chess?

Carte Chocogrenouille
Âge du personnage: 60 ans
Double-compte: L/L L. Scamander
Travail/Etudes: Etudes à Poudlard, Diplômes et brevets d'égyptologue.

MessageSujet: Il n'y a, entre le chat et le psychopathe, aucune différence. Tous les deux n'aspirent qu'à satisfaire leurs désirs personnels. (UC)   Mer 16 Jan - 2:40


Chess.
Invented, but still the Queen.


© Vesper

© Vesper

© Vesper





Le personnage

Nom : Hatefull ; Prénom Chess Lorcan ; Âge : 59 ans ; Date de naissance: 11 aout 1963 ; Métier : Information inconnue à ce jour ; Ancienne maison : Une maison de lions, de chatons, de griffes et de ronronnement ; Pureté de sang Suffisamment rouge, suffisamment pure pour qu'aucun pro-voldemort n'ait jamais à douter de sa lignée égyptienne. Il est pur, mais ne le revendique pas. A ses yeux, cela n'a absolument aucune importance. Ni pour lui, ni pour les autres.; Baguette magique: 31, 5 cm, papyrus, crins de sphinx.


Physique :
(...)



23:54

Comme une main mutine, le vent s'engouffrait par l'interstice d'une fenêtre ouverte. Le métro vibrait, suivant son habituel parcours en fonction de ses rails, en dépit de l'heure nocturne. L'énorme horloge qui s'épinglait sur un mur, et dont le cadran était éclairé par les néons électriques du quai annonçait 23:54.
23:54h à Paris, dans les stations souterraines du métro, à l'heure où, habituellement, grouillaient entre ces murs verdâtres une masse humaine et en retard à la maison. Des hommes et des femmes, qui silencieux, fixaient droit devant, contemplant la rive opposée, sans jamais imaginer qu'un pont puisse relier les quais entre eux. Ils s'observaient toujours platement, et les yeux embués par la fatigue qu'avait imposé leur journée de travail à leur corps, ils attendaient, dans une masse expirante, que le monstre-chenille apparaisse. Il apparaisse toujours, qu'il soit en retard ou non. Qu'il ait dix ou vingt minutes de retard, jamais ne manquait ce soupir de soulagement quand ils montaient finalement tous dans le métro. Dans des claquements de doigts sur les portières qui s'ouvraient en grinçant, et la poignée qui heurtait bruyamment le port métallique, ils pénétraient dans le tube de plastique et d'acier, pour s'abandonner au confort du retour à la maison.
Ce soir, il n'y avait personne dans le métro.
Personne pour constater de cette singulière absence, de ce lourd silence, de cette sensation de manque. Ni français ni étrangers, ni hommes ni femmes, il n'y avait personne sous terre, personne sur les quais. Ce soir, le métro était une chose qui rampait dans ses boyaux souterrains, sans personne à transporter.

(...)


23 : 57.


Maintenant, une fine particule de glace avait gelée l'interstice, et la vitre entrouverte laissait glisser dans la rame une brise mordante, à la fraîcheur insupportable. Dans un automatisme obligatoire, - y avait t-il seulement un conducteur ou était-ce automatisé ?-, le métro se stoppa à une station de plus. Une station tout aussi déserte de ce monde quotidien, une station à laquelle une ampoule abîmée persistait à grésiller, projetant son éclat par à-coup. Il n'y avait personne. Absolument personne.
Alors je sortais de l'ombre, et dans un boitillement misérable, me rendit jusqu'à la portière métallique, que d'une main arachnéenne, j'ouvris sans un bruit. Il n'y eut ni claquement ni grincement, et dans l'illusion d'être réel, je pénétrais dans la rame de métro. Une vibration ondula au sol, sous le plancher de plastique calfeutré, et dans ce petit sifflement automatique, le métro se remit en marche. 23:58.
Mon corps tomba en arrière, j'attéris sur un siège. Dans une vague prise de conscience, j'en notais les éclats gris-vert, qui recouvraient le reste de ce mini-paysage. Les lumières au dessus de moi projetant des éclats blanchâtres, je savais la réalité déformée par le mystère de la nuit, et de la modernité qui ne se comprend pas. Le métro avançait, les bruits de métal et de rail se succédaient, et j'étais là. J'étais simplement là, uniquement moi, à fixer une barre en inox, devant moi. Avec de la volonté, je me serais mis debout, et j'aurais empoigné cette barre, pour qu'elle soit le support à mon observation, à ma contemplation. Mais il était tard, et je ne parvenais plus à faire preuve de volonté. Je n'y arrivais plus, et mes mains, plaquées contre mon ventre, étaient déjà occupées à retenir le sang que je perdais.
Dans un sourire vicieux, moqueur, et colérique, un sourire oscillant entre le rictus et la grimace de haine, je me soufflais ces mots de fureur. Des murmures qui me permettaient d'occuper mes lèvres, et de me donner l'impression que je ne perdais pas pied : rester concentré sur quelque chose d'aussi élémentaire que la parole m'évitait de me perdre moi-même. Et ce soir, j'avais du chemin à faire.

(…)

00:01

Yeux bleus.
Ce reflet dans la vitre à côté de moi me projetait un regard né par deux yeux bleus. Des yeux bleus que je connaissais depuis tellement longtemps... J'en connaissais la forme, la texture, les hésitations et les frémissements de paupières pour avoir, plus d'un millier de fois, caressé le contour avec la mine d'un eye-liner, et recourbé les cils avec du mascara. Ce mascara. Ce que j'avais tellement longtemps considéré et appelé « l'arme hérisson », par crainte de la voir perforer mes prunelles. Mais jamais cela n'était arrivé, et bien souvent, les dégâts s'étaient contenté d'être des traces hésitantes et peu esthétiques sous les yeux. S'en suivait alors des rouspétances, et du coton enduit de démaquillant. Fragiles instants de colère et de joie, devant le miroir. Oui. Ces yeux bleus, je les connaissais par cœur. Un peu comme ce visage qu'on avait comparé de porcelaine, qu'on avait dit de petite fille, qu'on avait tant admiré et enjolivé. Ce visage que je trouvais laid, laid à en pleurer. Laid à le déchirer, à le lacérer. Mais il convenait au monde, il convenait aux gens, et par lui, j'étais beau, j'étais si élégant, si séduisant. Un visage. Un simple visage, qui était le mien, dont je ne supportais ni les courbes ni les angles, ni les pommettes ni les expressions. Mon visage, que je connaissais, qui m'appartenait, et qui aujourd'hui, n'était rien de plus que cela. Mon visage.
Je préférais nettement mes cheveux. Si blonds, si longs, si merveilleux à tordre et à tirer. Des cheveux à tresser et à ébouriffer. Des cheveux que je pouvais emmêler et qui me faisait hurler de douleur lorsque je m'armais ensuite d'une brosse. Ces cheveux dont toutes les filles rêvent en secret, ces cheveux qui les horripilent, parce qu'ils ne peuvent appartenir qu'à moi. Et puis avouons-le, ils iraient très mal sur quelqu'un d'autre. Huhu. J'aimais ces cheveux pour la résistance qu'ils m'offraient. Pour leur blondeur désincarnée, pour ses boucles frivoles et aléatoire, ou ses lisseurs tellement éphémères. Pour leur texture si sèche entre mes doigts, si douce entre ceux de mes amants. Dans le vent, les mèches blondes devenaient si légères, et dans le lit, elles étaient si lourdes contre mes joues, et ma nuque. Un véritable à eux-mêmes, mes cheveux étaient une entité qu'il me plaisait d'admirer chaque jour, car ils constituaient en un spectacle toujours différent. Un sourire glissa sur mes lèvres.
J'aimais mes mains. Mes doigts, qui parfois étaient parfaits, et le lendemain absolument laids en vue de leur maigreur. Mais j'aimais cette force qui coulaient dans les phalanges, et l'élasticité de ces tendons qui roulaient sous ma peau. J'aimais la souplesse de mes tendons, et la violence de mes ongles. Je pouvais facilement peindre ceci, en prendre soin, ou bien les massacrer en m'amusant à griffer un mur de béton. Ils poussaient plus vite que la plupart des humains, et je jouais de ce qu'ils pouvaient transmettre, lorsque peinturluré d'un jaune vif, je dédaignais un snob aristo par un doigt d'honneur mettant en valeur mon talent d'esthéticien. J'aimais mon corps. Un corps fin, anguleux, que certains avaient qualifié de rachitique. Squelettique était un adjectif à posséder lorsqu'on avait envie de se tourner vers le mannequinat. Cela n'avait jamais été ma vocation, mais on me l'avait souvent fait remarquer, et je savais qu'avec mes quarante et quelques kilos, il aurait été facile pour moi de percer. Je crois que j'avais laissé cela à mon doppel-gänger, par souci de galanterie. Mon public, mes photographes, mes agents de mode, moi, je les avais trouvé dans mon lit, dans ma bouche, sous mes lèvres. Jamais ailleurs. Mon corps attirait, fascinait, et parce que j'étais maigre et que je ressemblais à une femme, on m'avait trouvé beau. L'esthétisme humain de ma décadente génétique. J'en étais fier, quelque part. Fier, car ce corps avait fait de moi autre chose que le morceau de viande que je me destinais à devenir. J'étais fier de ce corps. Fier de ces yeux bleus. Fier de ce sang rouge qui coulait entre mes doigts comprimant mes viscères. Oui. J'étais fier.


Caractère :
00:07

La douleur commençait maintenant à m'anesthésier. Petit à petit, je sentais mon visage abandonner les crispations d'un masque de douleur, pour devenir simplement une surface détendue de chair et d'absence de sentiments. Je ressentais cette douleur comme l'on pouvait entendre un marteau piqueur au coin d'une rue. Il était là, mais on ne pouvait rien faire qu'accepter sa présence et attendre qu'il cesse. Même s'il ne cessait jamais vraiment.
J'observais mes vêtements si chics, choisis avec tellement de soin. J'avais pris un pantalon ample aux cuisses, léger et confortable, serré à la taille, qui de toute la journée, m'avait offert une aise notable dans mes déplacements et mouvements. Pour le haut, une simple chemise au velours froissé sous mes doigts, sous le vent, sous les hurlements de la ville et de la journée. Une journée simple. Je m'étais même attaché les cheveux, pour une fois. Un chignon serré, ne laissant dépasser aucune mèche. J'avais été absolument parfait dans le rôle que je m'étais imposé en me levant ce matin ; décidant d'être sage aux yeux de la société. Je m'étais baladé, j'avais été calme, et les regards qu'on avait retourné sur mon passage n'étaient pas dus à mon comportement, mais uniquement à l'apparence de mon corps, de ma silhouette. J'avais réussi à être totalement neutre, totalement calme. Une jolie image qui s'était glissé, en coup de vent, sur les trottoirs de la capitale française, une journée durant. Me voilà bien récompensé pour ma bonne attitude, songeais-je, amère, en comprimant un peu plus mes doigts, dans un réflexe inutile. Voilà les hommes, Lestat, voilà le monde. Voilà ma souffrance.
Je me mis à rire, et mes rires résonnèrent.
Explosant dans la rame avec un timbre moqueur et ravi, je m'abandonnais en un instant à l'hilarité de Chess. Chess. Ce Chess. Ce Chess si magnifique, si profond, si tellement moi et tellement étranger. Tellement ailleurs, et tellement partout. Il était ce sang qui coulait de mes plaies, il était cet air que j'aspirais. Il était moi, parce que je l'ordonnais, il était moi, et je le désirais. Ses désirs, ses soupirs, ses câlins, ses colères, ses hurlements et ses tueries. Ce Chess. Ce Sourire. Ce Rire. Cette divinité apothéose et diabolique, cette immatérialité, ce renoncement à la nature humaine. Ces pièces et ces échiquiers. Oui. Absolument moi. Moi. Rien que moi. Juste la grandeur et la profondeur de mon âme, qui de tout mon cœur, me réjouissait de mon égocentrisme. Qu'importait, en cet instant, la vie des autres, quand extasié, je savais que j'existais ? Connard d'arrogant ? Hah. Je m'en fous. Je vivais. Crevez, vivez, vos vies n'étaient pour moi que ces continuelles répétitions : naître, bouffer, déféquer, pisser, manger, bouffer, déféquer, baiser, bouffer... Vous étiez des cercles. Uniquement des cercles. Ma vie valait plus. Car elle était à moi.
Oui, en cet instant, dans le métro, je crois que rien n'avait plus de valeur à mes yeux que cette existence qui était la mienne, le fait de savoir que j'étais vivant, que mon ventre était déchiré, et que le sang commençait à tâcher le siège.
Mes rires cessèrent doucement.
Ingrat. Ils avaient dit ingrat, quand j'avais osé prétendre que ma vie valait « plus que la leur ». J'avais rajouté « ignorant », en découvrant à quel point j'étais loin de la vérité en affirmant une pareille calomnie. Aucune vie ne vaut plus qu'une autre. Aucune vie ne vaut moins qu'une autre. Un enfant qui naît peut tuer sa mère. Je ne m'apitoie, dans ces cas là, ni sur l'un ni sur l'autre. Je considère simplement qu'un échange a été fait, et c'est tout. Qu'ils chialent, je m'en branle.
Je suis insensible.
J'aime ces sentiments qui traversent mon corps quand je dissèquent un corps mort, qu'il soit humain ou animal. J'aime ressentir la chaleur des peaux qui s'embrasent quand je fais l'amour, et j'aime gifler autant qu'on me gifle. Je suis passionné.
Qu'on se le dise, clairement ; mes psys ont soulevés ma psychopathologie de nombreuses fois ; presque autant que mes séances entières. Je rentrais dans un bureau pour en ressortir toujours plus étiqueté. Que je sois enfant, adolescent ou jeune adulte, tant que mes parents veillaient sur moi, j'étais cet être qui nécessitait, selon eux, un accompagnement psychiatrique. À leurs yeux, j'étais merveilleux, et de ce fait, je ne méritais pas la souffrance mentale : les docteurs et psychiatres étaient supposés être une aide. Je ne l'ai jamais vu de cet œil, mais je ne l'ai jamais considéré non plus comme un fardeau ou une honte. J'aimais que l'on m'écoute, j'aimais que l'on m'observe, et que l'on cherche à deviner qui j'étais. Même si toujours, et à jamais, je n'ai cessé d'être autre chose. Je crois que j'aimais que l'on me fasse passer toutes sortes de test : car ils essayaient, dans leur orgueil de diplômés, de comprendre ce qui ne pouvait se comprendre à échelle humaine. Je ne suis pas Dieu, mais je ne suis pas humain non plus. Ou alors peut-être que je suis une sorte d'aryen. Une race surelevée, solitaire, stérile. Mais supérieure. Une fierté sans limite, une arrogance frôlant l'innaceptable, qui marqua souvent mon corps par des bleus véhéments, ou explosèrent mes lèvres par des coups de poings furieux. Je n'avais jamais baissé les yeux, et on avait détesté cela.
Un peu comme ce soir. J'avais décidé de ne pas pencher la tête et m'humilier. J'avais décidé de continuer à être ce que j'étais toujours, et même, j'avais décidé d'être poli. Les imbéciles. Un coup de poing que j'avais vu venir, que j'avais cru être capable d'éviter par un effacement d'épaule. Ils étaient trois, et j'aurais bien pu les réduire à l'état de larves masculines. Mais je crois que mon surplus d'orgueil m'avait empêché de faire cas d'un minimum de prudence. Et lorsque l'un d'eux avait constaté que le coup de poing m'avait coupé le souffle, ils avaient sortis un revolver, et avait posé le canon près de mon ventre. J'avais fantasmé, en hurlant dans la nuit cette douleur à laquelle j'aspirais, que je voyais exploser dans le ciel des utérus sanglants. Ils avaient fuis en courant, en emportant avec eux le parfum de la peur. Je les effrayais, même à genoux dans le sang. Je les effrayais, parce que je souriais. Toujours. Parce que j'étais Chess.


L'Histoire
או איך מתתי, כי רציתי לשחק את הטמבל.
Ou comment je suis mort, parce que j'ai voulu jouer au con.*

1: 33

Le métro s'était arrêté, et j'étais descendu, pantelant. Dans une faiblesse misérable, j'avais traîné mon corps jusqu'à la surface, comme un noyé à la recherche d'oxygène. Un oxygène que j'avais un peu plus perdu, en constatant qu'il n'y avait personne nulle part. Paris était vide. Il était vide dès l'instant où ces trois jeunes m'avaient agressés. J'eus un sourire, en chancelant jusqu'à un réverbère. Quel con. Quel con je faisais. J'aurais du me rendre compte plus vite de ma folie, et j'aurais du comprendre plus vite pourquoi tout était si silencieux. J'aurais du me rendre compte à quel point mon corps avait perdu l'habitude de mourir et à quel point la douleur était quelque chose qui m'était devenu inconnu. Je m'étonnais par mon inconscience, et cela me donna envie de rire. Mais je me taisais, et continuais à marcher le long des murs de ce Paris vide et silencieux.

(…)

2: 56

Le pont était couvert, et réservé uniquement aux piétons et cycliste, sur ses rebords. Entre les deux, il y avait une ligne de TGV, protégée par de hautes barrières, qu'il aurait fallut couper pour franchir. Je m'asseyais sur le rebord de pierre, songeant que dans cet instant, il n'y aurait personne pour me reprocher d'étendre ainsi mes jambes : il n'y aurait ni piéton ni vélos. J'étais absolument seul dans ce périphérique à Paris. Car je le savais, maintenant ; j'imaginais tout cela, et ce n'était pas vraiment réel. Je me demandais ce qu'il advenait de mon corps. Est-ce qu'ils m'avaient tués, ces imbéciles ? Est-ce que je gisais, dans une mare de sang, avec mes cheveux défaits ? Est-ce qu'on m'emmenait à l'hôpital, et mon cerveau déconnecté, j'imaginais ce Paris vide de monde ? Cela me semblait plausible. Logique. Rationnel à ce que je connaissais. Je n'avais ni à craindre ni à attendre. Je devais simplement vivre. Et espérer, peut-être, que la douleur de la blessure disparaitrait. LE frisson d'un éclat de rire secoua mon ventre, et mon index et mon majeur s'enfoncèrent brutalement dans quelque chose de mou, quelque chose qui se rétracta. Je me sentis tout chose, brusquement, et les lèvres entrouvertes sur un souffle figé, je restais immobile, à retirer doucement mes doigts.
Est-ce que j'étais mort ?


(…)

3:12

J'avais soulevé mon haut, et j'avais posé les yeux sur une plaie qui déchirait ma peau, dans une cicatrice étoilée. La déflagration avait abimée la peau, et noircie le derme. Mais plus important, peut-être, la balle était restée nichée à l'intérieur des organes internes, et je jouais maintenant à pousser sur le petit morceau de plomb, défiant la douleur, mes dents refermées sur ma langue ensanglantée, tandis que je me livrais à mes petits jeux masochistes. La balle avait déchiré une bonne partie de l'intestin grêle, mais je ne m'inquiétais pas des dégâts occasionnés sur mon corps. Je m'inquiétais de la douleur. Je ne comprenais pas pourquoi une chose aussi petite, aussi noire, aussi pleine de ma chair et de mon sang me faisait aussi mal. Pas que c'était une chose mauvaise ; puisque je triquais littéralement devant la sensation. Mais je ne parvenais pas à créer une logique à partir de cela, et j'hésitais entre être horripilé ou simplement surpris. Mais la surprise ne me convenait certainement pas. J'étais intimement persuadé d'être intelligent, et je ne pouvais rester surpris de quelque chose très longtemps. Je crois que je voulais simplement être la victime de mon propre organisme, ce soir. Simplement subir une douleur délicieuse, en évitant de trop rire ou gémir. Vraiment...

« ...רטוט »

Connard, en hébreu. Cette langue que j'utilisais dans ma tête. Cette langue de ma naissance, qui avait accueilli mes jours avec le soleil de l'Egypte, avec le feu de ses sables. J'eus un bref sourire. L'Egypte. Je m'y rendais moins, ces temps-ci. Et jamais ce pays ne m'avait paru plus inaccessible qu'en cet instant. Pourtant... il était lié à moi comme j'étais lié à lui. Il était mon corps, mon sang, j'étais son âme. Son âme la plus farouche, la plus sauvage, la plus pharaonique, peut-être. J'étais la descendance d'une religion oubliée, d'une civilisation gravée sur les murs. J'étais Lorcan Chess Hatefull, et j'étais égyptien.


(…)

Chapitre un : Egypte. 0 : 10 ans


Comment aurais-je pu aimer l'Angleterre ? Ce pays que je voyais se dessiner dans mon imaginaire comme un amas flottant, humide et bouillonné par un brouillard opaque. Une île grise et verte, grouillante de ces gentlemens et ladys, obnubilés par les mariages de leurs princes et princesses, délaissant le monde, persuadés de valoir, par leur couronne, le double du restant humain. Ces Anglais, des êtres snobs et hautains qui avaient déposés dans mon esprit fécond des semences perfides à leurs égards. Je ne pouvais supporter d'eux que leur nature humaine, car comme mon peuple, ils étaient enfants de la création originale. S'ils se fourvoyaient, cependant, persuadés de descendre d'une certaine intervention paternelle ; un dieu, le père, le saint esprit et le fils, dans leurs croyances chretiennes, je pardonnais leurs pêchés en balayant du revers de la main, de par cette miséricorde me définissant.

Pour moi, toute chose était sous le règne de Ré, le dieu faucon. J'étais Egyptien, né dix ans plus tôt, près du Caire. Et il était irréfutable que ma vision du monde, dès ma naissance, soit des plus parfaites.
Mes parents n'avaient jamais côtoyés d'école magique, et avaient grandis avec leurs dons spécifiques sans jamais posséder de baguette. Ils avaient inculqués à mon éducation cette persuasion que tout était la cause des faveurs que nous offraient les dieux. Nous étions leurs créatures, et si nous leurs plaisions, dès la naissance, ils nous faisaient cadeaux de certaines bienséances. Que ce soit physique ou moral, chaque être humain se voyait attribué d'une unicité totale. Ma mère, en plus d'être « sorcière », comme l'auraient dit ces perfides Anglais, avait la beauté. Mon père possédait l'intelligence. Ma mère était égyptienne de sang, mon père ne l'était que de terre. Il possédait cette peau blanche et ces yeux clairs qui créait la discrimination. Cela ne l'empêcha aucunement de se faire respecter, puisqu'adoptant pleinement une mentalité égyptienne : il en devint littéralement un, de ce fait. Surtout avec la rencontre à ma mère.

Ils se connurent près des pyramides, de ceux qui, autrefois, furent les souverains sacrés de l'Egypte ; les pharaons morts veillaient, et mes parents conclurent leur union sous les pyramides. Je naquis près du Nil, dans un climat habitué au sable et à la morsure du vent. Comme mon père, j'eus la peau blanche, les cheveux blonds et les yeux clairs. Mais rien dans ma tête ou aux yeux des autres ne me différenciaient de mes amis noirs, ou métis. Comme eux, nu, je courais sur le sable. Comme eux, moqueur, j'allais pisser près des dromadaires. Comme eux, nous suivîmes les voyages nomades ; comme eux, j'étais égyptien. On m'avait laissé entendre, dès que je fus en âge de raisonner, que j'étais un enfant-dieu. Un individu privilégié par les bontés des entités originelles. En effet, je faisais se déplacer des volutes de sable par ma simple volonté, ou effrayais les dromadaires en leur sifflant aux oreilles des mots qu'un humain n'aurait jamais du savoir prononcer. Personne ne s'inquiétait de mes talents ; au contraire, j'étais exhaustivement accompagné dans mes démarches magiques, et rien ni personne n'était plus amusé que mes petits camarades lorsqu'ils me voyaient jouer à sculpter le sable. Je ne connaissais, ni moi, ni mes parents, le terme de Moldu. Le fait que ni mon père ni ma mère ne possèdent de baguette joua certainement un rôle important ; le résultat est que jamais le Ministère ne nous contacta pour abus de magie. Nous n'étions pas des magiciens, dans notre tête, nous étions des humains comme les autres. Mais des humains qui avaient un certain talent. J'atteins rapidement l'âge de dix ans ; un moment de ma vie où je me prenais pour le roi du monde. Mes camarades, dont un petit Noir terriblement séducteur, m'avait fait relevé un défi, pour épater une jeune musulmane, inconnue à notre tribu ; je devais pénétrer une pyramide, et en ramener un souvenir. Je scellais rapidement mon destin en relevant l'épreuve ; avec une arrogance houleuse : le soir même, j'avais quitté la tente de mes parents pour plonger dans la nuit et courir vers la pyramide. Cette dernière, je l'ignorais, recouvraient les restes d'une célèbre oracle de Thot, le dieu du savoir, des sciences et des écrits. Pas effrayé pour un sou, particulièrement inconscient, je rejoignis mes camarades à l'entrée du lieu sacré, et plaçant ma main dans celle du petit Noir, jurait sur les seins d'Isis que je serais de retour avant trois heures, et que j'aurais rapporté une relique. Pénétrant dans le sanctuaire, je me livrais ainsi pour la première fois à la peur. La vraie peur ; celle qu'on ne connait pas et qui comme un cobra, venait se glisser doucement près de votre cheville. Pour d'un coup, fulgurant, vous abattre.

Les intérieurs silencieux et oppressant des lieux ne m'effrayaient pas. Mais le miaulement lointain des rumeurs venteuses commençaient à faire monter en moi une étrange inquisition. Cela ne faisait que quelques minutes que je rasais les murs peints et sculptés, cherchant ce que je pouvais dérober, afin de prouver ma vaillance. Les minutes s'écoulaient, et bientôt, énervé par ce vent qui se jouait de moi, je me mis à courir, pour aller plus vite. J'étais bravache ; et pour effrayer les esprits, me mis à hurler dans ma langue gutturale, arabe. Il me sembla que pendant quelques minutes, le vent se tût, mais les trop importantes résonnances de mes pas claquaient à mes oreilles, m'assourdissant. La pyramide se faisait de plus en plus labyrinthique, et bientôt, je compris que j'étais perdu. Sans lumière, avec pour seul repère ces murs auxquels j'avais plaqué ma main ou mon épaule, j'avançais doucement, hésitant sur quoi faire.

Mon errance aurait pu durer des heures, si soudain n'était pas apparu devant moi une jeune fille. Une terrible et belle jeune fille, qui poitrine nue, et cheveux tressés, me fixa étrangement. Tout aussi surpris, je me renfrognais, vexé qu'une fille ait pu aller aussi loin que moi. L'apostrophant, je quémandais des informations.
« Qu'est-ce que tu fous là ? T'es perdue ? »

Elle avait une mine piteuse, et j'ôtais la colère de mes traits, décidant d'être plus doux avec elle. Elle avait l'air plus vieille de quelques années que moi, et avait une véritable beauté. Je remarquais qu'elle était habillée comme une princesse : une toge de lin blanc drapant ses reins, et ceint par une dorure ciselée. Ses pieds étaient chaussés par des sandales, sa poitrine révélée exhibait deux petits tétons habillés par un coquillage respectif, et doré, qui offrait à la vue de ses seins une vision tout à fait charmante. Je la trouvais belle, sur le coup.
« Comment tu t'appelles ? »
« Pourquoi ? »
« Beh... je veux savoir. »
« Je ne te le dirais pas ! Tu es ici pour voler ? »

Je renfrognais mes lèvres en une moue exaspérée. Ces filles ! Toujours à chipoter là où il ne fallait pas. Elles étaient tellement ridicules, parfois!

« Et alors ? Ici, tout le monde est mort, de toutes façons, alors on s'en fout ! »
« Ce n'est pas vrai ! Thot est là. »

Je me récriais, soudainement apeuré. Il fallait savoir que j'étais particulièrement supersticieux.

« Quoi ? Mais ! Je croyais qu'il était dans la vallée des rois ! Un dieu ne peut pas habiter ici ! C'est pas assez... »

« Quoi, pas assez luxueux ? C'est parce que tu ne sais pas regarder ! »

Le fille leva son bras, et aussitôt, des centaines de torches spectrales apparurent sur les murs. J'ouvrais des yeux stupéfaits, et la jeune fille explosa d'un rire moqueur, tandis que je découvrais la beauté des hiéroglyphes inscrits dans les murs. Je me récriais devant mon erreur, acceptant totalement le fait qu'elle aussi possède des dons. J'avais la suspicion qu'elle n'était pas réellement humaine.

« Tu vois ? »
« Je suis désolé, je pensais que.. pardon... »
«  Ce n'est pas grave, sourit la fille. Tu veux que je t'accompagne ? Tu es petit, et je ne veux pas que mon frère te mange pas erreur. »
« Ton frère ? M'étonnais-je, en lui emboitant aussitôt le pas. »
« Oui ! C'est un terrible affamé ; tout ce qui est inconnu, qui se dévoile à ses yeux, il le mange, et quand il le
dévore, il en connait l'essence même. Il sait presque toutes les choses sur la terre »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il est très intelligent. »
« J'aimerais pas avoir un frère aussi intelligent, marmonnais-je. »

La jeune fille eut un petit sourire, puis continua sans mot dire. Pendant quelques minutes, nous continuâmes notre voyage au travers des dédales colorés de la pyramide, puis la jeune fille me dévoila une porte magnifiquement sculptée. Elle la poussa, et pénétrant à l'intérieur, arrivait dans une salle au sol en pente. Au milieu, prônait un tombeau richement sculpté. J'ouvrais des yeux épouvantés.

« Mais ! C'est une momie, là-dedans ? »
« Oui ! Celle d'une vieille femme. Tu veux l'ouvrir ? »
« On ne va pas me punir, si je fais cela, demandais-je, en tournant mes yeux clairs vers la jeune fille. »
« Oh non ! Pas si c'est moi qui te donne la permission. Vas-y ! Ouvre ! »

Je traversais la salle en enjambant des centaines de richesse disposées sur le sol, pour m'approcher de la défunte. Mes doigts se déposèrent sur le lourd couvercle, et prenant mon inspiration, je m'arc-boutais pour le déplacer. Rien n'y fit. La fille explosa de rire.

« Oh non ! Ne l'ouvre pas comme ça, tu ne réussiras pas ! »
« Arrêtes de te moquer ! Tu m'as dit que je pouvais... »
« Je veux dire... pas avec tes mains. Essaie... avec ta tête. »

Je comprenais, surpris qu'elle sache que je possède des pouvoirs. Mais ne faisant aucun reproche sur cela, je visualisais mon objectif : le coulissement du couvercle, par un pivot régulier. L'action s'éxécuta dans des secondes qui me parurent infinies. Je regardais la boite s'ouvrir, et je regardais le cadavre desséché de l'ancienne oracle. Ne restait presque plus rien, mais ce visage ouvert sur une mâchoire hurlante, des doigts crochetés, m'effrayèrent. Je retins un cri, et la jeune fille s'approcha de moi. Ses doigts vinrent caresser le squelette hideux, et elle désigna une petite forme noire, à la place de l'utérus du squelette. Je plongeais mes doigts entre le bassin et les hanches, pour en ressortir une petite statue noire ; representant un chat, roulé en boule. Etudiant ma trouvaille, je me tournais vers la jeune fille ; et figé d'horreur, j'assistais soudain à un spectacle monstrueux : la poitrine juvénile se déchirait en deux mamelles énormes, fertiles, et le visage tendre s'était arraché, pour laisser place à une gueule de lionne.

«  Maintenant ; garde précieusement ! Et cours ! Sois ! Les Dieux d'Egypte n'aiment pas les voleurs. Mais pour ta faute, toi qui a violé le sanctuaire, tu seras châtié. Mais pas maintenant ! L'amour de la déesse de la guerre et de la destruction t'accompagne ! Vas, chaton aimé, chaton maudit! »


Sans réfléchir une seconde à logorrhée de la créature monstreueuse  ; j'obéissais avec une terrible docilité. Prenant mes jambes à mon coup, je fuyais cette salle, tandis que les rugissements de la lionne résonnaient à mes oreilles.
Un souffle lointain me masqua le « Je t'aime », prononcé faiblement aux milieu des cris félins. Le savais-je ?
J'avais rencontré une des plus terribles déesses. Sekhmet. Et volé devant ses yeux. En soit, cela signait mon destin d'une croix rouge : je me ferais un jour manger le cœur par la grande Dévoreuse. Je le savais. Mais ce jour n'était pas encore arrivé.


Chapitre deux : Angleterre

Les souvenirs relatés, une fois hors de mes lèvres, explosèrent aux tympans de mes parents comme une folie dangereuse qui évéilla en eux une paranoïa impressionnante. En quelques jours, sans que je ne parvienne à comprendre ni comment ni pourquoi, nous avions pliés bagage, et l'Egypte devenait pour moi un endroit que je ne reverrais pas de sitôt. Dans l'avion, je quémandais des informations. Mes parents ne m'expliquèrent rien, préférant sagement retourner aux pays civilisés, loin des dieux païens, et des sables chauds. Je laissais derrière moi, pour avoir voulu obéir à une déesse, mon pays, mes amis, mes souvenirs.
L'Angleterre me fut détestable dès le premier jour. Un pays GRIS. Totalement à l'opposé de mes villes, du Caire, des pyramides et des petits lézards se chauffant au soleil. N'y avait ici que les désolations d'une pluie parcheminant des pages déjà brouillée par l'encre de la pollution. Le Monde Moldu s'offrait à moi comme un lieu dangereux, où je ne devais pas exister en tant qu'individu magique, mais simplement en tant qu'individu physique; si possible, consommateur. Ne rien faire d'autre que d'obéir, aller à l'école, apprendre cette langue trop facile, et hideuse qu'était l'anglais. Malgré tout mon dégout, s'ouvrait pourtant à moi un univers étrange que jamais je n'aurais soupçonné en Egypte. Les Anglais n'étaient pas tous moldus. Je découvrais, grâce à un très ancien réseau d'amis de mon père, le monde sorcier. Je découvrais le Chemin de Traverse, je découvrais des enfants de mon âge qui piaillaient devant un magasin de Quidditch. Bientôt, toute ma haine se dissipa en une simple rancoeur. Pourtant, le souvenir de la jeune Hathor, se transformant en Sekhmet obnubilait mes nuits. J'avais conservé la statuette de chat, et chaque nuit, en étudiais les contours, avant de m'endormir.
J'allais avoir onze ans, et la rentrée aurait lieu bientôt. Je craignais de voir passer les jours sans jamais recevoir de lettre. Plus l'impatience montait, plus mon angoisse faisait de moi un animal traqué par mes propres peurs, et je me réfugiais dans des pleurs qui se faisaient toujours plus violents. Je craquais, persuadé que Poudlard ne voudrait jamais de moi.

(…)

La journée était maussade et grise, et je ne savais quoi faire. Trainant dans la bibliothèque, j'avais jeté dans un carton tous les livres me plaisant vaguement, et étais remonté dans ma chambre avec, dans l'espoir de me distraire. Assis sur un épais fauteuil de cuir vert, je jetais les livres au sol, les uns après les autres, dans une attitude profondément arrogante; chaque livre qui au final me paraissait ennuyeux filait se claquer contre le sol dans un bruit sonore. Soudain, mes yeux se stoppèrent sur le titre doré d'une enluminure inscrusté dans le cuir d'un livre sombre. "Alices adventures." Alice aux pays des merveilles, ce livre dont j'avais tellement entendu parlé, mais jamais je ne m'étais passionné, chutait enfin entre mes doigts, sans que j'ai à faire le moindre effort. Délaissant le carton, je m'installais, récupérant la statuette du chat, et comme à mon habitude, la plaçais sur mes genoux, pour pouvoir la caresser. J'ouvrais le livre.


~

'Well! I've often seen a cat without a grin,' thought Alice; 'but a grin without a cat! It's the most curious thing I ever saw in my life!'


Cette phrase, je la répétais à voix haute, me fit faire la chose la plus extraordinaire qui soi. J'aimais le personnage de Chess comme j'avais pu aimer Hanthor, et cela sembla se projeter hors de moi: comme une bulle. Une bulle d'amour et de magie la plus puissante que je puisse fournir, qui venant s'éclater sur la statuette, lui donna vie. Un chat prit place sur mes genoux, devint Thot, devint l'élément le plus important de ma vie, car à lui tout seul, parvint à être le pont entre l'Egypte de mon coeur et l'Angleterre de mes yeux. Je recevais la lettre de Poudlard. Je recevais mon identité. Je devenais Chess.

Première année.

« Qui es-tu ? »

On avait appelé mon nom, et j'eus envie de lancer une plaisanterie à ce chapeau miteux que l'on venait de déposer sur ma tête. Qui suis-je, créature anglaise, chose personnifiée ? Qui suis-je, moi qui vient du pays du sable, qui parle hébreu, et trébuche sur mes prononciations anglaises ? Moi qui suis enfant du soleil, qui ai les yeux bleus, et les cheveux blonds ? Pourquoi me poser la question, alors que jamais tu ne pourrais réellement le savoir. Tu n'étais rien d'autre qu'un chapeau. Moi, j'étais tellement plus que toi.

« Le crois-tu ? Ta vie vaut t-elle plus que la mienne ? »

J'ignorais que tu étais en vie, Chapeau. À mes yeux, tu étais un objet que des anglais à qui des anglais avait voulu attacher de l'importance. Tout comme ces vêtements que je devais porter, qu'eux tous devait porter. Il y a six mois encore, je pouvais courir nu dans le désert. Avant, j'étais en Egypte, et j'étais libre. Du moins, c'est l'impression que j'avais. Je pensais que le monde m'appartenait, et qu'il suffisait que je coure toute la journée, en compagnie des enfants arabes, noirs, pour être persuadé que nous venions de faire le tour du monde ; de par nos esthnies, de par ma magie, de par les connaissances qu'eux pouvaient posséder, s'ils venaient de différentes tribus entre eux. Je ne le savais pas. Mais au moins j'étais heureux.

« Tu es donc malheureux, ici ? »

Non. J'ai découvert Chess. Je n'aurais pas pu lire de l'anglais, avant. Je n'aurais jamais découvert Cheshire.

« Est-ce que tu es prêt à tout pour montrer que tu es Chess ? »

Naturellement. Tuer ? Est-ce que je dois avoir honte de l'avouer ? Les mœurs anglais sont d'une politesse hypocrite. Si je dois casser la tête de quelqu'un contre le sable parce qu'il l'a mérité, alors je le fais. Je l'ai déjà fait. J'ai été éduqué par les scorpions des roches. J'ai grandi près des cobra. J'ai mangé avec le vent. Je suis la nature que la faiblesse anglaise redoute, dans toute sa splendeur grise et frêle. Je suis la violence, et je suis la désincarnation de la beauté. Je suis Chess. Je suis Lorcan Hatefull.

« Et si quelqu'un était plus fort que toi ? »

Cette personne n'existera jamais.

« Et si elle existait ? »

Alors je l'aimerais.

Le Choixpeau prit son temps, et McGonagall resta un peu surprise, comme beaucoup d'autre, de par l'attente qui en résultat. Une certaine tension avait pris place dans la Grande Salle, et quand, dans une déchirure du tissus, la bouche monstrueuse du Choixpeau s'était fait apparaître, le nom de la maison de Gryffondor résonna dans la salle avec une intensité qui me fut toute particulière. Je me souviens avoir levé mes mains jusqu'au chapeau, et l'avoir fixé. Puis, je lui murmurais que je devais déjà être ce que j'étais, et que je ne serais pas ce que je devais être. J'ignore si ce fut réellement le cas, mais il me sembla que le Choixpeau souriait, tandis que je rendais l'objet miteux à McGonagall, avant de me tourner vers la table des Gryffondor. En cet instant, je me sentis comme à l'apogée d'un petit règne : observez moi, contemplez-moi, craignez moi, car maintenant, je suis des vôtres. J'étais allé à leur table, on m'avait applaudi, comme n'importe quel autre Gryffondor, mais il n'y avait pour moi ni fierté ni honte. Simplement le constat d'être un lion. Un lion solitaire, ou peut-être uniquement un lionceau. Mais j'étais outré. Ce chapeau lisait t-il l'avenir ? Y'aurait t-il réellement cette personne qui serait plus forte que moi ?

(…)

« Je vais te détruire. »

Le savais-je ? Cette phrase était sortie d'entre les lèvres pincées d'un garçon de cinquième année. Ma première année à moi était déjà bien entamée, et pendant six mois, j'avais connu ce même refrain, étant la source de moquerie de nombreuses personnes, et bousculé par d'autres, était resté le souffre-douleur d'un château qui m'apparaissait comme rempli de vers. Je m'étais mis à tous les détester, quels qu'ils soient. Je m'étais mis à me détester, sans parvenir à comprendre pourquoi. Mais cette haine, qui avait empli ma poitrine, ne faisait qu'âccroitre, par sa simple existence. Pendant une demie douzaine de mois, j'avais laissé enflé cette colère, mais étais resté d'une passivité déplorable. Alors aujourd'hui, ce soir, en cet instant, tandis que l'autre me regardait, la joue lacérée par mes soins, je me sentis brutalement vivant. Brutalement.

« Je te jure que je vais te détruire. Je ne sais pas comment, mais je vais te détruire. »

Il avait essayé de me renverser du haut d'un escalier. Peut-être qu'avant cette soirée, il n'y prenait pas vraiment de plaisir, et que c'était un bizutage sans intérêt à ses yeux. Peut-être que dans mon dos, on disait que ce n'était pas bien, et que je n'avais pas à subir cela. Mais je ne voyais que la distance, je ne voyais que ces sourires, que ces livres que l'on m'avait arraché des mains, et qu'on avait jeté au sol. Je n'entendais que ces silences lorsque je demandais « pourquoi ». Je ne vivais que pour cela, que pour cette haine du genre humain, de l'individu anglais, qui m'avait arraché au bonheur de ma vie. Je les détestais. Je les haissais.

« Tu ne pourras pas. »

Ma voix était faible, tellement faible ! Encore aujourd'hui, je restais surpris par le manque de force de mes cordes vocales de l'époque. Mais mon souffle absent était peut-être un paradoxe de plus quant à cette violence qui s'était déchaîné dans mon être. J'avais la main rougie, et les phalanges ensanglantées. Je finirais peut-être dans le bureau de mon Directeur de Maison. Mais je n'en avais rien à foutre. Ce mec. Je l'avais frappé pour m'avoir humilié une fois de plus, parce que je ne le supportais plus. J'annonçais les couleurs de mon combat, j'annonçais ces hurlements qui viendraient jaser sur mon passage. J'avais onze ans, j'avais cent mille ans, j'étais un enfant, mais pour eux, je voulais être leur assassin. Autour de moi, dans le couloir, mais avec une répercussion future de ma socialisation, les acolytes de ma victime m'encerclèrent ; pour me menacer de leur surnombre, pour m'apprendre qu'ici, à Poudlard, ils seraient toujours bien plus nombreux que moi, bien plus forts que moi.
Cette leçon, je l'appris à grand coup de poings dans ma mâchoire, dans mon échine, et dans le ventre. Ils m'abandonnèrent au sol, et jamais je ne fus convoqué dans le bureau du Directeur. Mais jamais je ne décidais de laisser passer cela, et vengeance criante, je décidais de trouver dans la Haine mon besoin d'exister.

Les cours de métamorphoses furent le seul piston d'une normalité qui resta émergé au dessus de tout ce flot de banalité auquel je n'accordais plus la moindre importance. La seule matière dans laquelle je me découvrais un talent qui impressionna mon professeur, et moi, par la même occasion. La seule matière qui fut capable de me rendre un tant soit peu « naturel », « commun ». Parce que je pouvais sourire, innocemment, devant une bonne note épinglée au coin d'une feuille de devoir.
Mais le reste était un amas d'excréments, à mes yeux. Je vivais passif dans le quotidien d'un élève de Poudlard. Mais la nuit, je me livrais à l'extase de mon existence déformée. Toujours, ils seraient plus forts, toujours, ils seraient plus nombreux. Mais je les tuerais tous, car je n'étais, et jamais je ne serais, un perdant. Poudlard était une source d'énergie, une sorte de vasodilatateur à la magie. J'en ressentais chaque vibrations, chaque frémissements, et ces stimulations régissaient mon corps et mes humeurs. Je ressentais la puissance du surnaturel avec une attention de limier. Mon premier acte « extra-ordinaire », fut un jour de parvenir à fondre la statuette trouvée dans l'utérus de la morte, et d'en faire un chat, noir, qui jamais ne mangeait. Je caressais son poil, j'écoutais ses yeux, et bientôt, je retrouvais avec lui cette sensation de torpeur et de magnificence que j'avais eu en lisant Alice aux Pays des Merveilles, cette sensation que j'avais eu en découvrant Chess. En me découvrant. Cela n'avait rien d'un Horcruxe, et à l'époque, je ne savais même pas que cela existait. Mais Thôt, ce chat originellement statue, devint une partie de moi, et je fus plus que jamais chat.

(…)

« Eymeric, Eymeric ! »

Ils hurlaient, transportés dans leur panique, tandis que s'effondraient sur eux la fureur d'une pluie nocturne. Ils étaient quatre, mais d'eux d'entre eux gisaient à terre, dans une chute que j'espérais mortelle. Je l'espérais, mais je fantasmais. De toutes façons, ils m'importaient peu. Celui qui m'intéressais, c'était ce garçon dont l'acolyte criait le nom. Mon fameux « destructeur ». Celui qui, la joue lacérée, m'avait foudroyé du regard, en insinuant que ma vie lui appartenait. Qu'il était capable de l'arracher au commandement de Ré. Ce garçon, anglais.

« Arrête, arrête... »

Lui, ses murmures étaient si délicieux. Je sentais la pluie qui collait à mon corps, et j'en avais horreur, mais le plaisir de me venger valait bien toutes les inondations du monde. Le Parc, à cette heure avancée de la nuit, était vide et personne ne pourrait venir à l'aide des quatre jeunes hommes. Car il y avait ; eux, ces humains anglais, et nous. Nous, les chats.
Comme des pierre, figés sous la pluie dans la perfection féline de nos mouvements, nous ignorions l'eau pour contempler ces humains. Moi j'étais debout, mais cela n'était pas très grave. J'étais avec eux, ils étaient avec moi, et nous étions ensemble quinze individus aux pelages imbibés d'eau. Le lendemain, lorsque le jour se leveraient, peut-être que les élèves propriétaires des chats ici présents s'étonneraient de leur humidité : mais ce soir, ces chats m'appartenaient, et je leur ordonnais leur propre plaisir. Chasser la souris. La souris en question était bipède et bruyante, mais nos oreilles plaquées sur le crâne, nous veillions à ce qu'aucun n'échappe. Moi, j'étais assis sur le torse d'Eymeric ; ce rat puant. Du bout des doigts, je caressais ses lèvres, et Patapouf et Mistigri tournaient autour de nous, leurs prunelles enflammées par l'éclat lugubre d'un œil de chat. Nous prédateurs. Eux proie. La société animale s'organisait sur la loi la plus fondamentale de toutes. La raison du plus forts était toujours la meilleure.

« Il y aura toujours plus de chat que d'humain. »

Mes ongles arrachaient des morceaux de ses lèvres.

« Il y aura toujours plus de puissance dans la patte d'un chat que dans les actions d'un homme. »

Le sang coula, sous la pluie, mais je maintenais avec soin son menton, et des chats plantèrent leurs griffes dans ses bras musculeux.

« Je gagnerais toujours. »

(…)

Eté : 12 ans.



Je retrouvais l'Egypte à partir de mon anniversaire, le mois de mes douze ans. La chaleur enflamma ma vie, mon été, et je crois que je ne fus jamais aussi heureux que de retrouver le sable de mon pays natal. Je retrouvais mes amis, je leur racontais ma facilité à maîtriser les chats, et se moquant ouvertement de moi, ils me surnommèrent « CHA' TOOL », ''chaton'', en hébreu. J'avais la sensation d'avoir déjà été appelé ainsi, mais grisé par les retrouvailles, je me jetais sur eux, et nous passions alors de longues heures à jouer. Je redevenais le sable, je redevenais le vent. Pour un mois. Un éternel et si bref mois, qui resta à jamais gravé dans ma mémoire. Un vieux sorcier, éloigné de la société instauré par le Ministère de la Magie, me fit voir des choses que l'on pouvait réaliser avec la magie, mais sans la baguette, et pendant un certain temps, je n'usais plus du tout de ce que je considérais comme un bout de bois. Quoique de papyrus.
Mais ces bases sur la shamanisme égyptien, sur cette magie du désert m'offrit un avantage considérable que je me promis de ne jamais utiliser à Poudlard. Ce n'était pas une magie que les anglais méritaient de connaître, et si je commettais l'erreur de la réaliser devant eux, ils viendraient saccager nos déserts pour trouver le secret des veines pharaoniques. Je refusais cela. Alors j'appris, je retins, mais je le conservais, enfermé dans le coffre-fort de mon cœur, pour ne l'utiliser qu'une fois ailleurs de l'Angleterre.

Seconde année: 12 ans.


« Eyh, Marilyn ! »

Marilyn Monroe était morte en 1962. Soit un an avant ma naissance. Les gens qui m'invectivaient, un sourire goguenard aux lèvres, de cette manière, ne devaient cependant pas être plus âgés que moi. Pour la plupart, ils étaient dans les mêmes années d'étude que moi, et qu'à douze ans, ils aient une culture moldue américaine m'impressionnait réellement.
De mon côté, je trouvais, -malgré moi-, leur comparaison plutôt perspicace. Mais du top-model, je n'avais que la blondeur, et les hanches. Je ne me trouvais pas aussi raffiné que Miss Poumpoumpidou, et bien loin d'avoir sa taille. J'étais plutôt petit, et à douze ans, cela devait être un avantage, à mes yeux. Guilleret, je laissais passer les « Monroe », au fil de mes journées, de mes semaines, de mes mois, de cette deuxième année à Gryffondor. J'étais guilleret, très exactement. Joyeux de ma victoire, content de ma vengeance accomplie en fin d'année dernière, et heureux de constater que je ne craignais plus le genre humain, et l'individu anglais.
C'est ce que je crus pendant huit mois.
Jusqu'à ce que des filles de Gryffondor, que je ne connaissais que pour leur attention dévouée auprès des plus jeunes, murmurent en gloussant, dans un couloir, alors que je passais près d'elles, aussi invisible qu'une ombre, que Lorcan Hatefull était le petit pédé des Lions.

(…)

« Vous l'avez vu ? »
« Pas du tout. Ça fait combien de temps, là ? »
« Deux mois et... vingt et quelques jours. »
« Dumbledore et Dicket ne font rien, ou quoi ? »
« On ne sait pas. Je sais que Dumbledore a fouillé la forêt Interdite, mais il ne l'a apparemment pas trouvé. »
« Tu penses qu'ils nous l'auraient dit, s'ils avaient retrouvés son corps ? »
« … Je ne sais pas. Je sais juste que ses parents sont venus ici, et on supplié le Directeur de ne pas faire d'annonce dans la Gazette. Ils refusent d'accepter l'idée qu'il puisse avoir été emmené ailleurs. Selon eux, il est toujours à Poudlard. »
« C'est logique, mais je ne comprends pas la motivation de ses parents. Pourquoi refuser l'intervention de la Gazette ? Ça peut aider à le retrouver, non ? »
« Ils sont étrangers, si j'ai bien compris. Ils n'aiment pas trop les systèmes anglais... et j'en sais trop rien, ils ne veulent pas que le Ministère fiche son nez dans leurs affaires. »
« M'enfin... c'est étrange, ça, qu'un gosse de douze ans disparaisse et que personne ne parvienne à le retrouver ! »
« Hatefull a toujours été un gamin bizarre. Je crois qu'il fallait s'attendre à un truc comme ça, tu sais. Il est gryffondor, mais il ne colle pas vraiment avec le portrait qu'on peut se faire de l'un d'eux. Je ne comprends pas ce qui a bien pu lui arriver. Ce type était étrange sur toute la ligne : depuis son arrivée à Poudlard, il ne s'est jamais fait d'amis, et il a toujours été le gamin qui laisse deviner un mage noir en devenir. Je pense que ce n'est pas une grande perte. »
« Tu ne devrais pas dire ça, Harrison. S'il est mort... »
« J'ai du mal à croire qu'il soit mort, malgré ce que je dis. J'ai la certitude que ce gosse est quelque part. Peut-être qu'il va réapparaître. »

(…)

Quelque part.
Presque trois mois.
Presque.
Mais je commençais à m'impatienter, et la salle sur Demande n'était plus aussi confortable qu'elle avait pu l'être lors de mes premiers jours caché ici. Je savais que plusieurs fois on avait cherché dans cette salle : mais jamais on ne m'avait trouvé. Car une des lois fondamentales de la Salle établissait qu'on ne pouvait pénétrer dans le désir le plus profond de l'utilisateur en cours de la salle va-et-viens. Et personne n'avait, de toutes façons, deviné que j'étais là, entre les murs du Château, à pleurer tout mon soûl, sur le sable qui environnait la pyramide de Khéops. Je savais qu'il était impossible de faire apparaître le monument funéraire, mais je connaissais l'odeur du sable d'Egypte en fonction de chaque localisation. Et je savais que ce sable qui était sous mes doigts, et que je foulais depuis trois mois, avec la complicité de la Salle, était bien celui de mon Egypte natale. Mais il fallait que je revienne à la réalité. Mon chagrin avait disparu, laissant place à un simple vide dans ma poitrine ; le constat que rien de ce que je ferai ne me laisserait en paix avec les Anglais. Je ne pouvais pas les aimer. Ni les aimer, ni les supporter. Nous n'appartiendrions jamais vraiment à la même race, et ils étaient pour moi des étrangers que je reniais. Pédé. J'étais cette étiquette, à leurs yeux. Et cela me blessait plus que tout autre chose, car ils posaient sur moi une attention motivée uniquement par ce que renvoyait mon profil, et pas ce que j'avais cru transmettre. Je n'étais pas, pour eux, ce que j'étais pour moi. J'étais une chose monstrueuse, péjorative, humiliante, à leurs yeux. Et dans mon besoin viscéral de reconnaissance, d'admiration, je ne pouvais pas supporter cela. C'était puéril. Mais pleurer, me lamenter, et hurler dans la Salle sur Demande avait eu le mérite de me calmer, de me vider la tête, et de me tranquiliser. J'étais tranquille. Comme un lézard sur un rocher, qui profite du soleil. Je ne savais simplement plus ce que je devais faire. Et ce vide total me shootait ; je vivais pour rien. Dans l'attente de rien. Aucune motivation. Une tranquillité extrême. C'était réellement bénéfique.
Mais aujourd'hui, il fallait que je bouge. Marcher des kilomètres dans le sable n'était plus ce que je devais faire. Dès l'instant où cette idée s'ancra dans ma tête, le désert disparu petit à petit, et bientôt, la Salle sur Demande fut une pièce étroite, de la taille d'un cagibi, me présentant deux portes. L'une que je savais être la porte qui me ferait retourner dans les couloirs du quatrième étage de Poudlard. L'autre, elle était noire, et m'était inconnue.
Je n'hésitais pas.

(…)

Le couloir était sensuellement sombre. Sensuel était un adjectif qui m'était apparu lorsque la porte noire s'était refermé derrière. Je n'avais pas cherché à la retenir, car je savais qu'il fallait que j'avance dans ce boyau étroit, lisse, et propre. Il faisait froid, et mes pas claquaient entre les murs, mais je caressais d'une main légère les parois si noires. Elles m'enfermaient dans ce qui me donnait l'impression d'être le ventre d'un serpent. Mais un serpent cubique, qui semblait ne jamais vouloir se terminer. Pourtant j'arrivais quelque part, et des torches enflammées, accrochées de par et d'autre d'une seconde porte, me permirent de lire des mots gravés dans le panneau de bois. Se trouvait, apparemment, et derrière cette porte, ce qui s'appellait l' « Heliogabalus Pub ». Un pub. Quel étrange endroit pouvait bien se trouver ici ? J'avais la conviction infinie que je n'étais plus à Poudlard. Peut-être en dessous de Londres ? J'entendais, très loin au dessus moi, des vibrations qui auraient pu être une circulation urbaine. Une ville, à des centaines d'années lumière de mon existence. Je concentrais mon attention sur la porte, sans bouger. Toucherais-je ce bouton doré ? Je savais que je n'avais qu'à le saisir, et le tourner, pour découvrir de quoi il en résultait vraiment. Ce qu'était cet Heliogabalus Pub. Mais une partie de moi, une partie comme endormie, comme protectrice et prudente, me disait de ne surtout pas faire cela. Il y avait peut-être quelque chose de dangereux.

« Tu n'ouvres pas ? »

Ils étaient deux êtres. Deux êtres dont jétais incapable de définir la réalité : s'ils étaient vivants ou statues. Ils ressemblaient tous les deux à un couple de danseurs, et immobiles, ils transpiraient la grâce et la beauté du mouvement immobilisé. Je me souviens être resté surpris par leurs magnifiques visage, comme taillés dans le marbre. Mais pas par le fait qu'ils soient tous les deux là, sortis de nulle part. Je secouais la tête, faisant valser mes boucles blondes. Non. Non, je n'ouvrirais pas cette porte, car il y avait quelque chose de mauvais derrière. Quelque chose qui n'était pas normal. Les statues sourirent, et dans un mouvement étrange, un mouvement qui ne fit pas bouger leurs jambes, mais qui les rapprocha de moi, ils fondirent à mes côtés.

« Est-ce que tu te rends compte que tu meurs petit à petit ? Que celui que tu étais est en train de disparaître pour se laisser dévorer par l'anglais ? Tu es en train d'être... contaminé par la normalité. Par ce que les autres peuvent être si facilement. Dès la naissance, en fonction de leur parent, de leur éducations, ils correspondent aux normes. Tu es né étranger à ces normes, et tu t'es fait prisonnier d'autres chaînes. Si tu étais resté en Egypte, tu aurais été banal, comme nomade : car tu serais resté dans ton environnement naturel. Mais en venant en Angleterre, en t'exilant dans ce pays qui n'est pas le tien, tu t'es fait toi-même étranger à ce monde. Tu es différent. D'eux. De ce qu'ils sont. Et c'est ta force, si tu acceptes cette différence ; parce que toi, tu es cet exil qui s'accepte, tu es cette force qui se revendique dans sa faiblesse. Est-ce que tu comprends ? Si tu es trop anglais, tu n'es plus égyptien. Si tu es trop Egyptien, tu n'es pas anglais. »

Le couloir, la porte, les flammes, et les deux danseurs disparurent. J'étais dans le quatrième étage de Poudlard, face à un mur vide, mes cheveux parfumés par l'odeur du sable.

Troisième année: 13 ans.

Mes cheveux avaient poussés jusqu'à mes épaules. Et j'avais découvert l'existence du eye-liner.
Dès la rentrée, mes camarades, mes connaissances, mes professeurs remarquèrent, avec une contrainte de mes mains, le changement de mon être.
Jean's troué et collant de maille, gilets cloutés et mini-jupes de cuir, mon androgynie était apparue comme une fleur éclot un matin. Brusquement.
Je faisais de mes yeux le support de longues et larges traces noires ; je tirais mes cheveux en arrière, en projetant à mes mèches un côté disparate et décoiffé, je remontais des bas et des jarretières sur des cuisses qui devenaient de plus en plus maigres, et je dénudais mes épaules pour laisser apparaître des bretelles de soutien-gorge. Il y eut tout d'abord des moqueries. Puis petit à petit, une sorte de silence glacé accompagné mes journées, et je savais que l'on me regardait maintenant d'un œil fasciné.
Une fascination exacerbée par mes allées et venues entre les toilettes des filles et les pissotières masculines. Par mes gloussements amusés quand je voyais un garçon loucher sur ma poitrine, et par les remarques balbutiées d'un professeur qui me voyait croiser lentement mes jambes entre elles. J'avais treize ans, mais mon corps avait décidé de grandir. Et j'avais décidé de changer. Je peignais mes lèvres et mes ongles, bouclaient mes cheveux, et portais des robes. En peu de temps, -une fois la pilule avalée-, des filles commencèrent à se rapprocher de moi. Et moi, chose curieuse, je les acceptais. Je commençais à les aimer. Et bientôt, je pus considérer avec une joyeuse petite troupe de copains et de copine. Mon uniforme ouvert sur un décolleté mettant en avant mon soutien-gorge rembourré, je marchais maintenant dans les couloirs d'un pas vif, discutant d'une voix sèche sur Jessica Permisson qui sortait avec Brandon, avec telle ou telle fille, tandis qu'un garçon m'annonçait calmement qu'il fallait rendre un devoir corrigé pour le lundi suivant. J'allais en permanence accompagné de sœurs jumelles qui voulaient absolument savoir si je viendrais à Pré-au-Lard pour Noël, ou bien sortait de cours en m'esclaffant avec Michael par rapport à la tête du prof.
Ma popularité croissait.
Et, alors que nous atteignions les vacances de Pâques, elle atteint un point faramineux, lorsqu'à la suite de la victoire de Gryffondor lors du match de Quidditch, contre Serpentard, j'enlaçais la capitaine de Quidditch, l'embrassant devant la salle commune entière, la faisant mienne. Notre couple devint scandaleux, houleux, mais les fureurs disparurent bien vite quand on se rendit compte que Lorcan Hatefull n'était pas le type de personne qui baissait les yeux. Je sortais avec cette fille de septième année, et n'hésitais jamais à me mettre en spectacle. Mes baisers pour elle, nos caresses, nos gloussements, ils devinrent l'image du couple « phare » de Poudlard, et rares étaient ceux qui ignoraient nos manèges. On s'amusaient à sortir dans les bras l'un de l'autre, à la fin d'un cours, nous embrassant dans la Grande Salle, sous les yeux des Professeurs, ou bien roucoulant jusqu'à ce qu'un surveillant nous ordonne de retourner dans nos dortoirs. Les potins allaient bon train, et crâneur à souhait, je m'amusais un matin à jeter un préservatif à la tête de James Potter, en lui lançant une vanne quand à la puissance de sa capitaine de Quidditch. La salle commune devint le lieu de frasque, de découvertes et d'attouchement, de colère et de scandales entre mes camarades de Maison et moi, mais je gardais la tête haute, imposant ma personnalité excentrique, et bientôt, plus personne ne put rien me reprocher, car je n'accordais plus d'importance à tout ce qu'ils pouvaient me dire. Mieux. J'enchaînais les conquêtes avec une sorte de frénésie, et bien que tout le monde soit au courant, cela devint comme naturel, puisqu'associé à moi. J'étais Lorcan Hatefull, alors cela se comprenait.






Derrière l'écran
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J'ai réussi à faire disparaître la partie "impressions du forum" alors que j'écrivais


Dernière édition par Lorcan « Chess » Hatefull le Jeu 17 Jan - 12:36, édité 25 fois
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Gavried N. Foil
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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 3:48

Je n'ai qu'un mot à dire.

Chess !
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 5:02

Ce qui en fait neuf.
Ma fiche est préalablement construite dans ma tête et sur papier. Me reste à l'écrire, now.

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Romain P. Lesage
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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 5:32

O.O!!!
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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 6:51

*mode langage bizarre on*

O.O ??
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Laila Clennam

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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 7:31

Chessssssss ! ILV

_________________




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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 8:39

Oh, oui.
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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 8:53

mode langage bizarre on *O.o ?? UwU... *
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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 11:46

Oh yeah ! Hâte de lire cette fiche en tout cas. Et ton code est juste parfait x)
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Jacob Dragonneau
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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 11:56

Bienvenue à nouveau !

Et Chess quoi ! *o*
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Mia Flavia Hobbes

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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 17:41

J'ai du mal à saisir pourquoi cette femme a une pomme d'Adam sur les avatars en haut et une morphologie quasi-masculine au niveau de la poitrine... Transsexuel? Et d'ailleurs, je n'ai jamais vraiment compris qui était Chess...
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 18:20

Je n'en ai pas la moindre idée non plus, ma chérie.
La nature est bizarre, hein.
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Mia Flavia Hobbes

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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 18:36

Je ne peux qu'approuver le choix de la célébrité. Je viens de faire quelques recherches. Je trouve le physique d'Andrej captivant.
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 18:39

Huhu. Merci <3
Quant à ta remarque : "Et d'ailleurs, je n'ai jamais vraiment compris qui était Chess..." ... Et bien, je suppose que c'est tout l'intérêt de faire une fiche, n'est-ce pas? Je me donne un objectif: te surprendre de par ce personnage.

Si tu as le courage de tout lire.

*va rire dans un coin tout noir*
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Mia Flavia Hobbes

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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 18:40

Derien. Je sens que je vais beaucoup t'apprecier Chess. J'ai hâte de lire ta fiche.
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MessageSujet: Re: Lorcan Hatefull Chess   Mer 16 Jan - 19:08

Physique et mental mis à jour. J'entame l'histoire.
Je demande un peu de temps pour cela. J'ai 59 ans à raconter.

;__; ayez pitié de moiii.
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Lorcan Hatefull Chess   Jeu 17 Jan - 13:26


Chess.
Invented, but still the Queen.



L'Histoire
או איך מתתי, כי רציתי לשחק את הטמבל.
Ou comment je suis mort, parce que j'ai voulu jouer au con.*

1: 33

Le métro s'était arrêté, et j'étais descendu, pantelant. Dans une faiblesse misérable, j'avais traîné mon corps jusqu'à la surface, comme un noyé à la recherche d'oxygène. Un oxygène que j'avais un peu plus perdu, en constatant qu'il n'y avait personne nulle part. Paris était vide. Il était vide dès l'instant où ces trois jeunes m'avaient agressés. J'eus un sourire, en chancelant jusqu'à un réverbère. Quel con. Quel con je faisais. J'aurais du me rendre compte plus vite de ma folie, et j'aurais du comprendre plus vite pourquoi tout était si silencieux. J'aurais du me rendre compte à quel point mon corps avait perdu l'habitude de mourir et à quel point la douleur était quelque chose qui m'était devenu inconnu. Je m'étonnais par mon inconscience, et cela me donna envie de rire. Mais je me taisais, et continuais à marcher le long des murs de ce Paris vide et silencieux.

(…)

2: 56

Le pont était couvert, et réservé uniquement aux piétons et cycliste, sur ses rebords. Entre les deux, il y avait une ligne de TGV, protégée par de hautes barrières, qu'il aurait fallut couper pour franchir. Je m'asseyais sur le rebord de pierre, songeant que dans cet instant, il n'y aurait personne pour me reprocher d'étendre ainsi mes jambes : il n'y aurait ni piéton ni vélos. J'étais absolument seul dans ce périphérique à Paris. Car je le savais, maintenant ; j'imaginais tout cela, et ce n'était pas vraiment réel. Je me demandais ce qu'il advenait de mon corps. Est-ce qu'ils m'avaient tués, ces imbéciles ? Est-ce que je gisais, dans une mare de sang, avec mes cheveux défaits ? Est-ce qu'on m'emmenait à l'hôpital, et mon cerveau déconnecté, j'imaginais ce Paris vide de monde ? Cela me semblait plausible. Logique. Rationnel à ce que je connaissais. Je n'avais ni à craindre ni à attendre. Je devais simplement vivre. Et espérer, peut-être, que la douleur de la blessure disparaitrait. LE frisson d'un éclat de rire secoua mon ventre, et mon index et mon majeur s'enfoncèrent brutalement dans quelque chose de mou, quelque chose qui se rétracta. Je me sentis tout chose, brusquement, et les lèvres entrouvertes sur un souffle figé, je restais immobile, à retirer doucement mes doigts.
Est-ce que j'étais mort ?


(…)

3:12

J'avais soulevé mon haut, et j'avais posé les yeux sur une plaie qui déchirait ma peau, dans une cicatrice étoilée. La déflagration avait abimée la peau, et noircie le derme. Mais plus important, peut-être, la balle était restée nichée à l'intérieur des organes internes, et je jouais maintenant à pousser sur le petit morceau de plomb, défiant la douleur, mes dents refermées sur ma langue ensanglantée, tandis que je me livrais à mes petits jeux masochistes. La balle avait déchiré une bonne partie de l'intestin grêle, mais je ne m'inquiétais pas des dégâts occasionnés sur mon corps. Je m'inquiétais de la douleur. Je ne comprenais pas pourquoi une chose aussi petite, aussi noire, aussi pleine de ma chair et de mon sang me faisait aussi mal. Pas que c'était une chose mauvaise ; puisque je triquais littéralement devant la sensation. Mais je ne parvenais pas à créer une logique à partir de cela, et j'hésitais entre être horripilé ou simplement surpris. Mais la surprise ne me convenait certainement pas. J'étais intimement persuadé d'être intelligent, et je ne pouvais rester surpris de quelque chose très longtemps. Je crois que je voulais simplement être la victime de mon propre organisme, ce soir. Simplement subir une douleur délicieuse, en évitant de trop rire ou gémir. Vraiment...

« ...רטוט »

Connard, en hébreu. Cette langue que j'utilisais dans ma tête. Cette langue de ma naissance, qui avait accueilli mes jours avec le soleil de l'Egypte, avec le feu de ses sables. J'eus un bref sourire. L'Egypte. Je m'y rendais moins, ces temps-ci. Et jamais ce pays ne m'avait paru plus inaccessible qu'en cet instant. Pourtant... il était lié à moi comme j'étais lié à lui. Il était mon corps, mon sang, j'étais son âme. Son âme la plus farouche, la plus sauvage, la plus pharaonique, peut-être. J'étais la descendance d'une religion oubliée, d'une civilisation gravée sur les murs. J'étais Lorcan Chess Hatefull, et j'étais égyptien.


(…)

Chapitre un : Egypte. 0 : 10 ans


Comment aurais-je pu aimer l'Angleterre ? Ce pays que je voyais se dessiner dans mon imaginaire comme un amas flottant, humide et bouillonné par un brouillard opaque. Une île grise et verte, grouillante de ces gentlemens et ladys, obnubilés par les mariages de leurs princes et princesses, délaissant le monde, persuadés de valoir, par leur couronne, le double du restant humain. Ces Anglais, des êtres snobs et hautains qui avaient déposés dans mon esprit fécond des semences perfides à leurs égards. Je ne pouvais supporter d'eux que leur nature humaine, car comme mon peuple, ils étaient enfants de la création originale. S'ils se fourvoyaient, cependant, persuadés de descendre d'une certaine intervention paternelle ; un dieu, le père, le saint esprit et le fils, dans leurs croyances chretiennes, je pardonnais leurs pêchés en balayant du revers de la main, de par cette miséricorde me définissant.

Pour moi, toute chose était sous le règne de Ré, le dieu faucon. J'étais Egyptien, né dix ans plus tôt, près du Caire. Et il était irréfutable que ma vision du monde, dès ma naissance, soit des plus parfaites.
Mes parents n'avaient jamais côtoyés d'école magique, et avaient grandis avec leurs dons spécifiques sans jamais posséder de baguette. Ils avaient inculqués à mon éducation cette persuasion que tout était la cause des faveurs que nous offraient les dieux. Nous étions leurs créatures, et si nous leurs plaisions, dès la naissance, ils nous faisaient cadeaux de certaines bienséances. Que ce soit physique ou moral, chaque être humain se voyait attribué d'une unicité totale. Ma mère, en plus d'être « sorcière », comme l'auraient dit ces perfides Anglais, avait la beauté. Mon père possédait l'intelligence. Ma mère était égyptienne de sang, mon père ne l'était que de terre. Il possédait cette peau blanche et ces yeux clairs qui créait la discrimination. Cela ne l'empêcha aucunement de se faire respecter, puisqu'adoptant pleinement une mentalité égyptienne : il en devint littéralement un, de ce fait. Surtout avec la rencontre à ma mère.

Ils se connurent près des pyramides, de ceux qui, autrefois, furent les souverains sacrés de l'Egypte ; les pharaons morts veillaient, et mes parents conclurent leur union sous les pyramides. Je naquis près du Nil, dans un climat habitué au sable et à la morsure du vent. Comme mon père, j'eus la peau blanche, les cheveux blonds et les yeux clairs. Mais rien dans ma tête ou aux yeux des autres ne me différenciaient de mes amis noirs, ou métis. Comme eux, nu, je courais sur le sable. Comme eux, moqueur, j'allais pisser près des dromadaires. Comme eux, nous suivîmes les voyages nomades ; comme eux, j'étais égyptien. On m'avait laissé entendre, dès que je fus en âge de raisonner, que j'étais un enfant-dieu. Un individu privilégié par les bontés des entités originelles. En effet, je faisais se déplacer des volutes de sable par ma simple volonté, ou effrayais les dromadaires en leur sifflant aux oreilles des mots qu'un humain n'aurait jamais du savoir prononcer. Personne ne s'inquiétait de mes talents ; au contraire, j'étais exhaustivement accompagné dans mes démarches magiques, et rien ni personne n'était plus amusé que mes petits camarades lorsqu'ils me voyaient jouer à sculpter le sable. Je ne connaissais, ni moi, ni mes parents, le terme de Moldu. Le fait que ni mon père ni ma mère ne possèdent de baguette joua certainement un rôle important ; le résultat est que jamais le Ministère ne nous contacta pour abus de magie. Nous n'étions pas des magiciens, dans notre tête, nous étions des humains comme les autres. Mais des humains qui avaient un certain talent. J'atteins rapidement l'âge de dix ans ; un moment de ma vie où je me prenais pour le roi du monde. Mes camarades, dont un petit Noir terriblement séducteur, m'avait fait relevé un défi, pour épater une jeune musulmane, inconnue à notre tribu ; je devais pénétrer une pyramide, et en ramener un souvenir. Je scellais rapidement mon destin en relevant l'épreuve ; avec une arrogance houleuse : le soir même, j'avais quitté la tente de mes parents pour plonger dans la nuit et courir vers la pyramide. Cette dernière, je l'ignorais, recouvraient les restes d'une célèbre oracle de Thot, le dieu du savoir, des sciences et des écrits. Pas effrayé pour un sou, particulièrement inconscient, je rejoignis mes camarades à l'entrée du lieu sacré, et plaçant ma main dans celle du petit Noir, jurait sur les seins d'Isis que je serais de retour avant trois heures, et que j'aurais rapporté une relique. Pénétrant dans le sanctuaire, je me livrais ainsi pour la première fois à la peur. La vraie peur ; celle qu'on ne connait pas et qui comme un cobra, venait se glisser doucement près de votre cheville. Pour d'un coup, fulgurant, vous abattre.

Les intérieurs silencieux et oppressant des lieux ne m'effrayaient pas. Mais le miaulement lointain des rumeurs venteuses commençaient à faire monter en moi une étrange inquisition. Cela ne faisait que quelques minutes que je rasais les murs peints et sculptés, cherchant ce que je pouvais dérober, afin de prouver ma vaillance. Les minutes s'écoulaient, et bientôt, énervé par ce vent qui se jouait de moi, je me mis à courir, pour aller plus vite. J'étais bravache ; et pour effrayer les esprits, me mis à hurler dans ma langue gutturale, arabe. Il me sembla que pendant quelques minutes, le vent se tût, mais les trop importantes résonnances de mes pas claquaient à mes oreilles, m'assourdissant. La pyramide se faisait de plus en plus labyrinthique, et bientôt, je compris que j'étais perdu. Sans lumière, avec pour seul repère ces murs auxquels j'avais plaqué ma main ou mon épaule, j'avançais doucement, hésitant sur quoi faire.

Mon errance aurait pu durer des heures, si soudain n'était pas apparu devant moi une jeune fille. Une terrible et belle jeune fille, qui poitrine nue, et cheveux tressés, me fixa étrangement. Tout aussi surpris, je me renfrognais, vexé qu'une fille ait pu aller aussi loin que moi. L'apostrophant, je quémandais des informations.
« Qu'est-ce que tu fous là ? T'es perdue ? »

Elle avait une mine piteuse, et j'ôtais la colère de mes traits, décidant d'être plus doux avec elle. Elle avait l'air plus vieille de quelques années que moi, et avait une véritable beauté. Je remarquais qu'elle était habillée comme une princesse : une toge de lin blanc drapant ses reins, et ceint par une dorure ciselée. Ses pieds étaient chaussés par des sandales, sa poitrine révélée exhibait deux petits tétons habillés par un coquillage respectif, et doré, qui offrait à la vue de ses seins une vision tout à fait charmante. Je la trouvais belle, sur le coup.
« Comment tu t'appelles ? »
« Pourquoi ? »
« Beh... je veux savoir. »
« Je ne te le dirais pas ! Tu es ici pour voler ? »

Je renfrognais mes lèvres en une moue exaspérée. Ces filles ! Toujours à chipoter là où il ne fallait pas. Elles étaient tellement ridicules, parfois!

« Et alors ? Ici, tout le monde est mort, de toutes façons, alors on s'en fout ! »
« Ce n'est pas vrai ! Thot est là. »

Je me récriais, soudainement apeuré. Il fallait savoir que j'étais particulièrement supersticieux.

« Quoi ? Mais ! Je croyais qu'il était dans la vallée des rois ! Un dieu ne peut pas habiter ici ! C'est pas assez... »

« Quoi, pas assez luxueux ? C'est parce que tu ne sais pas regarder ! »

Le fille leva son bras, et aussitôt, des centaines de torches spectrales apparurent sur les murs. J'ouvrais des yeux stupéfaits, et la jeune fille explosa d'un rire moqueur, tandis que je découvrais la beauté des hiéroglyphes inscrits dans les murs. Je me récriais devant mon erreur, acceptant totalement le fait qu'elle aussi possède des dons. J'avais la suspicion qu'elle n'était pas réellement humaine.

« Tu vois ? »
« Je suis désolé, je pensais que.. pardon... »
« Ce n'est pas grave, sourit la fille. Tu veux que je t'accompagne ? Tu es petit, et je ne veux pas que mon frère te mange pas erreur. »
« Ton frère ? M'étonnais-je, en lui emboitant aussitôt le pas. »
« Oui ! C'est un terrible affamé ; tout ce qui est inconnu, qui se dévoile à ses yeux, il le mange, et quand il le
dévore, il en connait l'essence même. Il sait presque toutes les choses sur la terre »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il est très intelligent. »
« J'aimerais pas avoir un frère aussi intelligent, marmonnais-je. »

La jeune fille eut un petit sourire, puis continua sans mot dire. Pendant quelques minutes, nous continuâmes notre voyage au travers des dédales colorés de la pyramide, puis la jeune fille me dévoila une porte magnifiquement sculptée. Elle la poussa, et pénétrant à l'intérieur, arrivait dans une salle au sol en pente. Au milieu, prônait un tombeau richement sculpté. J'ouvrais des yeux épouvantés.

« Mais ! C'est une momie, là-dedans ? »
« Oui ! Celle d'une vieille femme. Tu veux l'ouvrir ? »
« On ne va pas me punir, si je fais cela, demandais-je, en tournant mes yeux clairs vers la jeune fille. »
« Oh non ! Pas si c'est moi qui te donne la permission. Vas-y ! Ouvre ! »

Je traversais la salle en enjambant des centaines de richesse disposées sur le sol, pour m'approcher de la défunte. Mes doigts se déposèrent sur le lourd couvercle, et prenant mon inspiration, je m'arc-boutais pour le déplacer. Rien n'y fit. La fille explosa de rire.

« Oh non ! Ne l'ouvre pas comme ça, tu ne réussiras pas ! »
« Arrêtes de te moquer ! Tu m'as dit que je pouvais... »
« Je veux dire... pas avec tes mains. Essaie... avec ta tête. »

Je comprenais, surpris qu'elle sache que je possède des pouvoirs. Mais ne faisant aucun reproche sur cela, je visualisais mon objectif : le coulissement du couvercle, par un pivot régulier. L'action s'éxécuta dans des secondes qui me parurent infinies. Je regardais la boite s'ouvrir, et je regardais le cadavre desséché de l'ancienne oracle. Ne restait presque plus rien, mais ce visage ouvert sur une mâchoire hurlante, des doigts crochetés, m'effrayèrent. Je retins un cri, et la jeune fille s'approcha de moi. Ses doigts vinrent caresser le squelette hideux, et elle désigna une petite forme noire, à la place de l'utérus du squelette. Je plongeais mes doigts entre le bassin et les hanches, pour en ressortir une petite statue noire ; representant un chat, roulé en boule. Etudiant ma trouvaille, je me tournais vers la jeune fille ; et figé d'horreur, j'assistais soudain à un spectacle monstrueux : la poitrine juvénile se déchirait en deux mamelles énormes, fertiles, et le visage tendre s'était arraché, pour laisser place à une gueule de lionne.

« Maintenant ; garde précieusement ! Et cours ! Sois ! Les Dieux d'Egypte n'aiment pas les voleurs. Mais pour ta faute, toi qui a violé le sanctuaire, tu seras châtié. Mais pas maintenant ! L'amour de la déesse de la guerre et de la destruction t'accompagne ! Vas, chaton aimé, chaton maudit! »


Sans réfléchir une seconde à logorrhée de la créature monstreueuse ; j'obéissais avec une terrible docilité. Prenant mes jambes à mon coup, je fuyais cette salle, tandis que les rugissements de la lionne résonnaient à mes oreilles.
Un souffle lointain me masqua le « Je t'aime », prononcé faiblement aux milieu des cris félins. Le savais-je ?
J'avais rencontré une des plus terribles déesses. Sekhmet. Et volé devant ses yeux. En soit, cela signait mon destin d'une croix rouge : je me ferais un jour manger le cœur par la grande Dévoreuse. Je le savais. Mais ce jour n'était pas encore arrivé.


Chapitre deux : Angleterre

Les souvenirs relatés, une fois hors de mes lèvres, explosèrent aux tympans de mes parents comme une folie dangereuse qui évéilla en eux une paranoïa impressionnante. En quelques jours, sans que je ne parvienne à comprendre ni comment ni pourquoi, nous avions pliés bagage, et l'Egypte devenait pour moi un endroit que je ne reverrais pas de sitôt. Dans l'avion, je quémandais des informations. Mes parents ne m'expliquèrent rien, préférant sagement retourner aux pays civilisés, loin des dieux païens, et des sables chauds. Je laissais derrière moi, pour avoir voulu obéir à une déesse, mon pays, mes amis, mes souvenirs.
L'Angleterre me fut détestable dès le premier jour. Un pays GRIS. Totalement à l'opposé de mes villes, du Caire, des pyramides et des petits lézards se chauffant au soleil. N'y avait ici que les désolations d'une pluie parcheminant des pages déjà brouillée par l'encre de la pollution. Le Monde Moldu s'offrait à moi comme un lieu dangereux, où je ne devais pas exister en tant qu'individu magique, mais simplement en tant qu'individu physique; si possible, consommateur. Ne rien faire d'autre que d'obéir, aller à l'école, apprendre cette langue trop facile, et hideuse qu'était l'anglais. Malgré tout mon dégout, s'ouvrait pourtant à moi un univers étrange que jamais je n'aurais soupçonné en Egypte. Les Anglais n'étaient pas tous moldus. Je découvrais, grâce à un très ancien réseau d'amis de mon père, le monde sorcier. Je découvrais le Chemin de Traverse, je découvrais des enfants de mon âge qui piaillaient devant un magasin de Quidditch. Bientôt, toute ma haine se dissipa en une simple rancoeur. Pourtant, le souvenir de la jeune Hathor, se transformant en Sekhmet obnubilait mes nuits. J'avais conservé la statuette de chat, et chaque nuit, en étudiais les contours, avant de m'endormir.
J'allais avoir onze ans, et la rentrée aurait lieu bientôt. Je craignais de voir passer les jours sans jamais recevoir de lettre. Plus l'impatience montait, plus mon angoisse faisait de moi un animal traqué par mes propres peurs, et je me réfugiais dans des pleurs qui se faisaient toujours plus violents. Je craquais, persuadé que Poudlard ne voudrait jamais de moi.

(…)

La journée était maussade et grise, et je ne savais quoi faire. Trainant dans la bibliothèque, j'avais jeté dans un carton tous les livres me plaisant vaguement, et étais remonté dans ma chambre avec, dans l'espoir de me distraire. Assis sur un épais fauteuil de cuir vert, je jetais les livres au sol, les uns après les autres, dans une attitude profondément arrogante; chaque livre qui au final me paraissait ennuyeux filait se claquer contre le sol dans un bruit sonore. Soudain, mes yeux se stoppèrent sur le titre doré d'une enluminure inscrusté dans le cuir d'un livre sombre. "Alices adventures." Alice aux pays des merveilles, ce livre dont j'avais tellement entendu parlé, mais jamais je ne m'étais passionné, chutait enfin entre mes doigts, sans que j'ai à faire le moindre effort. Délaissant le carton, je m'installais, récupérant la statuette du chat, et comme à mon habitude, la plaçais sur mes genoux, pour pouvoir la caresser. J'ouvrais le livre.


~

'Well! I've often seen a cat without a grin,' thought Alice; 'but a grin without a cat! It's the most curious thing I ever saw in my life!'


Cette phrase, je la répétais à voix haute, me fit faire la chose la plus extraordinaire qui soi. J'aimais le personnage de Chess comme j'avais pu aimer Hanthor, et cela sembla se projeter hors de moi: comme une bulle. Une bulle d'amour et de magie la plus puissante que je puisse fournir, qui venant s'éclater sur la statuette, lui donna vie. Un chat prit place sur mes genoux, devint Thot, devint l'élément le plus important de ma vie, car à lui tout seul, parvint à être le pont entre l'Egypte de mon coeur et l'Angleterre de mes yeux. Je recevais la lettre de Poudlard. Je recevais mon identité. Je devenais Chess.

Première année.

« Qui es-tu ? »

On avait appelé mon nom, et j'eus envie de lancer une plaisanterie à ce chapeau miteux que l'on venait de déposer sur ma tête. Qui suis-je, créature anglaise, chose personnifiée ? Qui suis-je, moi qui vient du pays du sable, qui parle hébreu, et trébuche sur mes prononciations anglaises ? Moi qui suis enfant du soleil, qui ai les yeux bleus, et les cheveux blonds ? Pourquoi me poser la question, alors que jamais tu ne pourrais réellement le savoir. Tu n'étais rien d'autre qu'un chapeau. Moi, j'étais tellement plus que toi.

« Le crois-tu ? Ta vie vaut t-elle plus que la mienne ? »

J'ignorais que tu étais en vie, Chapeau. À mes yeux, tu étais un objet que des anglais à qui des anglais avait voulu attacher de l'importance. Tout comme ces vêtements que je devais porter, qu'eux tous devait porter. Il y a six mois encore, je pouvais courir nu dans le désert. Avant, j'étais en Egypte, et j'étais libre. Du moins, c'est l'impression que j'avais. Je pensais que le monde m'appartenait, et qu'il suffisait que je coure toute la journée, en compagnie des enfants arabes, noirs, pour être persuadé que nous venions de faire le tour du monde ; de par nos esthnies, de par ma magie, de par les connaissances qu'eux pouvaient posséder, s'ils venaient de différentes tribus entre eux. Je ne le savais pas. Mais au moins j'étais heureux.

« Tu es donc malheureux, ici ? »

Non. J'ai découvert Chess. Je n'aurais pas pu lire de l'anglais, avant. Je n'aurais jamais découvert Cheshire.

« Est-ce que tu es prêt à tout pour montrer que tu es Chess ? »

Naturellement. Tuer ? Est-ce que je dois avoir honte de l'avouer ? Les mœurs anglais sont d'une politesse hypocrite. Si je dois casser la tête de quelqu'un contre le sable parce qu'il l'a mérité, alors je le fais. Je l'ai déjà fait. J'ai été éduqué par les scorpions des roches. J'ai grandi près des cobra. J'ai mangé avec le vent. Je suis la nature que la faiblesse anglaise redoute, dans toute sa splendeur grise et frêle. Je suis la violence, et je suis la désincarnation de la beauté. Je suis Chess. Je suis Lorcan Hatefull.

« Et si quelqu'un était plus fort que toi ? »

Cette personne n'existera jamais.

« Et si elle existait ? »

Alors je l'aimerais.

Le Choixpeau prit son temps, et McGonagall resta un peu surprise, comme beaucoup d'autre, de par l'attente qui en résultat. Une certaine tension avait pris place dans la Grande Salle, et quand, dans une déchirure du tissus, la bouche monstrueuse du Choixpeau s'était fait apparaître, le nom de la maison de Gryffondor résonna dans la salle avec une intensité qui me fut toute particulière. Je me souviens avoir levé mes mains jusqu'au chapeau, et l'avoir fixé. Puis, je lui murmurais que je devais déjà être ce que j'étais, et que je ne serais pas ce que je devais être. J'ignore si ce fut réellement le cas, mais il me sembla que le Choixpeau souriait, tandis que je rendais l'objet miteux à McGonagall, avant de me tourner vers la table des Gryffondor. En cet instant, je me sentis comme à l'apogée d'un petit règne : observez moi, contemplez-moi, craignez moi, car maintenant, je suis des vôtres. J'étais allé à leur table, on m'avait applaudi, comme n'importe quel autre Gryffondor, mais il n'y avait pour moi ni fierté ni honte. Simplement le constat d'être un lion. Un lion solitaire, ou peut-être uniquement un lionceau. Mais j'étais outré. Ce chapeau lisait t-il l'avenir ? Y'aurait t-il réellement cette personne qui serait plus forte que moi ?

(…)

« Je vais te détruire. »

Le savais-je ? Cette phrase était sortie d'entre les lèvres pincées d'un garçon de cinquième année. Ma première année à moi était déjà bien entamée, et pendant six mois, j'avais connu ce même refrain, étant la source de moquerie de nombreuses personnes, et bousculé par d'autres, était resté le souffre-douleur d'un château qui m'apparaissait comme rempli de vers. Je m'étais mis à tous les détester, quels qu'ils soient. Je m'étais mis à me détester, sans parvenir à comprendre pourquoi. Mais cette haine, qui avait empli ma poitrine, ne faisait qu'âccroitre, par sa simple existence. Pendant une demie douzaine de mois, j'avais laissé enflé cette colère, mais étais resté d'une passivité déplorable. Alors aujourd'hui, ce soir, en cet instant, tandis que l'autre me regardait, la joue lacérée par mes soins, je me sentis brutalement vivant. Brutalement.

« Je te jure que je vais te détruire. Je ne sais pas comment, mais je vais te détruire. »

Il avait essayé de me renverser du haut d'un escalier. Peut-être qu'avant cette soirée, il n'y prenait pas vraiment de plaisir, et que c'était un bizutage sans intérêt à ses yeux. Peut-être que dans mon dos, on disait que ce n'était pas bien, et que je n'avais pas à subir cela. Mais je ne voyais que la distance, je ne voyais que ces sourires, que ces livres que l'on m'avait arraché des mains, et qu'on avait jeté au sol. Je n'entendais que ces silences lorsque je demandais « pourquoi ». Je ne vivais que pour cela, que pour cette haine du genre humain, de l'individu anglais, qui m'avait arraché au bonheur de ma vie. Je les détestais. Je les haissais.

« Tu ne pourras pas. »

Ma voix était faible, tellement faible ! Encore aujourd'hui, je restais surpris par le manque de force de mes cordes vocales de l'époque. Mais mon souffle absent était peut-être un paradoxe de plus quant à cette violence qui s'était déchaîné dans mon être. J'avais la main rougie, et les phalanges ensanglantées. Je finirais peut-être dans le bureau de mon Directeur de Maison. Mais je n'en avais rien à foutre. Ce mec. Je l'avais frappé pour m'avoir humilié une fois de plus, parce que je ne le supportais plus. J'annonçais les couleurs de mon combat, j'annonçais ces hurlements qui viendraient jaser sur mon passage. J'avais onze ans, j'avais cent mille ans, j'étais un enfant, mais pour eux, je voulais être leur assassin. Autour de moi, dans le couloir, mais avec une répercussion future de ma socialisation, les acolytes de ma victime m'encerclèrent ; pour me menacer de leur surnombre, pour m'apprendre qu'ici, à Poudlard, ils seraient toujours bien plus nombreux que moi, bien plus forts que moi.
Cette leçon, je l'appris à grand coup de poings dans ma mâchoire, dans mon échine, et dans le ventre. Ils m'abandonnèrent au sol, et jamais je ne fus convoqué dans le bureau du Directeur. Mais jamais je ne décidais de laisser passer cela, et vengeance criante, je décidais de trouver dans la Haine mon besoin d'exister.

Les cours de métamorphoses furent le seul piston d'une normalité qui resta émergé au dessus de tout ce flot de banalité auquel je n'accordais plus la moindre importance. La seule matière dans laquelle je me découvrais un talent qui impressionna mon professeur, et moi, par la même occasion. La seule matière qui fut capable de me rendre un tant soit peu « naturel », « commun ». Parce que je pouvais sourire, innocemment, devant une bonne note épinglée au coin d'une feuille de devoir.
Mais le reste était un amas d'excréments, à mes yeux. Je vivais passif dans le quotidien d'un élève de Poudlard. Mais la nuit, je me livrais à l'extase de mon existence déformée. Toujours, ils seraient plus forts, toujours, ils seraient plus nombreux. Mais je les tuerais tous, car je n'étais, et jamais je ne serais, un perdant. Poudlard était une source d'énergie, une sorte de vasodilatateur à la magie. J'en ressentais chaque vibrations, chaque frémissements, et ces stimulations régissaient mon corps et mes humeurs. Je ressentais la puissance du surnaturel avec une attention de limier. Mon premier acte « extra-ordinaire », fut un jour de parvenir à fondre la statuette trouvée dans l'utérus de la morte, et d'en faire un chat, noir, qui jamais ne mangeait. Je caressais son poil, j'écoutais ses yeux, et bientôt, je retrouvais avec lui cette sensation de torpeur et de magnificence que j'avais eu en lisant Alice aux Pays des Merveilles, cette sensation que j'avais eu en découvrant Chess. En me découvrant. Cela n'avait rien d'un Horcruxe, et à l'époque, je ne savais même pas que cela existait. Mais Thôt, ce chat originellement statue, devint une partie de moi, et je fus plus que jamais chat.

(…)

« Eymeric, Eymeric ! »

Ils hurlaient, transportés dans leur panique, tandis que s'effondraient sur eux la fureur d'une pluie nocturne. Ils étaient quatre, mais d'eux d'entre eux gisaient à terre, dans une chute que j'espérais mortelle. Je l'espérais, mais je fantasmais. De toutes façons, ils m'importaient peu. Celui qui m'intéressais, c'était ce garçon dont l'acolyte criait le nom. Mon fameux « destructeur ». Celui qui, la joue lacérée, m'avait foudroyé du regard, en insinuant que ma vie lui appartenait. Qu'il était capable de l'arracher au commandement de Ré. Ce garçon, anglais.

« Arrête, arrête... »

Lui, ses murmures étaient si délicieux. Je sentais la pluie qui collait à mon corps, et j'en avais horreur, mais le plaisir de me venger valait bien toutes les inondations du monde. Le Parc, à cette heure avancée de la nuit, était vide et personne ne pourrait venir à l'aide des quatre jeunes hommes. Car il y avait ; eux, ces humains anglais, et nous. Nous, les chats.
Comme des pierre, figés sous la pluie dans la perfection féline de nos mouvements, nous ignorions l'eau pour contempler ces humains. Moi j'étais debout, mais cela n'était pas très grave. J'étais avec eux, ils étaient avec moi, et nous étions ensemble quinze individus aux pelages imbibés d'eau. Le lendemain, lorsque le jour se leveraient, peut-être que les élèves propriétaires des chats ici présents s'étonneraient de leur humidité : mais ce soir, ces chats m'appartenaient, et je leur ordonnais leur propre plaisir. Chasser la souris. La souris en question était bipède et bruyante, mais nos oreilles plaquées sur le crâne, nous veillions à ce qu'aucun n'échappe. Moi, j'étais assis sur le torse d'Eymeric ; ce rat puant. Du bout des doigts, je caressais ses lèvres, et Patapouf et Mistigri tournaient autour de nous, leurs prunelles enflammées par l'éclat lugubre d'un œil de chat. Nous prédateurs. Eux proie. La société animale s'organisait sur la loi la plus fondamentale de toutes. La raison du plus forts était toujours la meilleure.

« Il y aura toujours plus de chat que d'humain. »

Mes ongles arrachaient des morceaux de ses lèvres.

« Il y aura toujours plus de puissance dans la patte d'un chat que dans les actions d'un homme. »

Le sang coula, sous la pluie, mais je maintenais avec soin son menton, et des chats plantèrent leurs griffes dans ses bras musculeux.

« Je gagnerais toujours. »

(…)

Eté : 12 ans.



Je retrouvais l'Egypte à partir de mon anniversaire, le mois de mes douze ans. La chaleur enflamma ma vie, mon été, et je crois que je ne fus jamais aussi heureux que de retrouver le sable de mon pays natal. Je retrouvais mes amis, je leur racontais ma facilité à maîtriser les chats, et se moquant ouvertement de moi, ils me surnommèrent « CHA' TOOL », ''chaton'', en hébreu. J'avais la sensation d'avoir déjà été appelé ainsi, mais grisé par les retrouvailles, je me jetais sur eux, et nous passions alors de longues heures à jouer. Je redevenais le sable, je redevenais le vent. Pour un mois. Un éternel et si bref mois, qui resta à jamais gravé dans ma mémoire. Un vieux sorcier, éloigné de la société instauré par le Ministère de la Magie, me fit voir des choses que l'on pouvait réaliser avec la magie, mais sans la baguette, et pendant un certain temps, je n'usais plus du tout de ce que je considérais comme un bout de bois. Quoique de papyrus.
Mais ces bases sur la shamanisme égyptien, sur cette magie du désert m'offrit un avantage considérable que je me promis de ne jamais utiliser à Poudlard. Ce n'était pas une magie que les anglais méritaient de connaître, et si je commettais l'erreur de la réaliser devant eux, ils viendraient saccager nos déserts pour trouver le secret des veines pharaoniques. Je refusais cela. Alors j'appris, je retins, mais je le conservais, enfermé dans le coffre-fort de mon cœur, pour ne l'utiliser qu'une fois ailleurs de l'Angleterre.

Seconde année: 12 ans.


« Eyh, Marilyn ! »

Marilyn Monroe était morte en 1962. Soit un an avant ma naissance. Les gens qui m'invectivaient, un sourire goguenard aux lèvres, de cette manière, ne devaient cependant pas être plus âgés que moi. Pour la plupart, ils étaient dans les mêmes années d'étude que moi, et qu'à douze ans, ils aient une culture moldue américaine m'impressionnait réellement.
De mon côté, je trouvais, -malgré moi-, leur comparaison plutôt perspicace. Mais du top-model, je n'avais que la blondeur, et les hanches. Je ne me trouvais pas aussi raffiné que Miss Poumpoumpidou, et bien loin d'avoir sa taille. J'étais plutôt petit, et à douze ans, cela devait être un avantage, à mes yeux. Guilleret, je laissais passer les « Monroe », au fil de mes journées, de mes semaines, de mes mois, de cette deuxième année à Gryffondor. J'étais guilleret, très exactement. Joyeux de ma victoire, content de ma vengeance accomplie en fin d'année dernière, et heureux de constater que je ne craignais plus le genre humain, et l'individu anglais.
C'est ce que je crus pendant huit mois.
Jusqu'à ce que des filles de Gryffondor, que je ne connaissais que pour leur attention dévouée auprès des plus jeunes, murmurent en gloussant, dans un couloir, alors que je passais près d'elles, aussi invisible qu'une ombre, que Lorcan Hatefull était le petit pédé des Lions.

(…)

« Vous l'avez vu ? »
« Pas du tout. Ça fait combien de temps, là ? »
« Deux mois et... vingt et quelques jours. »
« Dumbledore et Dicket ne font rien, ou quoi ? »
« On ne sait pas. Je sais que Dumbledore a fouillé la forêt Interdite, mais il ne l'a apparemment pas trouvé. »
« Tu penses qu'ils nous l'auraient dit, s'ils avaient retrouvés son corps ? »
« … Je ne sais pas. Je sais juste que ses parents sont venus ici, et on supplié le Directeur de ne pas faire d'annonce dans la Gazette. Ils refusent d'accepter l'idée qu'il puisse avoir été emmené ailleurs. Selon eux, il est toujours à Poudlard. »
« C'est logique, mais je ne comprends pas la motivation de ses parents. Pourquoi refuser l'intervention de la Gazette ? Ça peut aider à le retrouver, non ? »
« Ils sont étrangers, si j'ai bien compris. Ils n'aiment pas trop les systèmes anglais... et j'en sais trop rien, ils ne veulent pas que le Ministère fiche son nez dans leurs affaires. »
« M'enfin... c'est étrange, ça, qu'un gosse de douze ans disparaisse et que personne ne parvienne à le retrouver ! »
« Hatefull a toujours été un gamin bizarre. Je crois qu'il fallait s'attendre à un truc comme ça, tu sais. Il est gryffondor, mais il ne colle pas vraiment avec le portrait qu'on peut se faire de l'un d'eux. Je ne comprends pas ce qui a bien pu lui arriver. Ce type était étrange sur toute la ligne : depuis son arrivée à Poudlard, il ne s'est jamais fait d'amis, et il a toujours été le gamin qui laisse deviner un mage noir en devenir. Je pense que ce n'est pas une grande perte. »
« Tu ne devrais pas dire ça, Harrison. S'il est mort... »
« J'ai du mal à croire qu'il soit mort, malgré ce que je dis. J'ai la certitude que ce gosse est quelque part. Peut-être qu'il va réapparaître. »

(…)

Quelque part.
Presque trois mois.
Presque.
Mais je commençais à m'impatienter, et la salle sur Demande n'était plus aussi confortable qu'elle avait pu l'être lors de mes premiers jours caché ici. Je savais que plusieurs fois on avait cherché dans cette salle : mais jamais on ne m'avait trouvé. Car une des lois fondamentales de la Salle établissait qu'on ne pouvait pénétrer dans le désir le plus profond de l'utilisateur en cours de la salle va-et-viens. Et personne n'avait, de toutes façons, deviné que j'étais là, entre les murs du Château, à pleurer tout mon soûl, sur le sable qui environnait la pyramide de Khéops. Je savais qu'il était impossible de faire apparaître le monument funéraire, mais je connaissais l'odeur du sable d'Egypte en fonction de chaque localisation. Et je savais que ce sable qui était sous mes doigts, et que je foulais depuis trois mois, avec la complicité de la Salle, était bien celui de mon Egypte natale. Mais il fallait que je revienne à la réalité. Mon chagrin avait disparu, laissant place à un simple vide dans ma poitrine ; le constat que rien de ce que je ferai ne me laisserait en paix avec les Anglais. Je ne pouvais pas les aimer. Ni les aimer, ni les supporter. Nous n'appartiendrions jamais vraiment à la même race, et ils étaient pour moi des étrangers que je reniais. Pédé. J'étais cette étiquette, à leurs yeux. Et cela me blessait plus que tout autre chose, car ils posaient sur moi une attention motivée uniquement par ce que renvoyait mon profil, et pas ce que j'avais cru transmettre. Je n'étais pas, pour eux, ce que j'étais pour moi. J'étais une chose monstrueuse, péjorative, humiliante, à leurs yeux. Et dans mon besoin viscéral de reconnaissance, d'admiration, je ne pouvais pas supporter cela. C'était puéril. Mais pleurer, me lamenter, et hurler dans la Salle sur Demande avait eu le mérite de me calmer, de me vider la tête, et de me tranquiliser. J'étais tranquille. Comme un lézard sur un rocher, qui profite du soleil. Je ne savais simplement plus ce que je devais faire. Et ce vide total me shootait ; je vivais pour rien. Dans l'attente de rien. Aucune motivation. Une tranquillité extrême. C'était réellement bénéfique.
Mais aujourd'hui, il fallait que je bouge. Marcher des kilomètres dans le sable n'était plus ce que je devais faire. Dès l'instant où cette idée s'ancra dans ma tête, le désert disparu petit à petit, et bientôt, la Salle sur Demande fut une pièce étroite, de la taille d'un cagibi, me présentant deux portes. L'une que je savais être la porte qui me ferait retourner dans les couloirs du quatrième étage de Poudlard. L'autre, elle était noire, et m'était inconnue.
Je n'hésitais pas.

(…)

Le couloir était sensuellement sombre. Sensuel était un adjectif qui m'était apparu lorsque la porte noire s'était refermé derrière. Je n'avais pas cherché à la retenir, car je savais qu'il fallait que j'avance dans ce boyau étroit, lisse, et propre. Il faisait froid, et mes pas claquaient entre les murs, mais je caressais d'une main légère les parois si noires. Elles m'enfermaient dans ce qui me donnait l'impression d'être le ventre d'un serpent. Mais un serpent cubique, qui semblait ne jamais vouloir se terminer. Pourtant j'arrivais quelque part, et des torches enflammées, accrochées de par et d'autre d'une seconde porte, me permirent de lire des mots gravés dans le panneau de bois. Se trouvait, apparemment, et derrière cette porte, ce qui s'appellait l' « Heliogabalus Pub ». Un pub. Quel étrange endroit pouvait bien se trouver ici ? J'avais la conviction infinie que je n'étais plus à Poudlard. Peut-être en dessous de Londres ? J'entendais, très loin au dessus moi, des vibrations qui auraient pu être une circulation urbaine. Une ville, à des centaines d'années lumière de mon existence. Je concentrais mon attention sur la porte, sans bouger. Toucherais-je ce bouton doré ? Je savais que je n'avais qu'à le saisir, et le tourner, pour découvrir de quoi il en résultait vraiment. Ce qu'était cet Heliogabalus Pub. Mais une partie de moi, une partie comme endormie, comme protectrice et prudente, me disait de ne surtout pas faire cela. Il y avait peut-être quelque chose de dangereux.

« Tu n'ouvres pas ? »

Ils étaient deux êtres. Deux êtres dont jétais incapable de définir la réalité : s'ils étaient vivants ou statues. Ils ressemblaient tous les deux à un couple de danseurs, et immobiles, ils transpiraient la grâce et la beauté du mouvement immobilisé. Je me souviens être resté surpris par leurs magnifiques visage, comme taillés dans le marbre. Mais pas par le fait qu'ils soient tous les deux là, sortis de nulle part. Je secouais la tête, faisant valser mes boucles blondes. Non. Non, je n'ouvrirais pas cette porte, car il y avait quelque chose de mauvais derrière. Quelque chose qui n'était pas normal. Les statues sourirent, et dans un mouvement étrange, un mouvement qui ne fit pas bouger leurs jambes, mais qui les rapprocha de moi, ils fondirent à mes côtés.

« Est-ce que tu te rends compte que tu meurs petit à petit ? Que celui que tu étais est en train de disparaître pour se laisser dévorer par l'anglais ? Tu es en train d'être... contaminé par la normalité. Par ce que les autres peuvent être si facilement. Dès la naissance, en fonction de leur parent, de leur éducations, ils correspondent aux normes. Tu es né étranger à ces normes, et tu t'es fait prisonnier d'autres chaînes. Si tu étais resté en Egypte, tu aurais été banal, comme nomade : car tu serais resté dans ton environnement naturel. Mais en venant en Angleterre, en t'exilant dans ce pays qui n'est pas le tien, tu t'es fait toi-même étranger à ce monde. Tu es différent. D'eux. De ce qu'ils sont. Et c'est ta force, si tu acceptes cette différence ; parce que toi, tu es cet exil qui s'accepte, tu es cette force qui se revendique dans sa faiblesse. Est-ce que tu comprends ? Si tu es trop anglais, tu n'es plus égyptien. Si tu es trop Egyptien, tu n'es pas anglais. »

Le couloir, la porte, les flammes, et les deux danseurs disparurent. J'étais dans le quatrième étage de Poudlard, face à un mur vide, mes cheveux parfumés par l'odeur du sable.

Troisième année: 13 ans.

Mes cheveux avaient poussés jusqu'à mes épaules. Et j'avais découvert l'existence du eye-liner.
Dès la rentrée, mes camarades, mes connaissances, mes professeurs remarquèrent, avec une contrainte de mes mains, le changement de mon être.
Jean's troué et collant de maille, gilets cloutés et mini-jupes de cuir, mon androgynie était apparue comme une fleur éclot un matin. Brusquement.
Je faisais de mes yeux le support de longues et larges traces noires ; je tirais mes cheveux en arrière, en projetant à mes mèches un côté disparate et décoiffé, je remontais des bas et des jarretières sur des cuisses qui devenaient de plus en plus maigres, et je dénudais mes épaules pour laisser apparaître des bretelles de soutien-gorge. Il y eut tout d'abord des moqueries. Puis petit à petit, une sorte de silence glacé accompagné mes journées, et je savais que l'on me regardait maintenant d'un œil fasciné.
Une fascination exacerbée par mes allées et venues entre les toilettes des filles et les pissotières masculines. Par mes gloussements amusés quand je voyais un garçon loucher sur ma poitrine, et par les remarques balbutiées d'un professeur qui me voyait croiser lentement mes jambes entre elles. J'avais treize ans, mais mon corps avait décidé de grandir. Et j'avais décidé de changer. Je peignais mes lèvres et mes ongles, bouclaient mes cheveux, et portais des robes. En peu de temps, -une fois la pilule avalée-, des filles commencèrent à se rapprocher de moi. Et moi, chose curieuse, je les acceptais. Je commençais à les aimer. Et bientôt, je pus considérer avec une joyeuse petite troupe de copains et de copine. Mon uniforme ouvert sur un décolleté mettant en avant mon soutien-gorge rembourré, je marchais maintenant dans les couloirs d'un pas vif, discutant d'une voix sèche sur Jessica Permisson qui sortait avec Brandon, avec telle ou telle fille, tandis qu'un garçon m'annonçait calmement qu'il fallait rendre un devoir corrigé pour le lundi suivant. J'allais en permanence accompagné de sœurs jumelles qui voulaient absolument savoir si je viendrais à Pré-au-Lard pour Noël, ou bien sortait de cours en m'esclaffant avec Michael par rapport à la tête du prof.
Ma popularité croissait.
Et, alors que nous atteignions les vacances de Pâques, elle atteint un point faramineux, lorsqu'à la suite de la victoire de Gryffondor lors du match de Quidditch, contre Serpentard, j'enlaçais la capitaine de Quidditch, l'embrassant devant la salle commune entière, la faisant mienne. Notre couple devint scandaleux, houleux, mais les fureurs disparurent bien vite quand on se rendit compte que Lorcan Hatefull n'était pas le type de personne qui baissait les yeux. Je sortais avec cette fille de septième année, et n'hésitais jamais à me mettre en spectacle. Mes baisers pour elle, nos caresses, nos gloussements, ils devinrent l'image du couple « phare » de Poudlard, et rares étaient ceux qui ignoraient nos manèges. On s'amusaient à sortir dans les bras l'un de l'autre, à la fin d'un cours, nous embrassant dans la Grande Salle, sous les yeux des Professeurs, ou bien roucoulant jusqu'à ce qu'un surveillant nous ordonne de retourner dans nos dortoirs. Les potins allaient bon train, et crâneur à souhait, je m'amusais un matin à jeter un préservatif à la tête de James Potter, en lui lançant une vanne quand à la puissance de sa capitaine de Quidditch. La salle commune devint le lieu de frasque, de découvertes et d'attouchement, de colère et de scandales entre mes camarades de Maison et moi, mais je gardais la tête haute, imposant ma personnalité excentrique, et bientôt, plus personne ne put rien me reprocher, car je n'accordais plus d'importance à tout ce qu'ils pouvaient me dire. Mieux. J'enchaînais les conquêtes avec une sorte de frénésie, et bien que tout le monde soit au courant, cela devint comme naturel, puisqu'associé à moi. J'étais Lorcan Hatefull, alors cela se comprenait. Un jour, ils voulurent me piéger.
Plus audacieux qu'Eymeric ne le fut avec moi, ils me séduisirent, en créant une approche alléchante. J'avais déjà goûté aux hommes, et je n'avais pas trouvé cela dérangeant. Au contraire, j'appréçiais autant le corps d'un homme que celui d'une femme, et mes expériences sexuelles ne relevant que du jeu pour moi, je ne me sentais ni gêné, ni troublé par quoi que ce soit. Je laissais venir, aller, et j’appréciais, simplement.

« הפרעוים מתו. »

Je n'avais pas la moindre idée de pourquoi je répétais cela en boucle, mais cette phrase accompagnait ma soirée, tandis que je déambulais dans un couloir vide. Il était tard, très tard, et si je me faisais attraper ici, il n'y avait aucun doute de voir Gryffondor se faire arracher quelques points de plus. Ce qui en soit, m'était totalement égal, mais je n'avais pas envie de subir une réprimande, et je veillais à rentrer prestement dans la tour du septième étage.

« Lorcan ? »

Je me retournais, surpris, et observais un jeune homme s'approcher. Une de mes actuelles proies, avec laquelle je flirtais, sans réellement passer au sérieux ; j'attendais, sans envie de presser les choses. Mais qu'il vienne ce soir, un air aussi aiguicheux dans les yeux m'indiquait qu'il me fallait peut-être couper court aux préliminaires. Je m'immobilisais, et observais le jeune homme. Il vint poser ses doigts sur mes lèvres, dans une caresse, comme pour me saluer, comme un amant éploré d'une trop longue absence. J'haussais un sourcil inquisiteur, et ses lèvres se courbèrent de façon adorable.

« Est-ce que tu comptes attendre longtemps avant que nous ne jouions ensemble, Lorcan ? Est-ce que je ne te plais pas ? »

Son initiative me surprenait particulièrement. Je m'attendais à ce qu'il soit le genre de garçon qui défende un peu mieux ses intérêts, et qui rechigne à passer à l'acte. Soit. S'il draguait, je n'avais aucune raison de ne pas m'amuser. Après tout, il était dans le top cinq de ma liste ridicule visant à établir mes sucreries préférées. Oui. Ces humains anglais, ou anglais humains étaient des friandises, des sucreries dont je me servais allégrement, choisissant parmi toutes générations de ces élèves ceux qui me paraissaient les victimes les plus succulentes à mon désir de les posséder. Ils n'étaient plus des monstres, ils n'étaient plus des choses qui m'effrayaient, ils n'étaient plus des étrangers. C'est moi qui était étranger.

« Bonsoir. Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un là... »
« Lorcan, et si nous passions plutôt à ce qui nous intéresse vraiment. Juste toi et moi, ce soir. Ça fait longtemps qu'on aurait du le faire, et tu prends ton temps, tout sadique que tu es. »

Sadique, moi ? Hah. Très certainement pas. Mais certainement pas avec lui. Qu'il s'offre ainsi m'impressionnait, me dérangeant tout à la fois. Il avait réussi à calquer mes mouvements sur les siens, et sans que je ne parvienne à me déloger, il nous avait poussé à l'intérieur d'une salle vide, désaffectée. J'observais l'endroit d'un œil critique, avant de reposer mon regard sur lui. Il eut un petit air désolé, presque condescendant, puis plaqua sa bouche contre la mienne, pour venir m'immobiliser contre un bureau. Il ne me laissait absolument pas l'opportunité de deviner une faille dans la muraille qu'il se mit à représenter, et sous le baiser et la force sensuelle qu'il dégageait, je devinais un obstacle terrible. Ses doigts s'étaient refermés sur moi, comme une étreinte. Mais il n'y avait rien de doux dans ses gestes. Simplement une force brute, et sauvage. Je cillais, presque effrayé, mais figé entre ses bras. Lorsqu'il cessa lentement le baiser, je n'avais pas bougé, et je le vis étudier mon visage impassible avec une sorte de désœuvrement. Puis il laissa échapper un sifflement. Des garçons jaillirent hors de l'ombre, et je sentis une déferlante de rage plonger sur moi, à la manière d'une vague. Une vague.
Moi qui était le vent, le sable et les rochers.

(…)

« Chess. »

Cela ressemblait à une prière. Quelque chose de silencieux et de respectueux à la fois. Un respect froid, celui que l'on retrouve dans les église. Ce mot. Chess. Ces cinq lettres qui désormais, et à jamais, devraient me définir. J'étais Chess. J'étais l'Etranger. J'étais pour eux ce qu'ils ne seraient jamais car ce que je serais, j'avais décidé de l'être. Chess. Ce chat au sourire grandiloquent, au rictus flamboyant et déformé. Aux yeux méchants et à la grimace joyeuse. Oui. Voilà ce que j'étais.
Les cinq garçons qui m'avaient attaqués durent se rendre à Ste Mangouste, pour qu'on leur effaçât la cicatrice que je leur avait imprimé sur le front. Un énorme smiley en forme de chat souriant, et sur le reste du visage, dans des lettres à la profondeur cruelle, les mots « propriété de Chess ». Ils avaient châtiés ce crime qu'ils n'avaient pu pleinement réaliser. Ils avaient souffert ce qu'ils avaient essayé de me faire, et même après l'opération, lorsqu'ils revinrent, subsistèrent des traces du sourire cicatriciel, et du double S de Chess. Je devins une terreur, une chose que l'on décida de ne pas contrarier ; comme un animal dangereux. J'étais ce Chat qui les observais tous, et ma vie commençait à prendre la tournure que j'envisageais pour elle. Je commençais à prendre conscience de mon être total.




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Lorcan Hatefull Chess

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