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 We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]

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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mar 22 Jan - 4:07


Going down on fire
Turn the lights off
Turn the music higher


Prologue.

Le tapage nocturne d'Heliogabalus Pub avait de quoi m'irriter, ce soir. La décadence d'une harmonie ne parvenait pas à suffire mes désirs trop ambiguës, et brutalement lassé des humeurs de la soirée étrange, mais fade à mon goût, je délaissais mon trône de velours, les doigts des danseuses, et la voix de Sküll pour m'engouffrer vers le monde réel. Mon ami m'accompagna jusqu'à la porte extérieure, et se chargeant de faire la conversation, rempli le couloir d'un monologue dont je n'écoutais pas le moindre mot. Jusqu'à ce que je parvienne à trouver la sortie, et qu'il m'empêche soudain d'y accéder. Sa main se plaqua sur le panneau de bois, et avec un sourire sauvage, cruel, il répéta ses derniers mots.

« Je disais ; veille à ne pas prendre froid, à ne pas parler aux inconnus, à ne pas accepter de bonbons, et à éviter de te faire tirer dessus ou poignarder. C'est tout ce que je demande. »

Je le contemplais avec une expression incrédule, mon rire noyé sous la surprise. Je le savais sérieux, et je connaissais sa prudence, mais ce genre de recommandation n'étaient pas supposées m'être offertes aussi précieusement. Il haussa les épaules dans un petit mouvement moqueur, et je laissais un sourire incertain courir sur mes lèvres, avant de m'écarter de la porte, et posant mes doigts près de mon estomac, -là où, sous les tissus, se trouvait maintenant une cicatrice fraîchement entretenue-, m'approchais de lui, pour, une fois à sa hauteur, plonger mes yeux dans les siens. Lui, glissa sa main sur ma poitrine, caressa mes vêtements noirs, effleura de sa chaussure mes pieds nus, mes ongles peints en noir. Ce soir, tout de noir et de blondeur vêtu.

« Da'ling. Je serais prudent. Vous me connaissez. Chess est toujours sage. »

(…)

Il y a avait un endroit qui existait, que je ne connaissais pas.
J'étais déjà passé devant, et m'étais souvent arrêté devant les façades de ce bâtiment dont je voyais les portes ouvertes aux clients les plus avantagés. Je ne me faisais pas d'idées sur cet endroit, je savais ce qu'il était. Il sentait l'alcool, le sang, et la cyprine à des lieux à la ronde. Attiré irrémédiablement, je me trouvais devant les lieuxt, alors que les horloges de la ville indiquait deux heures du matin. Décalée du monde humain, mais y appartenant. Décalée de la réalité, mais imposée à ses vérités, songeais-je, en regardant la gigantesque bâtisse. Les lumières des deux premiers étages étaient allumés, et je pouvais contempler la façade travaillée. Mon regard glissa jusqu'à la porte. Oserais-je ? Je me doutais de la présence d'un comptoir, d'un guichet, des videurs et autres agents de sécurité qui seraient peut-être là. Mais après tout, je n'avais aucune raison de ne pas faire le pas en avant. Cette curiosité de découvrir le propriétaire des lieux m'arracha à l'utopie d'y entrer, pour me motiver à pénétrer. Les soucis d'argents m'étant inconnus, je me dirigeais jusqu'à l'entrée énorme. Peut-être devrais-je pénétrer par effraction, déviant les systèmes de sécurité ? Peut-être devrais-je voir si cette personne était capable de résister au Chess hilare qui n'est ni vent ni fumée, ni saisissable ni accessible. Mes lèvres se tordirent en un sourire moqueur, et je levais le visage vers ces étages hauts. L'escalade serait rapide, presque facile.
Je ramenais mes mains dans mes poches, et me dirigeais vers la porte d'entrée.
L'on me fit payer, et dans un sourire poli, me proposa des explications sur les services que je ne connaissais pas. J'évaluais des yeux cet endroit aux allures de citrouilles transformées en château. Pas une remarque, ni un commentaire, mais je me laissais entraîner vers les lieux de festivités, amusé, surpris. Mon dieu. Ici non plus, on ne dormait pas ? Mais... « ici » appartenait au réel, et « ici » n'était pas l'Heliogabalus Pub. Plus grand, plus solide, plus vrai, plus cassable. Mes prunelles étrécies sur un monde de la nuit, je pénétrais dans cet univers de la Divine Comédie, découvrant sa classe et sa décadence, son luxe et ses pourritures humaines. Comme un fantôme qui se dressaient devant les humains, j'embrassais des yeux leur existence. Leur sang, qui dans ma gorge, réveillait une passion enflammée, leurs corps, les nudités et les danses. Un monde de mouvement, une seconde d'éternité ; figée sur la perfection du spectacle. Mes lèvres se courbèrent en un sourire sauvage, et lentement, j'y plongeais, dans ce parterre humain, riche, et étincelant. Riche et ridiculement humain. Mes doigts glissèrent sur la peau, découvrirent des danseuses, sans jamais m'arrêter. Je marchais, je découvrais ; comme un enfant jeté au pays des merveilles. Comme une Alice qui cherche son chemin sans se décider d'où elle veut aller. J'étais Cheshire paumé. Mais Cheshire qui acceptait d'être paumé, et qui se faisait l'oeil le plus dévorant de la soirée. Je n'étais pas là pour consommer d'un seul plaisir, j'étais là pour tous comprendre qui ils étaient, ce qu'ils voulaient, quelles étaient leurs motivations, et quels buts ils venaient atteindre en venant ici. Oh dieu. Ces femmes en robes qui caressaient d'autres femmes, ces hommes qui refermaient leurs doigts sur des sans-baguettes, ces jeunes hommes pleins d'élégance, dont le dandysme fragile se perdait avec l'alcool. Ces fines fleurs qui tuaient leurs cerveaux avec la drogue.
Fascinant.
Absolument fascinant.
La comédie relevait du tragique.

« Faut-il que ce soit un homme qui ait créé cela ? Un homme ou un dieu ? Son pêché est le délice. »

Mon murmure glissa sur les ombres chatoyantes des lieux. Je dardais mon regard sur les danseuses en scène. Des yeux, je caressais leurs mouvements cassés par l'excitation d'un style violent. Rock, pop, musique, elles s'extasiaient dans le spectacle qu'elles même proposaient. Je restais quelques temps à les contempler, avant de me retourner vers le reste. Ce reste. Si humain, si organique ! Si amusant. Déambulant entre des tables, des fauteuils et des corps, j'allais à la recherche de ces niches dont on m'avait proposé les services, à l'entrée. Des niches. Ces alvéoles si sanglantes, pour le sexe ou la mort. Des alvéoles si confortable pour une dispute ou un complot. J'allais effleurer les rideaux protecteurs d'une main frivole, légère, presque séductrice. Cela ne m'inspirait pas. Pas de sexe ce soir, pas d'alcool ce soir. Je voulais de la découverte, et de la possession. Alors je retournais dans cet endroit rempli de bruits, de rires, et de sons mouillés, pour contempler la profondeur d'une déchéance humaine. Des mains prostituées se glissèrent dans mes cheveux, pour les tresser, et je devinais la joie procurée par la poupée géante que je devais être pour cette espèce de petite fille. Plaisir ? Oh, dieu. Leur plaisir créait ma passion, ma passion attisait ma haine, ma flamme, et ma fascination.


HS: Si tu veux que je change quoi que ce soit pour la description des lieux, n'hésites pas.
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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mar 22 Jan - 14:01


    Les rayons du soleil se couchaient à peine quand Dalaigh ouvrit enfin les yeux. La nuit de travail avait été longue et, bien que la « Divine Comédie » fonctionne parfaitement, il y avait toujours des problèmes à régler. Un serveur à virer pour une sombre histoire de main baladeuse. Une danseuse à réconforter après qu’elle ait été demandé par un des rebuts qui trainaient dans son établissement. Une dispute à étouffer dans l’œuf entre deux clients. Payer Aleksandr pour sa livraison quotidienne dans les souterrains du cabaret. Et pour finir, clore l’établissement à l’heure indiquée, soit sept heures du matin, avant de pouvoir rejoindre son lit, qu’il soit froid ou réchauffé par un corps quelconque.

    L’homme repoussa la couverture qui dissimulait à moitié son corps tatoué et laissa les dernières lueurs du jour teinter sa peau d’orange et de rouge. Entièrement nu et pourtant, entièrement habillé. Dalaigh était un paradoxe complet. Si joyeux mais si renfermé. Si compréhensif, avec un cœur gelé. Si loyal, n’hésitant pas à trahir. Le devant de son corps, enrobé de ténèbres, son dos, éclairé de feux rouges. N’existait-il pas une chanson ayant comme titre En rouge et noir ? Il lui semblait bien, d’après les souvenirs qu’il gardait de Paris. Vieille chanson, très peu écoutée aujourd’hui et cela était bien dommage. Ah, mais ce n’était pas à cette mélodie qu’il songeait. En se glissant sous la douche, les notes défilaient dans sa tête, les paroles résonnaient entre les gouttes d’eau.

    Et quand vient le soir
    Pour qu´un ciel flamboie
    Le rouge et le noir
    Ne s´épousent-ils pas

    Le rouge et le noir devaient s’épouser pour former les couleurs flamboyantes qui dansaient dans le ciel, faisant rêver les adolescents amoureux, assis sur des bancs, à contempler le changement en se racontant des mensonges d’amour. Au moins, sur son corps à lui, les couleurs ne mentaient pas. Il n’avait beau être couvert que d’une encre noire, le crépuscule était son moment préféré de la journée, de par l’ambiance qu’elle dégageait en colorant sa peau. Alors là, le noir et le rouge s’épousaient, révélant la complexité des arabesques qui se dessinaient entre ses os. Avec un sourire, il s’enroula dans une serviette bien chaude avant d’aller boire son premier café de la journée.

    Attablé, feuilletant la Gazette du jour, il n’avait pas prévu d’être dérangé dans son appartement par une de ses filles qui, probablement encore stone de la soirée précédente, se demandait pourquoi la « Divine Comédie » n’était pas encore ouverte. Levant les yeux au ciel, hésitant à la réveiller un peu avec un Doloris, il décida qu’il était de bonne humeur et enfila un pantalon noir et un t-shirt blanc avant de la suivre dans la rue. Les lampadaires commençaient à s’allumer, donnant aux pavés une nouvelle vie. Leur couleur terne lors d’une exposition à la lumière directe devenait mouchetée de blancs, créant un chemin illuminé à qui voulait bien le croire. Ou à qui avait abusé de Sucre de Lune…

    L’établissement, gigantesque bâtiment, était encore sombre. Les fenêtres étaient toutes dissimulées par des rideaux qui, bien qu’à l’aspect léger, empêchaient quiconque de passer. Que ce soit pour sortir ou pour entrer, d’ailleurs. Dalaigh poussa la porte, alluma les lumières tamisés, mit la musique en route et, à peine une demi-heure plus tard, les premiers clients faisaient leur apparition. Êtres dépourvus de scrupules, rebuts en tout genre, pervers en puissance. Parfois, l’homme se demandait ce qui lui avait pris de créer un endroit où tous ces psychopathes pouvaient venir réaliser leurs plus profonds délires, monnayant un bon paquet de Mornilles. Puis, il voyait les filles danser sur les podiums ou entre les tables, un sourire extatique sur les lèvres et les yeux embués de plaisir quand un homme décidait de les prendre sur place. C’était devant ce genre de spectacle qu’il comprenait à quel point son établissement pouvait être salvateur. Enfin, pour les Sangs-Purs. Car les Moldus qui attendaient sagement dans les alcôves, avec une bonne dose de drogue dans le sang, ne devaient certainement pas être du même avis.

    Vers les deux heures du matin, un des gardes marcha droit sur Dalaigh et lui montra discrètement une personne. Lorsqu’un nouveau client venait à la « Divine Comédie », le propriétaire des lieux faisait toujours très attention à le cerner et à comprendre ses motivations. Mais cette personne… De longs cheveux blonds, tout de noir vêtus, un visage de porcelaine et surtout, un buste définitivement masculin. Une énigme. Un demi-sourire passa brièvement sur les traits du squelette vivant et il se dirigea lentement vers le nouveau venu.

    Bienvenue à la « Divine Comédie, Monsieur. Lors de votre première visite, vous avez droit à la personne de votre choix. Dans la mesure des disponibilités, cela va de soi.

    Les femmes qui entouraient le nouveau gloussèrent mais s’arrêtèrent bien vite quand, d’un regard, Dalaigh leur suggéra de retourner à leurs occupations. Frôlant le poignet du jeune homme, il l’intima à le suivre dans un endroit plus calme, où ils pourraient discuter. Souvent, lors de leurs premières fois, les hommes qui venaient ici ne savaient pas exactement ce qu’ils voulaient profondément. Mais quand ils prenaient le temps de parler avec le propriétaire, ils osaient émettre des idées qui, enfermées depuis longtemps dans les tréfonds de leurs désirs secrets. Peut-être en irait-il de même avec l’homme qui le suivait mais Dalaigh en doutait fortement.
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mar 22 Jan - 17:17

« Bienvenue à la « Divine Comédie, Monsieur. Lors de votre première visite, vous avez droit à la personne de votre choix. Dans la mesure des disponibilités, cela va de soi. »

Des rires explosèrent autour de moi, et je me sentis animal d'observation. Spectacle. Fascination. Mon sourire se découpa sur mon visage avec une assurance incrédule, et j'étudiais l'homme. L'homme qui n'avait que de nom ce qui, par habitude, me certifiait leur genre. Ces humains, normalement si semblables. Il avait les os sur la peau, n'en déplaise aux expression. Mon dieu. Stupéfait, je découvrais, en caressant du regard, un corps qui stimula mon imagination, et provoqua ce délire joyeux. L'originalité, son originalité ! Mes prunelles écarquillées en une moue ravie et surprise à la fois, je laissais un sifflement glisser entre mes lèvres.

« …هيا انهض لك مات » *

L'arabe, cette fois-ci, avait été plus rapide que mon hébreu natif, et je continuais à dévisager ce mort-vivant, debout devant moi. Les danseuses et les hommes, les femmes et le jeunes, tout ceux qui la minute plus tôt avaient été mon divertissement divin ; ils ne furent plus rien, car réduit à néant, ils exhibaient un peu plus la perfection de l'être décalé qu'était ce type. My gosh. Je le dévorais des yeux, dans l'espoir de parvenir à arracher cette illusion de cadavre, pour disséquer cette peau, qui brutalement, m'était inaccessible. Il n'avait plus de peau, heh ? Il y avait des os ? Heh ! Et ce tatouage ? Heh ! Fuck you ! Qu'est-ce que diantre tu avais foutu à ta peau ! Comment ? Mon rire hystérique atteint son apogée, dans ma tête, et Chess déchira ma poitrine, quand le type me toucha. Il existait. Mon souffle coupé, les lèvres closes en un silence paradoxal au feu euphorique de mes yeux, je vins caresser la peau de mon poignet, comme brûlé. Dieu. Ce type existait. Ce type m'illusionnait avec un artifice d'encre et de monochrome. Il existait. Mon dieu.

« Divine Comédie ? »

Répéter des mots étrangers avec mon accent mi-égyptien, mi-anglais représentait une petite épreuve, et j'articulais doucement les syllabes, pour me certifier l'exactitude des termes. Divine Comédie. Qu'est-ce que cela voulait dire, Divine Comédie, m'entendis-je prononcer, alors que l'homme m'exhortait à nous tirer de là et à nous diriger vers un endroit plus calme. Et toi, qui es-tu, Died-man ? Sommes nous dans ton Daresbury ? Est-ce que nous avons atteint ton Wonderland ? Cet endroit, est-ce que toi aussi tu l'as tatoué dans ton être ? Hehheheeheeeee...

Une table, un siège, le type, mes yeux. Je pris une position confortable, en étirant les muscles de mon échine, pour assouplir mon attitude, et évaluais faussement du regard le décor. Décor que je pris soin d'imprimer dans ma mémoire, avec tout mon intérêt de spectateur de la nuit. J'étais là pour comprendre et décourvrir, et tout ce qui touchait au réel, je devais en avoir connaissance. So. Cet homme. Diedman. Mon sourire s'élargit, et je laissais la flamme frivole de la moquerie pointer sous mes prunelles.

« Dis moi. La personne de mon choix, ça veut dire que je peux te choisir ? Personne de mon choix pour quoi? Toi? Mm? »

Appuyant mes dires, je soulevais ma main, et franchissant d'un léger mouvement la distance qui nous séparait, je vins effleurer de mes doigts le visage en pseudo décomposition. De mes phalanges, je caressais les orbites creusées, avant de venir effleurer de toute la largeur de ma paume les zygomatiques doublées, et mises à nues. Je sentais mes yeux s'écarquiller sous la contemplation du travail artistique, et un sifflement appréciateur s'échappa de mes lèvres.

« C'est fun. Pourquoi t'as choisi ça ? »

So. Je ne pouvais définitivement pas l'appeler Sküll. Mon Sküll a moi avait encore de la peau. Et cette peau, c'était elle-même qui exhibait la mort, et pas la mort qui s'exhibait. Nuance doucereuse, qui me fit doucement retirer mes doigts du visage de l'autre. Je voyais ses mains tatouées, je devinais l'ensemble de son corps entrelacé par ces mêmes dessins morbides. Beau. Attirant. Différent de l'humain. Je vins croiser mes doigts devant ma bouche, dans une fixation quasi-complète de son visage. Ses yeux étaient fucking vivants. Appréciateurs d'une existence qui ne pouvait que me satisfaire de l'éclat dont ils se paraient. Vraiment élégants, vraiment naturels. Paradoxal, peut-être. Je caressais le sol de mes pieds nus.

« Oh, dis moi. What's your name ? Est-ce que tu es important, ici, ou est-ce que tu es un jeu ? Est-ce que je peux jouer de toi, ou est-ce que tu es une chose qui existe ? Est-ce que tu es vivant ? Est-ce que tu sais qui tu vas être pour moi ? »


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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Ven 25 Jan - 15:34


    Le sifflement de l’homme s’insinua dans les oreilles tatouées de Dalaigh, glissant dans son cerveau comme le serpent du Lord Noir, le touchant au plus profond de son être. Qui était cet homme, si particulier, si semblable à lui ? Qui était cette personne qui le suivait docilement, profitant du trajet pour tout détailler de ses yeux mystérieux ? Une phrase, probablement de l’hébreu ou de l’arabe, échappa à l’homme. Grâce à ses années de voyage, Dalaigh comprit de manière rudimentaire ce qui était dit, attrapant au vol la qualification « Chéri » ainsi que le mot « mort ». Le sens complet de la phrase lui était refusé.

    Divine Comédie ?

    L’accent du jeune homme conforta Dalaigh dans son idée qu’il venait d’un pays arabe. Le Maroc, peut-être ? Les habitants de l’Egypte parlaient eux aussi l’arabe… En tout cas, cela rajoutait du mystère autour du blond car sa peau d’une pâleur et ses cheveux aussi clairs que ceux de Bérénice étaient typique du nord de l’Europe, et non pas de l’Afrique. Quelle magnifique énigme lui était offerte ce soir. L’homme squelette regarda l’autre articuler plusieurs fois les mots, qui butaient contre ses lèvres mais chantaient sur sa langue. Quel paradoxe exquis.

    L’homme prit une position qui aurait pu paraître inconfortable si une telle aisance n’avait pas peuplé ses mouvements. Son échine droite, son port de tête d’une royauté non dissimulé. Mais par le sang du Lord, qui était-il ? Était-il seulement humain ? Certes, il avait dû se poser la même question au sujet de Dalaigh mais ce dernier aimait les énigmes… Une fois qu’elles étaient résolues. Le défi était intéressant, la réponse, passionnante.

    Dis moi. La personne de mon choix, ça veut dire que je peux te choisir ? Personne de mon choix pour quoi? Toi? Mm?

    Pour ce dont tu as envie, mon cher. La « Divine Comédie » n’est pas un cabaret comme les autres. A client exceptionnel, service exceptionnel. Ce n’est pas ce qu’on dit ?

    Les doigts de l’homme s’approchèrent de son visage, effleurant ses orbites et touchant sa peau en décomposition encrée. Dalaigh ne bougea pas mais son cerveau s’enflamma. Il n’avait pas peur ? C’était étonnant. L’intrigue amenait toujours au dégoût ou au questionnement mais jamais personne ne l’avait effleuré afin de vérifier si la vie occupait bel et bien son corps. Mis à part Selina. Les yeux écarquillés du blond prouvait sa passion pour les décors qui recouvraient le corps du patron. Un sifflement sortit une fois de plus de la bouche du jeune homme, reprenant son chemin précédant à travers l’esprit de Dalaigh.

    C’est fun. Pourquoi tu as choisis ça ?

    Fun ? C’est bien la première fois que l’on me fait cette réflexion. J’ai choisis cela après une prise de conscience. Tu n’as pas envie de la connaître, d’accord ?

    Le sourire en coin qui tira les lèvres tatouées de Dalaigh aurait pu paraitre bien effrayant mais, de toute évidence, le blond n’était pas du genre à avoir peur pour si peu de chose. Après tout, ce n’était qu’un simple sourire, bien que légèrement perturbant sur un visage aussi particulier que celui de l’homme squelette. Les doigts du nouveau quittèrent le visage du patron, comme pris d’une révélation morbide. Les yeux qui coulèrent sur les mains de Dalaigh, puis sur son corps entier, montraient bien que sa fascination venait de la présence si dérangeante de la mort, qui lançait des appels sulfureux sur la peau autrefois claire du patron.

    Oh, dis moi. What's your name ? Est-ce que tu es important, ici, ou est-ce que tu es un jeu ? Est-ce que je peux jouer de toi, ou est-ce que tu es une chose qui existe ? Est-ce que tu es vivant ? Est-ce que tu sais qui tu vas être pour moi ?

    Je m’appelle Dalaigh. Et toi ? On peut dire que je suis important, malgré le fait que l’importance soit toute relative… J’ai créé cet établissement et je me complais à y venir, afin d’observer la débauche que j’ai engendré. Je suis une chose qui existe, mais je ne vois pas en quoi cela t’empêcherait de jouer avec moi si l’envie t’en prenait. Je suis vivant. Et je n’ai aucune idée de qui je vais être pour toi, spécialement quand je ne sais rien de toi, très cher. Ai-je répondu à tes questions ?

    Les mains de Dalaigh se croisèrent sous son menton, tandis qu’il posait ses deux index joints sur sa bouche. La tête légèrement penchée en avant, le regard fixé sur dans les yeux brillants de son interlocuteur, l’homme squelette lui demandait implicitement de répondre lui-même aux questions qu’il venait de poser. La curiosité avait toujours été un trait de son caractère et c’était probablement pour cela que le Choixpeau avait décidé de l’envoyer dans la maison des rouges et or. La curiosité… Quelle ironie quand on savait que, maintenant, c’était lui qui l’attirait.

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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mer 30 Jan - 20:39

Spoiler:
 

Il y a ce que l'on dit et ce que je vais en penser. Sourire exécutoire d'une réaction réflexe, mes doigts se referment légèrement, et je frémis un peu en pensant à l'idée de ce qu'ils devraient tous faire pour combler mes désirs et tenter vainement de répondre à mes demandes. Humeurs massacrées par les rires hilares de mes babillages insensés, je fixais avec résolutions ses yeux, sans parvenir à comprendre. Heh. Mur de chair, mouvante et irritante, gênante et redressée devant mes yeux dans une colérique tentative de me cacher le sujet de mes pensées. J’en souriais. Vous étiez si adorables, humains… Cherchiez vous encore à me protéger de ces yeux étrangers ? Je m’étais déjà détaché de ce désintéressement, laissant l’envie de savoir ronger mon esprit dans un vorace appétit. Mais j’en maitrisais le développement ; je connaissais mes besoins, mes nécessités d’apprendre chaque choses, et de lui, je savais qu’il fallait savoir canaliser toute attention pour éviter de me distraire. En somme, il était important. Esprit divisé, divisant, je n’étais que très peu apte à focaliser une unique attention sur les visages… je ne savais détacher mon regard d’une totalité pour me concentrer sur l’unicité. Le faisait aujourd’hui, je découvrais quelle incroyable sensation c’était, que de s’intéresser au détail dans sa plus intime totalité. Le fait d’exister devait être merveilleux .Il avait répondu, souriant, citant son nom, créant son existence, revendiquant son être. Il avait accepté l’échange, le créant de ses lèvres. Je lui en étais ainsi redevable. Refuser l’autre était une stagnation. Accepter d’être pour lui quelque chose, au delà du regard, était « un acte de courage héroïque ». Accepter d'être pour moi... « alléchant ».
Allez, silence, Chess.

« Fun ? C’est bien la première fois que l’on me fait cette réflexion. J’ai choisis cela après une prise de conscience. Tu n’as pas envie de la connaître, d’accord ? »

Cette expression. Oh, enfant de mes délices, qui glissaient des lèvres, trouvait ma langue, et embrassait mon cœur. Oh, cette expression. Je la haissais pour le totalitarisme qu'elle revendiquait, et m'insupportait cette idée d'obligation, de volonté imposée. Grondement félin, mi joueur mi tueur. Je n'allais pas lui arracher la tête tout de suite, mais cette expression m'énervait. Typiquement anglaise, non ?

« Je m’appelle Dalaigh. Et toi ? On peut dire que je suis important, malgré le fait que l’importance soit toute relative… J’ai créé cet établissement et je me complais à y venir, afin d’observer la débauche que j’ai engendré. Je suis une chose qui existe, mais je ne vois pas en quoi cela t’empêcherait de jouer avec moi si l’envie t’en prenait. Je suis vivant. Et je n’ai aucune idée de qui je vais être pour toi, spécialement quand je ne sais rien de toi, très cher. Ai-je répondu à tes questions ? »

Immobile et calciné dans ma curiosité haineuse, morbide, j'avais harponné son corps surfait, mes yeux devenant les ancres d'une question que je ne pouvais me résoudre à abandonner. Pourquoi ? Était-il seulement né, l'être qui m'empêcherait de connaître ce que je voulais savoir ? Et les tatouages... ces fruits de la vanité d'une exhibition rédhibitoire de la personnalité ? Affirmée ? Inhibée ? Je n'en avais rien à foutre : je voulais SAVOIR. Comprendre. Savoir. Mon monde établi sur l'intelligence que j'avais des autres. Ma tête ; un gigantesque annuaire de ce qu'ils étaient tous, ceux qui naissaient dans mon chemin, dans le parcours d'une vie que j'organisais comme l'on tournerait des pages. J'avançais toujours, peut-être à reculons, mais j'avançais.

Mon visage se déchira dans une expression de tristesse.

La seconde plus tard, j'avais avancé.

« Tu sais, Dalaigh. »

Mes doigts courant sur le dossier, j'abaissais doucement mon buste vers l'avant, pour apprécier le sentiment qu'il dégagerait. Surprise ? Familiarité ?
Quelque part, en suspension dans l'air, les molécules encore troublées par mon déplacement trop rapide, mon déplacement inhumain. Courte distance entre mon trône de velours et d'observation, et mon guet maintenant sentinelle de mon corps derrière le sien, au dessus du sien. Mes doigts s'élevèrent, araignées fantasmagoriques, et vinrent dessinner les contours des os occipitaux, avant de brusquement cesser, là où apparaissait la cervelle. Je me penchais totalement sur lui, maintenant, et vint déposer mes mots sur sa jugulaire, mes lèvres disposant avec soin des syllabes ronronnantes.

« Chess, c'est moi. Rien d'autre. Ni volonté, ni désir. Si tu veux garder tes secrets, ne les fait jamais exister en dehors de ta tête, car sinon, ils deviendront mes convoitises, et je te boufferais seconde après seconde, années après années, millénaire après millénaire, pour avoir sous la griffe ce qui m'intéresse. Si profond soit le puits dans lequel tu te caches, si tu es lumineux pour moi, je te verrais, et je te forcerais à me donner ce que j'ai envie d'avoir. Mais en même temps, petit... Tu m'impressionnes, puisque tu es capable d'exhiber ce secret à même le corps, sans pour autant faillir à cette défense dont tu te drapes. Est-ce qu'au final ce n'est pas un peu égocentrique, comme comportement ? Un peu puéril ? Tu crééais ta différence, tu l'affirmes, mais tu empêche quiconque de dépasser le stade de l'observation, de l'admiration. C'est comme si tu étais un petit tyran sexuel. Tu fais fantasmer, car c'est ce qui t'excites, mais tu ne permets pas qu'on te touche. Tu es haut, dans ton pouvoir, mon cher agneau. Tellement haut. Je me demande jusqu'où ces os te feront voler. »

Dans un soulèvement de babine, sourire mortel, j'amenais mes canines trop pointues à la gorge de l'homme.

« Un peu comme les oiseaux. Ils ont les os creux, et ils sont ainsi plus légers pour savoir voler. Dis moi. Si je t'allégeais de ton être, de ta vie, de ton existence ? Si, là, ce soir, je décidais que mon divertissement dans cette « Divine Comédie » soit le fait de te boire, de t'arracher à la vie que tu déformes, et de te laisser observer et ressentir la vie qui te fuit ? Mm ? »

Mes doigts refermés sur ses épaules, mes lèvres posées sur sa peau, j'écoutais les fluctuations d'une vie qui, sous les veines, me fascinait.

« Est-ce que la vie est importante, à tes yeux, quand tu sais que tu ne peux pas la perdre ? Tu as la puissance et la renommée d'un dictateur de cet endroit, tu en es le chef. Mais est-ce que ton existence t'appartient, où est-ce que tu paniques sous mes crocs ? Je suis curieux …  »
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Ven 1 Fév - 18:35


    Couleur:
     

    L’éphémère expression de tristesse qui passa sur le visage du blond étonna quelque peu Dalaigh. Qu’avait-il donc pu dire pour faire apparaitre une expression si discernable sur un visage aussi perturbant et lisse que celui de Chess ? Mais avant que l’homme tatoué n’ait pu mettre le doigt sur ce qui avait hypothétiquement attristé Chess, ce dernier avait… Disparu. Les mains qu’il sentit sur ses épaules le surprirent légèrement mais, bien vite, son cœur reprit un battement régulièrement calme.

    Tu sais, Dalaigh. Chess, c'est moi. Rien d'autre. Ni volonté, ni désir. Si tu veux garder tes secrets, ne les fait jamais exister en dehors de ta tête, car sinon, ils deviendront mes convoitises, et je te boufferais seconde après seconde, années après années, millénaire après millénaire, pour avoir sous la griffe ce qui m'intéresse. Si profond soit le puits dans lequel tu te caches, si tu es lumineux pour moi, je te verrais, et je te forcerais à me donner ce que j'ai envie d'avoir. Mais en même temps, petit... Tu m'impressionnes, puisque tu es capable d'exhiber ce secret à même le corps, sans pour autant faillir à cette défense dont tu te drapes. Est-ce qu'au final ce n'est pas un peu égocentrique, comme comportement ? Un peu puéril ? Tu crééais ta différence, tu l'affirmes, mais tu empêche quiconque de dépasser le stade de l'observation, de l'admiration. C'est comme si tu étais un petit tyran sexuel. Tu fais fantasmer, car c'est ce qui t'excites, mais tu ne permets pas qu'on te touche. Tu es haut, dans ton pouvoir, mon cher agneau. Tellement haut. Je me demande jusqu'où ces os te feront voler. Un peu comme les oiseaux. Ils ont les os creux, et ils sont ainsi plus légers pour savoir voler. Dis moi. Si je t'allégeais de ton être, de ta vie, de ton existence ? Si, là, ce soir, je décidais que mon divertissement dans cette « Divine Comédie » soit le fait de te boire, de t'arracher à la vie que tu déformes, et de te laisser observer et ressentir la vie qui te fuit ? Mm ?

    Dalaigh sentait parfaitement les dents un peu plus pointues que la moyenne qui s’amusaient à flirter avec la peau de son cou. Mais ce qui l’intéressait le plus était le buste de l’homme, proche de son crâne détaillé, ses doigts jouaient sur la peau encrée, s’arrêtant avant de toucher la partie de son cerveau dénudée par l’art. Chess avait beau être d’une extrême rapidité, d’une beauté troublante rappelant quelque peu celle des Vélanes et d’un langage exquis, il y avait en lui quelque chose de brisé, de secret. Peut-être même de pudique. La manière qu’il avait de ne jamais toucher le cerveau d’encre de Dalaigh, de le contourner dans des volutes infiniment douces, de l’observer comme s’il s’agissait à la fois d’une œuvre et d’un sacrilège… Mais surtout, cette façon qu’il avait de comprendre la raison pour laquelle le patron de la Divine Comédie s’était fait marqué de cette manière.

    Ce comportement n’a rien d’égocentrique, à mon avis il est vrai peu objectif. C’est plutôt une façon de montrer au monde entier que la mort ne me fait pas peur car, avant même que mon corps n’ait commencé de dépérir, ma pensée a été assez forte pour imprimer sur ma peau ce que les autres se refusent à voir. Quant à la puérilité… Je ne sais pas que te répondre. J’ai affirmé cette différence, certes pour qu’on l’observe. Mais à quoi bon laisser qui que ce soit la toucher ? Elle n’est qu’illusion, que poussière d’encre imprimée dans ma peau. Au fond, qu’est-ce qui nous différencie, toi et moi ? Tu parais sans âge et d’une beauté irréelle. Je parais affreux et dévoré par la putréfaction alors que je marche et que je respire. C’est un magnifique paradoxe, tu ne trouves pas ? C’est pour cette raison que, si tu décidais de m’ôter la vie, ce dont je doute, je ne m’y opposerais pas et prendrais plutôt cela comme une expérience, nouvelle et unique. Après tout, je ne suis personne pour t’empêcher de faire ce qui te passe par la tête, non ?

    Les doigts de Chess se refermèrent sur la gorge de Dalaigh, qui ne broncha absolument pas. Il avait vécu tant de situations particulières que les sensations qu’il éprouvait grâce à cet homme, cette énigme, n’était ni la peur, ni la stupeur. Mais la curiosité d’une nouvelle découverte, l’adrénaline d’une nouvelle expérience, l’excitation de l’inconnu.

    Est-ce que la vie est importante, à tes yeux, quand tu sais que tu ne peux pas la perdre ? Tu as la puissance et la renommée d'un dictateur de cet endroit, tu en es le chef. Mais est-ce que ton existence t'appartient, où est-ce que tu paniques sous mes crocs ? Je suis curieux …

    La vie est importante à mes yeux, pour le moment. Comme je suis persuadée qu’elle est importante à tes yeux aussi, peut-être dans une toute autre dimension ou pour d’autres raisons qui te sont propres. Mais je ne vois pas en quoi je ne pourrais pas perdre la vie. Mon sang coule dans mes veines, mon cœur bat afin de le faire circuler et ce n’est pas grâce à ces tatouages de décompositions que mon corps est immunisé face à la mort. Je ne panique pas sous tes crocs, je suis… Curieux, excité peut-être même. J’ai envie de voir ce que tu peux faire, de ta position de force pour le moment. Mon existence m’appartient dans le sens où je me laisse faire entre tes mains parce que je suis là où j’ai envie d’être. Peut-être que dans un instant, c’est toi qui sera dans les miennes car je l’ai décidé ainsi, parce que j’ai voulu prouvé que mon existence ne restera pas entre tes lèvres, si douces soient-elles, mais plutôt par mes doigts sur ta peau immatérielle. Qui sait ?

    Avec un sourire, Dalaigh se pencha un peu plus en arrière, faisant bien attention à ne pas éloigner les dents de Chess de sa gorge. Il voulait qu’elles soient là ? Eh bien, qu’elles le soient. Il n’était rien dans l’existence de cette énigme vivante pour se faire fit de ses désirs. Comme il n’aurait pas apprécié qu’une personne inexistante pour lui lui glisse entre les doigts, l’empêchant de mettre un terme à ses dessins. Chess voulait agir ainsi ? Soit. Cela ne le dérangeait pas. La conversation pouvait très bien se tenir dans cette position de domination physique.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Dim 3 Fév - 19:59

Dans le corps qui n'existe pas, il y a cette excitation d'effleurer ce qui reste inaccessible. Cette joie profonde, viscérale, qui ne naît que lorsqu'on a le ventre ouvert, et que l'on caresse ses propres tripes. Un plaisir pervers, animal, qui défie l'intelligence humaine, et que l'on retrouve lors du coït. Parce qu'on pénètre dans quelque chose qui est supposé être intérieur : être trop loin, trop enfoncé pour les doigts. Mais, chez le sadique, chez le marginal ; chez celui qui sait écouter ses pulsions si humaines qu'elles en deviennent immorales, il y a cette capacité à plonger à l'intérieur de soi, et à prendre à pleine main ce plaisir du contact interdit.
Ces rires.
Dans une caresse inégale, je déposais un baiser sur la gorge de l'homme qui s'abaissait en arrière, pour un meilleur confort sur sa gorge. Adorable humain, qui s'offrait, toute gorge ouverte, à mes appétits trop insatiables. Que dire, que faire, et que blâmer d'un tel être ? Rire de lui ne m'intéressait pas, ce soir, et je me contentais de me taire, pour le laisser un peu mijoter dans sa propre spiritualité. Mais il n'y avait pas à dire : ses propos m'avaient fait dans l'idée qu'il était un être bien plus intéressant que nombre d'autres humains. Mes prunelles carèressent une mâchoire, remontèrent jusqu'aux tempes, pour lorgner en coin une cervelle imprimée. Étrange désir, n'est-ce pas, Lovely ? Je fermais les yeux, dans un sourire moqueur, et refermais un peu plus mes doigts, resserrais mes bras. You're mine. Seulement pour ce soir, peut-être. Mais improbable motivation que celle de profiter, je jouissais en silence de ce fait. Un jouet à moi, que je pouvais violenter de mes mots. Mais qui était assez robuste pour m'affronter dans cette joute verbale. Il avait lancé, lignes après lignes, des phrases qui interpellaient ma conscience, et me forçais à réfléchir, dans un jeu d'énigme qui se faisait loin d'une caverne humide. J'veux du poisson... Huhu.

« Ce paradoxe que tu soulèves m'impressionne. Peu ont été capables de comprendre que je cache sous un joli visage un âge bien plus ridé. Ton corps, tu le qualifies d' « affreux » ? Je suis tombé en amour devant cette beauté que tu exhibes. La beauté est paradoxe en elle-même. Serais-tu surpris, dis moi, si je te disais me trouver banal ? Des fois, dans des jours de colère, je me trouve laid. En revanche, je me pense incapable de te trouver affreux. Voilà notre paradoxe, Dalaigh. Continuons sur ta vie. »

Être ainsi penché sur lui ne me demandais pas de fatigue physique particulière. J'avais des centaines d'années devant moi pour essayer de m'épuiser, et je doutais souffrir un jour d'une crampe ou de n'importe laquelle petite manifestation corporelle qui témoignait de la vie. Avec un petit frisson de mon sourire, je découvrais une nouvelle fois mes lèvres, avant de saisir soudain l'homme, pour le soulever de quelques centimètres. S'il était un peu plus haut, c'était... peut-être mieux. Oui, peut-être. J'ignorais s'il prenait son équilibre par rapport au sol, mais dans mon étreinte un peu exagérée, je supputais les défenses qu'il restait à sa peau par rapport à mes dents, avant de poursuivre. Mes crocs ouvrirent, lentement, une petite plaie, qui juste sous la carotide, se mit à délivrer un petit ruisseau pourpe. Je n'y touchais pas.

« Ce serait facile et basique. Mais complètement inutile, et cela … comment dit t-on, déjà ? … Attirerait (je tiquais sur le mot, un brin consterné) des ennuis. Sur moi. Pour moi. Je n'ai pas la moindre envie d'être jugé pour ça. Et ce n'est pas uniquement cela, Dalaigh, l'homme important de la Divine Comédie : tu m'intéresses beaucoup. Quoi, comment... Je suppose que c'est par ton fait d'être. Un joli oiseau qui a de jolies plumes, et un oiseau qui siffle agréablement. Attrait et attirance. Tu es complexe, et ça me plaît. »

Me fascine. Mais par un léger élan d'égo, je tus cette conviction, pour me concentrer sur l'odeur du sang. Chez les vampires, ils la ressentaient comme une odeur métallique, insupportable, qui attisait le feu des passions intestines. Moi qui n'étais plus vampire, je voyais dans le sang ce rouge qui vivifiait mes paysages. Les couleurs tenues, comme le rouge du sang, le vert des yeux, le caramel de la peau, le bleu de l'eau... Voilà ce qui excitaient mes entichements au monde entier. Voilà mes raisons de vivre, de ressentir. Je souriais, et lâchais doucement l'homme, pour le contourner, et faire le tour de la niche. Lieu de son repos, de ses désirs, de ses constructions, je me demandais à partir de quand il avait commencé à construire cet endroit. Que j'ai ignoré aussi longtemps un emplacement inconnu dans Londres relevait de l'erreur monumentale. Mais elle était presque pardonnée, puisque la rencontre avec Dalaigh s'avérait un divertissement délicieux.

« Ensuite. Ce n'est pas que tu n'es personne pour m'empêcher de faire ce qui me passe par la tête, c'est plutôt qu'il n'y a personne pour m'empêcher de cela. »

Absolument personne ? Je souriais.

« Mais que la vie te soit importante, et que tu aies eu cette idée de te marquer ainsi... ça me … fascine ? Je crois que je suis admiratif de par ta capacité à aller jusqu'au bout de ce que tu veux démontrer, de ce que en quoi tu crois. Tu le soulèves toi même ; « Mon sang coule dans mes veines, mon cœur bat afin de le faire circuler et ce n’est pas grâce à ces tatouages de décompositions que mon corps est immunisé face à la mort. » Tu es vivant, mais d'une manière que j'ai rarement connue. Ça me fait plaisir de rencontrer des gens qui pensent ainsi. »

Je continuais mes vas-et-viens dans cette petite alvéole que constituait la niche, en promenant mon regard sur la surface des murs. Solides, ils pouvaient être abattus. Réels, ils pouvaient être massacrés. Je posais mes mains dessus, pour en ressentir la texture, pour en caresser la surface, pour en étudier la structure.

« Une chose que tu as dit, cependant, me … perplexe. »

Langage québécois, adapté à mon anglais hésitant, à Lorcan. Je rabaissais mes mains à la hauteur de ma poitrine, venant croiser mes bras, tout en continuant à fixer le mur. Puis je m'en détournais, et cette fois, observais l'homme sans un sourire. Une étude complète, détaillée, presque scientifique de ce visage humain, assymétrique, avec ses défauts et ses beautés, avec son encre et sa peau. Mes lèvres esquissèrent un mouvement, mais pas un sourire. Je me rapprochais de lui, alors, et décroisais les bras, pour venir poser le bout de mes doigts sur la table.

« Voici tes mots : « Je ne panique pas sous tes crocs, je suis… Curieux, excité peut-être même. J’ai envie de voir ce que tu peux faire, de ta position de force pour le moment. Mon existence m’appartient dans le sens où je me laisse faire entre tes mains parce que je suis là où j’ai envie d’être. Peut-être que dans un instant, c’est toi qui sera dans les miennes car je l’ai décidé ainsi, parce que j’ai voulu prouvé que mon existence ne restera pas entre tes lèvres, si douces soient-elles, mais plutôt par mes doigts sur ta peau immatérielle. Qui sait ? » »

Prononciation neutre, ni morne ni passionnée. Simplement répétition de ce que j'avais entendu, et poursuivie aussitôt par un sourire. Un sourire réflexe, un peu hystérique, tandis que je tapotais sur la table.

« J'aime cette idée que tu maîtrises ce que tu es, alors que je pourrais te découper la gorge avec les dents. Que tu puisses émettre une vague menace de domination sur moi. C'est transcendant. C'est docile et tangible. J'aime. »

Sous mes doigts, dans un glissement de molécule, la table se métamorphosa, pour devenir sable, pour se transformer en une fontaine de granite, qui s'effondra lourdement sur les pieds de Dalaigh. Et sur les miens, soit dit en passant. Mais, pieds nus, et habitué, amusé, prévenu, je me détachais doucement de l'étreinte minérale, de mes chevilles, pour piétiner un peu ce sable froid. Secouant la main, je laissais retomber les quelques grains encore retenus sur ma paume, pour ensuite poser mes yeux sur l'homme. Homme. Que pensais tu du sable ? Est-ce que toi aussi, tu étais un de ces étranges individus habités au froid et au blanc de la neige ? Un homme qui ne connaissait que l'anthracite d'une pluie qui s'écoulait perpétuellement sur Londres ? Ce monde déprimant et moderne, que je m'étais pourtant mis à aimer un jour, grâce au nom de Lewis Carroll, mais qui restait la source d'inspiration de mes peurs métalliques et grises ? Ici, vous étiez un univers à des années lumières de mon Egypte.

« Tu as envie de voir ce que je peux faire ? J'ai exactement la même envie pour toi. Montre moi, amuse moi, distrais moi, si tu as envie. Si tu ne veux pas, si tu ne peux pas, alors il vaudrait mieux que je parte. J'aurais suffisamment appris des lieux pour n'avoir plus envie de m'y intéresser. »

Pas dans le sable, écoute du bruit chaud. J'avançais sur lui, pour venir poser ma main sur son front, et y plaquer un unique grain minéral.

« Mais je crois que tu es capable d'être bien plus que ça. Est-ce que je me trompe ? »

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Ven 8 Fév - 5:55


    Chess avait beau aiguiser la curiosité de Dalaigh, ce dernier ne semblait pas vouloir montrer la moindre expression, le moindre signe de sentiment. La peur lui était inconnue, pour les raisons qu’il avait évoquées auparavant. Mais sentir les bras d’un homme autour de son buste, le serrer de manière possessive alors que les douces lèvres de son geôlier caressaient sa gorge… Cela aurait dû le faire réagir. Pourtant, il demeurait impassible, comme si le fait de sentir les mèches légères de Chess lui chatouiller la nuque ne lui rappelait rien. Comme si sentir une présence derrière lui ne le mettait pas mal à l’aise en temps ordinaire. Comme si la seule personne qui avait réussi cet exploit n’avait pas disparu depuis des années. Même si « disparu » n’était pas le terme exact… Disons plutôt qu’elle était partie sans laisser d’informations sur sa prochaine destination.

    Ce paradoxe que tu soulèves m'impressionne. Peu ont été capables de comprendre que je cache sous un joli visage un âge bien plus ridé. Ton corps, tu le qualifies d' « affreux » ? Je suis tombé en amour devant cette beauté que tu exhibes. La beauté est paradoxe en elle-même. Serais-tu surpris, dis moi, si je te disais me trouver banal ? Des fois, dans des jours de colère, je me trouve laid. En revanche, je me pense incapable de te trouver affreux. Voilà notre paradoxe, Dalaigh. Continuons sur ta vie.

    Un des sourcils inexistants de Dalaigh se souleva légèrement. Voilà qui était intéressant. Il avait donc vu juste quant à l’âge de son interlocuteur, ce qui n’était déjà pas une mince affaire, mais qu’il n’ait pas remarqué que, comme lui, Chess était un être complexe dont la beauté surnaturelle cachait autant de choses que les marques qui le recouvraient, lui, entièrement. Beauté diaphane, naturelle, contre beauté dérangeante et pourrie. Toutes deux envoûtants irrémédiablement ceux qui osaient voir plus loin que les apparences. Chess lui avait dit qu’il pourrait jouer avec lui pendant des millénaires. Quel âge pouvait donc bien avoir cet homme ? C’était probablement la seule question qui intéressait réellement Dalaigh pour le moment.

    Les bras de Chess se firent plus puissants autour du squelette et Dalaigh se sentit soulevé de quelques centimètres, comme s’il n’avait été qu’une poupée de chiffon. Chess avait beau ne plus avoir d’âge, il possédait une force considérable… Pourtant, il ne lui semblait pas être un vampire. Quelle était donc cette créature humaine à l’apparence si… Hors du commun. Les deux pieds bien campés au sol, les muscles du dos et du ventre tendus à un point auparavant jamais atteint pour lui, Dalaigh ne vacillait pas. Ses épaules étaient toujours enserrées dans les bras de son interlocuteur et c’était probablement pour cette raison qu’il n’était pas étalé au sol sans le moindre appui valable. Avant qu’il n’ait réellement pu comprendre pourquoi Chess l’avait installé dans cette position, il sentit les crocs entrer dans sa peau. Pas vraiment entrer… Erafler… Le liquide pourpre commençait à descendre le long de son cou, effleurant sa clavicule dans de longues volutes provocantes et chaudes. Pourtant, Chess n’y toucha pas. C’était donc définitif. Sa jeunesse conservée malgré son âge ne venait pas du fait qu’il était un vampire. Tant mieux pour lui, soit dit en passant…

    Ce serait facile et basique. Mais complètement inutile, et cela … comment dit t-on, déjà ? … Attirerait des ennuis. Sur moi. Pour moi. Je n'ai pas la moindre envie d'être jugé pour ça. Et ce n'est pas uniquement cela, Dalaigh, l'homme important de la Divine Comédie : tu m'intéresses beaucoup. Quoi, comment... Je suppose que c'est par ton fait d'être. Un joli oiseau qui a de jolies plumes, et un oiseau qui siffle agréablement. Attrait et attirance. Tu es complexe, et ça me plaît.

    Si je suis complexe, je pense que nous devrions inventer un nouveau mot afin de te qualifier. A moins que tu n’aimes pas les qualificatifs, dans ce cas… Eh bien dans ce cas tout est parfait.

    Chess lâcha finalement Dalaigh, qui manqua de peu de s’écraser dans son canapé. Son point d’appui venait de s’enlever, il était normal que la gravité reprenne ses droits. Pourtant, un œil bien plus expérimenté et extérieur à la scène aurait pu y voir quelque chose de plus fort… Pourquoi il peut suffire d’une seule personne pour que tout ait un équilibre ? Pourquoi, avec le retrait de cette même personne, tout semble alors s’effondrer ? Mais Dalaigh était bien plus concentré sur l’homme sans âge qui faisait des allers-retours dans la petite alvéole dans laquelle ils se trouvaient tout en continuant de réfléchir à voix haute. Il ne relevait pas toutes ses questions, se perdant parfois dans l’observation minutieuse de la démarche de Chess. Tous ses mouvements étaient emprunts d’une grâce dérangeante, comme s’il venait d’un monde tout à fait opposé à ceux des Anglais. Peut-être était-ce dû à ses origines ? En tout cas, cela fascinait Dalaigh, qui ne remarqua que partiellement que Chess le fixait lui aussi.

    J'aime cette idée que tu maîtrises ce que tu es, alors que je pourrais te découper la gorge avec les dents. Que tu puisses émettre une vague menace de domination sur moi. C'est transcendant. C'est docile et tangible. J'aime.

    D’un mouvement que le squelette ne comprit pas, la table qui se trouvait entre eux disparut soudainement dans un chuintement voilé avant d’enrober les pieds des deux hommes d’une toute nouvelle étreinte, chaude et sensuelle. Un sourire passa rapidement sur les lèvres de Dalaigh, qui sortit délicatement ses pieds du sable pour les poser sur les petites dunes. Voilà qui devenait très intéressant. Il n’avait vu aucune baguette, n’avait entendu aucune formule. Pourtant, il était évident qu’il fallait utiliser ici une quelconque forme de magie afin de transformer une table en sable. Une pensée traversa l’esprit de Dalaigh, pensée qu’il garda pour lui il est évident. Mais n’est-il pas cocasse de penser qu’avec le changement d’une seule lettre, la matière puisse devenir de dure et froide à envoutante et chaude ?

    Tu as envie de voir ce que je peux faire ? J'ai exactement la même envie pour toi. Montre moi, amuse moi, distrais moi, si tu as envie. Si tu ne veux pas, si tu ne peux pas, alors il vaudrait mieux que je parte. J'aurais suffisamment appris des lieux pour n'avoir plus envie de m'y intéresser.

    Très cher, voilà qui est passionnant. Je ne sais pas ce que tu attends de moi, ce que tu veux que je te montre comme tu le dis. Mais ma curiosité a été piquée à vif et certaines de mes réflexions méritent des réponses, je pense. De quel pays désertique viens-tu, au juste ? J’ai d’abord pensé au Maroc mais le sable n’est pas aussi fin que celui que tu viens de créer. Pareil pour la Tunisie et l’Algérie. Ne reste plus que la Lybie et l’Egypte. Et ce n’est pas comme si je pouvais me fier à ton teint pour avoir une idée plus précise…
    Cependant, tu as dit avant que nous devions continuer sur ma vie. Je n’ai pourtant vu aucune question en rapport avec ce sujet. Tu ne t’attends pas à ce que je te raconte toute mon enfance et les possibles traumatismes que j’y ai vécu et qui m’ont poussé à me faire tatouer, n’est-ce pas ? Car je ne le ferais pas. Premièrement, je ne suis pas assez… Stupide, dirais-je, pour me confier à un homme dont je ne connais que le nom. Deuxièmement parce qu’une seule personne connait ma vie, entièrement, et non ce n’est pas un Dieu quelconque. Il n’y a donc aucune raison pour que je te raconte ce que tu veux savoir. A moins que…


    Dalaigh se leva souplement, marchant sur le sable comme s’il était tout à fait normal d’en trouver au milieu de son cabaret. Tient, une salle Désertique… Voilà qui pouvait être intéressant. Maintenant face à Chess, le squelette fixa ses étranges yeux dans ceux de son client et ses lèvres se tordirent dans un sourire.

    A moins que tu ne m’offres des informations à ton sujet. Nous serions alors quitte, chacun apprenant ce qu’il veut savoir de l’autre.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Lun 18 Fév - 5:04

Je me souviens n'avoir jamais compris Brynhildr. M'être moqué d'elle et de sa cruauté impie, mais à mes yeux, si puérile et injustifiée. J'ai toujours considéré qu'elle avait une sotte, bien malgré elle, et jouet du Destin, s'était laissé berné par un amour qui ne pouvait se concrétiser. Elle avait subit la fatalité de son être, et vierge aux armes, s'était finalement lancé dans le feu pour espérer rejoindre un amour que tout cherchait à lui arracher. Très longtemps, Brynhildr était resté à mes yeux une reine sauvage et désemparée, que rien n'aurait pu sauver, parce qu'elle avait fait les mauvais choix.
Mais peut-être était-ce dût au tatouage, à la mort entrelacée, et aux doigts imprimés de Dalaigh, mais la logique inexplicable des sentiments de la walkyrie des Niebelungen, de la Völsunga saga m'apparut soudain, clairement. Peut-être par identification de ce tatouage, qui formait à mes yeux un broigne protecteur au monde normal. Un broigne de zombie, qui me faisait me souvenir d'une femme ailée. J'eus un sourire désolé. Désolé pour moi, désolé pour le monde. Brynhildr n'avait jamais eu le choix : et ce qu'elle avait tenté, elle l'avait fait dans l'espoir de s'arracher à la normalité d'une vie d'esclavage, d'une vie dédiée à ce Père qui ne la regardait pas. Dans son amour pour Siegfried, elle avait su être libre, décider par elle même, et choisir de sa mort. Une longue vie de désolation, de vide, de froid et de métal. Une vie qu'elle avait achevé dans les flammes de sa propre passion ; dans le désespoir noyé par l'espoir que représentait finalement son suicide. Elle avait choisi : et s'était peut-être sauvé elle-même.

« Très cher, voilà qui est passionnant. Je ne sais pas ce que tu attends de moi, ce que tu veux que je te montre comme tu le dis. »

Es-tu une Brynhildr ?

« Mais ma curiosité a été piquée à vif et certaines de mes réflexions méritent des réponses, je pense. De quel pays désertique viens-tu, au juste ? J’ai d’abord pensé au Maroc mais le sable n’est pas aussi fin que celui que tu viens de créer. Pareil pour la Tunisie et l’Algérie. Ne reste plus que la Lybie et l’Egypte. Et ce n’est pas comme si je pouvais me fier à ton teint pour avoir une idée plus précise…
Cependant, tu as dit avant que nous devions continuer sur ma vie. Je n’ai pourtant vu aucune question en rapport avec ce sujet. Tu ne t’attends pas à ce que je te raconte toute mon enfance et les possibles traumatismes que j’y ai vécu et qui m’ont poussé à me faire tatouer, n’est-ce pas ? Car je ne le ferais pas. Premièrement, je ne suis pas assez… Stupide, dirais-je, pour me confier à un homme dont je ne connais que le nom. Deuxièmement parce qu’une seule personne connait ma vie, entièrement, et non ce n’est pas un Dieu quelconque. Il n’y a donc aucune raison pour que je te raconte ce que tu veux savoir. A moins que… »


Un sourire dévorant s'était imprimé sur mes lèvres à l'écoute des premiers sons des phrases de mon diedman. Les indices que j'avais laissé glissé sur le sol de nos rencontres et découvertes, qu'ils soient conscients ou non, avaient été pris en compte, m'assurant un certain intérêt. J'appréciais. L'hypothèse directe d'un pays désertique, puis l'observation sur la finesse du sable accentua légèrement le côté pointu de mes sourires, et laissais voleter dans ma têtes les papillons de sable que représentaient mes souvenirs minéraux. Oui. Oui, Dalaigh avait raison ; le sable n'était pas le même en fonction des différents endroits du monde. Ni la même couleur, ni la même épaisseur, ni la même sensibilité. Je me souvenais du sable d'Abou Simbel, si différent de celui breton, de Loctudy. Il aurait été inconvenant de considérer le sable comme unique, comme uniforme ; presque autant qu'il aurait été de prétendre écouter la même chose d'une mélodie signée de Beethoven et d'une de la main de Debussy.
Sa remarque sur ma face trop blanche pour un natif de ces pays du Soleil m'arracha un véritable rire. Léger, tranquille, mais sincère, parce qu'il m'offrait une plaisanterie, bonne comme celle que l'on entend enfant, et que l'on conserve quelque part dans sa mémoire, parce qu'elles sont importantes, et personne ne peut expliquer pourquoi. La Lybie, n'est-ce pas ? Cette croisière rapide, en bateau, qui avait pour but la Crête grecque. J'avais longé, puis observé de loin les côtes d'un pays qui ne m'appartenait pas, mais qui, de son existence, formait et fermait les frontières de mon Egypte. La Lybie. J'irais peut-être là-bas, un jour.
Sa transition me laissa pantois, cependant. Il était bien plus fier que ce que je m'imaginais. Un point pour lui. M'abandonnant à ma petite défaite, je contemplais avec furtivité ses doigts, me sentant une seconde comme un chaton face à un gros et vieux matou. Puis l'hilarité revint dans ma tête, et tandis qu'il approchait de moi, pour achever le suspens d'une phrase qu'il avait jeté tout là haut dans l'inaccessible profondeur de la curiosité humaine, je relevais mes yeux courbés par le rire, mes prunelles fendues par le sourire. Approche, Dalaigh. Joue moi ton jeu.

« A moins que tu ne m’offres des informations à ton sujet. Nous serions alors quitte, chacun apprenant ce qu’il veut savoir de l’autre. »


Surprenant, amusant. J'aurais aimé tordre mes lèvres dans les paroles « je ne pensais pas les Anglais capable de marcher de manière aussi équilibrée sur le sable. Je ne pensais pas non plus un de ces gens gris capable de retenir les formes et les couleurs des déserts. » Mais je taisais ces paroles, sous l'impatience de m'engager dans la partie lancée si aimablement. Si subtilement.
À la place, je m'approchais d'un pas. Un unique pas, qui aurait pourtant assuré à Dalaigh que notre distance soit assez espacé pour que je ne le touche pas. Ou que je ne le retouche pas. Mais c'est ce que je fis, en attrapant la peau de ses joues, et comme l'on joue avec un enfant, m'amusais à tirer doucement la peau noire, tendue sous ses yeux. Des orbites creusées au dessin, que j'étirais de mes pouces, ravi de l'occasion. J'en profitais, opportuniste amusé, pour me pencher vers le vide et le vertige que représentait toujours l'Autre, et dans un baiser furtif, goûtait à ce vol de son souffle. Je reculais, reprenant mes hauteurs mentales, ma désertique tranquillité.

« Egypte. Je viens de l'Egypte. »

La magnifique, grande, sauvage, pyramidale, pharaonienne Egypte. Pas celle qui comptait aujourd'hui les immeubles du Caire, et ses guerres à ses présidents. Non. Je venais d'une Egypte de soixante ans plus tôt, qui avait conservé pour moi tout l'attrait ancestral du treizième siècle. Une époque que je n'avais connu, mais qui n'avait cessé d'exister dans ma tête, dans ma réalité des choses.

« Les traumatismes... Mm... Je suppose que je suis déjà ivre mort d'entendre toutes ces choses, à force de côtoyer Monsieur le Psychiatre. Je serais plutôt étonné de savoir comment tu connais le sable. Pourquoi tu as ouvert ce cabaret, puisqu'ici, les Anglais sont des gens qui se veulent à cheval sur les principes. Ils sont si polis, si raffinés, si étriqués, aussi. Tu n'as jamais eu la sensation de gêner ? »

Je lâchais ses joues, souriant de voir que je pouvais tout de même rougir les dermes, et d'une pression, constater du sang.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Dim 10 Mar - 11:57


    Les pieds solidement ancrés dans le sol de sable, Dalaigh fixait son interlocuteur avec la plus grande attention. Même si les traits de Chess ne bougeaient pas d’un millimètre, les sentiments passaient tout de même dans ses yeux mais n’étaient visibles que pour ceux qui savaient regarder. Hors, l’homme squelette avait beau eu mettre ses orbites en évidence, cela ne lui avait pas ôté la vue pour autant, le forçant ainsi à voir jour après jour la déchéance régnée en maître, sur son cabaret comme dans les rues du monde entier. La surprise qu’il avait donc pu observer dans le regard du blond diaphane lorsqu’il avait évoqué les différents sables lui tira un sourire en coin, profitant ne serait-ce qu’un court instant de son effet tout à fait réussi. On aurait pu s’arrêter au sourire qui s’étendait lentement sur le visage de Chess pour en déduire qu’il appréciait les arguments donné par le chauve mais dans ses yeux brûlait quelque chose d’autre, de plus profond, de plus secret, de plus… intime.

    La créature intemporelle fit en pas en direction de Dalaigh, écrasant la distance qui les séparait, ne laissant entre eux qu’une fine partie de vide, presque rien, juste une chose immatérielle qui gardait pourtant tout son sens dans une confrontation comme celle qui avait lieux. Le vide se froissa cependant entre les doigts de Chess, réunissant leurs peaux dans un électrifiant et sourd ballet. Les fins pouces frottaient la peau douce des joues comme s’ils voulaient eux aussi se retrouver couvert d’une entre noire et douce, comme si la pureté de son teint se devait d’être alternée par l’intervention d’un mélange poisseux de pigments. Après avoir délicieusement torturé la partie la plus enfantine de son visage, c’est à ses orbites d’un noir profond que Chess s’attaqua. Les yeux de Dalaigh se fermèrent, espérant secrètement qu’un jour, quelqu’un oserait lui faire perdre la vue de la manière dont il le déciderait, le coupant ainsi de toutes ces tentations qui courraient les rues, de toutes ces débauchées qui se faisaient prendre derrière un lampadaire, de tous ces hommes dégoutants qui étaient devenus pauvres car leur seule richesse était dorénavant leur argent. Peut-être qu’à ce moment-là, Dalaigh retrouverait le goût de l’humanité car il ne pourrait plus voir mais devrait se contenter de ressentir. Peut-être. Si seulement…

    Du fait de son aveuglement temporaire, le tatoué ne put voir venir le prochain geste de son interlocuteur devenu muet. Sensation si légère et si éphémère que celle des lèvres qui effleurèrent à peine la bouche torturé du patron de l’endroit. Le souffle lui manqua, une seconde, même pas, et ses yeux risquèrent de s’ouvrir de stupeur. Mais il s’efforça à garder un masque inexpressif, plissant à peine le coin des yeux. Il n’était même pas sûr de ce qu’il venait de se passer mais tout son corps lui criait que ce n’était pas un rêve, malgré ce que l’apparence de Chess pouvait laisser penser. Qui donc était ce type, comment osait-il l’embrasser de la sorte ? Dalaigh n’arrivait pas à savoir si cela le révulsait ou le faisait vibrer d’une manière inédite. Pour le moment, il n’avait pas envie d’y réfléchir, préférant garder ses débats intérieurs pour des nuits plus calmes et moins intéressantes que celle-ci. Quand, enfin, l’homme se décida à décoller ses paupières, il remarqua que le corps fin de Chess n’était plus aussi proche du sien qu’avant, mais que l’homme du désert se trouvait à quelques centimètres de lui, les doigts de nouveau pressé contre la peau de ses joues , affichant une sérénité qui faisait passer le calme de Dalaigh pour un ouragan affamé de corps et de débris.

    Egypte. Je viens d’Egypte. Les traumatismes... Mm... Je suppose que je suis déjà ivre mort d'entendre toutes ces choses, à force de côtoyer Monsieur le Psychiatre. Je serais plutôt étonné de savoir comment tu connais le sable. Pourquoi tu as ouvert ce cabaret, puisqu'ici, les Anglais sont des gens qui se veulent à cheval sur les principes. Ils sont si polis, si raffinés, si étriqués, aussi. Tu n'as jamais eu la sensation de gêner ?

    La pression disparut de ses joues et Dalaigh se laissa aller à sourire avant de s’asseoir paisiblement sur le sol au reflet doré. Les jambes croisés, le dos droit et les doigts emmêlés dans les grains de sable, le regard de l’homme au squelette ne quittait pas les petites cascades qui glissaient entre ses phalanges. Les rythmes étaient différents, les couleurs chatoyantes et la sensation envoûtante. Se dégageant de son petit paradis, il leva enfin les yeux pour répondre aux questions que lui posait l’inconnu le plus intéressant que le hasard lui avait offert.

    Je ne connais pas le sable, j’ai juste eu une passion adolescente pour les pays désertiques et de préférence africain. Cela n’a duré que quelques mois et, une fois les secrets les plus intéressants levés, la passion s’en est allée.
    Pourquoi ai-je ouvert ce cabaret ? Pour m’amuser, pour voir les hommes se vautrer dans la débauche alors que la société vit dans l’ignorance d’un tel univers. Pour essayer de m’expliquer pourquoi la débauche qu’offre la rue ne suffit plus à certains, et pourquoi ils ont besoin de cette débauche encadrée et manœuvrée. Pour déranger, aussi, car quiconque viendrait à connaitre le vrai commerce qui s’exerce ici en serait profondément secoué, peut-être même répugné. Et cela m’intéresse.
    Quant à la sensation de gêner, je ne la ressens plus. Plus depuis que mon corps est devenu une toile peinte de noire.


    Passant deux doigts sur ses lèvres, afin de sentir les grains roulés sur sa peau, Dalaigh se désintéressa momentanément de la conversation, profitant pleinement des odeurs et des grincements qui se répandaient sur son épiderme. Par le Lord, que cela lui ramenait des souvenirs. Même si le sable norvégien n’avait rien à voir avec celui qui glissait entre ses doigts, il ne put faire disparaitre l’image de Selina de son esprit. Voilà qui intéresserait plus d’un psychiatre. D’ailleurs…

    Et toi, très cher, pourquoi donc aller voir des psychiatres si ceux-ci te rendent ivre mort ? Pourquoi venir ici, dans mon établissement ? Et surtout, quel âge as-tu ?
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Dim 17 Mar - 20:51

Un peu trop blanc, couleur d’Euphrate, pour ces poèmes que j'ai appris ...



« Je ne connais pas le sable, j’ai juste eu une passion adolescente pour les pays désertiques et de préférence africain. Cela n’a duré que quelques mois et, une fois les secrets les plus intéressants levés, la passion s’en est allée.
Pourquoi ai-je ouvert ce cabaret ? Pour m’amuser, pour voir les hommes se vautrer dans la débauche alors que la société vit dans l’ignorance d’un tel univers. Pour essayer de m’expliquer pourquoi la débauche qu’offre la rue ne suffit plus à certains, et pourquoi ils ont besoin de cette débauche encadrée et manœuvrée. Pour déranger, aussi, car quiconque viendrait à connaitre le vrai commerce qui s’exerce ici en serait profondément secoué, peut-être même répugné. Et cela m’intéresse.
Quant à la sensation de gêner, je ne la ressens plus. Plus depuis que mon corps est devenu une toile peinte de noire. »


Mes prunelles fendues, j'admirais la brèche d'informations qu'était cet homme. Passionnant et imprévisible. Il ne me laissait pas la moindre chance de le cerner, et je me sentais presque irrité de ne pas parvenir à trouver en lui les codes habituels des règles logiques d'un enchainement humain. Sociétaux, repères, et réflexes : il me perdait avec moi-même, en me troublant avec son être. Il était parfaitement humain, et répondait avec des attitudes humaines, mais dans des concaténations qui me laissaient pantois. Il me donnait envie d'étendre mes mains et d'étirer cette peau pour en tester les nuances et les textures, d'enlever tous les vêtements qui me cachât l'étendue de son tatouage, et de finalement, découper la peau. Des envies qui s'acharnaient à frapper dans ma tête, et que je réfutais, en inspirant, mes lèvres déchirant le silence en un murmure arabe, intime.


« احب موتكم..احب حياتك. »


J'aime ta mort, j'aime ta vie, Dalaigh. Ta mort. Ta vie. Tu n'appartenais à aucun autre cadre humain que j'ai pu connaître jusque là. Mes prunelles étincelèrent. Qui pouvait t-il être, si je lui arrachais son tatouage ? Si je le mettais à nu de sa propre peau ? Est-ce que son caractère se serait assez affirmé pour le faire conserver ces attitudes mêmes, ou bien serait t-il le fantôme d'une identité autre : l'esquisse du pinceau noir ? J'eus envie de tituber, et mes doigts accrochèrent un support, pour rester debout.

« Et toi, très cher, pourquoi donc aller voir des psychiatres si ceux-ci te rendent ivre mort ? Pourquoi venir ici, dans mon établissement ? Et surtout, quel âge as-tu ? »

Alors je m'asseyais : délesté de tout le poids du monde, tombant sur le sable, pour adopter cette position enfantine du gosse qui construit son château de sable. Cette position mienne : mes jambes écartées, et mes mains plongées dans le sable, comme pour m'emparer de la totalité de ce qu'il était, et le soulever de mes doigts. Cette position que je n'avais pas pris depuis cinquante ans ; cette position abandonnée au profit de l'Angleterre et de sa magie civilisée. Cette position qui cachait simplement l'enfant ; ce gamin qui s'amuse dans le sable, et qui joue à faire s'élever sur quelques centimètres miraculeux un château à la structure trop légère. Je me souviens que mes camarades et moi vidions nos gourdes sur le sable, en plein désert, et nos parents criaient au gâchis. Mais ils comprenaient ; l'eau n'était rien face à la magie du jeu de l'enfance, et nos château de sable étaient les premiers et derniers pas de ce qui s'appelait enfance, qui disparaîtrait pour laisser place à ce que l'on appelerait « vie », et qui prendrait ensuite le nom de « Histoire ». Ces souvenirs, ancrés dans mes mains et dans le sable, noyèrent mon regard d'un éclat triste. L'éternité était longue à atteindre : car se détacher de ses souvenirs vivants n'était pas une mince affaire. Ce n'était ni un refus ni un déni de ma part. Les limbes de mon esprit, comme des gouffres piégés par mon cœur, s'ouvraient ou se refermaient, sensibles aux humeurs de mes situations. Je chassais le sentiment. Pourquoi Monsieur le Psychiatre ? Parce que monsieur le psychiatre était Lorcan.

« Je baise avec lui. »

Un sourire étira mes lèvres.

« Ses discours sont parfois assez assommants pour m'empêcher de tuer. Il suffit qu'il m'allonge sur le divan pour soigner un hypothétique complexe d'Oedipe et les murmures traumatiques me font oublier mes désirs. Humain, inhumain, je ne sais pas, je m'en fous … Pourquoi rester à l'écouter ? Hah. Outre son ventre, je dirais que c'est parce qu'il me permet de voir des gens comme toi. »

Mes doigts abandonnèrent le sable, et , ruissellement doré, se pointèrent vers la poitrine de Diedman. Un regard, un simple regard, puis j'abandonnais mon sérieux, pour redevenir l'Être Hilare, le Chess moqueur de ces Anglais si étriqué. Dalaigh ne devait pas être un Anglais très normal.

« Parce qu'il me force à regarder la société que je fuis : parce qu'il m'impose d'ouvrir mes yeux, et de me forcer à comprendre les gens. La gamine rousse, qu'il a entrainé dans sa Folie, ou toi, que je rencontre en me forçant à sortir de chez moi. J'appartiens au monde de la nuit, mais les Ombres dont je me pare, Monsieur le Psychiatre me les découpe avec un grand ciseau. Il veut que je vive. C'est ce qu'il dit. »

Sourire, amusement, fol étonnement devant les jeux de couleurs qui faisaient rutiler sur sa peau des éclats de sable et d'argent. J'allais rire, j'allais rire devant mes propres paroles, mais son visage me surprit, comme une révélation frappée contre mon âme, et je tûs le rire, pour arborer la contemplation de son visage. Surprenant et original ; mais l'Homme ne cesserait de me surprendre. Peut-être parce qu'il y avait des individus qui s'arrachaient à l'humanité, pour toujours mieux y replonger ensuite. Leur nature, écrite en lettre de sang dans leurs fibres intimes, ils étaient ce qu'ils avaient voulus fuir ; et en étaient mille fois plus beaux qu'à l'origine. Les paradoxes de ces êtres, qui se dessinaient par un visage éternellement jeune, ou par de l'encre sur la peau. Alors je me relevais puissamment, pour abandonner l'enfant et l'enfance, pour surplomber de toute ma taille Diedman.

« Je suis entré ici pour toi. Parce que je cherche toujours quelqu'un. Je ne sais jamais qui il sera. Mais quand je l'ai entre mes doigts, je sais qu'il est celui que je cherchais. Parce que ce soir, j'ai besoin que ce soit toi. Quant à mon âge, Dalaigh... »

Le vent souffle sur les années, emporte les grains de sables, et évolue vers le Nord.

« Je ne sais plus. Entre 59 et 61 ans. J'ai l'âge humain nécessaire pour avoir vécu deux fois la vie que tu vis. »

Ce n'est même pas important. Je me rapprochais brusquement de lui, attrapant ses poignets que j'enserrais de mes doigts ; dans un étau insistant, l'ennui provoqué par l'âge disparu, tandis que je plongeais dans l'univers de ses prunelles, en insistant sur sa peau d'une pression, pour l'intimer à sortir de la niche sablée.

« Ok. J'ai promis à quelqu'un d'être sage. Mais est-ce que tu veux bien danser avec moi ? Est-ce que Dalaigh a le droit de danser sous les néons de la piste de danse, là-bas ? Ou est-ce que c'est interdit, puisque tu es quelqu'un d'important ? Est-ce que peux je danser avec toi ? »


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Dim 7 Avr - 6:58


    Les deux hommes se faisaient toujours face, danse obnubilante de deux fauves qui se jaugent sans jamais parvenir à obtenir les réponses qu’ils cherchent. Dalaigh a beau détailler l’homme qui murmure en arabe, il n’arrive pas à croire que ce n’est pas une femme à la douceur diaphane mais un homme à la beauté enchanteresse. Comment un tel esprit de serpent, qui cherche à se faufiler dans les moindres interstices afin de tirer tous les secrets d’un cerveau, peut-il habiter un corps aussi félin, qui se fond dans le sable et qui s’approprie toutes les situations ? Chess le passionnait, mais le squelette refusait de se l’avouer. Pour le moment. Il était toujours perturbé d’avoir senti les lèvres de l’homme sur les siennes et ne parvenait que lentement à remettre ses pensées en place. Lui si inébranlable, habitué à voir toutes sortes de choses, toutes sortes de vices qui se cachent dans les entrailles de son établissement, venait d’être désarçonné par un simple baiser.

    Tandis que Dalaigh posait de simples questions à son client afin de reprendre un peu de contenance, ce dernier s’assit. La gorge du squelette se serra, regardant ce corps d’homme adulte aux airs si féminins prendre la position d’un enfant du désert. On aurait presque dit que cette position était inconsciente, comme inscrite à l’intérieur de l’arabe, dans ses veines, dans son corps, dans ses entrailles. Cela semblait si naturel pour ce grand corps de s’étendre de la sorte, de plonger ses mains à l’intérieur du sable tiède. Un observateur attentif aurait pu voir là une métaphore d’un désir inavoué que d’enfoncer ses longs doigts dans la matière insaisissable, de la faire couler le long de ses mains, de la regarder retomber en petits tas informes. Pas forcément au sens sexuel, loin de là. Le sens viscéral était tout aussi présent et l’air passionné qu’avait eu Chess auparavant en regardant le corps décomposé du patron du lieu de débauche ferait plus pencher la balance vers une envie difficilement retenue de plonger ses mains à l’intérieur d’un ventre, farfouillant les entrailles afin d’en sortir les moindres secrets lorsqu’un esprit ne coopérait pas avec l’insinuation lente et méthodique de Chess.

    Je baise avec lui.

    Le ventre de Dalaigh se contracta, ses pensées se brouillèrent un instant. Quand il posait une question et que l’être inatteignable lui répondait, cela apportait encore plus de questions dans son esprit, le perturbant lentement mais sûrement. De plus, Chess avait dit cela sur un ton tellement naturel que l’on aurait presque pu croire que c’était normal pour deux hommes de… Baiser.

    Ses discours sont parfois assez assommants pour m'empêcher de tuer. Il suffit qu'il m'allonge sur le divan pour soigner un hypothétique complexe d'Oedipe et les murmures traumatiques me font oublier mes désirs. Humain, inhumain, je ne sais pas, je m'en fous … Pourquoi rester à l'écouter ? Hah. Outre son ventre, je dirais que c'est parce qu'il me permet de voir des gens comme toi. Parce qu'il me force à regarder la société que je fuis : parce qu'il m'impose d'ouvrir mes yeux, et de me forcer à comprendre les gens. La gamine rousse, qu'il a entrainé dans sa Folie, ou toi, que je rencontre en me forçant à sortir de chez moi. J'appartiens au monde de la nuit, mais les Ombres dont je me pare, Monsieur le Psychiatre me les découpe avec un grand ciseau. Il veut que je vive. C'est ce qu'il dit.

    Dalaigh fixait le doigt tendu vers sa poitrine, retenant avec peine son envie de reculer ne serait-ce que d’un pas. Il était habitué à entendre beaucoup de chose, à voir énormément de débauche. Mais l’homosexualité, consciente ou non, n’avait jamais été quelque chose à laquelle il s’était habitué. Il ne l’avait jamais essayé non plus, mais la question n’était pas là. Chess ne lui faisait pas peur. Du moins, il essayait de s’en convaincre. Ce n’était pas tant la personne qui le faisait reculer que ses idées et ses envies. La discussion l’intéressait au plus haut point, le passionnait même, mais si son interlocuteur pouvait éviter de réitérer l’expérience du baiser, cela ne le dérangerait pas.

    Se concentrant sur les mots de Chess, il espérait pouvoir tirer de nouvelles informations qui l’aideraient à cerner un peu la personne qui lui faisait face. Mais là encore, ce ne fut pas le cas. Chess semblait être un homme torturé, peut-être même dérangé, mais ce n’était pas le métier de Dalaigh que de psychanalyser ses clients. Par contre, il lui arrivait de trouver passionnant les mots qui sortaient de leurs bouches pourries par le vice. C’était le cas avec Chess, sauf que celui-ci n’avait rien de pourri… Au fur et à mesure que les mots s’effilaient dans l’air, le squelette comprit que le psychiatre n’était peut-être pas plus équilibré que son client. Vivre alors que des envies inhumaines courent dans l’esprit de quelqu’un… Dalaigh connaissait cela.

    Je suis entré ici pour toi. Parce que je cherche toujours quelqu'un. Je ne sais jamais qui il sera. Mais quand je l'ai entre mes doigts, je sais qu'il est celui que je cherchais. Parce que ce soir, j'ai besoin que ce soit toi. Quant à mon âge, Dalaigh... Je ne sais plus. Entre 59 et 61 ans. J'ai l'âge humain nécessaire pour avoir vécu deux fois la vie que tu vis.

    Pourquoi moi ? Pourquoi ce soir ? Pourquoi donc aurais-tu besoin de moi alors que tu sembles si libre, si insaisissable, si… Inatteignable ? Je ne suis qu’un patron de cabaret, je n’ai rien d’exceptionnel si ce ne sont les dessins qui couvrent mon corps. Est-ce donc pour cela que tu penses avoir besoin de moi ? Pour te sentir mort un instant ?Un silence. Tu n’es pas facile à suivre, le sais-tu ?

    Les doigts de Chess enserrèrent les poignets de Dalaigh, lui intimant sans un mot de bien vouloir le suivre. Délicate traction en direction de la sortie, étau de fer autour de sa chair. Hypnotisé par les prunelles sans teint de l’être sans âge apparent, le squelette ne réfléchit même pas, le suivant lentement sans répondre immédiatement aux questions qu’il lui avait posées. Les regards se tournèrent vers le couple détonant qu’ils formaient sur la piste mais rien ne semblait pouvoir les déranger, l’un cherchant à comprendre l’autre en le fixant profondément dans les yeux. Dalaigh n’était même pas sûr d’avoir cligné des yeux depuis qu’ils étaient sortis de la salle ensablée.

    N’importe qui peut danser avec moi, si tant est que j’en ai envie. Vois-tu, contrairement à ce que l’on pourrait penser, je suis tout aussi humain que qui que ce soit dans cette pièce. Parfois, je viens à penser aux mêmes vices qui parcourent ton esprit. Je mange. Je dors. Je ne suis pas immortel. Je ne suis pas intouchable. Alors oui, bien sûr que tu peux danser avec moi. Autant que tu le veux.

    Il n’avait même aucune idée de la musique sur laquelle leurs corps ondulaient, préférant se concentrer sur la situation.

    Que voulaient dire ces mots en arabe ?
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mer 10 Avr - 11:30

« Pourquoi moi ? Pourquoi ce soir ? Pourquoi donc aurais-tu besoin de moi alors que tu sembles si libre, si insaisissable, si… Inatteignable ? Je ne suis qu’un patron de cabaret, je n’ai rien d’exceptionnel si ce ne sont les dessins qui couvrent mon corps. Est-ce donc pour cela que tu penses avoir besoin de moi ? Pour te sentir mort un instant ? »

Alors peut-être n'était t-il pas Brynhildr. Peut-être ne le sera t-il jamais. Il y a dans ses questions toute la réflexion de la sagesse qu'il possède, et que la Walkyrie n'eut jamais. Dans un sourire lent, décomposé, je relevais mes yeux jusqu'à lui, pour le contempler. De mes yeux, de mon cerveau, jusqu'à ses yeux, jusqu'à son âme. Outre et avec ses tatouages, outre et avec sa peau, outre et avec l'attrait même qu'il représentait. Pour tout ce qu'il était et ce qu'il n'était pas. Pour les sourires que j'avais aimé lui voir sur ses lèvres, pour la respiration, et pour l'éclat de ses yeux. Pour ses poignets entre mes doigts, pour son corps sous mes mains. Finalement, cela représente quelque chose d'heureux qu'il ne soit pas cette sotte armée. Car la sotte armée était condamnée. Lui est vivant. Alors je réfute. Je réfute puisque je suis vivant aussi, et que si les années passent, elles ne me tâchent pas. Je réfute car je suis et je reste, je suis là, et je ne m'en vais pas. Mais je réfute, et ma cognition se tord dans ce déni qui m'arrache le souffle, dans cette sensation de brusque mise à nu. Pour me sentir mort un instant ? Je le fixe, comme pour essayer de plonger tout à l'intérieur de lui, pour comprendre. Pour me comprendre. Pour le comprendre. Il vient de me perdre dans les mots qu'il a jeté. Ce ne sont pas des pierres jetés au dessus du mur. Ce sont des galets qui perforent la surface d'un lac. D'un lac foncièrement calme. Je réfute. Je réfute. Totalement. Tout. Tout.

« Tu n’es pas facile à suivre, le sais-tu ? »

J'inspire. Je crois que je viens de me mordre la lèvre à sang.

« L-le lac. C'est le lac de l'esprit. Il ne faut pas essayer de suivre, il faut trouver son propre rythme. Avec moi comme avec toi. Si tu ne trouves pas le rythme, tu te noies dans l'autre. Et tu ne le comprends pas. Faut simplement capter le rythme. »

Et la musique d'appuyer mes dires, en venant hurler ses invitations à la débauche. Je connais. Je connais, puisqu'à l'Heliogabalus Bar, nous faisons bien pire, entre erreurs de la nature. Dans nos amours consanguins, nous livrons nos corps à des pêchés qui effleurent la décadence, soulevant des doigts les bords d'une délicatesse, et lacérant notre propre violence. Je connais la musique, et je connais les corps. Je connais la sensualité d'un enlacement, je connais la lumière, et je connais le charme d'un partenaire qui s'échauffe sous vos doigts. Question de chaleur, question de besoin. De désirs et de contemplation. Mais ce soir, il faudrait faire en sorte que cela soit différent. Différent et possible, sans clash et sans provocation. Uniquement le pathétique d'une pluie qui s'écrase sur le disque vinyle, ou d'un piano qui joue sous les coups d'une pierre. À la frontière entre le doux et le haineux. À la limite du possible, et de ce que je pouvais envisager. Un frisson courut mon dos, et j'abandonnais les poignets de Dalaigh, sans jamais le lâcher, pourtant. Mes mains remontèrent ses avant-bras, ses coudes et je calai mes paumes dans l'arrondi d'un triceps. J'imaginais mes doigts, devenus lame, perforer la peau, et découper le tendon, pour relâcher son muscle dans un misérable cordon. Que j'aimerai le faire, pour voir son bras privé d'une force interne. Il y aurait son os, mis à nu, en dessous du tatouage, que je pourrai contempler, caresser du bout des doigts. Mes paumes effleurent la courbe de son épaule, résistant à l'idée. Au temps pour moi. Je resterai sage, ce soir. Je l'avais promis au Chapelier. Et Dalaigh, s'il n'était ce jouet que pouvait être les autres humains, représentait la nourriture de l'âme dont on ne peut se repaître. Insatiable intérêt qu'il était devenu à mes yeux. Du bout des lèvres, j'eus un ronron.

« N’importe qui peut danser avec moi, si tant est que j’en ai envie. Vois-tu, contrairement à ce que l’on pourrait penser, je suis tout aussi humain que qui que ce soit dans cette pièce. Parfois, je viens à penser aux mêmes vices qui parcourent ton esprit. Je mange. Je dors. Je ne suis pas immortel. Je ne suis pas intouchable. Alors oui, bien sûr que tu peux danser avec moi. Autant que tu le veux. »

Ta gueule, Dalaigh. Tu ES intouchable. ...
Une jalousie privée, enflant dans ma poitrine, tandis que mes pensées allaient vers cette mystérieuse personne qui savait tout de lui. Cette personne, source de mon humeur, qui connaissait les secrets de l'homme dans mes paumes. J'espérais qu'elle profitait, au moins. Quoique mon approche avait toujours été douce. Lente, si le terme douce ne pouvait convenir. Mais jamais un viol. Jamais une défonce de l'autre. Pas sans sa permission. Il n'empêche. Il y avait quelque chose qui m'avait fait mal. Et je ne parvenais pas à deviner quoi exactement. Des mèches blondes glissèrent devant mes yeux, devenant bleues lorsque les humeurs des néons se firent azur, et mes doigts se crispèrent sur le corps du Diedman. J'ignorais sa question sur les mots arabes.

« Autant que je le veux, hein ? »

Intouchable. Parce qu'il était à moi ce soir. Mes doigts crochetèrent ses épaules, et je me glissais sous ses bras, pour, dans l'ombre de son mouvement, venir dans son dos. Élevé sur les hommes comme Anubis sur la Terre, je tenais dans mes bras le corps de ma passion. Peu m'importait les allitérations de ma phrase, je ne prononcerais pas « éphémère ». Il se faisait tatouage de mon esprit, fer chauffé à blanc dans mes sentiments et mon cœur. Juste une découvre. Juste lui. Ce soir. Pourquoi, avait t-il dit ? Est-ce que je lui avais correctement répondu ? Ma hanche trouva la sienne, et je me penchais par dessus son épaule, pour imposer l'étau de mes bras sur sa poitrine, dans les saccades de nos mouvements danseurs. Crispation de mes doigts, proches de son ventre. Sourire.

Danser. Danser des heures, en collé-serré, en ondulant, en caressant ou en déchirant, j'avais le mérite de savoir tout faire. Une discipline dans laquelle j'excellais, presque autant que la métamorphose. S'il avait fallu passer, durant mes examens, un test de danse, j'aurais arraché un succès inopiné auprès de ces professeurs amuser à me casser. Oh, seigneur. Casser ces corps entre mes doigts aurait été charmant. Les casser, d'une pression de mes paumes, comme des baguettes de bois. Mes mains abandonnèrent le ventre de Dalaigh, pour remonter plus haut, dessinant une surface pectorale, couvant l'étendue de ses clavicule, effleurant sa gorge, et se stoppant bien avant les lèvres. Dans la perte des sens et de la concentration, je savais mes hanches s'écarter pour le maintenir contre moi, mes coudes refermés contre ses côtes, mes yeux dardés sur ses tempes. Ou ses yeux. S'il me regardait. Cela m'offrait le prétexte de parfois lui sourire.

Son corps contre le mien, dans un contact des plus fermes et des plus proches, je le conservais contre moi, ravi de l'opportunité, ravi du trouble que cela pouvait installer dans ses yeux ou dans ceux de nos spectateurs. Je m'en fous, je m'en fous. Mes prunelles brodaient un regard provocateur, intimant dans mes yeux les flammes d'une chaleur sensorielle. Sensationnel. L'instant était sensationnel. Accrochant mes ongles dans sa peau, je retins un ricanement qui aurait pu être mal interprété. Normalement, je ne dansais pas avec les hommes. Normalement.
Parce que j'avais la mauvaise manie de confondre la danse et l'abus.

Plissant mes yeux sous la concentration, en récitant calmement les vertues du monde, mentalement, dans la clameur des foules et des couples autour de nous, je vins tapoter sur ses reins, pour m'attirer son attention. Sourire. Le regarder dans les yeux, sourire, se concentrer sur l'âme. Surtout pas sur le corps. Surtout pas sur le corps, bordel.

« La traduction était « j'aime ta vie, j'aime ta mort. » … En anglais, les mots ne sont plus exactement porteurs des mêmes significations. Je préfère l'arabe. L'anglais ayant le désagréable inconvénient d'être trop précis. »

Et chat qui joue, je vins presser ma poitrine contre la sienne. Pour lui faire peur, pour l'effrayer, ce garçon mangeur de femme. Pour ressentir toute la puissance de ses poumons se gonflant dans son inspiration, mon ventre se tendant sous son expiration. Mes doigts épousèrent la forme de son visage, sans toucher au cerveau d'encre. Je ne souriais plus : je hurlais dans ma tête. Ne le mange pas. Ne le tue pas, ne le viole pas. Il est interdit de toucher aux humains. Mes yeux s'éteignirent.

« Eyh, toi... j'ai faim ... »

Comme un aveu. Comme un profond désir.
Comme un damne. Heh, Dalaigh ?


Dernière édition par Lorcan « Chess » Hatefull le Dim 5 Mai - 9:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Sam 20 Avr - 12:56


    L-le lac. C'est le lac de l'esprit. Il ne faut pas essayer de suivre, il faut trouver son propre rythme. Avec moi comme avec toi. Si tu ne trouves pas le rythme, tu te noies dans l'autre. Et tu ne le comprends pas. Faut simplement capter le rythme.

    Le lac de l’esprit. Quelle métaphore intéressante que celle-ci. Pourquoi donc l’esprit serait-il un lac ? A cause de son étendue infinie ? Dans ce cas-là, il serait un océan dont le plus aguerri des navigateurs n’arriverait pas à sortir. A cause de son apparence calme, peut-être. Mais les apparences étaient, comme l’indique la citation, trompeuses. Sous le calme apparent se cachait probablement une tempête de sentiments, humains, de guerres intérieures et de constante remise en question. Hors, les tempêtes ne se produisaient que rarement sur les lacs. Encore une fois, cela était bien plus courant sur les océans. Pourquoi donc ne pas dire « l’océan de l’esprit » ? Dalaigh soupira légèrement, revenant parmi les corps qui s’enlaçaient ou se repoussaient, dans une grâce et un ballet propre au cabaret. Jamais pareil chorégraphie ne serait proposée sur une scène renommée. Les hommes étaient bien trop prudes pour cela…

    Suivant inconsciemment le courant de sa pensée, Chess lâcha les mains du squelette vivant, remontant lentement sur ses avant-bras, imprimant un frisson sur la chaire encrée. Incontrôlable frémissement, réfuté par l’esprit encore buté de Dalaigh. Son corps disait oui, sa tête criait non. Les deux se turent quand l’homme à l’apparence troublante posa l’une de ses paumes sur un triceps redessiné, avant de continuer son chemin vers l’épaule après un temps d’arrêt. Ne sachant quoi faire de ses propres mains, Dalaigh les posa sur les hanches de son partenaire, serrant parfois instinctivement les os qu’il sentait sous ses doigts, lorsque ceux qui le parcouraient traçaient un sillon brûlant et transparent sur sa peau. Il ne releva même pas le fait que Chess ne répondit pas à sa question, préférant reprendre une de ses phrases. Le conflit qui régnait à l’intérieur de Dalaigh n’était pas des plus simples. De plus, ne pas savoir ce que son interlocuteur désirait vraiment de lui ne l’aidait pas spécialement à se décider…

    On lui avait toujours dit que la pureté du sang était une des choses les plus importantes. Celle qui venait directement après était le fait qu’un homme se devait d’aimer une femme. Il n’avait jamais relevé le fait que, parfois, des femmes visitaient son cabaret dans le seul but de profiter de la compagnie féminine qui s’y trouvait. Il arrivait même que deux hommes lui demandent doucement s’il était possible de réserver une alcôve. Mais lui-même n’avait jamais douté de ce qu’on lui avait enseigné. Maintenant qu’il se trouvait contre Chess, homme de corps mais aux traits d’une féminité hors norme, les principes qui lui avaient été inculqués ne tenaient plus vraiment. Son débat intérieur s’intensifia lorsque l’homme se retrouva dans son dos, dans un mouvement que Dalaigh n’avait pas suivi. Le souffle qui résonnait contre son oreille ne lui était pas indifférent et, malgré sa répulsion, la chaleur qui montait dans son ventre était irrémédiable.

    La traduction était « j'aime ta vie, j'aime ta mort. » … En anglais, les mots ne sont plus exactement porteurs des mêmes significations. Je préfère l'arabe. L'anglais ayant le désagréable inconvénient d'être trop précis.

    Chess lui faisait de nouveau face. Comment diable arrivait-il à se mouvoir de la sorte ? Il ne bougeait pas, il s’insinuait. Être éphémère et insaisissable… Dalaigh prit une profonde respiration, collant involontairement son buste contre celui de son interlocuteur. Ce geste ne lui plaisait pas, il était trop… Viscéral. Mais inconsciemment, il ne put s’empêcher de sourire. Lorsqu’il s’en rendit compte, il replaça sur son visage le masque d’impassibilité donc il devait faire preuve en toutes circonstances.

    Eyh, toi… J’ai faim.

    La surprise faillit se peindre dans les lignes encrées mais à la place, Dalaigh éclata de rire. Cet homme était décidément bien trop imprévisible.

    Eh bien, voilà qui a le mérite d’être clair. Maintenant, la question qui se pose, c’est de savoir de quelle sorte de faim tu souffres. Je ne suis pas en mesure de toutes les combler, sais-tu.

    Quittant la piste de danse, Dalaigh ne savait pas vraiment s’il y avait le moindre sous-entendu dans la phrase innocente et calculée de Chess mais il préférait penser que non. Que le blond avait réellement l’estomac vide et que ce dernier se rappelait à lui, dans un gargouillis désagréable, pouvant aller jusqu’au douloureux. Reprenant sa place sur son tabouret, le patron de la Divine Comédie attendit patiemment que l’autre vienne le rejoindre, n’ayant cependant aucune garantie que cela arriverait.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Dim 5 Mai - 10:25

« Eh bien, voilà qui a le mérite d’être clair. Maintenant, la question qui se pose, c’est de savoir de quelle sorte de faim tu souffres. Je ne suis pas en mesure de toutes les combler, sais-tu. »

Mes prunelles se fendirent, dans l'éclat joueur de la compréhension de son sous-entendu ; et je laissais un sourire effrayé apparaître sur mes lèvres, tandis que je me perdais une seconde dans la contemplation mentale de ces scènes, toutes ces scènes de petites choses intimes que nous pourrions faire ensemble, et qui comblerait pour un peu cette faim, qui elle, restait insatiable. Mes doigts s'égarèrent sur son cou, et je laissais un ricanement m'échapper.

« Non, non … j'ai faim. »

De cette faim qui ronge l'existence humaine, et tue un homme, lorsqu'elle n'est pas assouvie. Je ne détachais pourtant pas mes doigts de sa gorge, en considérant soudainement le contact. Lestat m'avait fait boire un humain, un jour. Dalaigh avait joué, et j'avais testé ma propre patience, mes crocs contre sa gorge, ma langue effleurant sa peau. La chaleur restait, et à jamais, hypnotisante. Je savais ce que je lui avais laissé voir, en refusant de céder à l'instinct, et le mot « vampire » s'était écarté de notre partie de jeu, mais je me rendis soudain compte d'à quel point la soirée avait bifurquée de ce qui aurait pu se passer si j'avais cédé.

J'aurais plongé mes dents dans son être, j'aurais mordu à son essence, j'aurais sucé son âme. Mes mâchoires se crispèrent, et d'un pas, je reculais. La mesure, en centimètre, serait suffisante pour que je ne le touche pas. Mes doigts détachés de sa peau, je les repliais lentement, et je ramenais dans un glissement de silence ma dextre contre ma hanche, venant caresser le velours noir du pantalon. Ce serait bouleversant de le tuer, cet homme-squelette. Plus que l'émoi provoqué dans le cœur des humains tout autour de nous, je crois que si je lui ouvrais la carotide pour boire, je sentirais cette horreur du vide, de la mort. Peut-être un bref instant, une seconde fugace. Mais je crois que je serai triste de le tuer. Je m'arrachais à la contemplation de son être, frémissant soudain d'une rage qui plus encore, excitait ma haine, et furieux de le voir se placer devant moi comme un guide, j'abaissais mes yeux au sol. Mais il exhalait l'odeur de son sang, et quand bien même les effluves des odeurs humaines se noyaient entre elles, ici ; dans cet univers de chair et de rosé, j'avais imprimé dans ma perception sa fragrance. Je coupais mon souffle, je le suivais pas instinct. J'imaginais les lèvres de Lestat se tordre dans un sourire qui aurait dévoilé ses crocs, et Lorcan, tapotant le bureau de ses doigts, aurait posé doucement cette infâme question « Te laisserais-tu aller ? »

Jamais.

J'enfonçais mes ongles dans la table, maudissant l'alcôve qui enfermait son odeur, la faisant tourbillonner autour de moi. Je m'assis ; plaquais ma jambe contre le pied de la chaise, glissant mon pied nu sur le sol, assurant mon équilibre sur mes coudes, reposés sur la table, et je joignais mes doigts, en observant le mur. Cet endroit me donnait envie de le casser, dans toute sa solidité matérielle et humaine, et je posais mes yeux sur Dalaigh. La haine devait se résorber, songeais-je. Sinon, je n'aurais pas tenu ma promesse d'être sage.

« Dalaigh. Soyons clairs. Si tu m'apportes de la salade, ou n'importe quelle autre verdure, je te tue après t'avoir arraché les ongles. »

Quoiqu'il ne serait peut-être pas l'heureux élu à tenir entre ses mains le plat ignoble. Mais quand bien même il ne serait pas capable d'assurer ce genre de transfert d'impératifs, cela m'offrirait très certainement un prétexte pour me jeter sur lui. Et me livrer à la folie pulpeuse des fruits que l'on déchire entre nos mains, pour faire exploser les zestes rouges des ébats sanglants. Mes crocs, dans sa gorge, pour avaler dans ma bouche, dans mon cœur, toute la chaleur de son corps. Peu importe les tatouages, peu importe la mort en putréfaction qui s'offre comme un obstacle à la réalité des choses, je déchirerais ses vêtements pour prouver que son corps était entier et vivant, et je m'emparerais de sa gorge, que je perforerai de mes dents. Je secouais la tête, en gonflant mes lèvres dans une moue boudeuse.


« Je suis jaloux. N'importe qui peut danser avec toi. Ça va à l'encontre de mon plaisir, de ma possession sur les gens. C'est comme si, en disant ça, tu assurais que tu étais libre. C'est rageant, parce que je me perds dans ce que je dois considérer par rapport aux humains. »

Je levais les yeux sur le plafond, comme soudain pris par la crainte qu'il y ait, accroché contre les parois, l'ombre d'une créature blonde, aux yeux bleus, qui sourirait de me voir ainsi patauger dans la vase de mes propres sentiments. Les humains, on ne les touchaient pas. On s'assurait de rester hors de portée du charme qu'évoquait les senteurs d'un corps bipède, et à jamais : mettre en place tout artifices nécessaires pour ne pas se livrer à la débauche de l'esclavage de l'esprit. Ne jamais, jamais, s'éprendre du corps et de l'âme d'un être humain. Ce serait se déchirer soi-même, lorsqu'apparaitrait le besoin de boire.

J'aurais du commencer par me méfier de Sköll, et imiter ses attitudes à mon égard. J'aurais, de cette manière, appris à ne pas répéter les erreurs de l'attirance à la beauté.

« Dalaigh. »

Je reculais dans ma chaise, allongeant mon dos contre le dossier, croisant mes bras sur ma poitrine, jetant une jambe par dessus l'autre, pour, dans un sourire, m'immobiliser finalement.

« Dis moi ce que tu ferais si, lorsque la nuit s’achèvera, et que nous aurons dépassé ce laps de temps durant lequel je t'impose comme mien, je t'étranglais, pour que personne ne puisse jamais plus profiter de toi... Qu'est-ce que tu ferais, que penserai-tu ? »
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Jeu 9 Mai - 6:24


    Non, non… J’ai faim

    Les doigts de l’étrange homme quittèrent la gorge de Dalaigh tandis qu’une légère distance s’imprima entre eux. La tension de Chess était presque palpable et le squelette ne savait pas s’il devait s’en amuser ou attendre qu’elle disparaisse, comme une volute de fumée qui s’évapore dans le ciel, sous l’effet d’un coup de vent. Le frissonnement de la peau qui se plisse résonna contre les oreilles de Dalaigh et il sentit la main reculer, comme avec désappointement. Cela contrariait donc Chess de s’écarter de son compagnon. Très intéressant.

    Dalaigh. Soyons clairs. Si tu m'apportes de la salade, ou n'importe quelle autre verdure, je te tue après t'avoir arraché les ongles.

    Un vrai sourire apparu sur le visage du squelette, le temps d’une seconde tout au plus. Puis il disparut à nouveau, préférant tendre à l’être diaphane un verre empli d’un liquide bleuté. Une petite concoction maison, particulièrement gouteuse. Dalaigh n’avait jamais eu de faible pour l’alcool ou la drogue mais, de temps en temps, il s’autorisait cette boisson au goût si subtile et à la couleur pastel. Il ne savait pas vraiment de quoi elle était composée, c’était son barman, ou sa barman, qui la composait pour lui sans lui révéler les ingrédients. Et cela ne le dérangeait pas outre mesure.

    Trouvant amusant l’image que Chess venait de projeter, il hésita une seconde à faire servir une salade à l’homme. La curiosité était forte de savoir s’il mettrait ou non ses menaces à exécution mais, si Dalaigh pouvait éviter de mourir ce soir, il s’en passerait bien volontiers. Après tout, il n’avait pas pu revoir Joshua pour le moment et cela l’embêterait de disparaitre sans donner de nouvelles à ses deux amies. Mais c’en était presque tentant… Chess semblait être un homme de parole, de plus il ne semblait pas connaître de limite. Serait-il donc capable de le tuer après lui avoir arraché les ongles, comme il le disait si bien ? Bizarrement, Dalaigh avait du mal à en douter.

    Je suis jaloux. N'importe qui peut danser avec toi. Ça va à l'encontre de mon plaisir, de ma possession sur les gens. C'est comme si, en disant ça, tu assurais que tu étais libre. C'est rageant, parce que je me perds dans ce que je dois considérer par rapport aux humains.

    La possession d’autrui n’est que chimérique, tu t’en rends bien compte n’est-ce pas ? La liberté aussi, soit dit en passant.

    Il se rappelait une conversation qu’il avait eue avec… Nienna, Selina ? Il ne parvenait pas à remettre un visage sur ce moment précis. Dans cette conversation, l’idée de possession avait été abordée et le débat qui s’en était suivi avait été des plus intéressants. Dalaigh affirmait que l’on ne possède rien de matériel vu que tout fini par disparaitre tandis que son interlocutrice partait du principe que, une fois la chose acquise, elle nous appartient pour toujours même si sa forme matérielle venait à disparaitre. L’idée de posséder une essence aurait pu plaire à l’homme squelette mais il préféra rester sur sa position, ce qui fit partir la conversation sur le sujet de l’entêtement. Mais c’était une autre histoire.

    Et si n’importe qui peut danser avec moi, cela ne veut pas dire pour autant que je prends du plaisir à danser avec tout le monde.

    Dalaigh. Dis moi ce que tu ferais si, lorsque la nuit s’achèvera, et que nous aurons dépassé ce laps de temps durant lequel je t'impose comme mien, je t'étranglais, pour que personne ne puisse jamais plus profiter de toi... Qu'est-ce que tu ferais, que penserai-tu ?

    Le squelette observa son compagnon, détaillant sa position et réfléchissant. Chess semblait détendu, confortablement installé dans sa chaise, les jambes et les bras croisés. Cela mettait encore plus en avant son apparence féminine et Dalaigh du se forcer à le quitter des yeux, son cerveau lui hurlant qu’il s’agissait là d’un homme et non d’une femme. Voilà qu’il recommençait à dévier ses pensées… Quel dommage.

    Si tu m’étranglerais, j’aurais alors deux options. La première étant de me défendre, pour ma vie. Je serais alors probablement obligé de te tuer, même si cela semble impossible à la connaissance de ton âge contrastant si joliment avec ton apparence. La deuxième possibilité est celle de me laisser faire, de m’abandonner dans cette mort et de fermer les yeux, une dernière fois.

    Intérieurement, il se dit qu’il se battrait afin de laisser un dernier mot à ceux qui lui sont proches puis, probablement qu’il se laisserait faire.

    Quant à ce que je penserai… Je n’en sais rien. Mais dis-moi, pourquoi en viens-tu à vouloir me tuer ? Pourquoi cette pulsion de possession semble t’obséder ? Malgré ton âge, tu t’amuses encore comme un enfant, ce qui, foncièrement, me plait. Mais j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas de caprice plutôt que d’actes réfléchis. Tu es complexe, Chess. Pas que cela me déplaise. Disons que cela te fait sortir des carcans habituels.
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Ven 31 Mai - 18:18




Un jour, je serai vieux. Ce jour là, je cesserai peut-être d'avoir cette voix et ces comportement d'enfant, n'est-ce pas ? Peut-être que ce jour là, on ne me verra plus. Je saurais me cacher des humains, pour qu'ils ne voient pas ce que j’ignorai encore être.
Un jour, je serai vieux. Et ce jour là, je me serai perdu par rapport à ce que je suis aujourd'hui. Un enfant. Un enfant mourrait certainement dès cet instant de délice où je deviendrais vieux.

(…)

J'étais l'amant d'une ingénue décadence, dans ce lieu qui m'offrait danse et alcool. Les corps et les mets s'entassaient dans ce désir fourmillant, et je pouvais poser mes yeux et mes mains sur les membres et les cheveux que je tordais de l'esprit, que je masturbais de mes sourires. Le sale et le laid d'une beauté exacerbée, que je devinais aux froissements des robes et aux plis des messieurs. Mes fossettes, peut-être, aurais-je du en abuser sous les doigts de la première poupée aux allures de Barbie géante qui avait glissé ses doigts dans mes cheveux. Mes rires, j'aurais du essayer de les taire. Pour taire, rester silencieux, et observer. Peut-être aurais-je agir de cette façon. Mais peut-être aurais-je dédaigné l'instant de cette rencontre avec mon Diedman. Peut-être. Tellement de peut-être, avec ce prénom et cette existence. Ma bouche s'étira dans un sourire. Enfin, il me fallait répondre à ces phrases au goût des lèvres de Dalaigh. Mon silence avait été plus marqué que d'habitude, et j'esquissais sur mes hanches les mouvements d'une mesure au battement de silence. Que répondre, que répondre, si ce n'était des ôdes à mon adoration, à ma contemplation et ma fascination humaine ? Que pouvais-je lui répondre à propos de la liberté et de la possession ? Que je possédais ce que je voulais. Que j'obtenais ce que je désirais. Que pouvais-je lui répondre à propos de son plaisir de danser avec moi et le monde ? Que rien que pour cela, je l'aurais bien réentrainé sur la piste de danse. Pourquoi pas ? La suite, il n'aurait pas aimé. Que pourrais-je lui répondre à propos de ses options ? Que je ne lui laisserai pas forcément autant le choix. Ou peut-être que si, peut-être même plus. Rien que par divertissement de le voir agir. Mais comment et pourquoi ? Les réponses, aux questions volages, flottaient dans ma tête, murmuraient des possibilités que je voulais explorer, mais sans prendre le temps de m'y intéresser.

« Quant à ce que je penserai… Je n’en sais rien. Mais dis-moi, pourquoi en viens-tu à vouloir me tuer ? Pourquoi cette pulsion de possession semble t’obséder ? Malgré ton âge, tu t’amuses encore comme un enfant, ce qui, foncièrement, me plait. Mais j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas de caprice plutôt que d’actes réfléchis. Tu es complexe, Chess. Pas que cela me déplaise. Disons que cela te fait sortir des carcans habituels. »

Mm.
Il venait de poser le doigt sur le point sensible, très exactement. J'embrassais doucement le rebord du verre, trempant ma langue dans son inconnue mixture. Heh, chéri, tu n'empoisonnerai pas le Chat de Cheshire, n'est-ce pas ? Une gorgée coula entre mes lèvres et mes dents, comme l'écho à une volonté indomptable, aux formes mouvantes. L'eau et ses formes ; quand apprendrais-je un jour à les retenir avec mes doigts ? Un sourire ravi, incrédule face à l'appréciation des goûts. Oh, il restait toujours ces mots. Ces mots-là qui dansaient derrière ma rétine, imprimés en noir sur le papier blanc de ma cognition. Ces mots-là sur lesquels un jour je danserai, après en avoir dévoré leur essence. Un jour, oui. Un jour.

On me servit un plat. Finalement, je ne répondai toujours pas à ses phrases, à ses questions. On me servit un plat, et j'y plongeais les doigts, comme un enfant, pour y attraper une viande que l'on avait cru bon m'apporter rouge. Les souris riaient t-elles, lorsqu'on les soulevaient pas la queue, pour les enfoncer dans les crocs du Chat ? Les souris pleuraient t-elles, quand se refermaient sur elles et leur univers les trachées étouffante d'une gueule qui devenait leur tombe ? Que faisait les souris quand elles mouraient ? Doucement, refermant mes mains sur la viande, j'en découpais des lambeaux émincés, que je portais jusqu'à dans l'alcool. La viande disparue dans l'océan du verre, et le sang, dans des spirale alvéolées, devint ce nuage sombre qui se dissipa. J'y trempais mes doigts, y trempais mes lèvres, et ramenais la viande jusqu'à dans ma bouche. Capricieux ? Mm. Certainement. Complexe ? Je ne sais pas. J'agis. Simplement. Je ne suis, absolument, pas sage. Mon âme … Non. Jamais sage. Toujours « sage ». Mais jamais sage. Hah.

Je mangeais la viande, rassasiant l'appétit du Chat qui ne chasse plus. Les souris se cachaient. Elles se cachaient bien, et m'envoyaient à la place d'elles-mêmes des êtres comme Dalaigh. Que pouvais-je dévorer de lui ? Sa conscience m'alléchait. Alors, sans relever les yeux, continuant à découper et à tremper la viande dans le verre d'alcool.

« J'ai aimé ton sourire. Tu devrais sourire plus souvent. Pour moi, du moins. Si on se revoit, il faudra que tu me souries. »

Et quelque part, dans la ville de Londres toute entière, ou bien dans ma tête enfermée, le signal d'un gong qui résonnait pour m'annoncer que les aiguilles s'alignèrent sur le cadran, dans un minuit et une minute parfait ; dans la passation d'un autre jour, et la naissance d'une nouvelle journée.
Je mordais le dernier morceau de viande.

« Tu ne m'appartiens plus. Le délai est écoulé, comme je l'ai décidé. »

Je me levais. Autour de moi, l'univers de ce lieu qui changeait, indubitablement. Les vibrations en actions d'un monde en mouvement. Qui changeait, bougeait et évoluait. Un monde qui vieillissait, indubitablement, et me rajeunissait, jusqu'à ce que j'atteigne cet état d'adulte, pour un jour, ou une journée. Un jour, Maman ? Serais-je assez grand ? Je balayais du regard ce lieu que je venais de découvrir. Cette piste de danse et cette musique aux refrains tapants, ces danseurs aux corps affriolants, ces odeurs aux arômes enivrants. Un jour. Un jour, peut-être. Je me levais, mes ongles noires venant courir sur les lèvres.

« Je n'ai plus rien à faire ici, maintenant. Mais avant, une dernière chose. »

Je contournais la table, posant mes doigts aux reflets de sang sur sa gorge, penchant mon visage près du sien, affermissant mon équilibre et ma prise de main sur son con. Je laissais la mélopée d'un ronron sauvage glisser en dehors de mes lèvres, dans une berceuse venimeuse.

« Me laisserais-tu te tuer ? Maintenant ? »

Une absence évidente de politesse me fit ne pas attendre de réponse, et je serrais mes doigts sur sa gorge. Pour ne pas le perdre, pour ne plus m'effrayer. Je serai l'accompagnateur, le guide et la spiritualité toute entière. Je serai l'être et l'absence, je serai le vide et le transcendant. Nos sourires sur tes lèvres, mes coups dans ta poitrine. Pour te frapper, te frapper. Encore et encore, dans ce déchirement d'hilarité. La seconde d'après, je l'entrainais ailleurs, disparaissant dans l'éclair négatif du transplanage. Je riais, je riais, et l'attérissage, je le lâchais. Pour qu'il aille rouler, bouler, comme une bille, pendant que je riais, plié en deux dans mon hilarité, le souffle court, les éclats de rire hystérique. La ruelle était noire, sale, et je riais, je riais, dévoré par cet amusement.

« Teeeeheeehehe ! Sérieusement ! Voilà, tu es mort ! Tu n'es plus « Dalaigh l'homme important de la Divine Comédie ! »

Je sautillais jusqu'à lui, glissant ma paume sur son épaule, pour l'entrainer dans ma marche.

« Tu es juste « Dalaigh ». N'est-ce pas un peu plus facile? Je te kidnappe. Viens, Diedman ! »

Mes idées qui s'amoncellaient les unes aux autres, et dans les ténèbres orangées d'un unique réverbère au bout de la rue qui éclairaient les flaques d'essence dans les trous du sol ; éclairaient les surfaces sales des murs trop rapprochées, des débris abandonnées, des corps silencieux des sdf morts ou endormis. Les gaz d'une ventilation déchainaient autour de nous les nuages d'une pollution sucrée de puanteur. J'avançais, en le tenant par la main, le tirant derrière moi, guilleret dans ce monde de nuit et de décalé. Un monde aux arômes de pauvreté et de saletés, de mafia et de coupe-gorge. Un monde qui résonnait des murmures, dans lequel je faisais exploser mon rire et illuminer mon sourire, mes pieds nus dansant sur les verres qui jonchaient aux sol. Je le fis s'élever sur des escaliers de secours, aux métaux grinçants et mouillés, ignorant les quelques silhouettes qui parfois relevaient la tête sur notre passage. Je l'entrainais, pour le faire découvrir l'insanité d'un monde dans lequel je jouais.

(…)

« Dah. »

L'entrepôt sentait l'aluminium mouillé. Avec douceur, je relâchais les doigts et le poignet de Dalaigh, posant sur lui un simple regard, pour m'assurer, et lui assurer, qu'à ce stade là, il ne devrait pas s'enfuir. Surtout pas. Comme des araignées blanches, je déposais mes mains sur les panneaux gigantesques, bousculant les battants pour ouvrir l'énorme porte. Dans un coulissement rouillé, je pénétrais, lui intimidant dans un sourire de me suivre. Un entrepot d'escaliers et de murs noirs, aux lumières pendantes, aux néons éléctriques, aux hurlements d'hommes qui résonnaient comme des animaux en cage. Je me glissais, dans des entrechats amusés, sur ce sol devenu poussiéreux. Le plâtre et la crasse ; dans un mélange de sueur et de boue, avaient déposés sur le sol une pellicule grasse et noirâtre, sur laquelle je craignais presque glisser. Mais nous n'étions pas là pour les décors, bien sûr. Cette nuit, cette nuit … Il y avait bien plus drôle à regarder, bien plus sale à admirer.

Ils étaient une petite foule, qui formaient de leur corps masculins les barrières à l'arène extractible des combats sur lesquels ils pariaient. Cet entrepôt, déserté par toute autorité, était le lieu de réunion de n'importe quel homme ayant la dignité d'un animal. Et des lieux, j'étais le plus humain. Ou pas. Ou pas, justement. Voici l'humain et son visage. Ils étaient tous là, à hurler ; à bousculer, à frapper, à injectiver. Ils hurlaient, tous agglutinés les uns aux autres, ignorant notre arrivée, pariant et criant. Je reculais contre Dalaigh, pour relever mon visage vers lui.

« Oh, ici, c'est charmant, tu verras. »

Et dans mon sourire, tous les sarcasmes du monde.
Les cages étaient entreposées sur le sol, et les femmes à l'intérieur déposaient leurs doigts sur les barreaux, sans même chercher à secouer leurs prisons de métal. Leurs regards étaient allumés d'un sommeil profond, d'une rage qui les tuaient. Elles ouvraient et tordaient leurs bouches dans des aboiements qui faisaient tressauter leur poitrine. Chiennes, plus qu'humaines. Et deux d'entres elles étaient le centre d'attention de ces hommes qui hurlaient et pariaient.

Dans des coups de pieds et des coups de poings, dans des bruits d'os qui se craquent et des hurlements suraiguës, je m'approchais en tirant, quoiqu'avec douceur, sur la manche de Dalaigh. Elles étaient deux chiennes pour ces hommes qui admiraient ce combat animal, indigne et sauvage. L'une portait la jupe, l'autre avait le soutien-gorge arraché. Dans des tourbillons de mèches de cheveux, elles se jetaient l'une sur l'autre et se déchiraient le corps à coup de dent ou de poing. Une hanche explosa, un corps tomba, et la « chienne » plongea pour achever son adversaire qu'on tira hors du ring. Une autre fille fut jetée sur le sol, pour une répétition de coups. Des billets et des Gallions s'échangeaient. Les hommes hurlaient de rage ou de rire. J'attrapais la mâchoire de Dalaigh, pour qu'il m'entende.

« C'est sulfureux, sulfureux ! C'est dangereux ! »

Et les filles se frappaient. Se frappaient si fort. La transpiration et le sang giclaient. J'observais, je contemplais, en dévorant des yeux, bousculé et chahuté, mais accroché à la manche de Dalaigh. La fille à la jupe dansait, déchirait, et son adversaire frappait, mordait.

« Des chiennes. »

Voilà la dignité humaine. Voilà mes jeux d'observation.


HS. Désolé pour le retard ._.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mer 19 Juin - 15:07



    Son hésitation à boire l’étrange breuvage n’échappa pas à Dalaigh, qui se demanda un instant ce que son interlocuteur pouvait bien avoir à perdre pour craindre une inoffensive boisson. Son attention fut très vite détournée par le sourire qui tira les lèvres de l’étrange homme, comme si l’appréhension devançait le ravissement. Tandis que Chess attaquait son plat, le maître des lieux se permit une petite réflexion interne.

    Cet homme d’un autre âge le perturbait énormément, sans qu’il arrive cependant à mettre le doigt sur l’exact point qui le dérangeait. Il le faisait réfléchir, ce qui n’était pas plus mal pour son esprit de plus en plus embué dans les vapeurs toxiques de la décadence qu’il avait créé avec passion. Le mouvement de son corps était encore présent dans sa mémoire, le faisant frissonner de temps à autre alors que, depuis tout petit, ce genre de relation anormale le dégoutait au plus haut point. Chess était donc le genre de personne à influencer ceux qu’ils choisissent, en faisant autant l’objet de leur désir que de leurs pensées les plus tordues. D’où son envie inexplicable de tuer l’homme squelette. Ou peut-être était-ce sa réaction normale face à l’œuvre qui dérangeait mais qui s’étalait avec volupté sur la peau de Dalaigh.

    Ce dernier revint d’ailleurs avec son invité quand il le vit tremper les morceaux de viande encore saignants dans le verre qu’il lui avait fait porter. Un sourire naquit sur son visage tandis qu’il détaillait les spirales qui s’étendaient dans l’alcool, douces langues rouges prêtes à lécher les doigts de l’homme blond avec leur goût acre. Le phénomène se répéta quelques fois, avant que la voix de Chess ne s’élève à nouveau, brisant le silence assourdissant imposé par les basses explosives d’une musique quelconque.

    « J’ai aimé ton sourire. Tu devrais sourire plus souvent. Pour moi, du moins. Si on se revoit, il faudra que tu me souries.»

    Cela veut-il dire que je ne peux sourire que pour toi ? Toi qui n’as aucune emprise sur moi devrais donc être le maître de mon visage et de mes pulsions. Intéressant.

    « Tu ne m'appartiens plus. Le délai est écoulé, comme je l'ai décidé. »

    D’une manière inexplicable, le cœur de Dalaigh rata un battement. Il s’était habitué à la présence perturbante de l’homme sans âge et, sans qu’il ne s’en rende compte pour le moment, cette rencontre avait changé quelque chose en lui. Si Chess disparaissait, cela voulait dire que l’intérêt qu’avait senti Dalaigh disparaitrait avec lui, il n’en doutait pas. Sa routine reprendrait, rythmée par les coups de butoir des aiguilles de sa montre.

    « Je n'ai plus rien à faire ici, maintenant. Mais avant, une dernière chose. »

    Les doigts rougis se posèrent sur la gorge morte de l’homme au corps d’encre, marquant sa peau inexistante d’une longue trainée rouge, là où les deux épidermes entraient en contact. Le glissement de son souffle dans le cou de la victime potentielle, le ronronnement que l’on ne peut que deviner. Tout cela électrisait le corps de Dalaigh, qui attendait impatiemment la dernière lubie de son invité.

    « Me laisserais-tu te tuer ? Maintenant ? »

    La bouche du squelette s’ouvrit mais le son ne franchit pas ses lèvres. Les doigts se resserraient déjà sur sa gorge, imprimant leur marque sur la peau délicate recouvrant la carotide. Mais la douleur ne se fit pas sentir, remplacée par l’étrange sensation provoquée par le transplanage. Incapable de contrôler quoi que ce soit, Dalaigh roula sur le sol lorsque le paysage se fixa enfin, prenant une position féline pour arrêter son éloignement. Les jambes pliées au maximum, les doigts posés sur le sol, le buste le plus proche possible de la terre, le regard levé, fixé sur son kidnappeur. Dalaigh ressemblait à un lion, prêt à attaquer. Un lion au squelette humain.

    « Teeeeheeehehe ! Sérieusement ! Voilà, tu es mort ! Tu n'es plus « Dalaigh l'homme important de la Divine Comédie ! Tu es juste « Dalaigh ». N'est-ce pas un peu plus facile? Je te kidnappe. Viens, Diedman !»

    La main de Chess se posa sur l’épaule tendue de Dalaigh, qui se leva et suivit la direction que la pression sur son bras exerçait. Il ne savait pas si le blond était dangereux ou non, mais se faire enlever de cette manière lui déplaisait particulièrement. Premièrement parce qu’il ne dirigeait plus les choses, à cause de son ignorance de leur position géographique et des conditions du terrain. Deuxièmement car personne à la Divine Comédie n’avait été prévenu de son départ, ce qui impliquait un désordre prévisible lors de la fermeture. Troisièmement car il n’aimait tout simplement pas se faire enlever.

    Les immeubles délabrés se dressaient autour d’eux, empêchant Dalaigh de se repérer ou même d’avoir une indication sur la ville dans laquelle ils se trouvaient. Les corps qui jonchaient le sol comme des détritus lui donnaient envie de vomir, ramenant les souvenirs d’Amsterdam qu’il avait, pour la plupart, essayé d’oublier. La débauche à son plus haut niveau reflétait la décadence de l’âme humaine et les vices qui la poussent à agir de façon immorale. Les ombres agglutinées sur le sol rappelaient à sa mémoire l’enchevêtrement des membres dans une volupté immonde, entachée de sang et de sperme.

    Les escaliers qu’ils montèrent rapidement enleva de sa vue les fantômes du passé et, bientôt, les mains blanches de Chess poussèrent un panneau de métal en même temps que Dalaigh balayait d’un battement de cils les dernières traces de ses volutes de fumée chatoyantes que l’on appelait souvenirs. La main de l’être sans âge s’était posée sur la peau d’encre, l’intimant de ne pas s’échapper. Les cris qui lui parvenaient l’intriguaient cependant assez pour que l’idée ne lui traverse même pas l’esprit. Les hurlements déchaînés des hommes se chevauchaient avec un cri plus bestial, dont Dalaigh n’arrivait pas à définir l’origine. Suivant l’autre homme sur le sol poussiéreux, il prit bientôt conscience des cages qui les entouraient. Les jambes de Dalaigh refusaient maintenant de bouger, tandis que ses yeux dévoraient les moindres détails, sautant de la cage principal aux visages des hommes qui l’entouraient pour passer plus loin, aux cages dans l’ombre dans lesquels les femmes s’agitaient. Ou ne s’agiteraient plus. Le visage de Chess se leva vers lui mais l’homme squelette entendit à peine la voix tintée de sarcasme de l’autre, annonçant que cet endroit était très charmant.

    Les yeux de Dalaigh se fixèrent sur une femme, jeune, noiraude, dont les yeux gris contrastaient avec la pâleur des doigts qu’elle posait délicatement sur sa prison de métal. L’espace d’un instant, il crut voir Selina. Mais ce souvenir s’effaça aussi rapidement que l’espoir qui avait traversé son corps, le temps d’une fraction de seconde. Elle était trop jeune. Et trop soumise. Jamais Selina n’aurait accepté cette condition. Elle ne se serait pas contenté de poser ses mains sur ces barreaux, elle les aurait défoncé jusqu’à s’en briser les os. Bientôt, ses yeux suivirent ceux de la femme, se dirigeant vers la cage principale. Dans ces quatre murs de fer, deux femmes se faisaient face haletantes comme des chiennes. Les blessures couvraient déjà leurs corps torturés, le sang coulant parfois d’une arcade ou d’une lèvre. Le tiraillement que Dalaigh sentit sur son poignet fut d’abord interpréter comme un dérangement profond avant qu’il ne comprenne qu’il s’agissait tout simplement de Chess, qui tirait sur sa manche afin de le faire avancer.

    Avant qu’il ne puisse finir d’analyser la scène, l’une des femmes se trouvait sur le sol, probablement incapable de bouger de son propre gré car un homme la tira au-dehors des barreaux avant de jeter une autre gamine dans les mâchoires de fer. Les coups recommencèrent à pleuvoir tandis que, dans les rangs, l’argent changeait de main. Ils pariaient sur les filles comme ils auraient parié sur des chiens. Ou des coqs. Dalaigh ne savait trop quoi en penser. D’une certaine manière, ces hommes étaient très certainement plus des chiens que les femmes haletantes qui se trouvaient en cage. Il ne savait si elles méritaient leur sort, de par leur statut sanguin ou leurs vices passés, mais quelque chose le dérangeait profondément. Il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Et, alors qu’il était en pleine réflexion, sentant venir une réponse qu’il cherchait depuis leur arrivé, Chess lui attrapa le menton, le forçant à baisser son visage, coupant ainsi tout champ de vision sur la cage où le combat faisait rage.

    « C'est sulfureux, sulfureux ! C'est dangereux ! Des chiennes»

    Ces femmes ne sont pas plus chiennes que ces hommes sont des vautours. Comment as-tu découvert un tel endroit, Chess ? Je n’arrive pas à déterminer si la décadence est telle que les règles morales les plus ancestrales s’en trouvent bafouée ou si, au contraire, la beauté de ces corps qui se battent est si sulfureuse que la violence nous en est voilée.

    Sur sa main, Dalaigh sentit un contact et il retira vivement ses doigts avant de se retourner vers la source de sa perturbation. La femme aux yeux gris avait réussi à passer son bras à travers ses barreaux, touchant du bout des doigts la peau tatouée de l’homme. Un rictus de dégoût passa sur le visage du sorcier tandis que le tatouage qui couvrait la peau de la prisonnière se dévoilait à ses yeux. Un tatouage hideux, s’étalant sur son avant-bras, décrivant son sang et ses pêchés. Malgré la beauté de son visage, la femme n’avait aucun attrait pour Dalaigh. A moins qu’il ne l’achète pour la vendre dans les sous-sols de la Divine Comédie. Inconsciemment, la décision sur la question qu’il avait énoncée à Chess était prise. Mais il se refusait encore à admettre qu’il était comme ces vautours, payant pour des choses qu’il ne toucherait jamais, profitant de la faiblesse des uns pour en faire le plaisir des autres. Dalaigh n’était pas mieux que ces hommes qui regardaient la femme à la jupe arraché un morceau de chair à l’autre combattante. En riant.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Sam 6 Juil - 16:34


    « Ces femmes ne sont pas plus chiennes que ces hommes sont des vautours. Comment as-tu découvert un tel endroit, Chess ? Je n’arrive pas à déterminer si la décadence est telle que les règles morales les plus ancestrales s’en trouvent bafouée ou si, au contraire, la beauté de ces corps qui se battent est si sulfureuse que la violence nous en est voilée. »

    Oh.

    Dans une bête erreur de compréhension, dans une mauvaise écoute de son anglais, je compris pendant une seconde « la violence en nous est voilée ». Entrouvrant mes lèvres pour répliquer quelque chose, dans un tourbillon de pensées, laissais les effluves et les résonances de mots qui devinrent souvenirs affluants, pour raviver mon sourire, et éteindre ma colère. Non. Oui. Non, non, pas de violence voilée, hein ? Non. Jamais voilée. Cette violence externe et dévoilée, qui viole les autres. Oui. Nettement mieux. La pression sur sa manche devint plus poussée, je me tournais beaucoup plus vers lui, appuyant de mes yeux mon insistance à son égard, mes lèvres ourlées sur un rictus effrayé par tant de plaisir. Tant de jeux, tant d'amusement. Oh oui.

    « Elles sont des chiennes. Et ces hommes, Dalaigh, ce ne sont pas des vautours. »

    J'ignorais délibéremment la question du « Comment ». Chacun ses petits secrets, et c'était particulièrement flemmard que je devrais me motiver à répondre à une telle question. Et puis, quel intérêt ? Réhausser mon talent de profiteur de la nuit, ou lui planter dans les yeux et dans la tête le fait que de Londres, j'étais le plus gris des chats nocturnes ? De Londres, j'étais l'oeil d'une lune qui ne s'éteignait pas. Ho ! Non, évidemment, ce ne serait pas aussi drôle dans sa cognition. Non. La pensée s'écharperait sur ce qu'il pourrait connaître, ce qui dépendrait de sa compréhension. Oh, non, j'imaginais, et je faussais ce qui n'était qu'hypothétique. Peut-être, et tant pis ! Pour la peine, je lui répondrais peut-être, à son comment. Au feeling, oui mon général. Et les rires, tous ces rires qui résonnaient dans ma tête. J'observais ces poupées de chair et d'être, ces petites filles aux joues sales qui se frappaient et se déchiraient, et je les comparais aux autres enfants de la Divine Comédie. Ces dernières, si blondes et soyeuses, si brune et jolies. Des cerises à dévorer, des objets à sucer, à lécher, à consommer. Ici … il n'y a avait pas le froufrou des vêtements de marque. Il n'y avait pas ces lèvres colorées en rouge, et ces corps blancs, ces seins doux, cette peau propre à l'odeur de savon et de sperme. Ici, il n'y avait pas d'appréciation dans l'effluve d'une romance de cyprine entre les cuisses. Non. Rien que le viol et la violence. Rien que la transpiration et le sang. Mes yeux accompagnèrent un uppercut.

    « Notre anthropomorphisme dépend-il de ce que nous sommes à nos yeux ou yeux des autres ? … »

    J'étais un chat aux yeux des autres, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?

    « Parce qu'à mes yeux, ce sont des petits rats rachitiques, aveugles, aux orbites crasseuses, aux dents émoussées, Dalaigh. De petits rats ridicules. Des proies. »

    J'avais murmuré. Sans sourire, sans que le moindre sentiment de joie ne vienne éclairer mon visage. Non. J'avais parlé comme un juge se doit de rendre son jugement, et la sentence était tombé en dehors de mes lèvres, comme le couperet qui vient décapiter le fautif. Glacée, la lame se devait de couper juste et droit. Tranchante, elle ne devait faire preuve d'aucune pitié. Dans quelques années, quelques siècles peut-être, j'aimerai voir apparaître un retour de la monarchie absolue. Un totalitarisme à l'échec évident, qui me permettrait d'admirer ces sanctions publiques de la faute à l'homme, du meurtre légalisé de l'humain. Ma langue, ce muscle rose et visqueux, glissa sur mes lèvres, laissant une trace scintillante de mon excitation animale, de mon désir de le voir

    « Mais ces femmes sont réellement des chiennes. Comment ai-je découvert cet endroit ? Parce que je chassais les rats. Vois-tu … La nuit, Londres, j'en fais mon affaire. Ma pelote de laine. »

    Je glissais mes doigts sous sa manche, abandonnant des yeux les combattantes, imposant mes doigts maigres sur son articulation. D'une main, je retenais son bras, de l'autre, je soulevais le vêtement. Pour contempler. Pour admirer ce tatouage qui courait sur sa peau, embrassait son être, et s'attirait ma fascination. La mort dessinée sur la peau. Quelle belle personne tu étais, Dalaigh. Pour un peu, je te placarderai sous du verre, pour ne te garder qu'à moi, et te contempler pour l'éternité. Mes doigts remontèrent jusqu'à un triceps aux ligaments torturés, tortueux, encrés. J'aimerai bien, juste une fois, le dénuder totalement, et contempler tout son corps, et le dessin qui le couvrait. Juste une fois. Mes yeux se plissèrent dans un sourire, et je me détournais du tatouage, après une dernière caresse sur sa peau.

    « Un jour, Dalaigh, une fois, quand je le désirerai, je te mangerai. En attendant, dis moi... A ton avis, celle-ci n'est t-elle pas un superbe berger-allemand ? »

    Tendant le doigt, comme un index accusateur, je désignais notre jeune prodige en jupe, qui gueulait de rage sous sa violence déchainée. Mon geste n'échappa pas à un homme qui vint se dresser à mes côtés, son sourire évinçant mon moral. Oh, des ennuis.

    « Bon goût. Vous avez l'oeil. Vous connaissiez les hybrides ? »

    Il hésitait, dans sa perception de mon genre. Monsieur, Madame ? Je me retournais vers Dalaigh, un air candide sur le visage, reculant d'un pas pour venir me pelotonner contre lui. De ma gorge, je laissais un ronron s'élever.

    « C'est Monsieur qui m'a appris à les reconnaître ! Monsieur est très fort, il sait plein de chose ! Hein, Maître ? »

    Oh, Dalaigh, sois gentil. Joue avec moi.

    « Même, qu'il m'a dressé, et que je pourrai les battre. »

    Joue avec moi, livre moi mes désirs, offre moi la possibilité de m'amuser. Et si tu le fais, si tu es gentil, je pourrai faire en sorte que tu comprennes à quel point j'aime chasser les rats. Et tu verras...
    Je glissais ma main sur son ventre, relevant mon visage jusqu'à lui, dans un air presque innocent.

    « Et tu verras, ça pourrait te plaire, si je le faisais, Maître. »

    Joue.
    Tu veux ?
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mar 9 Juil - 15:17



    Quelque chose remuait dans la mémoire de l’homme squelette. Ou peut-être était-ce dans sa morale. Il n’avait jamais été dérangé par l’esclavage, lui-même utilisait des filles non conscientes pour certaines… Demandes. Mais ces filles-là finissaient toujours par retourner dans le monde réel, sans aucun souvenir. Ou elles finissaient découpées, égorgées ou violées sur une de ses tables. Parfois même les trois. Mais voir ces femmes se battre pour leur survie, pour ne pas se faire arracher un morceau de chair comme cela était en train de se produire dans ce ring, c’était dérangeant. C’était de la violence pure. De la décadence d’un niveau jamais atteint dans son cabaret. Même le tabou de la chair, du cannibalisme pour être plus exact, était bravé dans ce monde gris et sanglant. Elles ne s’en rendaient peut-être même pas compte et pourtant, cette femme qui venait de gagner la bataille avait le menton dégoulinant d’un liquide rouge, poisseux, et ses yeux révulsés ne semblaient pas voir la poupée désarticulée qui était trainée hors de l’enceinte protégée. Elle avait été belle, un jour. Probablement.

    « Elles sont des chiennes. Et ces hommes, Dalaigh, ce ne sont pas des vautours. »

    Les yeux de Chess étaient joyeux, pétillants, comme si le plaisir qu’il prenait à voir ces femmes s’entretuer se révélait dans ses prunelles, tandis qu’un sourire presque hystérique tirait ses lèvres. Dalaigh faisait bien attention à garder le masque d’impassibilité qui couvrait son visage. Il ne savait toujours pas comment se sentir face au spectacle qui s’offrait à lui et, pourtant, dans un recoin sombre de son cerveau, quelque chose sautillait, avait envie de voir la suite, de savoir si la femme était la plus forte. Elle n’avait jamais été battue, avait-il entendu dire dans l’audience. Du moins, sur le ring. Car de nombreuses marques sur sa peau attestait du contraire.

    « Notre anthropomorphisme dépend-il de ce que nous sommes à nos yeux ou yeux des autres ? … »

    Dalaigh tut sa réponse.

    « Parce qu'à mes yeux, ce sont des petits rats rachitiques, aveugles, aux orbites crasseuses, aux dents émoussées, Dalaigh. De petits rats ridicules. Des proies. »

    Je dirais plus qu’elles sont des hyènes.

    La phrase, murmurée, se perdit dans les hurlements et les applaudissements. Chess l’aurait très certainement captée mais le regard du squelette se détacha de celui de l’homme-femme pour se perdre entre les grillages de la cage. Il ne vit pas le léchage quasi lubrique de son kidnappeur d’un soir. Il ne vit pas son regard presque animal, emplie d’un désir que Dalaigh ne pourrait pas comprendre. Certainement pas. Probablement pas. Peut-être… ?

    « Mais ces femmes sont réellement des chiennes. Comment ai-je découvert cet endroit ? Parce que je chassais les rats. Vois-tu … La nuit, Londres, j'en fais mon affaire. Ma pelote de laine. »

    Un rictus passa sur le visage de l’anglais. Une sorte de sourire tordu, dérangé, comique. Chess était un chat. Du moins, c’est ce que sa souplesse, sa furtivité, son langage autant parlé que corporel faisait comprendre au monde. Lorsqu’il prenait la peine de voir plus loin que l’enveloppe charnelle particulière que l’homme semblait prendre plaisir à conserver. Il ressemblait à ces personnes qui, s’amusant de leur androgynisme, ne font aucun effort pour aider le monde extérieur à savoir à quel genre elles appartiennent. C’était probablement pour cette raison que l’homme qui venait d’apparaitre devant le couple bizarre hésita un instant à ajouter un Monsieur ou un Madame en parlant à Chess. D’ailleurs, qu’avait-il dit juste avant que cet inconnu ne les aborde ? Peu importe. Le regard du blond se fit candide, aussi doucereux qu’une friandise.

    « C'est Monsieur qui m'a appris à les reconnaître ! Monsieur est très fort, il sait plein de chose ! Hein, Maître ? Même, qu'il m'a dressé, et que je pourrai les battre. Et tu verras, ça pourrait te plaire, si je le faisais, Maître.»

    Le regard de Dalaigh se fit glacial lorsqu’il regarda Chess, le faisant taire d’un simple mouvement. Il voulait jouer à cela ? Eh bien, jouons. Il te désigne comme son Maître, traite-le un court instant comme un inférieur. C’était nécessaire si il voulait s’engager sur les planches rougies. Posant une main délicate sur l’épaule de l’androgyne, il appuya légèrement sur l’os, lui faisant plier les genoux. Une fraction de secondes.

    La fausse flatterie ne mène à rien, Kissa. Excusez-la, Monsieur… ?

    « VonRick. Ce n’est rien. »

    Tu te crois assez forte pour les battre ? Je sais que tu es entrainée, je prends bien soin à m’assurer de cela. Mais ces filles ont l’habitude en plus. Elles ont la rage. L’as-tu ?

    Le regard toujours glacial, Dalaigh s’adressait à Kissa d’une voix chaude et caressante. Menaçante, presque. Il riait aussi intérieurement. Kissa. Quelle drôlerie que ce nom lui ait échappé alors qu’il venait de se dire que Chess était un chat. Ses vagues notions de finnois avaient décidé de ressortir maintenant, pour son grand amusement. Il espérait juste que Chess avait compris. Il en serait amusé, le squelette le savait.

    Quant à me plaire, je crois que tu es seule juge pour le savoir. Toi qui connais mes goûts. Et sais comment les combler.

    Le jeu avançait sur un terrain inconnu mais cela amusait beaucoup le Maître, qui gardait cependant son masque. Attrapant les cheveux de Chess, il les noua rapidement en un chignon, ne prenant pas la peine de plaquer toutes les mèches claires dans la coiffure. Sa féminité en était troublante. La main de Dalaigh se perdit entre les mèches, glissant le long du cou, de la clavicule, puis descendit entre les omoplates.

    Kissa semble très excitée à l’idée de démontrer sa force. Voulez-vous la laisser combattre ?

    N’attendant pas la réponse de l’homme, Dalaigh se tourna à nouveau vers sa principale source d’intérêt.

    Si tu te fais battre, ne compte pas sur moi pour venir te sauver. Tu as décidé toute seule d’entrer dans la cage.

    Les visages étaient proches, les souffles se mêlaient et les regards ne se lâchaient pas. Merlin seul sait ce que l’homme pensait d’eux, si la relation Maître/esclave n’était pas passée à un niveau plus… intime. Mais cela amusait toujours autant l’homme squelette. Cependant, il ne savait pas si ses phrases étaient vraies. Si Chess perdait, irait-il l’aider ? Pour le moment, la question n’était qu’une vague inquiétude, dissimulée derrière la force des regards et la douceur des mains. Plus tard. Il s’inquiéterait plus tard. Peut-être. Si besoin il y avait.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mar 9 Juil - 18:20


    Il y eut le jeu, il y eut la main.  Il y eut ce prénom.

    « Kissa ».

    Avait t-il sa propre signification, Dalaigh ? Qu'entendais-tu en m'appelant ainsi ? Kissa … Je pensais une seconde à « Kitty », avant de plier les genoux. Mes rotules effleurèrent le sol, et pendant un instant, je touchais du bout des doigts cette sensation étrange, cet orgasme mental de la découverte, de l'appréhension de l'inconnu. Jamais. Jamais je n'avais laissé quelqu'un me toucher le sol des genoux. Jamais je n'avais laissé quelqu'un me dominer, et me considérer comme son être, sa chose inférieure. Jamais je n'avais laissé ce masque et ce rôle à personne d'autre que moi. Pour la première fois, dans une mascarade grisante, je laissais l'enfant de mes jeux devenir un parfait petit Maître. Il me fit heurter le sol, avec une douceur dextre, une violence théâtrale et calculée. Un jeu parfait, un amusement étincelant. Rougeoyant. Mes prunelles se fendirent sous un sourire que je taisais, appréciant cette duperie, appréciant le poids de sa main sur son épaule. Aux yeux du monde, qu'il devienne mon Maître, pour ce soir, s'il fallait que le chat puisse s'amuser à leurs dépends.

    VonRick. Identité enregistrée. Je ne relevais pas les yeux sur son visage ; je l'avais déjà imprimé. En cet instant, j'avais bien plus important que le visage de cet homme, à regarder. Les yeux baissés sur un sol que je ne contemplais pas, ma conscience projetée sur Dalaigh, j'écoutais ses mots, j'écoutais ses tricheries de nos jeux, de nos mensonges.

    « Quant à me plaire, je crois que tu es seule juge pour le savoir. Toi qui connais mes goûts. Et sais comment les combler. »

    Il me féminisait, l'incroyable. Il me féminisait, m'offrant l'illusion d'un sexe que j'arpentais par la pensée, aux yeux de tous nos spectateurs. Délicieuse initiative, que j'accordais désormais avec Kissa. Quelle était la signification de ce prénom ? Dans des courbes allongées par un regard pensif, je plissais les yeux. Je lui poserai la question, quand cela serait terminé. Kissa. Voilà une identité qui devenait mienne. Le temps d'un combat, le temps d'une exaltation des corps. Par la violence et par le sang. Kissa, mon prénom pour un temps. Dans l'échancrure de l'instant, je me coulais sur le temps, me redressant de toute ma taille, jetant mes yeux sur la fille. Elle croisa mon regard, le temps d'une seconde, le temps d'un instant de reconnaissance.

    Moi chat, toi chien.

    Miaou.

    Les doigts de Dalaigh glissèrent dans mes cheveux, devenant fermes, et attachèrent entre eux les mèches opalines. Dans un chignon lâche, m'assurèrent une liberté visuelle légèrement plus prononcée. Gentille initiative, Dalaigh. Merci. Je laissais mon regard couler sur les chevilles des hommes qui agrandissaient maintenant la taille de la zone de combat, tandis que les rumeurs s'élargissaient, et que les descriptions à mon nom devenaient désormais une source de paris. Certains décidèrent de faire confiance en la chose que je pouvais être à leurs yeux. D'autres, assurés par la victoire consécutive de la chienne à jupe, continuèrent à parier sur elle. Elle restait debout, la poitrine frémissante, ses lèvres peintes par un carmin qui n'avait rien du lipstick. Chérie ? Savais-tu à quel point j'avais envie de caresser ta peau pour en tester l'élasticité ? Ce serait drôle. Je t'en faisait la promesse.

    « Kissa semble très excitée à l’idée de démontrer sa force. Voulez-vous la laisser combattre ? »

    Le souffle de Dalaigh heurta le mien, et détaché des yeux canins, je plongeais mes prunelles dans le regard de Dalaigh. Cette proximité pouvait ou pourrait se révéler sous un aspect plus intéressant, Dalaigh. Si j'étais une femme, peut-être que tu pousserais plus loin. Peut-être ?

    « Si tu te fais battre, ne compte pas sur moi pour venir te sauver. Tu as décidé toute seule d’entrer dans la cage. »

    Je goûtais à son souffle, à ses mots, et mes lèvres s'étirèrent sur un sourire que je voulus doux, rassuré. L'esclave Kissa devait reconnaître la chance de posséder un tel maître. Il n'y avait d'intéressant dans le jeu que le partenaire. Parce qu'il pouvait être l'adversaire ou l'allié. Dans ce cas, dans cette situation, considérant la chose, j'avais envie de refermer mes bras sur lui, et de lui murmurer un « merci » sincère. Mon obsession du jeu, porté à son paroxysme, par cette mise en scène dont il détenait les clés. Oui, j'étais entré seul dans la cage. Parce que je l'avais désiré. Mais lui, avec ses doigts encrés, son sourire de mort, il m'avait ouvert la porte, le plus naturellement du monde, sans créer la moindre suspicion dans ces esprits masculins. Superbe. Absolument superbe.

    Je m'emparais de son visage, sans même le toucher de mes doigts, venant déposer ma mâchoire si près de la sienne, pour effleurer son lobe de mes lèvres.

    « Regarde moi en souriant, Maître. Mais n'interviens pas. Je ne réponds pas de ce qui arrivera si tu te mêles à la chose. Kissa te salue. »

    Le prénom avait sifflé entre mes dents, sur un demi sourire. Je me détournais de lui, lentement, et posais mes yeux sur la fille.

    Hello honey.

    Affectation, sourire, et vague glacée dans ma tête. Let's go, aurait murmuré Lorcan. Dans une parabole à la démarche feutrée, lente, et mesurée, je vins prendre place. Derrière moi, les hommes riaient, murmuraient, et commentaient, en achevant les dernières prises de paris. Des mots s'élevaient, dans un anglais trop rapide, trop bruyant, trop vulgaire pour que je puisse capter et comprendre la totalité des échanges autour de moi. « Pieds nus », « blond », « bleu », « maigre ». Un sourire caressa les joues de mon adversaire féminin, et je me stoppais finalement, positionné face à elle.

    Un homme se plaça entre nous, les bras tendus, comme un de ses arbitres de combats martiaux, et abaissa ses bras dans un cri, reculant d'un pas. La fille se jeta sur moi, ses cheveux défaits autour de son visage comme une crinière de lion. Dans un affolement de secondes, elle plongea, reine dévorante, sa gueule grande ouverte sur moi. Mes prunelles s'étrécirent sous la vitesse de son déplacement, et me jetant au sol, j'esquivais un crochet et un claquement de mâchoire. Glissant mes paumes sur le sol, arquant mon dos, je projetais ma jambe dans son retournement de bassin, et propulsée par son propre mouvement, elle alla rouler au sol. Me redressant lentement, je la laissais m'imiter, et lorsqu'elle se retourna vers moi, ses yeux étaient emplis de colère. Play, play ! Le second assaut fut aussi fulgurant, mais plus prudente, elle prit le soin de feinter. De feinter une feinte. Jetée contre moi, elle vint exploser son poing contre mon plexus, tout son bras entraînant son mouvement. Les yeux écarquillés sous le choc du coup, je tombais au sol, allongé sur le sol, à contempler un plafond, le souffle coupé. Oh wah, songeai-je. Une jambe apparut au dessus de mon visage, et dans un kakari dévastateur, la fille explosa son talon là où se trouvait ma tête une seconde plus tôt. Roulant sur moi-même, sautant sur mes pieds, bondissant autour d'elle, je me mis à la harceler par des cercles dont elle devint l'hémicentre, sans m'approcher d'elle, sans réduire la distance. Frappant, elle chercha à bloquer en un premier temps mes mouvements. Sans cesser de mes déplacer en esquivant ses attaques, faisant d'elle le repère de mes ronds spatiaux, je réduis brusquement la distance, franchissant son cercle, dans un coup de pied qui vint défoncer son flanc. Elle alla rouler sur le sol, rattrapée aussitôt par un homme qui lui hurla quelque chose à l'oreille, avant de la repousser en avant. Les clameurs avaient montées autour de nous, et j'ignorais ce qui se passaient dans les têtes des hommes, mais j'avais conscience de la situation. Cette fille était ma proie. Et moi, j'étais le Chat qui chassait. Mes épaules se détendirent, mon rythme respiratoire se fit plus calme, et je m'immobilisais, au centre de notre arène. Dans un beuglement furieux, elle se jeta sur moi. En trois foulées puissantes, elle était là. En trois foulées puissantes, elle me touchait. Ses doigts tendus ; ses mèches agitées follement autour de son visage, son collant déchiré sur sa hanche. J'inspirais.
    Son cœur vint heurter sa cage thoracique quand ma main aplatit sa poitrine, défonçant ses poumons, pénétrant la résistance de la chair. Mes bras enserrèrent son corps, mon mouvement se fit inhumain, mon déplacement vampirique, et je la soulevais pour venir l'exploser contre le sol. Dans un craquement gigantesque, elle pénétra la surface lisse de notre arène. Mes rotules heurtèrent durement la surface du sol, et empoignant ses cheveux, je la soulevais par l'arrière du crâne, dévoilant un visage découpé par la violence du choc, entrelacé par les fleuves de sang qui coulaient de son crâne. A genoux au dessus d'elle, je la laissais retomber, respirant par à coup. Gagné.
    Des rugissements jaillirent, parmi les hommes, mais j'ignorais. J'ignorais, et je me relevais. Je me relevais, lorsqu'un claquement sourd, un claquement presque imperceptible au milieu de ce brouhaha résonna à mes oreilles. Les yeux épouvantés, je me jetais sur le corps de mon adversaire déchu, roulant sur moi-même, pour esquiver.
    Elles étaient deux, face à moi. Sur leur quatre pattes, les babines retroussées sur une gueule écumantes, les chiennes étaient dévoilées sous leurs formes anthropomorphiques. Des chiennes. J'avais eu raison, n'est-ce pas, Maître ? Ma bouche s'ouvrit, déformant les traits trop impassibles de mon visage pour une expression immédiatement plus furieuse, plus animale,  et je dévoilais les crocs pointus d'un héritage consanguin. Dans un crachement félin, je me redressais face aux chiennes énormes. L'une d'elle n'attendit pas de jugement humain. Mi humaine mi chienne, elle me bondit dessus avec ses quatre pattes, mais se transforma en un millième de seconde, et vint éclater son poings refermés, ses phalanges durcies contre ma mâchoire. Je roulais, roulais, la bouche ensanglantée, les prunelles rougies par un carmin racial, et tendant le bras, j'attrapais sa cheville. Sa compagne se jeta sur moi, refermant trop tard sa mâchoire, et roulant sur moi-même, j'entrainais avec moi celle qui m'avait blessé.

    Le silence tomba net, comme un couperet, quand la tête de la fille effectua quelques tonneaux sur le sol, avant de s'immobiliser, ses cheveux emmêlés dans son sang.

    Je me redressais lentement, tenant contre ma poitrine le corps de ma compagne de valse morbide. Plus de bleu, dans mes yeux, plus de douceur sur mon visage. Le blanc de mes lèvres avait été noyé sous le torrent d'un pourpre qui tâchait ma gorge et mes clavicules, et je laissais tomber le corps à mes pieds, barbotant dans la flaque du liquide de sa vie. Mes doigts vinrent effleurer mes hanches, et les ténèbres de mon pantalon s'imbibèrent de son sang. Je fixais la fille, cette chienne qu'elle était, et souris. Souris de tous mes crocs.

    Des hommes hurlèrent, épouvantés, lorsqu'ils comprirent que ma cible suivante n'était pas la chienne. Ils hurlèrent, et coururent vers les sortie lorsque mes doigts se refermèrent sur Von Rick. Ils poussèrent les battants de la porte d'entrée de l'entrepôt, quand mes crocs découpèrent la chair, et appuyèrent sur ce qui devint l'horreur pour eux, quand ils comprirent que la porte était close. Von Rick tomba au sol, sa colonne déchiquetée entre mes doigts, son dos ouvert sur son support arraché, et le silence s'installa pour un temps. Je ne cherchais pas Dalaigh. Pas immédiatement.

    « Bonsoir, Messieurs. »

    J'avais fermé la porte derrière moi, lorsque Dalaigh et moi étions rentrés dans l'entrepôt. Je l'avais fermé, scellé par les molécules de sable en suspension dans l'air. Des sortilèges fusèrent, mais la porte ne s'ouvrit pas. Un sortilège fusa sur moi, futile. Inutile.

    « Permettez moi de me présenter. Cheshire, au service de la nuit londonienne et de ses habitants. J'ai pour rôle de surveiller Londres, et d'assurer la sécurité de ses sommeils. Quelques établissements, quelques rassemblement qu'il soit passe sous le contrôle de Chess. Vous devez le savoir, n'est-ce pas ? C'est la règle de Londres nocturne. Il est interdit de troubler l'aise de l'ambiance noctambule. Cheshire a pour rôle d'éliminer tous les dangers, toutes les situations critiques qui remettent en cause la sécurité de la ville. Excusez moi, mais le temps d'observation est terminé. Vous avez été considéré comme nuisible à la nuit de Londres, et le cadre de vos divertissements ne correspond pas aux règles imposées. Je suis là pour ... »

    Je balayais les hommes du regard. Combien de vies humaines ? Combien d'hommes face à moi ? Je lâchais la colonne vertébrale de Von Rick, qui retomba sur le sol, comme un ensemble de morceaux de bois.

    « … vous détruire. »

    (…)

    Les chiennes gémissaient, mais je les ignoraient, rejetant en arrière mes cheveux lumineux. Sous mes pas, les flaques de sang étaient collantes, et marchant droit jusqu'à Dalaigh, je contournais les corps allongés sur le sol. Me plantant face à lui, je le dévisageais, froidement. Une seconde. Puis mes lèvres s'entrouvrirent.

    « La Divine Comédie est en règle. C'est un endroit charmant, où il se passe des choses que tu caches bien, et que j'aimerai bien découvrir, mais qui ne gênent en rien la sécurité de la Nuit. Tu es Dalaigh, l'homme important de la Divine Comédie, et tu es absolument parfait, parce que tu protèges ceux qui sont sous tes ordres, ceux qui sont tes esclaves, tes poupées et même tes clients. Tu es parfait, et tu ne représentes pas de menaces. Je ne connaissais pas ton local, avant cette nuit. Il faudra que je revienne plus souvent, j'aime beaucoup. Malheureusement … ce n'était pas le cas de ce rassemblement. Tu m'as demandé tout à l'heure « comment est-ce que tu as découvert cet endroit ? » … Tu te souviens de ce que je t'ai répondu ? Que je chassais les rats. Si un jour tu es intéressé … Cherche deux statues de danseurs, à Londres. Elles ne sont jamais à la même place, mais elles sont toujours ensemble, quelque part. Dis leurs que tu viens de ma part. L'endroit qu'elles protège s'appelle l'Héliogabalus Pub. J'en suis le … Patron ? Considère que tu seras mon invité, là bas. »

    Je me retournais, et observais les cadavres, sur le sol. Mes prunelles redevenues bleues, je posais mes yeux sur Dalaigh, levant la main jusqu'à son visage, effleurant une joue encrée, laissant un sourire tendre courir sur mes lèvres.

    « Maintenant, dis moi, s'il te plaît ? Que veut dire « Kissa » ? »

    Dans un coin de l'entrepôt, dans les cages, les chiennes gémissaient doucement. Et assise sur le sol, près des cadavres de ses deux compagnes, la seule chienne que je n'avais pas tué, contemplait le spectacle, les yeux hagards.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Jeu 11 Juil - 12:15



    Les doigts de Chess se refermèrent sur la mâchoire de l’homme d’encre, étau de fer à la douceur féminine, faisant frissonner les pores de sa peau. Chaque fibre, chaque terminaison nerveuse, chaque centimètre carré de peau était en alerte, en attente. Les souffles se mélangeaient comme deux fumées distinctes, faites pour ne jamais se rencontrer et pourtant s’embraser l’une l’autre. Chess, Kissa, lui offrit un sourire, une assurance que tout se passerait bien. Ou plutôt, comme prévu. Dalaigh n’avait pas la moindre idée des réelles intentions de son interlocuteur mystérieux et pourtant, il attendait cela avec une impatience morbide, curieuse, malsaine. Il était détendu. Et pourtant tellement de tension habitait son corps.

    « Regarde-moi en souriant, Maître. Mais n'interviens pas. Je ne réponds pas de ce qui arrivera si tu te mêles à la chose. Kissa te salue. »

    Une ombre de sourire passa sur les lèvres noires, se répercuta dans les yeux et disparut. Il le regarda avancer, devenue elle, emplissant le rôle qu’ils lui avaient créé. Tout était modifié, sa démarche, sa façon se bouger les bras, les hanches. Tout. Il n’était plus Chess, le chat de Londres. Il était Kissa. L’esclave épanouie dans sa soumission, bloc de tendresse et de force à l’état pur. Le Maître croisa les bras, regardant l’autre monter dans le ring sous les rires, les applaudissements. Les crachats. Un petit air supérieur s’afficha sur son visage sans qu’il ne puisse le retenir. Son masque se brisa en même temps que le talon de la chienne. Kissa avait été surprise par un coup rapide, une feinte, mais elle avait vite repris l’avantage. Dalaigh savait bien qu’elle analysait chaque coup, prévoyait, calculait. Sentait.

    Le flanc s’enfonça de quelques centimètres. Des côtes se brisèrent au passage. Une vague de cris et de rires applaudit cette attaque tandis que, déjà, les deux adversaires reprenaient leur danse mortelle. Mais tout se figea. Le temps sembla repartir au ralentis, pour Kissa qui, debout au milieu de l’arène, inspirait calmement alors que la chienne se ruait sur elle, les babines enragées et les yeux fous. Le temps accéléra. Ralentis. Se stoppa. Explosa. Kissa souleva la fille, la fit exploser sur le sol. Littéralement. La force avec laquelle le mouvement fut opéré eu comme conséquence de faire exploser les organes internes, provoquant une pression intense et la rupture de la peau du ventre. Du sang. Partout, du sang. Et le silence. Une fraction de seconde, le silence brut. Puis les rugissements. Ces hommes étaient des vautours. Chess avait tort sur ce point.

    Dalaigh fit un pas en avant, avec l’intention de retourner prendre son esclave. Ils avaient dit un combat. Elle avait gagné. Deux chiennes firent leur apparition entre les grillages de l’arène. Dalaigh fronça les sourcils, croisa les bras et se mordit la lèvre. Un seul combat hein… Déjà, les mouvements violents reprenaient, un poing s’écrasa sur la mâchoire de Kissa et celle-ci roula au sol, sonnée, du sang coulant en de lentes arabesques sur son menton. Arabesques aussi rouges que ses yeux. Une roulade plus tard et la tête d’une chienne fit taire les hommes en tombant au sol. Un petit rire échappa à l’homme d’encre, une seconde avant que le silence ne s’abatte pour de bon sur cet entrepôt poussiéreux et ensanglanté.

    Les cris. Les hurlements. La peur. Chess avait fait de ces vautours ses nouvelles proies. Remarquant une cage, dans un coin, Dalaigh se dirigea lentement vers cette dernière, bravant la vague d’effroi qui faisait courir les hommes vers les portes. Closes. Le bruit caractéristique de l’os brisé lui parvint alors qu’il s’assit tranquillement sur le rebord de la cage, étendant ses jambes devant lui en regardant la colonne d’un homme sortir de son dos. Les bras du squelette se croisèrent doucement sur son ventre, son regard se fit intéressé. Pas que le combat d’auparavant soit moins passionnant que celui qui s’annonçait mais celui-ci n’était pas programmé.

    « Bonsoir, Messieurs. Permettez-moi de me présenter. Cheshire, au service de la nuit londonienne et de ses habitants. J'ai pour rôle de surveiller Londres, et d'assurer la sécurité de ses sommeils. Quelques établissements, quelques rassemblements qu'il soit passe sous le contrôle de Chess. Vous devez le savoir, n'est-ce pas ? C'est la règle de Londres nocturne. Il est interdit de troubler l'aise de l'ambiance noctambule. Cheshire a pour rôle d'éliminer tous les dangers, toutes les situations critiques qui remettent en cause la sécurité de la ville. Excusez-moi, mais le temps d'observation est terminé. Vous avez été considéré comme nuisible à la nuit de Londres, et le cadre de vos divertissements ne correspond pas aux règles imposées. Je suis là pour ...  vous détruire.»

    Un rire résonna entre les cris, éclata en même temps que les organes, déchira la peur comme la peau. Cette situation était hilarante. Elle ne l’était pas. Mais elle l’était.

    (…)

    Les rares chiennes encore en vie ne l’étaient plus pour longtemps, à en juger par les gémissements qui s’échappaient de leurs bouches détruites. Les cadavres d’hommes s’empilaient, s’éparpillaient parfois. Formaient de grandes flaques écarlates grumeleuses là où la poussière avait été plus denses. Lorsque Chess se dirigea vers lui, Dalaigh se leva lentement, faisant craquer les mouches repues sous les semelles de ses chaussures.

    « La Divine Comédie est en règle. C'est un endroit charmant, où il se passe des choses que tu caches bien, et que j'aimerai bien découvrir, mais qui ne gênent en rien la sécurité de la Nuit. Tu es Dalaigh, l'homme important de la Divine Comédie, et tu es absolument parfait, parce que tu protèges ceux qui sont sous tes ordres, ceux qui sont tes esclaves, tes poupées et même tes clients. Tu es parfait, et tu ne représentes pas de menaces. Je ne connaissais pas ton local, avant cette nuit. Il faudra que je revienne plus souvent, j'aime beaucoup. Malheureusement … ce n'était pas le cas de ce rassemblement. Tu m'as demandé tout à l'heure « comment est-ce que tu as découvert cet endroit ? » … Tu te souviens de ce que je t'ai répondu ? Que je chassais les rats. Si un jour tu es intéressé … Cherche deux statues de danseurs, à Londres. Elles ne sont jamais à la même place, mais elles sont toujours ensemble, quelque part. Dis leurs que tu viens de ma part. L'endroit qu'elles protègent s'appelle l'Héliogabalus Pub. J'en suis le … Patron ? Considère que tu seras mon invité, là-bas. »

    Je ne suis pas parfait. Personne ne l’est. Mais je suis heureux que mon établissement ne dérange pas l’ordre ancestral de la Nuit car, lorsque je vois ce que tu as fait de ces personnes, je ne souhaiterais pour rien au monde tester la force de ton métissage sanguin.

    Dalaigh ne put résister à l’envie de remettre une mèche collante de sang derrière l’oreille de Chess. Les pupilles étaient à nouveau bleues mais le souvenir de l’écarlate lui restait en tête. Magnifique.

    « Maintenant, dis moi, s'il te plaît ? Que veut dire « Kissa » ? »

    Le squelette éclata de rire, attrapa le bras de son interlocuteur et transplana dans son propre appartement. Ils avaient besoin d’une douche. Et se promener dans la rue, couverts de sang, n’était probablement pas une idée brillante. Une fois qu’ils furent loin de la chair dégoulinante, Dalaigh se laissa tomber sur une chaise et dévisagea Chess avant de répondre à sa question.

    « Kissa » signifie « chat ». Cela m’est venu naturellement. J’ai pensé que tu aimerais la référence, une fois que tu la comprendrais.

    Les rayons argentés de la Lune se reflétaient sur les surfaces majoritairement blanches de l’appartement, l’éclairant comme en plein jour. Faisant ressortir la pâleur de leurs peaux. Et le contraste sanglant qui s’y étalait.
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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Lun 9 Sep - 20:15



    Isotopie d'une safiance isolée relative aux psychopathes. Ou l'amorce d'un monde que je construisais sur les fondements d'une logique que je n'établissais pas, considérant que l'absurde était la science absolue à mes raisonnements. Un battement de cil, un mouvement de paupière, l’œil qui roule dans l'orbite, et la contemplation intégrale de ce monde sur lequel je me déplace. Mes logiques, mes faits et mes choses, mes rires et la cadence de mon existence ne s'expliquaient pas par d'autres définitions que celle de l'absurde. Je m'y laissais glisser, heureux de m'abandonner à ma matrice et ma mort, à mon fait et à mon essence, heureux d'exister, heureux d'être, en considération de ma propre connaissance. Je me savais.

    « Je ne suis pas parfait. Personne ne l’est. Mais je suis heureux que mon établissement ne dérange pas l’ordre ancestral de la Nuit car, lorsque je vois ce que tu as fait de ces personnes, je ne souhaiterais pour rien au monde tester la force de ton métissage sanguin. »

    Ses lèvres s'étaient tordues sur des mots que j'avais bu dans leur prononciation, mes yeux posés sur sa bouche, dans l'intime conviction que je le comprendrais tout à fait, si j'en faisais l'effort. L'anglais ne pouvait pas se permettre, ne pouvait plus se permettre, non, d'être un mur qui m'agacerait alors que j'avais tant à apprendre de cet être à la mort imprimée sur la peau. Je voulais son être, je voulais son âme, son existence et sa vie. Je voulais le comprendre, jusqu'à la plus infime particule de son existence. Je le voulais, et tout entier. Je me répétais, je me répétais, mon désir de le posséder, de le manger en fouillant son âme devenant terriblement ardent. Ses doigts se posèrent sur mes cheveux, et perceptibilité tactile identique à celle des moustaches du chat, je frémis, mon corps devenu la corde sensible que l'on caresse après avoir tendu. L'odeur du sang valsa, et j'eus l'envie de sourire pour cet homme qui allait au devant du Cheshire de la nuit. N'avait t-il pas peur ? J'avais estimé ses réactions, imaginant, supposant, mais sans réellement être capable de me fixer sur l'idée la plus juste qui soit. Et il me surprenait, encore, en répondant, sa voix calme, ses gestes venant me troubler. Le désir s'écrivait « DESIR », en majuscule, hurlé et imprimé au fer rouge dans ma tête. Mes paupières s'amincirent, mes prunelles fendues, mais bleues. Fendues, mais maîtrisées.

    Question. Réponse. Réponse ? Non ?

    Contact de doigts se refermant sur mon avant-bras, chute de mon regard sur son poignet, et tentative de mon cerveau de réagir par un réflexe visant à lui arracher la main avec les dents. Non, non. Calme, Dalaigh, c'est Dalaigh, calme. Sensation de transplanage, angoisse de l'inconnu, du piège, de l'idiotie …

    Puis mes yeux découvrirent le décors, mon cerveau assimila l'endroit à la détente de Dalaigh, et son rire résonnait encore entre mes tempes, bloqué quelque part entre mon tympan et mes pensées, encadré et placé sous verre par mon besoin irrationnel de le garder bien à moi, rien que pour moi. Inspiration, qui souleva ma poitrine, et qui attira à moi toutes les odeurs contenues dans cet endroit. Il y avait l'odeur de sa chair, l'odeur de sa peau, l'odeur de sa sueur, l'odeur de ses vêtements, l'odeur de sa fragrance, l'odeur de la peinture, de ses meubles, du sol, de la poussière, de la saleté, de la cuisine, du temps qui passe. Mon regard évolua en un parcours à la rotondité trop délimité pour que je me fasse une idée totale de cet endroit, mais cela me suffit pour que je m'assure d'une chose. Il n'y avait pas de balcon ici. Il n'y avait pas de « sortie » pour moi. Tant pis. Mes prunelles accrochèrent les épaisses baies vitrées, et les dimensions sur lesquelles celles-ci s'étalaient. En cas de problème, au moindre geste brusque, je sortirai par là. Mes prunelles accrochèrent les détails des toits et des terrasses que je pouvais voir d'où je me tenais, et j'eus une appréciation topographique du lieu d'où je me trouvais. A près d'un miles de l'Héliogabalus. Une distance courte à mes yeux, qui pouvait se faire, dans le cas d'une précipitation, en un peu moins d'une minute, si je n'avais aucun souci moteur. Aucune … blessure.

    Mes yeux se rivèrent sur Dalaigh. Tu es stressé, Chess ? Dalaigh me répondit. Mes pensées, éparpillées dans mes yeux, devaient ressembler à de l'angoisse. Je n'étais pas en terrain connu, et ses réactions, quoique faisant partie intégrante de mon jeu puisqu'elles s'imposaient comme sa capacité de jeu à mes provocations, me perplexaient. Oui. Perplexaient en criss. Un rayon de lune vint heurter l'angle de mon œil.


    « Kissa » signifie « chat ». Cela m’est venu naturellement. J’ai pensé que tu aimerais la référence, une fois que tu la comprendrais. »

    Battement de paupière, vision troublée, et je clignais des yeux, détournant le regard. Keep calm, keep calm. Une poussière dans l'oeil. Une poussière de lune. J'amenais mes doigts, frottant ma paupière, étalant une tâche de sang, et humectant mon œil pour ne pas livrer mes pensées. Puis un sourire, un sourire s'accentuant, un gloussement qui crépita sur le rebord de mes lèvres, et je me mis à glousser, ricanant sur lui, m'approchant de la chaise sur laquelle il s'était assis, me plaçant en situation d'avantage quant à la taille.

    « Kissa, hein ? »

    Chuintement d'une peau sur laquelle j'appuyais, mes ongles venant tracer les longs suivis qu'organisaient les entrelacs imprimés de sa peau, et je plongeais mes yeux dans les siens, veillant à ne m'accrocher au rebord de mes vices que par le bout des doigts. Dans quel vice tomberais-je en premier ? Quelle sorte de désir serait assez puissant pour me faire me détacher du raisonnable ? JE glissais mes pieds sur le sol, appréciant la caresse comme l'on peut aimer la main d'une femme sur son corps. Kissa, Kissa. Un prénom que j'aimais, qui claquait comme un baiser déposé sur ma peau, et qui me faisait me languir d'une existence à approfondir, à fouiller, et à organiser. Que ce serait beau, de pouvoir se réinventer à chaque seconde, à chaque regard qu'un autre poserait sur nous ? Mes ongles appuyèrent un pli de sa peau pour que je puisse admirer l'éclat d'un rayon de lune venu se perdre près de sa carotide. Tu réveilles en moi des envies meurtrières, Dalaigh. Des envies qui devraient rester tapies sous les salissures d'un calme trop humain. Nous ne voudrions pas, ni l'un ni l'autre chéri, que je sois l'enfant de tes monstres, et que tu sois le placard de mes angoisses, n'est-ce pas ? Ni l'un ni l'autre, nous n'aimerions plonger dans l'humanité si intime qui nous caractérisait.

    « Je t'embrasserai presque pour te remercier de ce si joli baptême. Mais … spoilers.  »

    Je détachais mes doigts de lui, virevoltant, pour étudier son appartement de mes yeux devenus curieux. Dans des entrechats aériens, fit le tour du salon, m'égarant dans la cuisine, et flirtant avec le bail d'un léger couloir m'attirant. Une chambre, une pièce d'eau, et le strict minimum. Un monde sobre et sombre, plongé dans la torpeur d'une nuit qui se respecte. Du bout de mes phalanges arrondies par l'intérêt que je portais à cette découverte kinesthésique, je caressais les murs, les longeant tous, me familiarisant doucement avec l'environnement, pour réfuter cette impression d'être un chat kidnappé. J'étais Chess, je maitrisais toujours les situations. Toujours, et toutes. Du revers de la main, je bousculais le panneau de bois d'une salle d'eau, et en étudiais l'intérieur, une moitié de mon esprit concentré à considérer le lieu, l'autre occupé à se demander ce que faisait Dalaigh. Sortirait t-il sa baguette ou une arme pour me la pointer entre les omoplates ? Oserait t-il ? Pourquoi ? Comment ? Un sourire s'étala doucement sur mes lèvres. Il me plaisait. Il se faisait le désir de mes besoins égocentriques, et de ce fait, il m'effrayait. Il m'effrayait, parce qu'il me kidnappait à son tour, m'imposant cet endroit donc je ne connaissais rien. Et de ce fait, me plaçait en situation d'illégalité par rapport à mes propres valeurs. Toujours tout savoir. Je vérifierai, le plus tôt possible, toutes choses concernant cet endroit.

    « Dalaigh. Je prends une lava... douche. »

    Instant de perdition.

    «  Fuck. Douche. »

    Lavage. Je prends une. Non. Un. L'anglais s'emmêlait dans ses diphtongues, se faisaient les partitions désorganisées des doigts hystériques de Lorcan courant sur le clavier, dans le simple but de me rendre fou. Aucune logique, aucun sens, et il riait de me voir patauger dans l'absurde, dans mon manque de repère. Il riait, et il me regardait en souriant, son œil étincelant de tout son vert moqueur, susurrant dans des mots qu'il ne prononçait pas, pourquoi donc est-ce que je me noyais dans l'absence de logique ? Dans ces moments là, je voulais le tuer. Pas la parole et pas la musique. Seuls ces deux domaines étaient inatteignables. Ne transformez pas la parole et la musique en des capharnaüm infernaux, je vous prie. Mais fuck l'anglais.

    Dans un claquement sonore, visant à établir mon intimité et le fait que je m'impose, je refermais la porte derrière moi, me faisant l'Empereur de la salle d'eau, empereur qui abandonna ses apparats et le sang de ses ténèbres, pour se glisser, nu et blanc, sous le jet actionné avec prudence. Acide et viscères, tripailles et merde qui glissaient sur mon esprit, mêlés au sang, au sperme, aux vers, à l'horreur, et je poussais un hurlement de rage, pour me déstresser, l'eau heurtant ma peau. Puis le silence. Le silence d'un corps qui se fige sous le pommeau de douche, le silence d'un corps qui s'abandonne, qui ne réfléchit plus, qui s'endort et qui ne bouge pas. Mes cheveux s'engluant d'une saleté qui s'en allait, frappant ma peau, collant ma gorge, mes doigts posé sur l'ivoire d'un mur carrelé. Silence, silence, le silence de ma tête tût par le bruit de l'eau qui ricochait. Pssshht, psssht, les chats en silence, le silence dans le chat, et je gardais les yeux fermés, pour écouter, pour me calmer. Silence. L'eau coulait, éclaboussant ma peau.

    (…)

    Redingote, es-tu pingre ?
    Ombre feutrée, ignorant le concept de pudeur, je dressais l'ombre de mon existence sur le silence de son parquet que je mouillais sur mes déplacements, et sans chercher à voir où il était, allait jusqu'à sa chambre. Il n'y était pas. Mes mains se posèrent sur les poignées des lieux dans lesquels se rangeaient ses vêtements, et découvrant le dressing, laissais mes intérêts s'étaler sur les tissus qui étaient siens. Pantalons et chemises, masculinité indéniable, et charme sobre d'un homme respectable. Je suis Dalaigh, je suis l'homme important de la Divine Comédie. Mes doigts s'emparèrent d'un boxer, d'un pantalon de tweed noir, et d'une chemise blanche.
    Jamais je ne m'habillerai comme ça.
    Je tirais pourtant les vêtements des étreintes de leurs compères, décidant que cette nuit serait une exclusivité. Suivit une cravate que je trouvais au hasard, et des chaussettes noires que j'enfilais sitôt le port du boxer assuré. Puis, le pantalon de tweed noir qui vint caresser mes hanches, sans galber leurs rondeurs. Non. Pantalon masculin qui travestissaient mes cuisses pour les rendre droites, pour les rendre mâles. Et le blanc de cette chemise … Je ne portais jamais de blanc, encore moins de chemise. Ces deux éléments associés, que je vins refermer sur ma poitrine dans un revers de poignet, glissant chaque bouton dans la fente prévu à cet effet, me donna un sentiment intense de vertige. Rarement j'avais été aussi homme. Rarement je m'étais fait masculin. Dans la découpe du vêtement, ma poitrine devint droite, mes flancs se ciselèrent en des lignes assurées. Mes doigts glissèrent sur des manches que je tirais jusqu'à mes poignets, et dans un effleurement d'ongles, je redressais le col trop droit, ouvert sur ma gorge, ouvert sur mes clavicules. Comme une pendaison surfaite, j'ajoutais à mon cou une cravate que je n'attachais pas. Je ne me pendrais pas. Je ne m'étranglerai jamais.

    Je me glissais sur les marches de sa chambre, redescendant de ces hauts lieux, soulevant mes mèches alourdies par l'humidité, pour en faire un chignon qui vint reposer sur ma nuque. Restez sages, mes chéris. Ce soir, nous ne serons pas sauvages. Dans une dernière caresse, j'abandonnais l'emmêlement de mes cheveux et de l'élastique qui les retiendrais entre eux, et je me glissais dans la blancheur d'un éclat de lune, pour chercher des yeux Dalaigh. Je le trouvais, et dans un regard prévaluant la perte d'un meuble que je lui restaurerai plus tard, je levais la main, dans son dos, pour modifier la structure d'une petite commode posée à notre gauche. Dans un glissement, un écoulement des éléments se métamorphosant, le sable s'éleva, mû par la force de mes idées, et animal docile, vint jusqu'à dans le dos de Dalaigh, pour devenir une main à distance, qui le prit, qui le fit se tourner vers moi. Et je lui souriais.

    « Dalaigh. »

    Le sable ne le lâcha pas, mais je me rapprochais, et doucement, l'étreinte de l'élément se transforma, devenant plus douce, moins épaisse, et finalement, dans un écoulement pluvieux, se dispersa, et le sable glissa jusqu'au sol pour ne devenir qu'un tapis organisé et minéral. La distance réduite entre nos deux corps, je vins tapoter contre la poitrine de Dalaigh, crissant mon doigt contre le tissus de son haut. Un sourire particulièrement moqueur.

    « Il nous faut du vin. Tu en as ? »

    Sans attendre particulièrement de réponse, je soulevais le sable qui devint une vague acharnée à trouver les bouteilles ; plongeant dans la cuisine pour y trouver la boisson, tandis qu'implacable, je l'entrainais vers le canapé. Parfait, parfait, milady. Un regard pour l'horloge, une pensée pour mon retard, et presque aussitôt, mon portable sonna, posé quelque part. Immédiatement, je me renfrognais, mon visage se faisant le masque originel d'un enfant devenu boudeur. Sküll s'inquiétait, et cherchais à me joindre. Non, je ne répondrais pas. Chess était toujours sage. Je saurai me débrouiller sans qu'il ne sache ce que je faisais. Au moins un soir. Pas besoin de baby-sitter. Le sable revint, et ondoyant entre mes doigts, m'apportat une bouteille aux nuances d'un rouge assombri, et de deux verres à pieds. J'étirais mes lèvres en un sourire que mes commissures étirées surent faire pointu, dantesque. Me tournant vers Dalaigh, adoptant des initiatives qui ne devraient pas m'appartenir, je lui offrais un verre, tandis que le sable secouait doucement la bouteille, dans une valse que je vins maîtriser, pour servir Dalaigh, le boulon de liège allant rouler au sol.

    « Je t'ai imposé mon spectacle de violence, et tu m'as rendu la pareille en m'emmenant ici. Je me permets d'agir comme si c'était chez moi, alors. Pour éviter que je ne sois angoissé. Pour éviter que je n'ai peur. »

    L'achèvement de ma phrase portait sur un demi sourire, tandis que je relevais le goulot de la bouteille, le sable reculant l'objet de verre pour le déposer sur le sol, et retombant au sol. Quelques grains, atomes librement menés en une danse qui me permettait de ne pas perdre un total contrôle de mes pensées et de ma concentration, voletaient autour de nos têtes, dans de grands cercles autour du canapé. Un demi-sourire, sur mes lèvres, qui disparut, petit à petit, tandis que j'amenais le vin à mes lèvres. À quoi jouer, lorsque nous n'étions rien de plus qu'un enfant qui n'avait jamais vieillé, un jeune ayant trop vécu ? Un vieux rajeuni. Hah. Je dépassais la frontière, constamment. Le vin glissa à l'intérieur de mes lèvres, et je baissais mes paupières, pour me perdre dans un écarlate qui me tuait. Le goût explosa sur ma langue, et mon cœur s'affola sur un rythme devenu plus perspicace à l'effroi. L'alcool était une mauvaise chose, même avec la manière raffinée dont je tentais de m'y plonger. Le pourpre noyant mes papilles, tuant ma réception disséquée, pour transformer le tout en un amas global et mitigé de mes capacités. Aveugle. Aveugle de la bouche. Incapable, et saoûl avant l'heure. Mais n'étais-ce pas ce que j'avais cherché ?
    Je refusais de répondre à cette question, et vint me lover contre son flanc, appréciant sa masculinité qu'il ne feignait pas. Les doigts d'une de ma main conservèrent l'équilibre nécessaire au verre de vin, que je fis tournoyer dans son contenant, l'autre, venant se poser sur le ventre de Dalaigh, et je me laissai aller à un ronron. M'endormir sur lui serait bien, et si tentant. M'abandonner au sommeil sur le corps d'un homme que j'appréciais, curieusement. Mes lèvres ne s'étirèrent pas sur le sourire qui aurait du venir déformer mon masque d'expression trop tranquille, et je plissais à moitié mes yeux, me nichant contre le creux de son estomac, mes ongles chipotant avec le pli de son tissu. Ce serait si facile de se retenir, et de rester calme. Je l'étais parfaitement, et j'étais en mesure de le rester encore jusqu'au lever du soleil. Mais.

    Doucement, avec une lenteur et une précision calculée, mais sans même évaluer du regard une trajectoire que je venais de calculer, je renversais mon verre de vin sur le ventre de Dalaigh. Un écoulement lent, dont, par une simple pression sur son biceps, je ne permis pas l'interruption. Laisse moi faire ce que je veux faire. Le vin, jusqu'à la dernière goutte, quitta mon verre, pour venir s'étaler sur la surface abdominale, et se transforma en une fleur pourpre sur laquelle mon regard se fit absolument obsédé. Silence. Silence de cinq secondes. Dix. Vingt. Trente. Cinquante cinq. Soixante et une autre seconde.

    « Viens. »

    Dans un dépliement de mon corps, je l'entrainais, le soulevant par le poignet, intimant par la douceur trop feinte de mes gestes que je n'hésiterai pas à recourir à la force. Le sable se souleva sur nos pas, et je l'entrainais jusqu'à dans la chambre, sans le lâcher du regard. Pas pour lui offrir mon regard, mais pour capter le sien. Pour comprendre ; saisir, et observer. Je remontais les quelques marches qui nous conduisaient jusqu'à son lieu, et je l'asseyais sur le lit. Là, sans charme, sans vigueur, sans le moindre sentiment, je lui retirai son haut, pour balancer le tissu souillé par le vin. Et je posais mes yeux sur sa poitrine tatouée. Une observation qui se fit en silence, les bras croisés, et sans le moindre sourire. Une observation de silence, d'étude. Et je détachais mes yeux de son corps, pour venir poser mes doigts sur le meuble de son dressing.

    Silence, silence, et silence.

    Je retirais une chemise blanche. Exactement la même que celle que j'avais déposé sur mes épaules. Exactement la même appartenance, mais si profondément différente à mes yeux que cela se fit bouleversant dans ma tête. Je revins à lui, et le faisant poupée de mon mutisme, glissais ses doigts, son bras, son épaule, mes doigts caressant, effleurant les courbes d'un corps surligné, redessiné, devenu insupportablement infini. Sur son ventre, une goutte de vin tâchait encore la peau, et je l'observais d'un œil mauvais, me demandant presque ce qu'elle faisait là. Mes pensées extrapolées en une quintessence aliénée à mes volontés, j'inspirais.
    Et l'odeur du sang qui pulsait fendit en deux ma cognition.
    Pliant mes rotules, pour venir en caresser le sol, dans l'équilibre instable de mon humanité se perdant, je vins me placer entre ses jambes ouvertes, mes prunelles accrochées à ce minuscule morceau de couleur. Rouge. Minuscule rouge posé sur notre univers monochrome. Minuscule rouge qui hurlait à ma folie. Je vins déposer mes lèvres dessus.
    Ce serait ma dernière goutte d'alcool. J'en faisais la promesse.
    Mes crocs déchirèrent la surface du ventre de Dalaigh, et immobilisant ses poignets par l'étau de mes doigts sur les siens, je plantais mes canines devenues animales dans la chair abdominale, enfonçant ma langue jusqu'aux muscles. Une traction, et je le renversais sur le lit, pour boire son sang, et goûter sa chair, abandonnant tout résidu de calme, de bonne entente, et d'intelligence. Immobilisant son corps contre le mien, empêchant toute tentative de libération, je le faisais ma proie.

    Mais sans chercher à lui faire mal. Je savais la blessure sévère et douloureuse, mais je maîtrisais chacun de mes gestes, et buvais sans déchiqueter. Je buvais pour boire, par pour tuer, et si le sang qui jaillissait à flot venait éclabousser mon visage pour me draper d'un masque de terreur, je me faisais l'agneau de sa souffrance, jouissant de cette sensation qui hurlait dans ma poitrine et dans ma gorge tandis que le sang s'y déversait. Je ne respirais plus, mon cœur affolé, je ne voyais plus, mes yeux enflammés, et je ne cherchais plus, mon esprit tourbillonnant. Pensées, pensées, pensées, pensées, sang et sang. Ma langue creusait, découpait, et mes canines ciselaient, mes lèvres grandes ouvertes sur tout ce qui se précipitait à l'intérieur de ma bouche. Encore, encore. Tellement de bien, au final, tellement de jouissance, d'orgasme et de vitalité dans ce sang qui bouillonnait et.

    Stop.

    Silence.

    Mes yeux rouges posés sur lui, j'avais cessé, me redressant, le regardant.
    Le regardant, j'avais eu l'envie de pleurer. Pardon. Comme pour se moquer de moi, le sang avait continué à couler de ma bouche, et doucement, j'avais lâché ses doigts. Réagis, Dalaigh. Montre moi ce que tu veux faire. Ce que tu sais faire. Ce que tu peux faire. Montre moi comment tu te défends face à l'être qui te blesse. Montre moi ?
    Je restais immobile, à genoux entre ses jambes, le sang étalé sur ma poitrine, sur la chemise blanche, sur la sienne, sur les draps... le rouge. Le rouge partout. Le rouge partout, pour une seule goutte.

    Pour une seule goutte.

    « Est-ce que tu pleures ? »

    Cruauté enfantine d'un esprit qui veut comprendre, qui désire combler sa curiosité. Je ne bougeais pas, incertain d'avoir réellement prononcé la phrase. Puis, dans le glissement des draps, je me levais, et quittais le lit. Sans traitement adapté, Chess, ton jeu allait mourir. Ton jeu était humain. Et une hémorragie externe ne conduisait pas à une finalité que je voulais voir arriver. Je sortais de la chambre sur une phrase qui ne prit pas d'intonations particulière. Une phrase, prononcée sans sentiments.

    « Tu ne mourras pas. »

    (…)

    Goutte après goutte, l'essence de Dictame, dans sa réalisation pratiquée par la fumée verte s'échappant du contact entre la plaie et l'elixir, refermait le ventre. J'avais ciselé de manière à ce que la peau soit soulevé et ne soit pas en contact avec mes dents. De ce fait, le tatouage, après cicatrisation complète, ne serait en aucun cas affecté. Il me semblait. Silencieux, assis près de lui, sans chercher son regard, je glissais mes doigts sur l'épiderme tendu au dessus de son estomac, et doucement, rebouchais le flacon, que le sable vint récupérer. Silence.

    « Dalaigh. »

    Le téléphone fixe se mit à sonner, et je fermais les yeux. L'instant d'après, j'avais arraché le combiné, pour hurler à l'espèce de petit connard qui appelait qu'il n'était pas l'heure de déranger Dalaigh. Le toussotement que j'entendis de l'autre côté du combiné me fit perdre ma rage, et tua ma frustration.

    « Sküll ? »
    « Tu ne réponds plus au portable, Chess ? »

    J'avais peur, Sküll. J'avais tellement peur. Aide moi.

    « Qu'est-ce que tu veux ? »
    « Prendre de tes nouvelles. Savoir si tout va bien ? »

    Doucement, je tournais le visage vers la chambre.

    « Non. »
    « Oh. »

    Pas d'intonation particulière. Mais je devinais le sourire sur le visage du vieil homme.

    « Va faire en sorte que ça aille mieux, alors. Pour toi, et pour ceux à qui tu viens de causer du souci. »

    Et il raccrocha.
    Dans mes doigts, le téléphone ressemblait à un animal mort, rigide et froid. Je le déposais doucement sur le combiné, avant de revenir à pas lents vers Dalaigh et son lit. Mes yeux embrassèrent ses épaules, ses mains, et la tension qui pouvait régner dans la pièce. À quoi pensait précisément Dalaigh ? Mon monde ne se construisait pas sur la logique. Mon monde était l'assemblement d'absurde. Et comme une justification, je me trainais à genoux, hurlant et rugissant des vérités qui n'appartenaient pas au monde des humains. Je faiblissais, et le sang explosait dans ma tête. Vampire. Vampire. Tueur.

    Alors je lui souris.
    Je lui souris avec un sentiment qu'il ne déchiffra peut-être pas, et je vins près de lui, pour lui tendre la main, pour qu'il vienne déposer la sienne entre mes doigts. Je l'exhortais à se lever, et posant mes doigts dans le creux de ses hanches, lui fit exécuter quelques pas de danses, m'assurant de son équilibre, m'assurant de ses capacités à tenir debout. Cheshire égoïste, je ne tins pas compte du moindre remord. S'il voulait me frapper, il le ferait. Mais plus tard. Plus tard. Les rayons de lune dansait sur la chemise tâchée par le sang, et je lui faisais effectuer des rondes, pour le voir tournoyer dans mon univers, dans ma contemplation de son être. Et puis, je nous arrêtais. Fin de la valse, et doucement, je détachais mes doigts de ses poignets, pour retirer la cravate. N'oublie pas, n'oublie pas, chantait le refrain, tandis que la cravate glissait d'un côté de mon cou, et que je vins la serrer entre mes doigts. N'oublie pas de porter une cravate, n'oublie pas de porter une cravate.
    Dans un chuintement étoffé par la caresse de mes doigts sur ses épaules, je vins déposer la cravate autour de son cou, la glissant sous son col. N'oublie par la cravate, n'oublie pas de la porter. Mes doigts effectuèrent un mouvement de coulis, et je tirais la cravate.
    Ma bouche vint se déposer sur la sienne, et tirant la cravate vers le bas, j'insistais sur un baiser que je voulais voir partagé. Don't forget to wear a tie so girls can pull you into kisses, kay ? Mes doigts abandonnèrent sa cravate, pour venir accrocher sa nuque, et dans la toxicité de ma langue trop acharnée à mes plaisir, pénétrais sa bouche, rencontrais ses dents et ses gencives, sa langue et le plaisir. Son souffle volée par mes inspirations, j'attrapais sa respiration, avalant son oxygène. Sa nuque devint le rempart que je franchis, mes doigts glissant, s'infiltrant, caressant toute la surface d'un dos qui se fit le support à mon imagination, et mes doigts coulèrent sur des reliefs qui me firent le déplacer jusqu'au canapé. Juste pour une fois, Dalaigh, fais moi confiance, et n'ai pas peur. Je ne serai pas mauvais, je ne serai pas méchant.  Mes paumes sur son dos s'abaissèrent, trouvèrent le creux d'un bassin sur lequel je m'allongeais. Mon nez heurta le sien, je plongeais mes yeux dans les siens, brisant le baiser, pour venir déposer mes mots sur ses lèvres.

    « Une nuit. »

    Une promesse, qui commença par mes doigts crochetant les rattaches de sa chemise devenue trop encombrante, qui s'infiltra dans mes veines et dans mes croyances, et je m'imposais, me faisant, pour une nuit, le chat trop sauvage d'un corps que je voulais voir être mon jouet.

    Pour une nuit, une nuit seulement, sois mien.

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Dalaigh B. McLaughlin

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mer 18 Sep - 15:20



    L’étonnement se dessina dans ses yeux, comme un coup de pinceau laisse sa trace sur la toile, avant de disparaitre. Dalaigh prenait du plaisir à surprendre l’être étonnant qu’il côtoyait depuis peu. Rares était les émotions qui paraissaient sur le visage clair sans que cela soit calculé et méthodiquement élaboré. Probablement peu de personnes avaient été capables de discerner ces petits détails mais le squelette s’était évertué à cacher sous un masque d’encre ses propres réactions afin de pouvoir observer celles des autres. Chess était bon. Très bon. Mais lorsqu’une flamme, minuscule, se mettait à danser dans le fond de ses prunelles, comme une bougie au loin, l’homme savait que la réaction était naturelle. Ou il pensait savoir. Le gloussement qui franchit ensuite la barrière qu’étaient les lèvres minces de Kissa était une tentative de reprendre le contrôle. Ou une simple suite logique au réflexe précédent. Quant à la posture supérieure qu’il prit en se dressant face à lui, c’était une fois de plus un moyen de reprendre l’avantage. Cette soirée se dirigeait de façon marquée vers une dispute sensuelle du pouvoir.

    « Kissa, hein ? »

    Un sourire traversa le masque impassible qu’affichait Dalaigh lorsque les ongles de Chess tracèrent dans sa peau une ligne de feu. La glace de ses yeux éteignit bien vite cette sensation alors que tous deux se perdaient dans le regard de l’autre. La mer affrontait les algues dans une valse des regards, la noirceur d’une peau s’opposait à la blanche de l’autre, la masculinité flirtait avec l’indescriptible. Deux hommes. Si différents. Si proches… Le crissement des ongles sur la peau déchirait le silence de l’appartement, accompagné de deux respirations, calmes, régulières. Le tatouage se tendit, dévoilant l’éclat bleuté d’une veine courant sous la peau et les tendons redessinés. Un sourire naquit à nouveau entre les traits foncés, les prunelles ne se détachaient toujours pas.

    « Je t'embrasserai presque pour te remercier de ce si joli baptême. Mais … spoilers.  »

    Chess rompit le contact, Dalaigh effaça son sourire victorieux en se rappelant que ce n’était pas une bataille. Pas encore. Peut-être jamais. Que c’était simplement une étude nouvelle d’un être à découvrir, de manières à accepter. Et de stratégies à réfléchir. Les agissements de Chess ne semblaient dépendre d’aucune logique humaine mais d’une réflexion intrinsèque au personnage indépendant. Dalaigh ne fut donc pas vraiment étonné lorsque l’autre lui annonça son intention de prendre une douche. Sans sous-entendus. Sans autre explication. Il était taché de sang, il était logique de se laver. Le fait qu’il soit dans un appartement qui ne lui appartenait pas et dont il n’était pas habitué, de toute évidence, l’absence de demande ou même de question rhétorique, la détermination dans la démarche. Tout cela ne semblait pas effleurer le chat. Car tout cela entrait dans le carcan emmerdant des conventions de bienséance, propre à la nature humaine. Conventions absentes de l’esprit de son invité.

    La porte claqua après que les pieds inaudibles de Chess aient passé le seuil de la salle d’eau. Puis, le crépitement agréable des jets sur le carrelage se fit entendre. Et un cri. Unique. Empli de rage. Qui déchira le silence et l’inactivité de Dalaigh. Et le bruit de l’eau qui s’écoule reprit le pas sur l’écho de la douleur, emprisonnant entre les tambours de ses gouttes les larmes et les peurs. Le temps sembla s’allonger et, seul, le squelette tenta de se remémorer le début de la soirée, les détails qu’il avait réussi à apprendre sur ce mystérieux Chess, ses changements imprévisibles et tempétueux. Et son esprit partit dans une direction diamétralement opposé. Les images s’imposèrent derrière ses paupières à demi closes. L’inconnu qui régnait sous les vêtements de l’autre, son corps mince, si féminin et pourtant hurlant le masculin. Ses cheveux d’un blond presque blanc, qui paraissaient si doux, si insaisissables, comme le reste de son propriétaire d’ailleurs. L’eau qui devait chasser les débris des vies qu’il avait prises. Dalaigh se leva prestement, se dirigea vers le lavabo et passa son visage sous l’eau. Le jet froid entraina sa fatigue et ses tourments au fond du siphon, chassant les images de son cerveau.

    Un bruit se fit entendre dans son dos, alors qu’il essuyait sa peau dégoulinante avec la première serviette qu’il avait trouvée. Un bruit de pas. Claquant sur le sol, répercuté comme si les flaques précédaient ses pieds. Un vague sourire effleura les lèvres de Dalaigh quand le chuintement caractéristique du sable bruissa à son oreille et une légère surprise le saisit en même temps que la main sableuse, qui le fit se retourner pour faire face à son invité. A cet instant précis, le squelette ne put retenir un haussement de sourcil. Chess avait décidé de se vêtir comme un homme. Comme lui, en fait. Pantalon droit, chemise blanche, cravate lâche. Même les cheveux longs, relevés en chignon, laissaient à Chess la chance de crier sa masculinité et de l’exposer à la face du monde. Dalaigh se doutait bien que c’était exceptionnel, que, peut-être, jamais l’être ne s’habillerait de cette façon lors d’un jour ordinaire. Son prénom fit tinter les tympans du squelette tandis que l’étreinte autour de son corps se relâcha, doucement, pour finalement l’abandonner complètement, formant sur le sol une vague reconnaissable et douce où il aurait voulu s’asseoir. La distance entre les deux hommes fut rapidement réduite et, alors que la douce griffure courrait sur sa poitrine, Dalaigh se demanda pour la première fois ce qu’étaient les réelles intentions de l’autre.

    « Il nous faut du vin. Tu en as ? »

    Il ne prit pas la peine de répondre, voyant la vague onduler jusqu’aux placards de sa cuisine alors que son corps était entrainé dans une autre direction par les mains implacables du blond. Quelque part, une sonnerie brisa les pensées de Dalaigh alors que le visage de Chess affichait l’air caractéristique d’un enfant boudeur à qui l’on aurait refusé une énième tranche de gâteau. Air qui disparut rapidement lorsque le sable déposa entre les doigts fins une bouteille aux nuances opales et deux de ses verres, remplacé par un sourire mutin.

    « Je t'ai imposé mon spectacle de violence, et tu m'as rendu la pareille en m'emmenant ici. Je me permets d'agir comme si c'était chez moi, alors. Pour éviter que je ne sois angoissé. Pour éviter que je n’aie peur. »

    J’ignorais que tu pouvais avoir peur, très cher. Et surtout, qu’une chose aussi petite qu’un appartement inconnu pouvait te déranger de la sorte. Mais je t’en prie, fais donc cela. Mon but n’était pas de t’effrayer, Kissa

    Trinquant légèrement son verre contre celui de l’autre, Dalaigh ne tarda pas à porter le breuvage jusqu’à ses lèvres, regardant avec amusement les particules fines danser autour d’eux. Chess avait été effrayé par son initiative. Apparemment, son invité pouvait avoir peur de certaines choses. De l’inconnu, selon toute vraisemblance. Il observa avec délice le regard bleu se perdre dans l’écarlate avant d’accepter, avec autant de plaisir, le contact physique que Chess lui imposa en se blottissant contre son corps. Alors que l’autre faisait tourner le contenu de son verre entre les parois transparentes, Dalaigh profitait de la douceur de la peau et de l’amertume du vin qui coulait entre ses lèvres. Lorsque le liquide froid colla sa chemise contre son corps, le squelette retint de justesse un sursaut. Le rouge perça le tissu, formant une auréole sur son ventre qui aurait pu paraître du sang. Une pointe d’énervement prit place dans son esprit mais il la chassa bien vite, se rappelant que la logique de Chess ne l’était justement pas. Et qu’il devait le laisser faire, découvrir ce qu’il cachait et les raisons de ses agissements. Le silence avait à nouveau prit place entre les murs de l’habitation et les deux hommes observaient autant la tâche pourpre qui s’étendait sur son corps que les réactions de l’autre.

    « Viens. »

    La pression qu’effectua l’autre sur son poignet força Dalaigh à se lever, dépliant son corps, étirant la fleur sur le reste de son torse. Les regards ne se perdaient plus, chacun cherchant dans les prunelles de l’autre les réponses au questionnement interne. Le sable se mouvait sous leurs pieds. Le squelette se laissa entièrement faire lorsque Chess l’assit sur le lit, puis lui retira sa chemise. Il ne savait pas quelle était l’émotion qui l’empêchait de bouger et de reprendre le contrôle mais il se doutait que c’était la curiosité. Jamais il n’avait rencontré pareil personnage, capable de choses aussi spontanées qu’incompréhensibles. Il sentit la glace des yeux dévorer sa poitrine, sur laquelle s’étalaient différents types de tatouages. Puis il le regarda se diriger vers sa penderie, se saisir d’une chemise et de la lui passer, précautionneusement, la pulpe de ses doigts provoquant des brûlures sur sa peau. La douceur de ses lèvres sur les dessins de son ventre. La brûlure de la douleur. Le pan de noirceur qui s’abattit devant ses yeux alors que son corps, projeté en arrière, lui hurlait de se débattre et de mettre fin à ces déchirures morbides, de se défaire de l’étau qui enserrait ses poignets, de repousser cette langue qui s’infiltrait entre les chairs et les muscles. Les cris de douleur restaient bloqués au fond de sa gorge et son aveuglement temporaire l’empêchait de voir précisément ce qu’il se passait. Soudain, tout cessa. Les vagues douloureuses étaient toujours présentes, certes, mais les contacts n’étaient plus.

    Reprenant son souffle, Dalaigh libéra ses poignets pour porter ses mains à son ventre, effleurant la blessure béante qui le découpait.

    « Est-ce que tu pleures ? »

    Etonné, le squelette porta ses doigts tâchés de rouge à ses yeux, mêlant le sang au liquide qui coulait le long de ses joues. Le voile noir se leva, découvrant le corps tâché de rouge de son invité et le sien, brisé. La culpabilité se lisait dans les prunelles claires et, peut-être aussi, une pointe de tristesse. Le déploiement du corps de l’autre laissa une impression de vide dans le corps de Dalaigh qui tentait de ne pas bouger afin de réduire les effluves qui montaient de son ventre.

    « Tu ne mourras pas. »

    Les hurlements résonnèrent dans l’appartement, fort heureusement bien isolé, lorsque les chaires se refermaient peu à peu sous l’influence de l’essence de Dictame. Connu pour ses propriétés régénératives. Et pour la douleur qu’elle cause en soudant les bords des blessures les plus graves. Enfin, toute douleur disparut et, le souffle court, le squelette se redressa pour palper la peau à nouveau tendue. Il entendit à peine le téléphone sonner. La conversation qui suivit. Le bruit du plastique, reposé sur le meuble. Il entendit à peine les pieds de Chess bruisser sur le sol, venir à sa rencontre. Il vit, cependant, le sourire rassurant qui déchira le visage de l’autre. Il vit aussi la main se tendre, venir à la rencontre de la sienne. Et, contre toute attente, ses doigts se refermèrent sur ceux de l’invité. Dalaigh voulait voir ce qui allait se passer durant cette soirée. Il avait été surpris, plusieurs fois, en bien comme en mal. Il sentait encore la douleur exploser dans son ventre. Mais la soirée n’était pas terminée. Les surprises non plus. Les découvertes, encore moins. Alors il se leva, accueillit les doigts de Chess dans le creux de ses reins alors que lui-même enserrait une main dans la sienne. Accepta la danse, aussi incongrue soit-elle dans un moment pareil, et admira les rayons lunaires qui frappaient autant le corps de l’autre que les draps où s’étalaient les volutes de sa douleur. Il le regarda passer le tissu d’une cravate autour de son cou, faisant taire ses réflexes qui lui hurlaient de partir, de séparer leurs corps et de se débarrasser de l’homme. Il ne bougea pas lorsque leurs lèvres se rencontrèrent, appréciant le contact et se demandant quels devaient être ses agissements. Le tissu retomba sur sa poitrine lorsque les doigts de Chess l’abandonnèrent au profit de sa nuque, scellant leur baiser dans une valse des langues. Les pas qu’ils firent les dirigèrent vers un canapé alors que les doigts détachaient les boutons et les bouches volaient les souffles.

    « Une nuit. »

    Dalaigh s’immobilisa. Détacha les doigts de sa nuque et poussa l’autre sur le canapé. Torse nu, la lune faisait briller sa peau et noircissait encore les marques qui la constellaient, dévoilant la cicatrice qui mettrait probablement un certain temps à disparaitre complètement. Il laissa son corps basculer en avant, ne touchant aucunement la peau de Chess lorsque ses mains saisirent le tissu du meuble, le positionnant au-dessus de l’autre. Si proche et pourtant si lointain. L’espace qui habitait encore entre leurs peaux pouvait aussi bien disparaitre, annihilé par la volonté et le désir, ou s’agrandir, bâtissant entre eux le refus et l’ignorance. Leurs lèvres se touchaient presque, si tentantes, si demandeuses. Leurs souffles se mélangeaient toujours, caressant les peaux et provoquant parfois des frissons.

    Une nuit et quoi, Chess ? Une nuit et tu t’en vas ? Tu disparais à jamais, emportant les plaisirs et les douleurs ? Une nuit et une éternité d’enfer ? Je ne sais pas qui tu es. Je ne sais pas ce que tu veux. Ni ce que tu attends de moi. Par ce foutu Merlin, je ne sais même pas ce que j’attends de toi. Je pourrais t’offrir cette nuit que tu me réclames, succomber à tes jolis yeux et à la douceur de ta peau. Mais cela reviendrait à accepter les blessures que tu m’as imposées. Or, je ne sais pas si c’est ce que je désire. Ta logique n’est en rien comparable à celle d’un autre humain, je l’ai bien compris. Mais es-tu obligé d’imposer ainsi ta volonté à ceux qui t’entourent ? Ne peux-tu pas leur demander leurs avis, leurs idées, même leurs accords, avant de les déchirer en deux ? Je sais que tu t’en veux, que tu regrettes probablement. Mais que cela fait-il de moi si j’accepte ta proposition ? Alors, Chess, si tu veux ta nuit, il va falloir la mériter.

    Dalaigh ne bougea pas, perdant son regard d’algue dans l’eau claire, observant le moindre mouvement, la moindre tension. Il ne savait pas ce qu’il voulait. Il ne pouvait décemment pas accepter, après ce qu’il lui avait fait subir. Mais tout son corps criait de désir. Sa main bougea légèrement, se décalant afin d’attraper la nuque de l’invité dans un étau de fer comme l’autre l’avait précédemment fait. Et ses lèvres se plaquèrent sur celles, plus fines, de Chess. Ses genoux cédèrent et il emprisonna les jambes du blond sous les siennes, collant son corps contre le mystère qu’était celui de l’autre. Ses mains courraient entre les mèches encore humides, emprisonnant entre ses doigts la liberté retrouvée des cheveux volatiles. Enfin, il brisa leur union, reculant de quelques centimètres et attendit que Chess réponde. Oralement. Ou physiquement.
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Lorcan « Chess » Hatefull

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MessageSujet: Re: We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]   Mar 1 Oct - 15:45


    Le grand corps s'était figé en silence au dessus de moi, posant des yeux d'un encre qui me faisait me perdre dans des dessins que je n'aurais su coucher sur le papier. Admiration incontrôlable de mes prunelles rivées sur les siennes, fascinées, qui résistaient à l'envie de ce jeu langoureux, dans lequel mes mains se seraient perdues trop facilement sur sa peau. Je le fixais en silence, ses mouvements stoppés trop tôt, bien tôt, à la limite parfaite de ce qui m'aurait fait disjoncter. Mais la frustration n'en était que plus lourde, et dans le silence de son corps, dans l'absence de mon sourire, il y eut cet éclair entre nous deux, la chaleur de mon ventre appelant à le saisir.

    Be mine. Be fucking mine, honey.

    Abaisse toi. Touche moi. J'aimerai, Dalaigh, que tu poses tes mains sur moi, et que tu ne cherches pas à résister. Ce n'est pas que je manque d'admiration pour toi, car au contraire, chéri d'une nuit, tu as su te faire si intéressant, si violent, si doucement violent dans cette délicatesse que tu as su m'imposer, et bloquer face à mes voies et mes désirs, que je suis impressioné. Oui, Dalaigh, l'homme important de la Divine Comédie, je suis en admiration pour tout ce que tu es, pour tes beaux yeux et ton âme. Je suis impressioné. Je suis impressioné, et en admiration, et dans cet orgueil qui me caractérise, dans cette fierté qui brûle ma poitrine et distand avec outrage mes côtes se séparant sur une respiration devenue sifflante, j'aimerai que tu entendes néanmoins ce que je n'ose pas te dire, parce que j'aurais peur de me sentir enfant auprès de toi. Ne peux-tu pas simplement le comprendre ? Cheshire Cat est impressionné par toi.

    Alors s'il te plaît. Fais ce qui nous réjouiraient tous les deux. Ne combats pas cette force qui pousse ton corps vers le bas, ne cherche pas à vaincre cette attraction et dépose ton ventre sur le mien, parce que c'est ce que tu veux, parce que je le veux, et je le désire tellement que je me demande pourquoi est-ce que je suis encore immobile, à attendre, plutôt qu'à te saisir pour venir te plaquer contre moi. Offre moi ton corps, ton âme, ta chaleur, et tes cris. Offre moi tout, tes larmes et tes baisers. Laisse moi te faire pleurer entre mes bras, tu veux bien ? S'il te plait ? Laisse moi. Laisse moi te prendre contre moi, parce que je le veux tellement.

    « Une nuit et quoi, Chess ? Une nuit et tu t’en vas ? Tu disparais à jamais, emportant les plaisirs et les douleurs ? Une nuit et une éternité d’enfer ? Je ne sais pas qui tu es. Je ne sais pas ce que tu veux. Ni ce que tu attends de moi. Par ce foutu Merlin, je ne sais même pas ce que j’attends de toi. Je pourrais t’offrir cette nuit que tu me réclames, succomber à tes jolis yeux et à la douceur de ta peau. Mais cela reviendrait à accepter les blessures que tu m’as imposées. Or, je ne sais pas si c’est ce que je désire. Ta logique n’est en rien comparable à celle d’un autre humain, je l’ai bien compris. Mais es-tu obligé d’imposer ainsi ta volonté à ceux qui t’entourent ? Ne peux-tu pas leur demander leurs avis, leurs idées, même leurs accords, avant de les déchirer en deux ? Je sais que tu t’en veux, que tu regrettes probablement. Mais que cela fait-il de moi si j’accepte ta proposition ? Alors, Chess, si tu veux ta nuit, il va falloir la mériter. »

    Une nuit.
    Une nuit et une éternité d'enfer.
    Je deviens animal dans ma respiration. Mes mains posées sur le tissus que j'hésite à déchirer. Une nuit, et une éternité d'enfer. Que veut dire cela ? Qu'est-ce que cela ? Pourquoi m'engagerais-je à une éternité ? Ne peux-tu pas faire comme moi, et oublier dès demain le visage que j'avais ? Non ? Je te jure. Je te jure que ça fait moins mal. Je te jure que si tu fais... Si tu fais …
    Il y a dans ma poitrine le battement sanglant d'un cœur qui se met à pleurer.

    Je ne bouge plus, allongé sous lui comme se doit d'être une ombre accrochée à un corps. Mes yeux dans les yeux, j'ai courbé les lignes de mon regard dans cette expression que je ne sais pas voir. S'il se saisit de moi pour un baiser qui vient me consummer, ce n'est plus de passion, mais d'un feu lent et froid qui me parcourt de part en part, léchant mon comme le ferait cette eau glacée d'une Avalon que je ne cherche plus. Un baiser qui me tue, qui m'anesthésie, aussi froid qu'une lame de scalpel venue fouiller mon âme intestine. Je cherche. Je cherche et je ne comprends plus.
    Embrasse moi toujours.

    Mais l'être, même mort, aspire au soleil, et je me détache de ce corps trop lunaire, trop offert. Qu'ai-je ?

    La Nature est un temple où de vivants piliers
    Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
    L’homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l’observent avec des regards familiers.


    J'ai mal. J'ai froid. Pourquoi as-tu dit cela ?


    « Ne m'engage pas à une éternité, Dalaigh. Ne m'engage pas à t'aimer. J'ai déjà offert cela. J'ai déjà offert cela, et souffrir est douloureux, parce qu'aimer est sublime. Ne me force pas à m'engager pour un temps que je saurais être le seul à participer. Tu es humain, Dalaigh. Tu ne pourrais pas vivre une éternité. Tu ne le pourrai pas. Tu ne sais pas qui je suis, et personne ne le saura jamais, mais tu sais ce que je veux. Je crois que je le savais aussi, avant que tu ne te mettes à parler d'éternité. Oh, Dalaigh, il y a des mots qu'il faut savoir taire. C'était si imprudent de ta part, si tendre. Si douloureux. »

    Et doucement, je lève ma main, pour arracher mes ongles à ce cuir de canapé que j'ai griffé, et venir, dans la contemplation des jeux de lumière sur sa peau, venir déposer ma paume sur la largeur de sa mâchoire, mes doigts caressant sa joue. Tendresse, tendresse, tendresse d'un chat qui s'égare sur la douceur d'une souris en soie.

    Comme de longs échos qui de loin se confondent
    Dans une ténébreuse et profonde unité,
    Vaste comme la nuit et comme la clarté,
    Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.



    Et dans mon ventre, il y a cette chaleur qui s'apaise et qui ondule. Qui devient différente et se transforme. N'aurait t-il pas été plus facile que tu succombes, Dalaigh, plutôt que nous en arrivions là ? Me voilà égaré, mon souffle bloqué dans cette poitrine que tu n'as pas voulu toucher. Au rebord d'un précipice dont le vide me hurle son attirance. Y plongerais-je ? Viendras-tu ?

    « Ma volonté, mes désirs, mes envies et ma violence. Elles sont ce que je suis, elles ne sont pas ce que je possède. Je n'ai pas choisi, je suis de cette manière. Ce n'est pas un aveu, ce n'est pas une supplication, c'est la mise au point de ce que tu dois connaître. »

    Mais, mais. Et mes yeux se perdent dans les tiens, et je viens, et j'inspire de cette poitrine trop maigre pour te sentir contre moi, mes doigts glissant sur les reliefs d'une colonne qui te scinde en deux. J'y passerai ma vie, à caresser ce dos que tes envies, tes désirs et tes volontés ont couvert de ces dessins. J'y passerai la vie, et une éternité s'il le faut. J'y passerai l'univers à glisser mes phalanges sur les rotondité de tes lignes corporelles, pour faire froisser cette peau que je plie. Et la lune, sous mes doigts, vient illuminer ta peau, et la lune sous mes doigts, enflamme le soleil de ma tête. Soleil qui n'existe pas.

    « Qu'est-ce que ça ferait de toi, si tu acceptais ma proposition ? »

    Ton corps, tes mouvements, mes baisers, tes effarouchements, et ce souffle entre tes lèvres, ce souffle sur ta poitrine, le frémissement de ton corps dressé contre le mien, ton prénom au fond de ma bouche.

    « Qu'est-ce que ça ferait de toi, si tu n'acceptais pas? »

    Parce que je ne juge pas. Je ne juge personne dans ce cas là. Parce que ce n'est plus vraiment un jeu habituel, ce ne sont plus exactement les mêmes règles, et que mon partenaire soit une chiffonière contre un mur crasseux de suie, ses vêtements miteux tombés au sol, elle était la plus belle, bien plus belle que la princesse dans ses appartements d'or. Que ce soit l'enfant blond qui sourit, ses yeux verts élevés vers un plafond trop haut, ma bouche se déposant sur ses petites lèvres toutes roses, mes mains se refermant avec délicatesse sur ses mains potelées. Que ce soit toi. Toi et le dessin de cette mort que je ne connais pas, imprimée sur ta peau. Mais.

    « Mais pour cette fois, je vais accepter. Je vais essayer d'être juste, Dalaigh. Parce que tu viens de tellement me blesser. »

    Un sourire. Un sourire poli, qui cache le millénaire de tristesse, enfoui dans ma poitrine. Le remous de ces âmes qui fleurissent et vomissent leurs conscience. Je le repousse, tout doucement, du bout des doigts, cherchant à oublier le goût de ses lèvres.

    « Alors dis moi. Réponds moi. »

    Et c'est presque si je ne cherche pas à me dérober, dans un écart de conscience. M'écarter de lui, mes yeux devenus ces lacs de l'esprit.

    « Que veux-tu que je fasse, Dalaigh ? Je peux partir et ne jamais revenir, si tu le veux. Il n'y aura pas d'enfer pour l'éternité. Il n'y aura que la continuité de ta vie, et le souvenir de ce soir. Voici ma proposition, Dalaigh. Offre toi le choix. »

    Et je crois que sur mes joues, la lune vient éclairer des larmes de sang.
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We drink and we fight and we love just because we are dumb- [Dalaigh]

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